Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 02:42

 

 

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source.

 

Au moment de raccrocher les gants de la drague sur internet, je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée émue pour tous ceux qui viennent d'y rentrer. Les jeunes mecs qui s'arrangent des rendez-vous loin de chez eux en pitchant leurs profils web comme la jaquette d'un film Titan. Les mecs timides et romantiques qui vont ressasser mille fois la cruelle règle du net (extension de la règle cruelle de la réalité) : on juge tous sur le physique, et on cherche tous (aussi) du cul. Et ceux qui s'usent les yeux sur les murs de profils et leurs milliers de petites vignettes de mecs, et qui, de fatigue, finissent par cliquer pour de mauvaises raisons sur la photo du mec qui montre un bout de sa bite.

A tous ceux-là, je lègue ma phrase qui tue. Ma période de drague désespérée – qui s'est déroulée dans un état de semi-sidération, les chakras bien ouverts par le ressassement de l'ironie de l'existence – a pris fin. Et il est normal que chacun ait sa chance, bien qu'en vérité seul un petit nombre d'entre nous, stylites du tchat, pourront atteindre ce moment d'absolue ouverture au monde qu'est le pur parcours des beaux gosses du web dans la seule et légère intention de leur faire des compliments et une vanne (y compris sur leurs bites). 

Comme pour toute formule magique ou citation abusive d'écrivains célèbres, il y a des conditions et des avertissements.

Premier avertissement : ma phrase qui tue ne saurait être maniée que par ceux qui ont des intentions pures, parce qu'elle est foutrement romantique. 

Deuxième avertissement : ma phrase qui tue, enfin, doit être utilisée avec précaution, parce que si vous vous comportez comme un chacal après utilisation, il est probable que votre parole et votre crédibilité web fonde comme neige au soleil, ou comme le ferait un toon plongé dans la trempette (comparaison spéciale 80's, en hommage à Roger Rabbit qui était un très bon film, flippant et méchant, et qui a fait de nous tous des grunge flippés par leurs enfance). Vous n'aurez plus de parole du tout, et tout ce que vous direz sera pour la vie accompagné d'un kikoo lol.

 

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Une belle métaphore de la vie – à reproduire en poster pour accrocher chez soi.

 

Voici maintenant ma phrase qui tue – au préalable, vous avez produit toutes les mensurations et autres chiffres d'usage à votre interlocteur (appelons-le Outsidebear28), considéré sournoisement l'état d'urgence sexuelle de Outsidebear28 en vous frottant les mains, et convenu ensemble que les tchats était des lieux de déperdition, et que vous et Outsidebear28 seulement en étiez les rescapés.... alors Outsidebear28 vous demande ce que vous attendez de cette rencontre. Le piège est tendu : soit vous répondez rien, et alors la conversation n'a plus d'intérêt, soit vous répondez que vous cherchez l'amour et alors vous devenez aussi flippant qu'un Freddy Kruger qui courrait après les enfants simplement pour leur faire des bisous. Soudain, vous vous souvenez que vous avez lu la phrase qui tue sur ce site. Et elle vous revient... Alors vous écrivez "Tu sais, Outsidebear28..."

 

"L'amour ne rend pas la vie meilleure, il rend la vie possible." 

 

Explosion de sens tout à coup sur la résosphère. Tous les gays se souviennent soudain qu'ils sont aussi les petits enfants de Proust, de Platon et de cette vieille folle de Socrate. Mais que veut dire cette phrase magique ?

Le contexte. C'est une phrase que prononce le prêtre à David, dans Six feet under – quand ce dernier David est sur le point de quitter Keith (le fou !). So far, la phrase reste plutôt inconnue, sur le web francophone aussi bien qu'anglophone, bien qu'absolument géniale.

 

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Remember Mathew St Patrick...

source.

 

Le paradoxe, c'est qu'à la prendre comme elle vient, cette phrase signifie que l'amour, bien que nécessaire pour vivre, ne change absolument pas la vie. L'amour n'est pas un ticket d'entrée à Disneyland (où Mickey porterait un jockstrap et Dingo serait fétichiste – non plus). Il vous laisse dans votre banlieue rurbaine où vous êtes né. Simplement, vous ne vous suicidez plus. Vous embrassez votre vie telle qu'elle est, avec ses plaisirs réguliers et ses grands moments de flottements qu'on finit tous par trouver poétiques à force de regarder des films de Miyazaki. 

Cool.

Cette phrase est géniale pour une autre raison. Elle rassure tout le monde quant à deux choses : 1) il n'y aura pas de drame, car l'amour n'est pas un bonus de vie, c'est juste la vie, et 2) ça ne sert à rien de faire comme si on était au dessus de tout ça, l'amour et tout... C'est la phrase parfaite pour les gays. Car oui, soit il y a une drama-queen (qui veut être aimé à tout prix) soit il y a un queutard (qui méprise l'amour) en chacun de nous ; et il est même possible de les cumuler par alternance. L'amour, c'est simplement vital. 

Alors, certes, dans la série, la formule a une forte résonance chrétienne. Quand l'amour est partout, c'est aussi Dieu qui est partout... Et aussi, cette formule a quelque chose de sévère et contraignant, puisque le prêtre de Six feet under en tire argument pour que David ne quitte son mec à aucun prix. La relation amoureuse doit primer sur tout le reste (plaisir compris). Mais on n'a pas besoin de souscrire à ces présupposés pour faire fonctionner cette phrase sur les tchats. C'est même plutôt le génie de la série Six Feet Under de voir comment le conseil du prêtre pour un mariage en crise marche soudain très bien pour un gay paumé. 

Par NKD - Publié dans : gay typique
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 23:19

 

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D. Duchovny, G. Anderson et C. Carter.

Les apôtres hypocrites du No-sex ?

 

Il suffit parfois d'une cuisine et d'une humide soirée d'hiver pour faire revenir les fantômes du passé. Les petites lumières des fêtes tournoyaient encore dans la nuit, quand une copine australienne et moi sommes arrivés, après un long détour inexpliqué et gratuit sur les cultural studies, à parler d'X-Files.

D'abord, parler d'X-files après ces dix années de folle ingestion de séries, c'est comme décider de faire une pause, de commencer un régime. Cela signifie qu'on est prêts à revenir un peu sur le passé et à trier les bonnes des mauvaises séries et à retrouver, un peu comme dans les familles décom- et recomposées, l'oncle génial ou la tante géniale qu'on a toujours regretté de ne pas être allé voir plus souvent. 

Mon premier souvenir d'X-Files est celui, diffus, d'une écholalie de manteaux et de vestes noirs, de forêts canadiennes, et de musique ultra-chiantes habillant des regards concentrés et des moues interrogatives. Mais la différence la plus frappante par rapport à toutes les séries actuelles, c'est que dans tout ça, point de cul !

 

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Où et quand se faire un plan cul dans une forêt ?...

Une vraie question soulevée par X-Files.

 

Aujourd'hui, il semble inconcevable qu'une série ne montre pas de scène de cul réaliste ou traumatisante. Et pourtant, moi, et des millions d'autres spectateurs avons passé au mieux neuf ans de notre vie à nous extasier devant la micro, voire nano-tension sexuelle entre Mulder et Scully. Un baiser à la saison 7, que je n'ai jamais vu. Un baiser coupé au montage pour le film Combattre le futur. Et c'était tout – ah si, la ridicule grossesse christique de l'agent Scully (point de baiser, mais un bébé !).

X-Files était finalement une série de gros intellos nerds qui avaient peur du cul, dont je faisais manifestement partie. Car contrairement à ma camarade australienne, en raison de ma lointaine parenté avec le continent hétérosexuel, je n'ai jamais été fasciné les échanges minuscules de phéromones entre Mulder et Scully. 

 

Xfiles Geeks

 

Si on veut saisir toute la différence entre ces premières séries "adulte" et celles d'aujourd'hui, il suffit de regarder un épisode de True Blood ou, pour citer le même créateur, le pilote de Six Feet Under. Les scènes de sexe sont brutales, un peu grotesque, et relativement hot. La clé des scènes de cul vampires, c'est qu'elles sont généralement des scènes de badigeonnage de matières (terre, sang...). True Blood n'arrive même plus à se contenter de la mythologie vampire, qui fait du sang un équivalent du désir sexuel, puisqu'à chaque scène de sexe un peu intense, les personnages baisent et se sucent le sang. Bill et Sookie se roulent alors dans le sang envoyant alors directement au pressing tout un jeu de draps en satin. Du porno et du symbole... à moins qu'on ait finalement affaire à une énième déconstruction du symbole sexuel – Alan Ball nous disant purement et simplement : eh, les mecs, le symbole du sang, en fait, ce n'est pas un symbole, c'est vraiment du sang !

 

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True Blood réinvente-t-il la sexualité vampire ?

 

Quitte à prendre les choses très littéralement, je serai assez prêt à réviser mon jugement sur le puritanisme d'X-Files... car après tout, l'absence de vie sexuelle des personnages n'est peut-être, elle aussi, qu'une réelle absence de vie sexuelle. Mulder suggère lors d'un épisode qu'il est plutôt un vieux garçon qui se mate des pornos en buvant des bières. Et les vannes sur le côté vieille fille de Scully sont toutes entières contenues dans le contraste entre son manteau informe et sa bouche pulpeuse. Scully pue le sexe mais se barricade dans son tailleur démodée, voire dans une blouse de médecin (quand elle pratique des autopsies). Sous cet angle, X-Files témoigne de la misère sexuelle inhérente à n'importe quelle vie héroïque.

Mais il y a une scène non ambiguë, que beaucoup peu de fans retiennent, mais qu'on oublie trop vie aujourd'hui. Parce qu'elle paraît justement irréelle, et qu'elle n'a aucun statut narratif claire. A la fin de l'épisode 5 de la saison 5, le fameux "Post-modern Prometheus", Mulder et Scully dansent ensemble dans un bal de monstres. Ils dansent avec tous les pecnauds sur un air de Cher. Il y a du freak et de la pop dans cette scène de danse, à défaut de sang, de sperme ou de merde. 

 

 

Attention, ne criez pas au mauvais goût tout de suite : 1. C'est ironique, mais 2. Cher a réellement été associée à l'épisode (puisqu'il est écrit en collaboration avec elle)...

 

 

Par NKD - Publié dans : trop de séries
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 02:13

 


Jxvidéos giant-Nintendo-NES controller DIY

      Si vous voyez de grosses manettes NES dans votre vie, et que vous appuyez dessus avec enthousiasme.

Attention, ne riez plus : quelque chose a dû se briser en vous...

 

Un gros roux, barbu et le visage rouge faisait la visite. Je crois pouvoir dire que son haleine n'était pas mentholée. Nous étions quatre visiteurs en tout, debout et dignes – entourés de jeunes lycéens dépressifs, shootés à l'aspartame et même pas au vrai sucre, trop incultes pour choisir entre un look goth ou emo corrects, et dont la vie consiste en un sitting permanent un smartphone à la main... 

Quatre : en fait, un grand-père en jogging rouge qui moulait bizarrement l'entrejambes, ses petites filles, dont une qui regardait tout avec des grands yeux bleus hallucinés et un sourire édenté – mais déjà trop âgée pour que ça ressemble au visage frais de l'innocence – et moi...

Il ne s'agissait pas de l'expo du Grand Palais, mais d'une petite exposition de vieilles consoles dans notre médiathèque de province. La même asso avait prêté les pièces. Intitulé de la visite (une des bibliothécaires avait fait le tour des tables pour recruter... et j'étais le seul à être descendu à l'étage inférieur) : "histoire des jeux vidéos, et... explication de la classification des jeux vidéos". Radical, non ?

En bas, dans le hall, Marcus (le mec sympa qui fait de la télé) signait son livre "La Fabuleuse Histoire des jeux vidéos". Si vous avez un souvenir nostalgique de vos premiers "Tilt" ou "Console +", la maquette est la même : horriblement putassière, même pour les enfants de 7 à 11 ans (période pervers polymorphe). Car sous prétexte de respecter une esthétique pop 90's qui n'a jamais existé, notre bon journaliste se permet d'écrire un minimum de mots dans un maximum d'espace saturé par des couleurs toutes plus laides les unes que les autres. A moins d'avoir à réapprendre la distinction entre la couleur bleu d'avec la couleur verte, ou la différence entre Mario et Sonic, vous n'avez aucune raison d'acheter ce truc.

 

Jxvideos_mathieu-triclot.jpg Bien mieux que le livre de Marcus. A tout point de vue !

 

Nous étions donc seuls avec notre guide radical, qui lui, de toute évidence avait vécu et portait encore les stigmates de cette époque troublée des premières consoles. Immersion totale. Concrètement, ça donne une petite heure de visite chiante et technique. Et bref, on se répète tous mille fois : Les jeux c'est drôle d'y jouer, et pas drôle d'en parler. Sauf le grand-père qui adorait les détails techniques. Il sentait la retraite heureuse, pendant laquelle tout vous re-passionne. Même si ça peut paraître une bonne idée, une expo de jeux vidéos, il suffit de penser à ce que serait un guide tour du musée de la belote et du rami pour se convaincre du contraire...

Le temps de cette heure de visite, c'était comme redevenir un geek avant que le terme soit à la mode, en fait, redevenir un truc sans nom, i. e. un mec chelou qui s'intéresse aux jeux vidéos, dont les yeux brillent quand on lui propose de faire une partie à 4 de Super Bomberman II. L'horrible sensation de gêne n'est pas descriptible, alors voici ce que j'ai retenu, puis reconstitué à travers la foule d'informations techniques sans intérêt.

En trois étapes, ma contre-histoire du jeux vidéo, soufflée par le guide roux à l'haleine radicale : 

1. Les jeux vidéos, c'est pas mignon, c'est graveleux.

2. Les jeux vidéos, c'est pas une industrie culturelle increvable.

3. Les jeux vidéos, c'est pas le progrès technique constant, c'est d'abord du divertissement qui tire parti d'un dispositif minimaliste. Less is more !

 

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Pourquoi Pacman est-il si méchant...? Serait-il un violeur multirécidiviste de fantômes colorés ?

 

- Fait n°1 : Pacman s'appelle Pacman pour de très mauvaises raisons. "Pac" ne veut rien dire, mais "pucka" si. C'est le bruit que fait un truc qu'on mange en japonais. "Pucka pucka !" est l'équivalent de "scruntch scruntch", ou si vous trouvez déjà "scruntch scruntch" trop ringard (rapport au chocolat au lait et aux riz soufflé qui ne se vend même plus), vous pouvez miser sur une traduction plus "2.0" telle que "om nom nom nom". 

Notre médiathèque est neuve, ou quasi, et sa machine à café le lieu d'une perpétuelle réinvention de sujets de conversations. Notre guide a dû croire que tout ce qu'il dirait serait aussi brillant que le soleil reflété mille fois sur les nouvelles vitres gigantesques du hall d'entrée. Car il a relancé. Mais pourquoi pas "Puckman" ? Puisqu'en effet, de "puck" à "pac", il y a encore un dernier maillon explicatif à franchir... Personne n'en savait rien. On pensait que l'anecdote était finie, qu'on pouvait partir. "Pucka" nous suffisait. Nous vendre un bout de connaissance en onomatopée japonaise suffisait.

 

Jxvideos_pac---pal.jpgPacman, violeur en série...

Ici, avec Miru, le seul fantôme genré de la bande. 

C'est une fille. Très bon article ici.

 

Alors, qu'en fait... si le jeu s'appelle Pacman (premier jeu avec une intelligence artificielle aléatoire), c'est parce qu'avec "Puckaman", si des jeunes s'étaient amusé à effacer une partie du "P", ça aurait pu faire "Fuckaman" ! De ce point de vue, le titre "Pacman" semblait mieux protégé contre le vandalisme potache des teenagers.

 

Jxvideos_jr_pac-man_2_yum_yum.jpg Pacman rattrapé par la solitude et l'échec de son mariage avec Pacgirl

commence à aller draguer la femme du voisin. On attend la série façon Mad Men.

 

Les mecs qui ont pris cette décision ont quand même dû penser qu'il était plausible de voir la tranche de camembert jaune (Pacman) une bite à la main en train de courser les fantômes pour les violer après avoir bouffé une pillule de viagra magique. Se rendait-il compte de la portée de sa suggestion ? Les teens qui jouaient à Pacman étaient donc légitimes à penser que le truc jaune sur l'écran était en réalité une métaphore universelle de la baise. 

Un jeu aussi simple que Pacman n'a finalement rien de transparent. C'est très opaque symboliquement une bouche en pixels, encore très freudien. Et j'aimerais conclure abusivement que ce sont les implications sexuelles de ce jeu qui a pu le rendre si intéressant. Comme si finalement, il n'avait jamais été ludique en soi de ramasser de petites billes et manger de plus grosses pour bouffer des trucs encore plus gros et flippants comme des fantômes... la triste réalité des jeux vidéos. Aussi beau que ce soit, on verra toujours des bites courir quelque part.

La même vérité reformulée pour les possesseurs d'I-phone : pour vendre un simple jeu de lancer, on doit faire comme si c'étaient des méchants oiseaux (angry birds) qu'on lançait pour tuer des blobs innocents... sinon on s'ennuierait.

 

 

 

- Fait n°2 : il existe 300 versions de Pong. Parce qu'Atari n'a jamais déposé les droits sur le premier Pong... les boules pour eux. Ils auraient pu être milliardaires à si peu de frais. Pendant ce temps, donc, les jeux où deux trucs se déplacent à gauche et à droite de l'écran ont pullulé. Le krach des jeux vidéos de 1983 est directement lié à cette prolifération du même jeu sans style. Le mot important : "krach". C'est à peine exagéré. Après 1983, le marché a été débarrassé de plein de consoles ratées. Et c'est Nintendo qui a sauvé la mise de tout le monde, alors que personne n'y croyait, grâce au plombier de Miyamoto, le Lennon des jeux vidéos. Résumé rapide : les Américains ont moins d'imagination que les Japonais.

L'industrie du jeu vidéo n'est pas franchement une industrie de tout repos, et certainement pas increvable. L'usure d'un principe de jeu est rapide, ultra-rapide, et l'apport technologique le renouvelle peu. Ce qu'il faut aux jeux vidéos ne se résume pas à de la bakelite et des circuits conducteurs. Il faut de l'imagination, des héros, des récits, des idées... Et plus encore... car Miyamoto a sauvé la mise par une sorte de hasard total. Sa présence elle-même est bizarre. C'est un excentrique pur et simple, transfiguré par l'idéal d'amour des Beatles, le tout relevé à la sauce soja. Après tout, il y en a peu comme lui, et il a fallu des conditions très particulières pour qu'il soit entendu. Car le moteur de sa réussite tient à un renversement étonnant dans le domaine de l'industrie culturelle : on ne vend plus de consoles avec des jeux, mais des jeux qui ne tournent que sur certaines consoles (essayez d'imaginer l'inverse avec votre i-pod et la musique). 

 

Jxvideos_dreamcast.jpgLa dreamcast : première console avec modem... et pourtant, il n'en reste rien.

 

Pour se rappeler à quel point les jeux vidéos sont fragiles, il suffit de se souvenir de tous les cadavres qui jonchent l'histoire des jeux vidéos. Il y a quantité de consoles mortes-nées, dont pourtant la force technologique était évidente à l'époque... Rappelez-vous feue la dreamcast, feue la gamecube, feue la nintendo 64... on nous les avait vendues sur l'argument très rationnel d'un dédoublement des capacités ! De 8 bits, on était passé à 16 bits, puis à 32, et enfin à 64. Une simple multiplication par deux suffisait à nous faire rêver...

Par pur plaisir sadique, rappelons une vérité trop souvent bafouée pour minimiser la réussite du secteur vidéoludique : les jeux vidéos ne sont pas la première industrie culturelle ! En 2009, le jeu vidéo représente 42 milliards d'euros, contre 269 milliards pour la télé, 245 pour la presse, 92 pour le livre, et 73 pour le cinéma. Par conséquent le jeu vidéo représente seulement la 5ème industrie culturelle (chiffres dans Révolution numérique et industries culturelles, de Philippe Chantepie et Alain Ledieberder)... 

 

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Le Monsieur Caca de Dr Slump.

Emblématique de la culture kawai qui nourrit les jeux vidéos.

 

- Fait n°3 : la console la plus vendue est la Nintendo DS. 

Pas une console de casual gamer. Pas une console de gamer adulte. Ses jeux sont des jeux d'enfants. La console est un truc d'enfant. Ses jeux sont moches, mais rigolos. Les Japonais sont des fous de consoles portables, et de jeux simples mais efficaces, de petites formules marrantes, qu'on peut regarder en tout petit, concentré sur un écran dans le métro. Seul le pays du "mignon" pouvait être le pays de la console. Le jeu vidéo reste un truc de gosse kawai, quoi qu'on en dise... et le kawaï, ce n'est pas seulement mignon, c'est aussi bizarre et absurde, voire scato. Je précise donc : le jeu vidéo c'est culturellement possible dans la culture du kawai pervers, bizzaroïde et dégueu (si l'on s'en tient à mon analyse freudienne de Pacman, par exemple). Mais il y a aussi clairement du psychotrope en Mario. Comment qualifier autrement cette sensation d'accélération et de délire que représente la traversée d'un niveau de Mario à pleine vitesse ? Et il y aussi clairement de la branlette collective dans les gestes de la wii... mais on va laisser les enfants le découvrir par eux-mêmes un peu plus tard : ils seront tellement contents d'avoir pris un peu d'avance.

Par ailleurs, plus les jeux sont simples, plus leur mise en réseau est facile. Le succès de Nintendo tient tout entier à ça. Le progrès technique du jeu vidéo concerne essentiellement des questions de moteur graphique (dont on se fout quand on doit être rapide et efficace en jouant contre quelqu'un), ou des problèmes d'intelligence artificielle (dont on se fout quand on joue avec une autre vraie personne). Mais vous n'avez pas besoin de tout ce progrès si vous savez générer du plaisir par simples frottements de manettes et apposition de vannes mégalomanes sur vos potes. 

On peut donc dire sans trop exagérer que le progrès technologique du jeu vidéo sert essentiellement à compenser l'absence d'amis. Si vous avez des amis, et que vous pouvez vous connecter à une plateforme, vous n'aurez pas besoin de beaux jeux, ou de jeux supposés créer des histoires : s'engueuler avec ses potes suffit. 

 

JxVideo_kawai-caca-slump.jpg L'accessoire indispensable : le bâton qu'on colle au cul de M. Caca.

Et bonne chance pour faire évoluer le jeux vidéo vers un "univers plus adulte" après ça !

Par NKD - Publié dans : gamer
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Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 18:56

 

BitoManu 1 bis

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Si vous saviez le temps que j'ai passé sur ce truc... au regard du résultat, vous découvririez soudain l'absolue vérité sur la vanité de la nature humaine...

Par NKD - Publié dans : bd
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Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 23:58

 

Come-as-you-are_mc-donald-venez-comme-vous-etes.jpg

"Venez comme vous êtes..." – d'accord, mais vous êtes combien au juste ?...

Le reflet terrifiant et schozphrénique de l'homme contemporain dans le prisme Mac Do (BTC EuroSCG)...

 

A l'époque de "Come as you are", en 1992, les voisins de ma banlieue pavillonnaire de classe moyenne fumaient des joints dans des parcs de classe moyenne – propres et déserts, sauf le samedi et le dimanche, jours des familles.

J'ai fait partie de ces mecs qui glandaient autour d'un banc. Ou plutôt, je les ai regardés défoncés, attendu qu'ils soient bien cuits, et profité de leur défonce pour avoir avec eux des conversations qu'ils n'auraient jamais eu sinon : des conversations un peu trash, un peu mélancoliques, métaphysiques... en espérant qu'un jour peut-être, lassés de ne pas baiser, ou parce que je les avait éblouis de remarques cinglantes, l'un d'eux m'accorderait le bénéfice d'une pipe.

Bref, tout le monde fumait, sauf moi, l'admirateur facétieux de leur virilité débraillé. Mais tout le monde convenait que Nirvana, le grunge, le nihilisme, serait notre horizon culturel à jamais. Nous étions conscient d'être la génération X (ou sida). Impossible d'imaginer ça pour la génération d'après, qui se compromettrait dans la tecktonik – autre mode de la classe moyenne. Eux ont les crocs suffisamment acérés pour bouffer tous les mecs de mon âge, nous machouiller, puis se curer leurs petites dents en regardant nos restes disparaître au fond du fleuve (métaphore bricolée à partir de bouts piranha 3D, d'une rediff des Dents de la Mer, et d'un souvenir de Lake Placid). Et quand on écoutait "Come as you are", même sans comprendre les paroles, on savait d'emblée que ça voulait dire qu'il fallait se foutre en l'air, ou au moins compenser en développant la relation la plus masochiste possible avec son ancien pote d'enfance de la même classe moyenne que nous.

Puis le temps a passé. Et comme dirait un Grec : l'homme d'hier n'est pas l'homme d'aujourd'hui. J'ai eu de l'argent pour aller manger plus souvent au Mac Do. J'ai même commencé à avoir l'âge et la volonté de réussir suffisante pour analyser une pub cool les yeux fermés tout en sachant que la cible de la pub, c'était moi. J'étais devenu un branleur légitime quoi, ce genre de mec qu'on appelle un adulte.

 

 

"viens comme tu es... comme je voudrais que toi..."

 

Et soudain... j'ai compris que la pub Macdo du "Venez comme vous êtes" était le copier/coller/traduit/déformé de la chanson de Nirvana. Dios mio ! D'abord j'avais trois ans de retard... puisque la campagne a été lancé en 2008. Et surtout, je n'avais tout simplement pas pris conscience d'à quel point j'avais changé d'époque. En dix ans, les injonctions paradoxales "viens comme tu es" ou "sois toi-même" – dont se moquait Kurt par anticipation de toutes les campagnes de pub coolos à venir – s'est mis à signifier quelque chose de positif. Partout dans les airs s'était répandu l'appel magique à devenir soi-même, i. e. être beau, cool, créatif, aussi modulable et aussi recombinable que l'avatar Sacboy de little big planet. Enfin, comble du comble, il a fallu qu'aujourd'hui on se mette à jouer avec son look, ce truc que tout bon grunge ou simple ado des années 90 avait normalement définitivement sacrifié (et les futurs vieux d'aujourd'hui nous gonfleront sûrement encore en voulant des looks de vieux multiples et combinables). Car il faut être honnête : nous n'aurons rien laissé dans les annales de la mode. Les années 90 étaient marrons, beiges, et noires – tout le monde avait un look à la Mulder et Scully. Même le pseudo trash dont s'est couverte Kate Moss n'avait rien de comparable avec le punk des années 70. La seule chose qui a changé depuis est la qualité des objectifs d'appareils photo, et la démocratisation hip hop des pantalons larges. 

Alors me voilà, maintenant, – "here I come", maître Kurt –, face à cette pub Mac Do comme Dorian Grey devant son propre portrait. Elle porte à ma place les stigmates de ce que j'aurais pu devenir. Et j'essaie de comprendre cette pub.

"Venez comme vous êtes". Le premier paradoxe est que ce soit positif : tu es un mec bien, bien qu'au fond, si tu es trentenaire, dans 75% des cas, tu es juste un ancien grunge qui a réussi... Pour Kurt Cobain, au contraire, l'injonction était clairement sadique, écrasante et suicidaire. Quand il te dit de venir comme tu es, c'est en fait "comme je veux que tu sois" ! Je dois dire, qu'en découvrant les paroles aujourd'hui, je suis obligé de soupçonner Kurt d'avoir lu Foucault et tous ses travaux sur le travail de l'assujettissement par les techniques de l'aveu (en gros, l'idée que dire ce que nous sommes est toujours la réponse à une injonction extérieure, ayant pour but final non avoué, de nous contrôler, de nous faire autre que ce que nous sommes, bref de nous dominer).

Le deuxième paradoxe est que "tu es en plein d'exemplaires"... Je ne sais pas comment vous vous comportez devant ce genre d'énoncés, mais vous pourriez légitimement supposer que vous n'avez vingt idées de personnalités par jour à enfiler rien que pour le fun – à moins d'avoir été privé de fête d'anniversaire déguisée quand vous étiez gamin. Là encore, je préfère Kurt... qui cryptiquement pourrait suggérer que c'est déjà si insupportable et traumatisant d'être soi, qu'on ferait carrément mieux de n'être personne.

Ce qui me fascine, c'est comment une même phrase, un même énoncé, trempé dans deux époques différentes, signifient deux choses si différentes. Les créatifs ne font rien. C'est le climat général, l'époque, l'air du temps qui leur permet de redire différemment les mêmes choses. (And I mean it !)

Par NKD - Publié dans : il y a un monde dans cette goutte d'eau
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  • : Le blog du mec avec qui vous aimeriez parler dans un café de tout et n'importe quoi – mais que vous hésiteriez à rappeler pour en boire un deuxième parce qu'il a quand même l'air flippant et immature. Bref, le blog d'un queutard romantique qui essaie de trouver la paix intérieure et le salut par la culture pop. D'intello qui lit encore Naruto. De fan de Kele Okereke qui n'arrive pas à aimer son dernier album.
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