Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 01:00

Connard dishonored

 

Voilà plusieurs jours que je ne fais rien de créatif. Je me nourris du même plat de riz, mélangé avec des petits bouts de jambon littéralement arrachés à l’emballage des 6 tranches fines en promo. Je ne me lave plus. J’ai l’impression que mon sweat à capuche a été plongé dans une sauce pour les nems. Je suis en train de boucler Dishonored sur PS3. 

On vous prévient dès le début : plus vous tuerez, plus les rats infesteront la ville. Ils se nourriront de cadavres et pulluleront, et la peste tuera tout le monde. Bon dieu que je suis un geek quand je me surprends à penser « hmmm… intéressant » – ce genre de geek qui est capable de prendre pour pseudo « mouahaha37», qui a un rapport assez trouble à la violence suite à des humiliations répétées et se délecte des signes de la morbidité de son propre corps comme d’autres se branlent avant de se coucher.

L’intérêt du jeu est de mesurer le chaos introduit par le joueur au sein de l’univers vidéoludique. Bref, c’est mieux qu’un test BIBA pour savoir si on est un bâtard. Et il s’avère que je prenais plutôt mon temps au début. J’étourdissais les soldats. J’utilisais tous mes carreaux d’arbalète anesthésiants. Puis apparaît l’option conne, mais en fait super utile si on prend les choses au sérieux, de pouvoir changer en cendres ceux qu’on assassine subrepticement. Mon goût pour les changements d’états corporels me permettait de conjecturer que des cendres n’attireraient pas les rats, ergo n’augmenteraient pas la pestilence de la ville ergo ne ferait pas de moi un bâtard. Bref, que tuer les gens super proprement pouvait ne pas produire de chaos. 

C’est là que j’ai toujours envie de retrouver le créateur du jeu pour lui faire part de mon désaccord. La plupart des énigmes n’ont aucun sens dans un jeu. Il faut chercher au hasard.

 

Connard_Rats-Dishonored.jpg

 

Un exemple : pourquoi un personnage aussi puissant qu’un assassin royal devrait se mettre à lire les livres d’une ruine pour trouver le code d’un coffre fort, alors qu’il est mille fois plus logique de développer une compétence de crochetage pour s’épargner cette enquête. Les codes d’un coffre-fort sont par définition secret en plus… si le moindre inconnu qui entre chez vous peut les deviner, c’est même pas la peine. Ou alors on devrait essayer 123, 111 ou le début d’une date anniversaire. Autant se taper les 30 sec de pub obligatoire et regarder le walkthrough et lire la soluce. Car tout ce qu’on envisage de façon parfaitement rationnelle et logique n’a parfois aucun sens dans le jeu. Les énigmes du jeu relèvent à chaque fois de l’arbitraire le plus total. Et l’évaluation morale de mes actions m’a semblé tout aussi aléatoires. 

Mon grief précis est celui-ci. En finissant le jeu, vous découvrez que si vous tuez trop de garde lors de vos missions d’infiltrations, la jeune impératrice que vous avez pourtant sauvée finit par vouloir tuer elle aussi tous les traîtres. Elle devient aussi folle et cruelle que vous. C’est une bonne idée. Mais c’est une idée qui ne tient pas debout. Les missions assignées sont par définition des missions secrètes, personne n’est témoin de ce que vous faites. Comment la gamine pourrait-elle donc vous voir, vous juger et être influencée par elles ? En fait, le personnage devrait pouvoir faire ce que n’importe quel adulte fait : mentir. La prémisse concernant la peste est d’ailleurs très vite reléguée au second plan : personne ne mourra de la peste dans le jeu. Tuer les personnages d’une maladie mortelle est trop aléatoire. Alors que putain dans la vraie vie, ça arrive bel et bien. Ebola-sida-cancer-grippe-etc.  

 

Connard_calamitiesdolls5.jpg

 

Au moment de la mission finale, lorsque le jeu m’indique que j’ai atteint un niveau de Chaos élevé, ma réaction est tout de suite était celle du pire connard de la planète : « Bande de salauds, vous ne m’avez pas donné assez de carreaux anesthésiants ! Vous m’avez gavé de pouvoirs mortels, de pistolets et de nuées de rats mangeuses d’hommes, et vous vous étonnez du chaos que j’engendre ! Soit, eh bien, si c’est comme ça, tuons sans retenue. » C’est la bizarrerie psychologique de ce jeu de produire par prédiction le comportement exactement prohibé par le jeu. Mouahaha37 is back. On parle d’effet Pygmalion dans ce cas. 

L’évaluation de chaos est supposé de mes propres actions au sein du jeu, mais sur le moment tout ça m’a semblé être une vaste fumisterie. J’ai eu l’impression d’être un mauvais élève qui découvre que ses mauvaises notes sont le fruit de forces implacables (société, famille, profs sadiques) et qui s’abandonnent totalement à son destin. J’ai même buté le mec qui m’avait sauvé avant, Samuel, personnage plutôt sympathique au demeurant, et qui d’un coup, après vous avoir conduit auprès du boss, vous crache à la gueule et vous explique que vous le dégoûtez tellement qu’il va sonner l’alarme. Comment ne pas vouloir lui trancher la gorge ?

 

Un jeu qui prétend à l’évaluation morale devrait poser un univers bien plus libre. Sans quoi on se retrouve pris au piège d’une morale étriquée, presque kafkaïenne où on vous punit sans raison en essayant de vous convaincre que vous l’avez bien mérité.

Published by NKD
commenter cet article
30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 02:24

 

GayUniverse_Kenya.jpg

Tradition des mariages entre femmes Kuria au Kenya.

 

 

Pédé donc pédérastie donc Grèce Antique. A cette petite chaîne conceptuelle, on peut ajouter n’importe quoi qui à trait de près ou de loin avec la Grèce. Mykonos, les dieux grecs, les péplums, les barbus et les philosophes trop intéressés par leurs élèves, Stéphane Bern qui y a une résidence secondaire…

 

GayUnivers_Grecs.jpg

 

Ces vannes sont nulles, comme celles sur les soi-disants « travelos brésiliens du bois de boulogne » (qui font les délices des mauvais comiques de canalplus ou de Ruquier), qui sont purement et simplement des vannes racistes et homophobes. Au bout d’un moment le manque de renouvellement de l’imagination sociale des vannes relève de l’entêtement délibéré.

 

Mais ce qui fait chier surtout c’est l’oblitération totale de toutes les autres traditions, qui tolèrent ou encouragent les relations homosexuelles à travers le monde. A force de parler de la Grèce comme les vieux pédés d’Arcadie de 1950, on va finir par faire croire que l’homosexualité est une invention occidentale. Et dieu sait si cette thèse est fausse…! mais c’est tellement pratique de croire que c’est le cas. Car l’homosexualité deviendrait un phénomène marginal ; et du coup, on pourrait aussi l’éliminer en se protégeant contre cette perversion culturelle. 

 

J’écris d’ailleurs en partie ce petit billet aussi bien pour répondre à la thèse aristo-facho de l’homo raffiné qui connaît par coeur ses poèmes pindariques… qu’à la thèse gauchiste et indigéniste (énoncée par houria bouteldja) qui explique que l’homosexualité est une invention d’occidental capitaliste pervers. 

Les travaux de Charles Guébogo, le rare sociologue africain de langue française qui écrit sur le sujet, montre par exemple qu’on instrumentalise l’origine occidentale de l’homosexualité pour marquer son indépendance à l’égard de l’influence occidentale. Les Africains qui justifieraient leur homophobie par une haine à l’égard du colon blanc recherchent d’abord une sorte d’identité autonome.  

 

 


 

 

 

Il est facile de dire que l’homosexualité est une invention occidentale parce que le mot est né sous la plume des premiers psychiatres ou des écrivains européens (un écrivain hongrois et un psychiatre allemand). Mais il y a loin entre le mot et la réalité. La réalité ne se résume pas à son étiquette. 

 

Car ce mot initialement n’a aucune légitimité, c’est un mot médical, imposé de l’extérieur, pour stigmatiser et contrôler certaines personnes, certains comportements. On aura bon dos de faire remarquer l’origine du mot, si dès le départ, il est invalide. « Gay » d’ailleurs n’est qu’une tentative de réappropriation de l’étiquette. Tous ces mots appartiennent d’emblée à une histoire précise.

 

Qui plus est, le mot, dans son sens occidental, est déjà très vague. Alors en proposer une traduction est encore plus risqué. Deux hétéros qui se sucent sont-ils homo, même si c’est juste pour s’éclater et essayer ? Un prêtre homo qui fait voeu de chasteté comme dans Ainsi soient-ils est-il encore homo ? En fait, ce qu’on qualifie d’homosexuel en Occident est tantôt un désir, tantôt une pratique. Et quels désirs ? quelles pratiques ? C’est encore plus délicats à déterminer. Je me rappelle d’un épisode d’Orange is the new black où un personnage expliquait qu’être un mec qui aimait les seins c’était rester bloqué à un stade enfantin de la sexualité. Pensez à ça, et préférer les culs, c’est potentiellement aimer autant les mecs que les meufs, alors…? Bref, l’adoption du mot d’homosexuel pour qualifier un comportement est problématique aussi en Occident… pas parce que l’homosexualité n’existe pas, mais parce que la réalité est complexe. Le problème de la traduction existe parce que la sexualité est compliquée.

 

 

Gayunivers_carte.jpg

 

ICI pour la vraie carte !

 

 

Il faut suivre le cas des Akas, « homo-naïfs », c’est-à-dire incapables d’imaginer ce qu’est l’homosexualité comme pratiques, mais persuadés qu’ingérer du sperme pour les hommes est une façon de booster sa propre fertilité.

 

En revanche, ce qui ne change pas est la réaction face à ces mots. Ce qui compte à mes yeux est la possibilité de se reconnaître, de revendiquer ces pratiques qualifiées ou ces comportements remarqués. Car on a toujours partout constater que les relations entre personnes du même sexe était possibles. Et on les a nommés, on les a codés, on n’est pas restés indifférents. On les a définit différemment, certes, mais on n’a pas fait comme si ces relations n’existaient pas. Et stade ultime de l’existence sémantique, on peut en revendiquer l’appartenance.

 

Published by NKD
commenter cet article
3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 23:58

 

Le mec de Needledrop a récemment passé en revue les dix pires chansons de son adolescence.

C’est une idée géniale, et pas uniquement parce que c’est une liste.

 

 

 

Dans les chansons d’avant, il y a nos mauvais goûts, et dans nos mauvais goûts, nos goûts primitifs. Alors honnêtement en essayant de me souvenir des dix pires chansons, j’ai d’abord eu l’impression que je n’en trouverais jamais. Car j’avais trop bien corrigé ma propre mémoire. Mon propre lavage de cerveau (infligé par moi-même telle une ombre de savant fou me triturant le cerveau en secret) avait trop bien fonctionné. 

Ado, j’étais super précautionneux dans mes achats. Je ne voulais rien regretter. Je me serais senti sali par un mauvais album. Qui plus est, je n’achetais pas de single parce qu’ils étaient toujours accompagné de remix inutiles ou de sous-chansons (une seule exception pour un single de Supergrass qui contenait un inédit)… Et je me suis souvenu que j’aimais Sugar Ray. Que le chanteur était une sorte de Ethan Hawke à mèche blonde, métrosexuel punk, et que mon engouement pour le groupe ne pouvait pas être totalement étranger à sa beauté de petit branleur (il a conscience aujourd’hui d’être devenu une sorte de personnage ringard en attente d’un coming back autrichien façon David Hasselhof). Que je trouvais super cool les quelques secondes où intervient un DJ black pour le titre Ten Seconds down – « ça c’était de la vraie fusion ! ». Puis que j’avais eu totalement honte du groupe quand j’avais cru qu’il s’agissait en fait d’un groupe de punk fusion allemand et non californien. Et que c’est probablement pour ça que j’avais arrêté d’écouter ou de croire dans le punk fusion. Tout le monde avait été marqué par Rage Against The Machine, et tout le monde se demandait si la fusion n’était qu’une erreur ou la véritable et glorieuse fin de tous les genres musicaux réunis en un seul. Comme on le sait maintenant, la fusion était juste une mauvaise idée. Aucun groupe n’a pris la place de « Rage Against »… à part Hadouken peut-être, c’est dire… C’était une utopie à la hauteur des révoltes nihilistes et défaitiste des années 90 (le grunge, les club kids, les TAZ, le Burning Man, le Cyberpunk). 

 

 

 

Je vais suivre l’ordre suivant : du ringard acceptable au pire ringard ou au moins au truc arty que personne ne cherchera à sauver de l’oubli. C’est un ordre vraiment subjectif au final, mais surtout ce ne sont pas toujours les chansons de mon adolescence (j’ai eu une adolescence janséniste en matière d’achat de singles ou de musique FM – bref, j’ai dû survivre à mon éducation musicale classique, personne ne m’en voudra). Le principe de ce classement est vraiment de s'enfoncer progressivement vers la musique la plus oubliable (pas forcément mauvaise... d'ailleurs)

 

10. Corneille, Parce qu’on vient de loin. Je pense que j’étais en pleine période de reconversion à la R’n’B et… non finalement, c’est une mauvaise excuse. Comme acheter un smoothie bio parce qu’on a mangé un hamburger sanguinolent juste avant. J’admets que ce n’est pas vraiment mon adolescence (2002). Au moment de passer en caisse, j’ai connu un petit frisson de honte, comme si la gamine de treize ans en moins s’était mise à mouiller en public. C’est aux antipodes de tout ce que j’avais écouté auparavant. Mais hey, aujourd’hui Corneille est toujours beau, il articule toujours aussi bien en chantant – et ce mec a quand même popularisé l’expression « toi-même tu sais ». Même si c’est ringard dans le monde rock, Corneille reste un tube pour Radio Nostalgie.

 

 

 

9. Skunk Anansie. J’ai eu ma période groupe de rock lesbien. Mais même si la meuf de Skunk Anansie était super belle, l’esthétique attention je vais te pondre un alien au fond du ventre me semblait déjà en voie de pourrissement accéléré. Qui porte encore des pantalons kakis pour chanter du rock ? 

 

 

 

8. Ash, Girl from Mars. Si punky brooster avait fait de la musique, ça aurait pu sonner comme ça. J’ai l’impression que le groupe s’est compromis dans la drogue et les excès faciles. La chanson marchait bien. Mais il n’était ni punk, ni clairement pop, et ils rêvaient d’une sorte de réussite à la con. Blur avait chanté girls and boys et j’avais cru que Damon Albarn était bi, c’est dire comment j’étais con à l’époque.

 

 

 

 

7. The Hives. Ce n’est pas si vieux. Et j’ai adoré à cause de leur clip qui n’était qu’une resucée de Clockwork Orange. L’album n’est pas mauvais, mais difficilement supportable sur la longueur. Les oreilles bourdonnent à la fin.

 

 

 

6. I live in Barcelona. C’était avant Edward Sharpe, et d’ailleurs, même en pleine période de folk song héroïques chorussées comme des décollages de navettes spatiale, je n’aurais pas renié cette chanson. Mais c’était une chanson faible. Inspirée presque uniquement par la fin dionysiaque de Hey Jude. Je crois qu’il était quelque chose comme une vingtaine dans le groupe. Ils venaient tous du Nord de l’Europe, devaient avoir eu des super bourses d’études et voulaient réaliser à moitié leurs rêves avant de devenir ingénieur. Pour répéter ils expliquaient qu’ils avaient faits des super agendas pour chacun des membres de façon à jouer en dépit des problèmes d’organisations. C'est tellement sérieux et réconfortant. Comme un pull à motif les soirées d'hiver.

 

 

 

5. Architecture in Helsinski. Là je confesse mon total goût pour le grand n'importe quoi, surtout quand c'est intello et qu'il pourrait éventuellement y avoir un sens derrière tout ça... Je crois que je n'ai accroché sur aucune chanson, mais essentiellement sur la pochette (Places Like This) et le nom du groupe. Rétrospectivement c'est stupide. Mais il faut parier sur l'avant-garde bordel... Sinon on se retrouve à aimer des groupes comme Coldplay ou The XX (c'est gratuit mais c'est bien fait)... bien sûr aujourd’hui, c’est une sorte de sous-Animal Collective. Mais j’avoue que je pourrais encore le laisser tourner sur mon Ipod.

 

 

 

4. Veruca Salt. J’adorais leur chanson Seether. Mais bordel, je n’imaginais pas que les paroles voulait dire un truc aussi dégueulasse. Finalement, c’était de la musique indie inoffensive. Mais avec toute la douceur de ces petites chansons indies qui réimaginent un endroit du monde enchanté. Et les deux ballades (Fly et Sleeping Where I Want) de leur premier album avaient ça. C’était cotonneux, très mignon. Et ça me suffisait.

 

 

 

3. Un album : Subramaniam remix. Comment dire ? L’album n’est peut-être pas si mauvais. Les musiciens sont bons, assez pour scotcher n’importe qui par sa virtuosité. Mais le délit de global music, je ne suis pas sûr qu’on s’en relève. Si on croit que tout fusionne avec tout, à quoi encore chercher à distinguer la bonne musique ? Alors devant un album pareil, la seule solution c’est d’en jeter à peu près 80% et reconnaître que les 20 derniers pourcents ne vous plaisent que par une série d’accidents à peine dicibles. Et nous voilà reconduits aux circonstances totalement aléatoires pour lesquels on peut préférer certaines musiques.

 

 

 

2. Erik Truffaz, 2ème album. Ici même plus de rappeur blanc pour excuser l’avant-gardisme jazz-electro. J’avoue qu’en achetant le deuxième, j’ai voulu me convaincre qu’on parviendrait à quelque chose de nouveau. Le pire c’est que je connaissais et écoutait souvent Miles Davis. J’aurais pu mettre presque tous mes anciens albums de jazz électro en deuxième place.

 

 

 

1. Hockey. C’est mon échec cuisant le plus récent – ni un bon accueil critique, ni une réussite flagrante. J’ai adoré l’album. Je l’ai acheté pour l’offrir (alors que je téléchargeais déjà tout à cette époque). Peut-être que le groupe avait un nom trop passe partout pour les moteurs de recherche Google. Je l’ai écouté en boucle, et pourtant, il n’y avait rien de nouveau, et seulement la voix de ce mec qui ressemblait à Passion Pit et à ces trucs juteux et joyeux de la fin des années 2000. Je comprends indirectement comment tant de groupes, pas mauvais, mais sans rien de distinctif ont pu exister et, en mourant, nourrir le terreau musical des passions de demain. 

 

Published by NKD
commenter cet article
29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 11:23

 

ou que s'ils sont comme ça...      

Je dois commencer par décliner mon appartenance en terme de look (de tribu comme dirait Grindr). Je n’ai pas franchement le corps d’un Musclor gay. J’ai un look et une gueule passe-partout – pas parce que je suis petit et que je cours dans les forts (j’entends quelques potes sarcastiques penser « quoique… »). Plus jeune, j’écrivais que j’avais un look d’étudiant, ce qui voulait simplement dire que je ne portait pas de costume et que j’avais moins de 30ans. Sans aucune qualité définitoire plus précise. Cet état quantique du look, qui cumule incertitude physique (ni gros ni mince etc., ni blonde ni brun…) et incertitude vestimentaire (ni gamin ni adulte, ni trop décontracté ni trop guindé) m’a sans doute assuré de pouvoir passer dans différents milieux ou plaire à différentes genres de mecs sans trop d’embarras.

En d’autres termes, cela m’a valu un jour le compliment de n’être pas trop « marqué » pour un pédé, ce que j’ai pris avec un sourire gêné, sans grand drame, en essayant de montrer par le plus de blagues et de pédagogie possibles que c’était très blessant en fait – et en me disant que je venais d’avoir là une bonne matière première pour mon grand livre futur sur l’éducation des hétérosexuels.

 

Bear_clones_Gpunews-7806-p13-silver-stars-pic3.jpg
Les clones gays des années 70, ancêtre commun des bears et des mecs musclés.

Mais tout ça, c’est moi et ma complexion singulière, d’hormones et d’idées folles. J’ai une raison plus facile à justifier. 

Les mecs musclés ont un défaut assez marqué, ils ne peuvent qu’aimer à la fin d’autres mecs musclés. Ils sont comme ces gens beaux qui n’aiment que d’autres gens beaux. Et ils finissent par construire une sorte d’aristocratie gay super select, qui exalte la masculinité de salle de sport. Si bien que pour entrer dans certains endroits leur corps et l’investissement d’argent et d’efforts qu’il représente deviennent la seule véritable carte de visite. 

Ils ont un raisonnement assez simple. S’ils ont choisi d’être musclé ce n’est pas par une sorte de passion naïve, ils l’ont choisi parce que c’est bon en soi. C’est une raison quasi-médicale qui les motive. Être sain ne peut que signifier être sain selon les critères partagés par d’autres. Si vous dites que, pour vous, être sain c’est geeker toute la journée en matant des séries et en envoyant des snaptchats à vos potes, on vous prend simplement pour un mec trop idiot pour comprendre la signification même de ce qu’est être en bonne santé. La santé ce n’est pas relatif, sinon ça vaut pas le coup. A ça, j’ajoute que l’engouement des pédés pour la muscu a eu aussi cette raison historique de masquer les effets de la trithérapie chez les séropositifs. Quand je dis que c’est une question de santé, c’est très concret. C’est une revanche contre la maladie et le traitement qui détruit les corps, et modifie irrémédiablement les silhouettes.

 

Bear_sporno_445104-sporno.jpg
Google me dit que cette image s'appelle du sporno.

La communauté bear est tellement plus sympa en comparaison. Les types sont décontractés parce que tout le monde sait qu’on n’est pas là pour juger la perfection des corps. La théorie d’un pote est d’ailleurs de dire que cette décontraction et cette graisse est comme un backlash des images traumatisantes des patients agonisants du sida. J’ai grandi avec ces images de mecs super maigres, et c’est vrai qu’elles m’ont marquées.

Mais la coolitude bear va plus loin. L’appli Growlr en donne une petite idée. Les discussions peuvent être internationales. Vous vous couchez tard, et vous parlez avec un super daddy qui se réveille à Washington avant d’aller à son taff. Vous parlez de la scène punk avec un mec d’Oakland. Vous parlez avec un Français mélancolique à Chicago, avec un pédé au placard à Dubaï…. Ok, vous vous dites que Facebook fait pareil. Mais sur Growlr, c’est plus simple (il suffit de faire grrrr ou woof), les photos de cul sont monnaie courante (les mecs aiment juste se montrer), le ton est plus cool, sans cette impression d’avoir troublé l’intimité facebookale de quelqu’un d’autre. Et les tags line sont vraiment drôles :

« No twink were harmed during the process »

« making you a star »

« fur, glorious fur »

« so simple, even a straight man could do it ».

 

seth21.png

Seth Rogen, icône malgré lui des bears.

 

seth1.png

c141a0c951_Seth-Rogen-Nude-Photos-James-Franco-Paintings1.jpg

Seth Rogen et son pote gay, James Franco.

Forcément leur bromance excite l'imaginaire gay.

 

Ultime argument, beaucoup plus de mecs sourient sur Growlr, A l’inverse de Scruff où tout le monde adopte le mono-look mâchoire serrée + froncement de sourcils, comme si la planète des pédés à smartphone avait été constipé d’un coup et n’avait trouvé comme solution que de faire un selfie d’eux au moment d’aller aux chiottes.

Alors je sens venir un vent de contestation. Il y a des mecs qui sont musclés pour eux-mêmes, uniquement pour eux-mêmes et qui préfèrent même les mecs gros ou les crevettes. Il y en a même sur bearwww. Mais d’abord, je remarque qu’il s’agit souvent de plans cul, qui restent au stade de pulsions contraires passagères. Et je rétorque à ça que si jamais ils aimaient vraiment les mecs différents d’eux, ils seraient les véritables héros de ce post, ceux qui ont tout pour marquer une distinction et finalement la refuse au nom de l’amour ! A vrai dire, j’en connais un comme ça, dont je suis toujours à deux doigts de tomber amoureux. Je bande pour sa freakyness. Il assume parfaitement de n’aimer que les mecs au caleçon un peu distendu alors qu’il est affûté comme un sportif. Dommage qu’il soit marié et qu’il ne cherche que des plans – that’s my fucking province, bro !

 

Published by NKD - dans gay typique
commenter cet article
5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 22:28

MST_RickandMorty_2.png

 

Tout est parti d’une discussion avec un Allemand. L’ami d’une amie. On le sentait sérieux, intensément engagé dans son désir de communiquer (même s’il ne nous parlait qu’en allemand). Aucune place à la vanne idiomatique. 

Un couple hétérosexuel de plus sur cette planète officialisait sa relation par l’intermédiaire d’une soirée-apéro officielle faussement improvisé et sympa. 

On s’est mis à parler d’amour. Et je me suis senti obligé de défendre d’un coup l’éventualité de la fidélité, de la monogamie, voire du mariage. Deux ingrédients gays justifiaient peut-être d’ajouter de la monogamie dans la conversation : 1) la discussion sur le mariage gay qui s’ouvrait à l’époque (alors bon, je me suis pris d’affection pour ces rituels monogames), et 2) ma sortie de cure récente d’une énième MST. 

Tout ça mis bout à bout m’a conduit à la révélation d’une théorie sociobiologique de la monogamie. 

En discutant avec un des médecins qui m’avaient ausculté – et évidemment terrassé de questions bien franches et bien dégueulasses – j’ai appris que les bactéries aujourd’hui sont présentes essentiellement dans la gorge (et pas nécessairement sur les organes génitaux comme attendu). Ce qui donne lieu à une expression particulière dans la bouche de ce médecin barbu (très certainement hétérosexuel et fan de Laspalès) : « allez on va faire une petite gorge ! » « Gorge » désignant par métonymie un prélèvement dans la gorge, et non tout ce qu’une « gorge » par métonymie pourrait vouloir désigner. 

 

 

 

La maladie s’adapte donc, elle est maline. Elle paraît connaître mieux les humains et leurs sales petits secrets que nous-mêmes nous avouons nous connaître. Je crois que je l’ai déjà écrit ici, d’ailleurs. Mais le mieux c’est encore de savoir que certaines maladies ont une propriété presque aphrodisiaque, et qu’en excitant le malade (surtout syphilitique – mais Sontag ajoute aussi dans son livre sur la maladie et ses métaphores que c’est le cas de la tuberculose), elle joint à l’érotisme la propagation des miasmes. 

D’où la thèse assez simple en fait. La monogamie c’est mieux pour éviter les MST.

Si la société l’a recommandée pendant si longtemps c’est essentiellement parce que l’espèce y gagnait d’un point de vue biologique. Il est donc infiniment plus simple de recommander de ne pas céder à l’érotisme, étant entendu que tout érotisme a une part morbide, rebutante... Il suffit de lire la description de l’état amoureux dans la plupart des romans ou des poèmes de l’Antiquité ou du Moyen Âge pour comprendre que le désir considéré comme une maladie n'est pas très glamour – avec ses fièvres, ses tremblements, ses effusions de sang et de sperme… 

On pourrait facilement donc justifier cette conception monogame conservatrice, religieuse et morale sur le seul soupçon qu’elle a en réalité un avantage pratique indéniable. Le même avantage que le pape réclamait pour l’abstinence (le seul problème étant que même les prêtres ne sont pas réellement abstinents).

Mais la contrepartie de cette thèse est beaucoup plus clair encore. Si notre société est parvenu à un niveau de médicalisation tel qu’on peut soigner ces MST, rien ne nous retient plus de nous adonner à la plus démoniaque des fornications, au nom de la même raison pratique.

Published by NKD - dans sexe
commenter cet article
16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 00:38

 

Pour lire ce post : jouez cette vidéo de hurlements de loups en même temps que vous écoutez You&Me de l'album de Damon Albarn... super bootleg garanti.

 

Le hurlement du loup est l’un des trucs les plus beaux que je connaisse. Entre l’orgasme et la plainte. Poussé du haut de la colline, il résonne à travers un espace précis, il est géolocalisé, territoralisé. Et il rassemble tous les loups autour. Comme une appli mobile en fait, comme grindr, growlr, scruff, blendr… Mais derrière ce long glissendo, plus qu’un désir de sociabilité, il y a aussi une tristesse, celle de son actuel isolement. Son empressement mêlé à la frustration se transforme presque en hargne. Si l’on ajoute une pointe de glande devant la télé et le macbook en synchro, ce sentiment est aussi le mien. Mes passages sur les sites procureraient – à qui pourraient m’épier par webcams interposées – la même sensation que les hurlements élégiaques et rauques du loup. 

Je feuillette les profils, les soirs d’enthousiasme, je fais des compliments gratuits aux mecs les plus éloignés. Et parfois, je ponds un long message pour tenter de les convaincre de sortir de la capitale pour traîner dans ma province. Dans ces cas-là, je hurle à la mort. On me répond quelques « salut » en retour, on ne développe pas. Moi non plus. J’ai été entendu, c’est tout ce qui compte.

 

 

 

Ma condition est celle de tous les pédés de province : je connais une irrémédiable et perpétuelle disette sexuelle. Je ne dis famine, car la famine entraîne la mort. Et moi, comme ces petites créatures du désert, je m’en sors bien. La sélection sexuelle a conditionné chez moi un mental d’acier, un mental de survivant. Je grignote quelques scorpions et je m’hydrate en machouillant les seules feuilles qui éclosent au milieu des tempêtes de sable. Je suis une sale bête robuste. C’est ce qui me rend si terrifiant pour mes amis de Paris, comme pour mes amis de villes de plus de 50 000 habitants. J’arrive, je drague leurs potes, je drague des boxeurs rebeu bi en manque de câlins dans une cave, je baise sans scrupules des jeunes mecs qui veulent baiser dans les escaliers. C’est n’importe quoi. Un vrai fennec.

 

Drague_fennec-vs-scorpion_39x0d_1ehcte.jpg

 

L’écosystème sexuel hyperburbain est si abondant qu’il est pour moi, le pédé de province, une source de rêveries érotiques sans fin. Dans chaque aire de géolocalisation, je vois un gigantesque terrain de jeu. Les daddys, les geeks, les racailles, les trentenaires câlins… il y a de tout. En plus, dans ces villes, bien plus qu’ailleurs, la population gay se renouvelle. Les centres urbains attirent plus de mecs, de touristes d’étudiants. Chez moi, pas d’université, de touristes gays, ni d’emploi. Mon angoisse en arrivant dans ma petite ville était que tous les pédés finissent par se connaître, par baiser en vase clos, et par partager leurs petits secrets et les rumeurs les plus glauques – une ambiance de centre de dépistage un samedi matin (quand tout le monde émerge de sa gueule de bois, après avoir fait les pires conneries la veille, et ne peut pas s’empêcher de scanner à travers sa propre culpabilité les raisons de la présence des autres). C’est l’inverse qui s’est produit, tout le monde est courtois, engourdi – parce que plus personne ne baise. 

Il m’a été donné de faire l’une des rencontres les plus étranges de ma vie. Un mec m’accoste très directement sur gayroméo, une bombasse. Sur le profil, tout est super réglo. Le mec donne la date de ses tests, explique qu’il est cultivé, qu’il aime toutes les positions, qu’il faut parler au lit pendant la baise et qu’il est bien foutu parce que simplement c’est un fait et qu’il le sait. Il dit aussi qu’il est escort… Je réponds donc très sagement que je n’ai pas une thune. Mais cette soirée-là, exceptionnellement, il offre sa tournée. Parce qu’il se casse de cette ville de province pourrie. Il est là depuis plusieurs mois et il ne peut pas rester : personne ne veut baiser. Il est obligé de repartir dans le Sud, parce qu’il devient pauvre à force de rester ici. 

 

Drague_fennec10.jpg

 

Mes conversations avec mes potes de Paris butent invariablement sur ce problème. Pour eux, je n’ai pas le droit de me plaindre a priori. Nos problèmes de coeur ou de sexes ne sont pas conditionnés par l’endroit qu’on habite. Ils pensent que c’est dur de draguer à Paris comme ce serait dur de draguer n’importe où, parce que draguer c’est d’abord une question d’attitude, un travail sur soi, une timidité à affronter. Certes. En plus, ils m’expliquent que les mecs de Paris, du fait de la concurrence, deviennent tous incroyablement artificiels, exigeants et hypocrites (j’ai mis au hasard trois adjectifs péjoratifs, parce que je ne suis pas très sûr de l’impact psychologique de cette concurrence sur les cerveaux pédés). Mais très vite, je ne peux pas m’en empêcher – je me sens obligé – d’expliquer que ce n’est rien comparé à la simple absence de possibilité de rencontres. Une fois que j’aurai rencontré quelqu’un, j’aurai les mêmes problèmes qu’eux. Pour l’instant, je reste bloqué à l’étape antécédente : rencontrer quelqu’un.

Voilà le chiffre qui me hante maintenant. Grâce à Gayroméo, j’ai calculé la densité de la population gay dans ma ville – gayroméo est un des seuls sites à fournir ces chiffres (avis aux sociologues). Environ 80 connectés. La ville de Paris, à laquelle je n’ajoute pas le futur Grand Paris, compte 20 000 connectés (le résultat double presque si vous ajoutez la banlieue). Par conséquent, n’importe qui à Paris a 250 fois plus de chances que moi de rencontrer un pédé dans la rue. C’est assez vertigineux. Aux hétéros qui liraient ce poste par hasard : ça revient à draguer dans une caserne – ou pour les filles, draguer parmi une troupe de ballet classique. Je suis comme un pauvre qui souffre de faim devant des gosses joufflues qui se plaignent de n’avoir plus leur paquet de céréales préférés (vous savez celles où y’a le chocolat noisette dans des petits berlingots). Je dis ça, je ne veux pas clasher mes potes inutilement. Je les adore. Et il tolèrent avec tellement d’amour que je sorte draguer des mecs quand je leur rend visite, que je les aime encore plus. 

La seule chose qui me chagrine est d’être le seul à vivre avec cette vérité en tête : que nos histoires de cul ou d’amour sont véritablement conditionnées par un milieu, une offre relatif un espace. Grindr et les sites gays ont toujours eu ce génie de nous mettre en face de cette réalité spatiale du désir. Tous les pédés le savent. Et de ce que je lis, depuis l’âge du sida, on le sait : les pédés voyagent là où ça drague, ils savent retrouver la trace des coins de drague. Ce réseau de coins de drague est peut-être matériellement menacé par Grindr, puisque chacun n’a plus qu’à allumer son portable au lieu de se perdre dans les allées sombres d’un parc coupe-gorge (mon dieu, dans les années 70, j’aurais été le roi de la drague en plein air, meilleur qu’Al Pacino dans Cruising). Mais géographiquement parlant la réalité est toujours la même : les centres urbains concentrent toute la population pédé.

 

Drague_montpelier-capitale-du-vermont_940x705.jpg 

 

Le seul mec qui m’ait vraiment compris est un Américain qui était de passage en France. En accompagnant sa copine à un mariage, il est soudain entré dans mon aire de géolocalisation Grindr. On a tout de suite sympathisé. De pédé cul terreux à pédé cul terreux, on s’est compris. Il vient d’une ville du Vermont, qui s’appelle Montpelier (8000 habitants). Et longtemps après baisé dans les chiottes du dernier café avant la fin du monde, on a gardé contact pour se parler de la façon dont on vivait nos sexualités de fennec paumé dans le désert. On se racontait comment on avait fait quelques centaines de kilomètres pour aller baiser. Comment on était tenté de baiser de façon de plus en plus hard avec des bisexuels de passage. Comment on passait l’hiver à hiberner en se masturbant trois fois par jour. Une vraie relation extraspatiale cette fois.

Published by NKD - dans gay typique
commenter cet article
2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 21:36

Dyson_aspirateur-non-voiture.jpg

Serait-ce un aspirateur ? Non, le projet de voiture d'Apple... 

 

Je passais entre les rayonnages du Darty. Il y avait les modèles vaguement insectoïdes, les autres par contraste avaient un design plus rudimentaire, et il y avait en tête de gondole une petite famille de Dyson. Le grand, le petit, le moyen. Mais tous portaient sur eux le même air de famille technologique, sérieux en apparence et tellement simple et rigolo à l’usage. Tout le travail d’une interface simplifiée façon Apple. Ce qui s’en est suivi n’est que la conséquence logique de n’importe qui veut rêver devant une machine Apple : il rêve.

J’ai compris que j’étais pauvre dès que j’ai vu la tête de la vendeuse. J’étais venu lui demander le prix. Ne s’en souvenant pas, elle m’a fait comprendre par un regard désolé (et vaguement teinté de mépris) que c’était même pas la peine d’y penser. J’ai dû retourner moi-même devant l’étiquette pour trouver le prix d’entrée de gamme. Le ramasse-miettes Dyson était déjà plus cher qu’un bon aspirateur d’une autre marque.

J’ai dû reconnaître que j’avais été naïf/con. Je pensais qu’à défaut de grands aménagements dans mon appart, je pouvais avoir du bon matos pour le nettoyer – j’imaginais le plaisir que j’aurais d’être le technicien de surface de mon propre appart quasi-vide. Mais c’est l’inverse. Le bon aspirateur est en fait la cerise sur le gâteau de son emménagement, et pas le lot de consolation. Pauvre moi. Je pensais frimer en soirée en sortant le Dyson pour avaler les moutons de poussières devant les couples trentenaires avec enfants qui seraient venus apéroter chez moi (à l’heure actuelle, j’ai choisi de laisser les moutons de poussière paître tranquillement mon parquet flottant). 

J’ai dû faire une croix sur le Dyson et débuter ma vie de mec endetté sans lui. En province, les trentenaires peuvent jouer avec leur Ipad, mais ils n’ont pas l’argent pour se payer un Dyson. Le Dyson c’est l’Imac de la ménagère parisienne – le truc haut de gamme qu’on s’achète quand on a déjà les trucs haut de gamme moins cher. 

 

 

 

 Ne pas nettoyer l'escalier, mais l'idée d'un escalier. Et ne jamais faire le ménage si l'on n'est pas habillé en blanc avant.

       

Et ce soir, soudain, une dernière pub Dyson vient me rappeler la contingence de mon budget une dernière fois. Elle est apparue entre deux séquences du télécrochet du samedi soir (adieu le cinéma, adieu la Trou aux Biches ou les nocturnes à Pompidou). Mais cette ultime version des aspirateurs si technologiques qu’ils se confondent avec la magie pure (pour se rappeler le mot de A. C. Clarke) avait gagné quelque chose de vraiment ridicule.

 

 


 Mieux que nettoyer l'idée de l'escalier pur. Nettoyer une surface noire (où on ne peut même pas remarquer la poussière de toute façon). Toujours habillé en blanc. Avec effet bullet time au milieu.

 

Dyson avait rendu la technologie de l’aspirateur cool, en le rapprochant d’un vieux rêve mythique de souffle purifiant, qui se purifie même lui-même (puisque, hein, son truc, c’est de ne plus utiliser de filtre, mais de centrifuger la poussière elle-même). Evidemment, dans ce monde de cool technology, c’est toujours la femme qui passe l’aspirateur, mais cette fois-ci dans une galerie d’art, complètement démeublée. On croirait le jeu vidéo d’une simulation de nettoyage domestique. Elle n’a plus de manche d’aspirateur (trop frustre, trop proche du balai d’antan), mais un flingue aspirant. Et on la voit pointer son pistolet sur de grands monochromes noirs, parce qu’en plus on peut laver des surfaces pour laver des surfaces. C’est mieux que l’art pour l’art, c’est l’aspi pour l’aspi. Un geste pur qui efface la trace des autres.

22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 15:23

 

Gaydar_Futurama.jpg

 

Supposons si vous le voulez bien que nous ne soyons pas dans une émission de Frédéric Taddéï, et qu'on puisse vraiment tout dire, sans se faire prendre à parti par le plus extrémistes autour de la table, et sans avoir à radicaliser notre thèse en retour (ou la renier). Bref, on va s'imaginer être entre nous, par une fin de soirée d'hiver, ivres de bouffes et d'alcool, et on va parler innocemment de toutes les rumeurs horribles qu'on entend. Ce qu'avec un peu d'éducation on appelle parfois la comédie humaine.

La rumeur est le système limbique de la communauté gay. Se reconnaître entre pédés, noter les indices, ou deviner sauvagement qui en est n'est jamais une science exacte ; c'est un pur besoin, un instinct de survie. Le monde gay bruisse par conséquent de rumeurs, de paroles subterfuges, d'histoires interlopes qui sont comme autant d'indices qu'untel en serait ou non. Non seulement ces signes sont ambigus, mais en plus, ils ne peuvent être transmis publiquement comme des informations ordinaires. Double régime de rumeurs donc.

Il y a, pour cette raison, dans la communauté gay une sorte de tradition qui relève du rituel initiatique, et qui consiste à deviner qui est gay et qui ne l'est pas. Non seulement lire les signes, mais aussi dévoiler l'identité réel de celui qui est scanné. 

Forgé dans le vocabulaire technicisant de notre monde moderne, cette faculté a pris le nom de "gaydar". Mais en réalité, c'est beaucoup plus proche de la performance magique d'un shaman. Car concrètement, aucun gaydar n'est infaillible. Un psychologue qui a encore voulu bosser sur un sujet de thèse superficiel, facile et rentable a voulu en comprendre le mécanisme, et... nada. On déclare qu'une personne est gay, sans qu'on ait beaucoup de signes – une simple intuition inspirée par un regard, tout au plus. Mais même si le gaydar s'avérait une science exacte, son intérêt serait nul. Car les vrais cas passionnant, ce sont ceux où les signes sont apparemment contraires. Le travail du shaman gay consiste à redécrire si bien chacun de ces gestes qu'on croit véritablement avoir fait apparaître une deuxième réalité. 

 

 

Ma performance shamanique la plus récente a été de deviner qu'un candidat de relooking extreme était gay. On regardait ça paresseusement avec un pote sur mon canapé, et j'ai dit, simplement "ce mec est gay". Il a suffi de regarder de plus près et mon sort a pris aussitôt effet. Chaque accolade qu'il faisait à Chris Powel (le coach animateur super bogosse) semblait être un peu trop longue, un peu trop savouré. Puis toutes ses déclarations semblait suspicieuse : le mec était vierge, exprimait un peu trop fort son désir d'être marié et normal, et surtout il mangeait visiblement pour fuir tous ses problèmes. Tout ça suivi plus tard de l'aveu de son propre viol. Bon, c'est une émission où on ouvre les tripes d'un mec pour lui dire que maintenant qu'il s'est mis à poil tout ira mieux. Du traumatisme public (le mec se fait insulter par un SDF au moment où il fait un exercice dans la rue) pour guérir un traumatisme privé. Ces émissions servent à tester son propre talent de pisteur de secret. Elles ont cette utilité ethnographique : s'habituer et affiner nos talents sociaux avec des histoires de traumatismes à dévoiler.

Passées les sept émissions de Secret Story, vous pouvez être rodé au pistage de secrets, mais pas encore à l'effet du dévoilement de ce secret. Le drame qui entoure la déclaration public du secret, c'est la drogue du mec qui outte et qui balance sur les autres. Un autre pote m'avait expliqué comment un jour, il était tombé sur le fils d'un mec célèbre dans le milieu du showbiz français (un bon thème de comédie humaine, hein), et très vite, ce mec se confie, en racontant – et là vous allez sentir comment on peut prendre en otage quelqu'un simplement par un secret – qu'il a été adopté uniquement pour se faire violer par son beau-père et ses amis. 

Celui qui raconte cette histoire met aussitôt ses auditeurs en difficulté car ne pas y croire c'est faire preuve d'une insensibilité qui virerait presque à l'agression. La révélation du secret appelle une telle empathie qu'on a l'impression qu'on nous extorque notre confiance. Mais si ce récit est vrai, il est horrible deux fois : par son contenu et par le silence coupable qui l'entoure. Ces confessions n'ont donc pas qu'un effet local sur nos croyances (par exemple en ce qui concerne cette célébrité en question), mais elles nous présentent une autre version du monde : un monde où un homme puissant peut s'acheter des enfants pour les violer. Les bons mythos perçoivent tout de suite le potentiel renversant de leurs mensonges. Et ils nous tiennent avec ça. La seule porte de sortie est de croire qu'on est tout simplement incapables de savoir quoi que ce soit.

 

Gaydar_DC.jpg

 

Entre la révélation fracassante et le simple outting, il peut y avoir un monde. Mais il y a aussi toute une partie de la découverte de l'homosexualité qui est si importante qu'elle refaçonne notre monde. Ce moment est crucial dans l'évolution d'une jeune pédé. A l'époque, c'était l'histoire de Bruno Masure (l'ancien présentateur de France 2) bourré dans les chiottes du queen qui aurait à moitié sauté sur un jeune mec, qui m'avait presque traumatisé – parce que Masure était très propre sur lui, un peu pince-sans-rire. Depuis, j'ai toujours en tête une liste de mecs gays célèbres dans plein de domaines, qui ancrent solidement dans mon esprit l'idée que j'ai une légitimité à exister dans ce bas-monde. Ils forment littéralement mon totem, mes ancêtres illustres que je peux convoquer pour devenir super bitchy. 

Mais il y a des échecs qui font un peu réfléchir. Certains de mes potes soupçonnaient depuis le début Steve McQueen d'être gay : le mec fait des films trop cul, trop direct, trop torturé. Et il fout toujours Michael Fassbinder à poil. Bref, une folle honteuse de plus, de notre camp, mais comme plein d’artistes dans le monde du cinéma, super au placard. 

Mon ancien prof de français gay qui me drague une fois de temps en temps a plaisanté en racontant que Huysmans était gay. Je me suis aussitôt dit que c'était cool qu'un super écrivain de plus rejoigne la bande et marche avec nous "on the wild side". Puis, une vérification internet plus loin, j'ai déchanté. C'est en fait le pote de Huysmans, Jean Lorrain, qui était un gay déclaré. Huysmans a simplement été vanné par tout le monde parce qu'il avait avoué qu'il avait un ami sodomite. Ce qui est plutôt cool et courageux de sa part. Les deux s'écrivait des longues lettres sur l'inutilité et la vacuité du désir, mais finalement si Huysmans était paumé, Lorrain lui avait l'air de bien s'amuser... Bref, la rumeur au départ flatteuse à mes oreilles avait un fondement tout à fait diffamatoire à l'égard de Huysmans. Dans ce même blog, j'avais raconté comment on a taxé le catcheur black Quinton Rampage de gay parce qu'il était simplement un peu marrant. Dans ce cadre encore, la révélation de l'homosexualité est ambiguë, elle me ravit, moi, mais elle a un fumet parfois un peu nauséabond. Je ne connais pas les circonstances qui ont poussé à soudain révéler que Gandhi ou Malcolm X était bi/gay, mais elles pourraient elles aussi n'être finalement que des diffamations retournées en lauriers LGBT.

Au milieu de ce pétage de canalisation jaillissante de merde qu'a été l'affaire Dieudonnée – avec règlement de compte entre Soral, LePen, Nabe, Jour de colère etc. pour savoir qui est le vrai facho – beaucoup de potes gays m'ont confié que beaucoup de fachos d'extrême droite étaient purement et simplement des folles honteuses. J'aimerais citer les noms, mais je me retiens. Toute une part de la culture skin, facho et néo-nazi est effectivement en lien avec le processus de légitimation de l'homosexualité au cours du XXème siècle. Et quand ces potes m'ont dit ça, on y a vu une occasion de formuler pour nous une image du monde, à partir du secret qu'on détient. Un secret où la répression des pulsions rendrait spontanément facho. Bien sûr, on conclut tous en souhaitant plus de transparence.

Je nous caricature un peu mais l'essentiel est que notre pouvoir de dévoilement de l'identité sexuelle n'est pas complètement destiné qu'à nous-mêmes. On n'est pas en train de se congratuler en permanence de faire partie de la même côterie. Je crois que comme tous les shamans, on se donne un rôle social. Notre excentricité (au sens propre) est utile à la société pour obliger à envisager une autre dimension à laquelle elle n'a pas accès. Tous ces outings qu'on fournit, vrais ou faux, ont cette destination finalement : c'est par eux qu'on se rattache au cours normal de la vie hétéro, car on connaît les coulisses de l'hétérosexualité mieux que les hétéros eux-mêmes. Notre monde n'est que l'envers du leur. Et comme les morts reviennent une fois de temps en temps hanter les vivants, il est normal que les gays hantent les hétéros. L'outing est un rituel par lequel la société retrouve son unité. 

Published by NKD - dans gay typique
commenter cet article
3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 00:33

 

Nuages_miyazaki.jpg

Au moment où Miyazaki boucle son dernier opus, je comprends enfin ce qui me plaisait tant dans ses films, voire dans les mangas en général. 

Son film en gros, c'est deux heures de vent qui souffle dans l'herbe. C'est beau. Honnêtement, mon côté poète zen qui s'entraîne à faire des haikus à chaque SMS se contente facilement du premier vent qui brosse l'herbe verte. 

Notez, c'est encore plus beau quand il y a des fleurs. Encore plus beau s'il y a de la pluie sur les fleurs. Et vous pleurez, si le héros fait sa demande de mariage avec du vent, de la pluie, des fleurs et des pétales de cerisier japonais. Bravo Miyazaki. Depuis le Vent se lève, j'ai super envie d'incarner des élémentaires dans les RPG.

Mais le vrai truc magique, ma petite révélation – parce qu'en ce moment je suis dans un cycle infernal de relecture geek et rigoriste de chaque film – ce sont ces nuages au ras du sol. Ces nuages rasants sont aussi sur l'affiche du film. C'est ça la poésie ultime. Ces nuages qui touche les collines sont le summum de la poésie miyazakienne parce qu'ils annulent physiquement et symboliquement la séparation entre le ciel et la terre. Vous êtes la tête dans les nuages. 

En toute bonne logique météorologique, ces nuages ne devraient rien avoir à foutre ici. Aucun nuage peut être aussi rasant. Après tout, Miyazaki qui nous bourre de détails sur la construction des avions, aurait dû être aussi cohérent en ce qui concerne la météo. Mais il sanctuarise un espace de délire (comme les bruitage, tous fait à la bouche – très bonne idée).

 

nuages chateau

Ces nuages aussi présents dans le Chateau Ambulant. 

Des nuages de montagne ?

 

En voyant ces nuages, ça m'a rappelé beaucoup de mangas, tout simplement, qui se permettent cette license météo. C'est le monde selon Miyazaki, mais c'est aussi le monde selon Mario deuxième génération (puisque le monde de Mario n'avait initialement qu'un sens très prolétaire : mario range les tonneaux, les bouteilles de laits, répare les tuyaux etc...) où on saute du sol au nuage en quelques secondes. C'est même un tic que j'avais quand je dessinais dans le style manga, je mettais des nuages rasants derrière chaque colline. 

Le médium dessin animé m'avait masqué cette anomalie. Dans un film, ça aurait sauté aux yeux de tout le monde. Mais c'est la magie du dessin : ce qui s'harmonise formellement n'a plus besoin de justifications, ni l'expérience, ni l'habitude, ni la physique, rien. Et Miyazaki le sait d'ailleurs. Puisque pendant tout le film, le rêve et la réalité s'opposent. Le rêve est délirant. La réalité est mécanique. Dans le rêve, tout change, tout devient chelou. Dans le film, on a le droit à plus d'avions qui s'écrasent que d'avions qui volent. Comme si le rêve était le concentré d'une propriété que la réalité possédait en si petite quantité qu'elle paraîtrait caché. En cela, le rêve serait plus réel que la réalité.

 

Nuages types

26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 03:01

 

richboy3.jpg

 

 

TOP 1 : "Let me show you some black history"

Dans mes moments de doute et de déprime, je bouffe un Macdo. Pour que ça ait l'air moins la lose, j'invite un pote. Et si le pote est un universitaire brésilien très malin que je connais uniquement parce qu'il aime coucher avec moi, c'est pas grave, ça fait le job. En repartant vers la gare, donc, on bouffe un macdo et il me montre un mec rasé, genre légionnaire, blanc, limite rougeaud, sans fioriture et même un peu beauf (wrong sneakers). Et en ajoutant le moins de mots possible, il me fait comprendre que ce mec l'excite. Moi je lui montre un mec métis qui tope une clope à une meuf bourge qui passe devant lui, et qui pourrait lui faire l'amour dans la rue tellement il a du style. Ce pote et moi, on n'aime pas les mêmes genres de mecs. Lui est black, il aime les blancs, moi je suis blanc et j'aime les black (en gros). 

Ce qui est génial c'est à quel point un film porno peut résumer ça. 

Le film s'appelle "une racaille commet une effraction et exige un cul" (mes traductions sont à peine plus littéraires que le titre original). La caméra suit une sorte de daddy black, avec un look de cambrioleur façon cartoon (lunettes et bonnet noirs). On ne sait pas comment mais il arrive dans une grande baraque de bourgeois. Puis on voit le bourge en question. Il porte un pull jacard, a les yeux bleus clairs, et est parfaitement rasé. Le bourgeois est blanc. Et on sent tout de suite qu'on va avoir droit à un bon porno à "érotisme oppositionnel" – avec ces guillemets, je ne cite que moi, hein, mais parler de porno entre guillemets ça prolonge encore l'excitation. 

Tout l'érotisme vient de l'affrontement de deux contraires (je ne connais pas la différence entre pornographie et érotisme – trop subtil pour moi)... Je veux dire, il y a des porno où l'érotisme est redoublé au contraire par le fait que les deux acteurs sont beaux de la même façon. Deux bogosses baisent. Boring. Deux bears baisent ensemble, et c'est presque aussi ennuyeux. Mais y'a tous ces films bizarres où y'a un vieux et un jeune, un bear et un minet, un noir et un blanc, un bourge et un prolo etc. etc. Et là évidemment on se demande combien de temps ils vont maintenir le cliché dominant/dominé, et à quel moment au contraire ils vont mettre à mal ces clichés par la baise.

Le truc donc c'est que le cambrioleur entre dans le salon et voit le petit blanc en train d'écrire sur un bloc-notes : "Roots", son études des racines de la culture africaine. Evidemment, ce que lui dit de façon très approprié le cambrioleur c'est : "tu aimes chercher les trucs black, je vais te montrer... ma grosse histoire black !" Et pour bien se faire comprendre en moins métaphorique : "Tu veux apprendre l'histoire black alors suce cette bite !" Le mec te dit quoi, en fait, il te dit sa bite, c'est l'histoire. Baiser, c'est baiser l'histoire. Sucer une bite, c'est sucer l'histoire. Il n'y a pas de désir hors histoire. Alors ok, la suite du film n'est pas bourrée de surprises (pas de perturbation majeure des clichés). Mais c'est juste cette phrase "let me show you some black history" que je trouve magique. Parce qu'en effet, mon pote brésilien et moi, on a un imaginaire post-colonial. Ce qu'on fait nos ancêtres nous obligent à vouloir baiser ensemble, même si on est noir et blanc. L'Histoire nous a installé un relais direct au niveau des couilles. Merci M. Manhub d'avoir compris ça avec moi.

 

 

 

TOP 2 : tout "Big Dick Bitch".

Là c'est du crade, de l'irrémédiable ; ça va vous coller aux rétines. Et en même temps c'est super drôle. Big Dick Bitch suce Obama déguisé en Michelle, baise les maquereaux, domine les témoins de Jéovah qui frappent à sa porte, drogue les militaires pour les enfermer dans son donjon, et littéralement comme le dit l'un de ses titres "encule la police". Pour les plus gentils d'entre vous, ne regardez pas. Il ne s'agit pas de sexe hardcore, de performance façon TIM, qui aligne les culs dilatés sur les murs d'un musée enrobé d'un discours pseudo-deleuziens. Non. Big Dick Bitch est formidable parce qu'elle enfonce l'imaginaire mental et verrouillé de l'hétérosexualité comme si c'était une porte ouverte. Donc ça explose, quoi. 

Ses vidéos de she-male ou de tranny sex (sorties chez Raw Dogg – dont le logo est un pitbull noir qui monte un pit blanc) montrent en gros ces mecs machos qui pensent avoir affaire à une femme, et qui finalement se disent pourquoi pas sucer et se faire baiser. Mais TS Madison alias Big Dick Bitch est drôle. Elle arrive à attirer à elle tous les freaks de l'hétérosexualité et de la communauté LGBT black. Elle met dans l'ambiance les amateurs et les fans qui viennent la voir tout en utilisant les codes de la culture pop. Elle parodie les scénars de série B et les effets de Tarantino/Rodriguez, se déguise en Wonder Woman, ou rejoue les situation de blaxploitation. Bien sûr, comme toute mini-star du net, elle risque de surexploiter son image et bientôt rester un souvenir vague de plus dans la grande mémoire recombinable du web. Bref, vous la trouvez sur youtube en train de préparer ses interviews.

Mais ce sont les mecs qui sont à la fois attirés par elle et dévorés par elle qui me fascinent. Ils sont comme des papillons brûlés par son charisme étrange. Il y a comme un reste de mythologie de l'androgynie parfaite qui leur reste dans le crâne, et qui s'active chaque fois qu'ils voient Big Dick Bitch déguisée en Wonder Woman ou en perruque rouge. Au début, on se dit naaaan mais ces mecs sont en apparence des hétéros machos parfaits... et bim, ils finissent tous par y goûter. Plein de vidéos de trannies présentent habituellement les trans comme des objets à fantasmes pour des hommes hétéros, mais elles restent muettes. L'idée de BDB c'est de redevenir le centre de l'attention, de retrouver une parole, avec un élément comique indirect dont Big Dick Bitch a pleinement conscience. Elle a ce pouvoir sur les hommes – pas parce qu'elle est une femme cis parfaite – mais parce qu'elle est hors norme. Sa queue aussi disproportionnée que ses perruques, et un cul aussi large qu'une montagne. Big. Dick. Bitch.

 

Porno_yoann_lemoine-detail.jpg

Le voici encore innocent, pas encore barbu. Mais déjà avec de gros engins dans la main.

 

TOP 3 : juste une compile toute con d'éjac mais avec Woodkid en fond.

Je ne pourrai jamais dire assez de mal de Woodkid. Il concentre à lui seul tout le pompeux, le fumeux et le vaseux de l'époque. Sa barbe à lui me donne envie de raser ma barbe à moi. Il est l'obsolescence programmée du look barbe + casquette (le jour où moi je m'y mettais un peu, la vache !). Sans le savoir, ce mec va accélérer la fin de toute la musique pop occidentale (enfin ?) pour ne laisser derrière lui qu'un désert radioactif de K-Pop. Ce mec a le genre de barbe dont on a l'impression qu'il se la met le matin en se réveillant et se la déclipse le soir en se couchant... Il mériterait d'être outté, et on devrait remercier plutôt le mec des The Shoes qui écrit sa musique. Mais y'a au moins un truc de bien : sa musique fonctionne sur une compile d'éjac. Le titre "Run boy run" plus précisément. Là j'avoue que ce n'est plus du tout un scénar, c'est presque un projet de montage, d'installation artistique. La compile était en slow motion... Le mec qui l'a posté sur xtube a eu un coup de génie, car le slow motion, c'est la fausse bonne idée des clips de Woodkid (c'est ce qui sert à nous faire croire que waouw y'a du travail) ! Donc dans le fond, cet artisan anonyme du porno a su remettre à sa juste place la musique de Woodkid, et je dis ça sans mépris (pour une fois), c'est-à-dire en bande originale d'une longue branlette laborieuse. 


 

Published by NKD - dans sexe
commenter cet article

Présentation

  • : Gays and Geeks
  • : Le blog du mec avec qui vous aimeriez parler dans un café de tout et n'importe quoi – mais que vous hésiteriez à rappeler pour en boire un deuxième parce qu'il a quand même l'air flippant et immature. Bref, le blog d'un queutard romantique qui essaie de trouver la paix intérieure et le salut par la culture pop. D'intello qui lit encore Naruto. De fan de Kele Okereke qui n'arrive pas à aimer son dernier album.
  • Contact

Recherche

Liens