Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 01:33

 

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C'est l'histoire de ces mecs qui ne peuvent pas raconter leur propre vie. Ils n'ont jamais pu regrouper toutes les pièces du puzzle. Et ils arrivent à vivre comme ça.

Un pote/un régulier m'a parlé un peu de sa vie. Je n'ai pas l'habitude de jeter le mec après coït. Loin de là. Mais on parle peu de lui. On se douche, on se rhabille, on se regarde se rhabiller. Et il en vient souvent à me dire après un petit silence qu'une tonne de mecs lui envoient des SMS, et qu'il ne sait pas quoi leur dire (il est marié). Alors il me montre les SMS en questions (en pensant que j'ai la réponse). Ce sont des petites phrases d'amour qui ne veulent peut-être rien dire du tout. Assez convenues. Mais elles représentent tout de même un risque. Parce que ces SMS sont le seul espace de démonstration sentimentale pour ces mecs qui sont soit mariés, soit en train de vivre chez le frère ou la soeur. Mon Gwadaboy ne fait que passer dans leurs vies comme il passe dans la mienne, et pourtant il accroche tous ces espoirs. 

Les mecs qu'il drague sont rebeu ou antillais, et franchement pas outtés. Ils aiment chez ce mec son côté enveloppant, protecteur. Alors pour se lier un peu, ils lui offrent des cadeaux. Mon pote les accepte, je suis sûr, avec la plus grande sincérité. C'est gentil. Et il est fier, il est flatté. Du coup, je le retrouve une fois sur deux avec un nouveau jean, un sweet Com8, une nouvelle petite chaîne. Le plus étrange est que sa femme devrait y sentir quelque chose d'étrange. Mais rien. Ils sont sur le point de divorcer, mais ce n'est pas pour ça. De loin, j'ai l'impression que son monde est un monde où les sentiments, les soupçons, et les inquiétudes n'existent qu'à travers un brouillard ouateux d'apathie affective. 

 

Un jour, c'est un petit pendentif qui a fait son apparition autour de son cou, romantiquement perdu dans les poils de son torse. Un pendentif en forme de demi-coeur. Parce que l'autre moitié doit être gardée par celui qui l'a donnée, et qui l'aime. La naïveté du geste est presque à pleurer. Quand je le voyais à poil, avec ce petit pendentif en plaqué or, je l'imaginais transformé en "Saint Gwadaboy des pédés refoulés" à la Pierre et Gilles, émergeant de la pénombre d'un cocotier. Assez baraqué, semi bandant, capable de traverser les mers pour rejoindre un amour impossible de l'autre côté de l'océan. Tentant pourtant de nourrir toute une famille qu'il quitterait s'il le pouvait.

Mon pote et tous ses amoureux sont si prisonniers de leurs rôles de maris fidèles que le moindre geste d'amour qu'ils expriment se change aussitôt en miel, en concentré de sentiments kitsch et sans âge. Moi surtout, en bon pédé, je réagis très positivement à ces déclarations unidimensionnelles. Mais il semble maintenant que tous ces fragments de discours amoureux sont trop abstraits, et signes de fragilité. Il n'y a pas d'imaginaire amoureux gay qui en se superposant viendrait faire résonner ces mots un peu plus profondément. "Je pense à toi tous les jours mon coeur". Ce pendentif, il l'a gardé longtemps. Jusqu'à ce que j'insiste suffisamment pour qu'il comprenne que sa femme puisse nourrir des soupçons. Bien sûr, pour lui, c'était comme annoncer discrètement à sa femme qu'il pouvait voir quelqu'un d'autre.

 

Un autre jour, il est venu avec une grosse doudoune. Il m'a expliqué qu'il l'avait prise à son frère. Son petit frère. Qui est mort. Qui s'est suicidé. C'est moi qui lui posais des questions à partir de là. Le petit frère lui aussi avait suivi la voie de la diaspora antillaise. La métropole représentait la promesse de vivre son homosexualité en toute discrétion et en toute abondance, en évitant les tabassages qu'on réserve aux makoumbés sur l'île. Mais il s'est fait griller, et sa famille l'avait lâché. Mon Gwadaboy aussi. Et il avait simplement récupéré le manteau. Il m'a dit ça avec un peu de peine. Son frère s'était suicidé chez lui. Et ce sont les voisins qui ont appelé la police. Après m'avoir dit ça, sur le pas de ma porte, il est parti récupérer son fils à la gare, ou quelque chose comme ça. J'ai eu la fin de l'histoire il n'y a pas longtemps. Plus tragique encore.

Sur le pas de ma porte encore (il y a à peine une semaine), il m'a expliqué que son petit frère avait en fait chopé le sida. Malgré ça, le même petit frère s'était marié, et avait contaminé sa femme. Et c'est sur un quiproquos que son plus grand frère avait découvert qu'il était gay. A partir de ce moment-là, pédé et sidaïque rimaient mieux ensemble, et pour toute sa famille, son petit frère était devenu un pestiféré. 

Puis mon pote m'a expliqué comment tous ses autres potes des années 80 sont morts eux aussi du sida, des africains et des antillais qui l'avaient initié en arrivant à Paris. Il m'a raconté qu'un mec en particulier, un Africain préparait le repas pour tous ses potes, et que tout le monde pouvait se joindre à eux, les bières toujours offertes. Des bons souvenirs. Un soir, il s'est fait draguer, et a repoussé les avances. Il ne se sentait pas prêt. Je ne sais pas vraiment comment, mais plus tard, il s'est marié, il est parti de Paris, et il n'a plus revu ces mecs. Et encore plus tard, à l'entrée d'un sauna, il a recroisé un de ceux qui faisaient partie de ce petit cercle gay et black, et qui il lui a appris que ses autres potes étaient morts du sida. Personne ne peut imaginer en le voyant que ce tranquille père de famille a échappé à l'hécatombe pédé des années 80. C'est le mensonge que constitue son mariage qui l'a protégé. C'est le refoulement qui l'a sauvé. Ironie ultime. 

Ces mecs refoulés sont les plus exposés au sida, pas bi du tout, et tellement capables de tout risquer pour créer le peu de liens authentiques qui leur manque. Ils n'ont rien à perdre, ils n'ont de comptes à rendre à personne. Les pédés les touvent lâches, et leurs familles les crucifieraient s'ils savaient qu'ils mentent et trompent leur monde. Ils sont incomplets, définitivement, partagés entre deux réalités dont aucune ne peut se réaliser sans faire disparaître l'autre. Quand on s'est quitté, mon pote et moi, on s'est promis un jour de vraiment prendre un verre un jour et de discuter, ou de se taper un colombo, une fois qu'il aura divorcé. 

 

 

 

Par NKD - Publié dans : gay typique
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Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 23:19

 

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Vendue avec la petite malle pour transporter chaque candidat éliminé après l'émission.

La télé a le sens pratique. 

 

Encore une fois, j'ai voulu bosser en regardant la nouvelle star. Et encore une fois, c'est M6 qui a gagné. 

La recette est simple. Ce qui accroche c'est la bêtise des candidats. L'émission elle-même est tellement conne qu'on peut facilement en comprendre toutes les ficelles, tous les ressorts. On domine, on jubile. Je veux dire : moi, devant mon petit tas de copies, mon assiettes vide, rougie de sauce tomate, et ma banane semi bouffée, je domine M6, je jubile. J'insulte les candidats de la nouvelle star. Je spame mes potes de commentaires acides sur la danse d'ivrogne du jeune Benjamin, sur sa reprise pourrie de Creap (qu'un pote joue mille fois mieux que lui). J'insulte (toujours tout seul devant ma télé – une bonne habitude héritée de mon père) les jurés qui accablent pour Lussy. Je goûte à l'insurrection organisée du public contre les jurés. Et j'insulte le public insolent qui ne respecte pas la sagesse dudit jury. 

 

 

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Un entretien quotidien de son écran de télé est nécessaire

afin d'y déloger les aliens conspirationnistes à l'aide de son sens critique... 

 

Bien sûr, en réalité, je comprends entre mon yaourt et mon café que je viens de regarder l'émission entière, et en plus tous les petits résumés de l'émission au sein de l'émission, toutes les pubs, j'ai même commencé à rire aux vannes de cul de Philippe Manoeuvre. Bref, en sous-estimant mon adversaire, je me suis fait niquer. La nouvelle star est le San Goku de la télé. Le truc super drôle de Dragon Ball c'était que San Goku dans ses combats se faisait à chaque fois rétamer en début de combat. Et il se relèvait, en souriant, montrait que, sous son pantalon, il avait accroché des poids qui ralentissait ses gestes, les retirait, et se déplaçait à son tour si vite qu'il explosait son adversaire.

 

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M6 m'a niqué. Et de temps en temps TF1 me nique aussi. Car le génie d'M6 (et j'aimerais pouvoir savoir qui a lancé le concept) fait des émissions à double niveau. Des émissions qui sont appropriables par tout le monde. Pour le bon peuple : flashs, résumés et surlignages de chaque moment qui présente un minuscule intérêt. Au programme donc, émotions, et couleurs vives. Mais aussi pour les bobos en devenir : sarcasmes, critiques, et vannes de Dédé et Fifi. Tout le monde y trouve son compte. 

 

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Dave, la maman de Bambi dans Bambi... c'était lui !

 

Dave (le mauricien crooner) chante du Dave (le hollandais yéyé gay). C'est (1) soit une belle chanson d'amour bien mielleuse. Soit (2) de la merde. Soit (3) un concept en soi. Dave est mauvais, c'est soit (1) dégueu tellement il est mignon – avec son tatouage double flèche de cupidon dans le crâne. Soit (2) bien fait pour sa gueule tellement il est ringard. Soit (3) injuste, tellement les candidats noirs sont toujours incompris dans ces shows pop (cf les célèbres blacks seconds de la nouvelle star, toujours attaqués sur leur défaut d'intelligence musicale : Tigane, Miss Dominique... ou Houssine pour la Star Academy). Le concept de ces émissions de télé réalité est de se présenter comme phénomène de société, qu'on doit juger, et non comme émissions de télé, qui apporte des infos – aussi nulles soient-elles. D'une certaine façon, ces émissions n'incarnent plus le tribunal de la raison délibérant sur un contenu qu'elles fournissent elles-mêmes. Nous devenons le tribunal de la raison délibérant sur ce chaos de lumière, de son, et de commentaires. 

"Ouh putain, l'enculé, il cite Kant pour sauver M6 et TF1 !" Oui, je l'ai fait (attendez voooir.... oui oui, merde je l'ai fait)... Mais en ajoutant une condition bien concrète : la condition pour dresser ce tribunal est de tout à fait déconsidérer le contenu. Quand on goûte à ce genre de jugement péremptoire en toute liberté devant sa télé, on pourrait aussi bien voter pour sauver que pour condamner et trancher les têtes. On s'en fout de notre moralité, on s'en fout des candidats. Nous tranchons tout en toute injustice. Cette fausse démocratie wiki, ces fausses émissions 2.0 suscitent du sadisme. Je me suis donc totalement fait niquer.

 

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Au plus profond de mon âme, un producteur de télé réalité guette...

 

 

Par gaysandgeeks.over-blog.com - Publié dans : trop de télé
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Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /Mai /2010 14:40

 

J'inaugure ma rubrique "les pédés pour les nuls".

 

Coming out incase-of-zombies

Staying out. Suivez le manuel.


 

La vie d'un pédé, pense-t-on, est un long calvaire jusqu'au jour où enfin il prend ses couilles à deux mains, et il ose dire à ses parents et à ses potes : "maman, papa, les amis, j'aime la bite." Passé ce jour, le droit de protester contre l'hétéronormativité est expiré. 

Vous êtes sorti du secret honteux qu'était devenu votre vie (à défaut de changer, c'était le minimum), et vous êtes redevenu normal, c'est-à-dire assignable à une identité sexuelle relativement précise. On sait que votre cousin a des problèmes d'alcool, que votre frère ne pourra jamais avoir de relations sérieuses avec les filles, et maintenant, on sait que vous allez probablement ne jamais avoir d'enfants et mourir du sida. Dieu vous bénisse, le temps d'un thé, même la grand-mère est autorisé à verser une larme sur votre vie de dégénéré. 

Mais attention, dire qu'on est gay n'est pas du tout la garantie d'être compris. Je rappelle la spécificité de l'homosexualité : vous êtes très minoritaire certes, mais surtout vous êtes seul ; vos parents étaient probablement hétéros, et vos frères et soeurs ont de grande chance de l'être aussi. Si vous étiez noir ou juif, votre famille pourrait au moins servir de havre, de protection. Dans votre cas (vous, en général, lecteurs qui pouvez vous imaginer gay le temps d'un post), les premiers coups viennent donc de votre propre camp. Pour cette raison, le coming out est une chose – et même assez drôle si vous avez décidé d'exercer votre droit de cruauté à l'égard de votre famille. Mais le staying out est un sport extrême. Simplement parce qu'il est quotidien, et qu'il n'est pas l'oeuvre de parfaits inconnus malfaisants. Le problème vient de vos potes. 

 

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1. Vos amis commencent des vannes bizarres. Mais attention, des vannes pas drôles, hors contexte, impliquant généralement les mots "bite", "cul" et la relation entre les deux : "enculer". Si vous frôlez un bras, on vous dit : "oups, attention, je ne suis pas gay" ou "désolé, on ne sortira pas ensemble" (encore entendu aujourd'hui au boulot). En fait, tout ce que vous avez fait et entendu étant jeune, tous les ricanements débiles, les configurations complexes de doigts imitant des trucs durs pénétrant des trous, tout ce que vous avez emmagasiné gamin prend enfin sens. Ce pour quoi un gamin mâle a été entraîné durant son enfance va trouver enfin une cible réelle, un pédé réel. 

 

(Ouh... merde, j'en fais des tonnes, et je crie que je suis une victime. Eric Zemmour est peut-être en train de se glisser derrière moi, un couteau entre les dents pour en finir avec une nouvelle victime de l'idéologie victimaire)

 

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le troll zemmourien surgit spontanément dès qu'un discours victimaire est prononcé quelque part dans le monde.

Autant se préparer.

 

Alors disons-le plus gentiment. Au bout d'une journée, vous ramassez votre petit lot de vannes chelou, vous les regardez, vous les sériez, et la vérité apparaît. L'accumulation annule l'effet de hasard. Et vous sentez vite que si la sainte auras des martyrs gays et des stars follasses ne vous protégeait pas en générant un champ de tolérance inconscient, vous pourriez à une autre époque finir par jouer avec vos parties du bout du pied sur le sol d'une écurie.

 

Ma solution : choisissez des potes qui ont vraiment de l'humour. Parce que même cons, au moins, ils seront assez fins pour tourner ça de façon à ce que ça n'ait pas l'air con.

 

 

 

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Ce qu'il y a de sympa avec Elephant man, c'est qu'au moins, lui, a le sens de la pudeur.

 

2. On commence à vous faire des compliments à double sens. J'ai la chance d'être un pédé relativement présentable (mon Kele Okereke intérieur me reprend tout de suite : "la chance ? non, mon pote tu déconnes... Tu as travaillé toute ton enfance pour avoir l'air d'un mec viril !"). Peu de mouvement de poignet, une voix relativement grave et pas trop mielleuse, et je marche assez nonchalamment pour ne pas me faire griller. Du coup, il m'arrive d'entendre une phrase marrante, et profondément sincère. "Ce qu'il y a de bien avec toi, c'est que tu n'es pas efféminé, comme les autres pédés qui font les folles." La première fois qu'on me l'a sorti, c'était sur le chemin du lycée, par une fille dont j'avais voulu faire mon trophée hétérosexuelle. Et elle a continué sans aucune logique à m'expliquer qu'eux étaient vraiment contre-nature, mais pas moi (baiser son mec avait été parfaitement sain et acceptable parce que je suis masculin – tant mieux). Depuis, le dieu des pédés m'a vengé en l'envoyant dans une école d'ingénieurs machos où elle a grossi et est devenue une vraie salope... ehehe. Mais dans le fond, je peux verser une petite larme sur son cas. Elle ne faisait que dire ce que tout le monde est programmé pour penser. 

Comment je le sais ? Parce que je suis moi-même programmé pour penser la même chose que tout le monde. J'ai été élevé, comme tous les pédés, pour être un parfait petit hétéro. Et je ne le reproche pas à (super et géniaux) parents. Il y a plus de 95% de chance pour que des gamins soient hétéros. Personne, sur la foi d'un doute cartésien hyperbolique, élèverait son gamin en le protégeant de tous ces petits rites hétéros qui font de lui un bon reproducteur. Et il est donc parfaitement logique que moi, comme beaucoup d'autres pédés, je me sois détesté de ne pas être hétéro. 

Donc, ouais, poto Philippe Ariño, les pédés sont les premiers homophobes. Et ouais, il n'y a "pas de communauté gay parce qu'ils se détestent tous" comme nous écrit F. Mitterand du haut de son expérience de traversée des neuf cercles de l'enfer. Mais c'est tout simplement parce qu'ils vivent dans une société homophobe. La violence que les pédés subissent n'a pas besoin d'être administrée par un hétéro revanchard pour être réelle. Cette violence est la même que s'auto-infligent tous ceux qui n'occupent pas une position dominante : femmes (et putain, dieu si la fameuse misogynie des femmes a séduit des générations entières de connards raffinés), noirs, pauvres... 

 

Ma solution : un peu de sociologie pour se décrasser la tête, éviter de se suicider à treize ans, et vous pourrez plus tard rire au nez de tous ceux qui prennent leurs bons mots pour des faits scientifiques.

 

 

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Quitter enfin le costume du parfait petit gars et se transformer en monstrueux vandiard.

Le vrai bonheur du staying out.

 

3. En parlant de votre vie amoureuse, vous vous rendez compte qu'on vous prend pour un queutard. (je vais essayer de retenir mes accès de rage, parce que je gratte une plaie encore chaude) Si vous parlez de votre vie amoureuse comme d'un roman photo, en remplaçant vos gueules par celles de Mickey et Pluto, ça passe. Tout peut très bien passer tant que vous ne dites pas – ô non, malheureux, jamais – que vous aussi... vous baisez. Certes, vos potes eux matent la moindre passante de plus de douze ans, sacrifieraient n'importe quelle relation amicale juste pour une historiette, et n'arrivent plus à se concentrer quand ils entendent claquer des talons. Tout cela est normal. Vous aimeriez participer à l'effort de sexualisation de la Terre entière, et vous vous apprêtez à détailler le super cul du petit métis qui vient de passer... Avant toute chose, hésitez. Ou mieux : foncez sans réfléchir, et faites le tri après. Après tout, passer pour le Stallone du cul rien qu'en racontant un pauvre plan avec un mec rencontré sur le net, c'est pas donné à tout le monde.

Mais on ne peut pas jouer sur les deux tableau. Souvenez-vous : on vous aime désincarné et abstrait, emblématique d'un amour par delà toutes les évidences naturalistes. Si vous parlez d'amour, vous pouvez rester une âme entrelacée à une autre par les rubans roses d'une fête commerciale ringarde et kitsch... tant que les images de votre bite en estocade ne traverse pas l'esprit de vos amis. Mais si vous répondez à la curiosité de votre interlocuteur sur vos pratiques sexuelles, il est probable que ces images restent gravées à jamais dans son esprit. Vous ne serez plus une personne. Mais une bite ou un trou. Un jour, un (ex-)bon ami m'a gentiment demandé de ne jamais parler de cul devant lui. Il en éprouvait un réel dégoût. Son petit bouc se serait auto-épilé de pudeur... Et j'ai compris que par extension, tout ce que j'entreprenais en terme de discussion, même objective sur le sexe, était coloré de ce dégoût originel. Irratrapable. Il commençait une deuxième adolescence – où l'on se met à voir des bites qui pètent un peu partout (cf le super passage de Superbad – je sais pas encore mettre de vidéo alors cliquez sur le lien)...

 

Ma solution : partez confiant. Il existe évidemment des vrais chirurgiens de la conversations de cul, où chaque mot compte, ou simplement des personnes assez avisées pour parler avec vous d'amour et de sexe. Mais pour tous les autres connards, choquez-les jusqu'au sang. La meilleur stratégie est celle de la surenchère. Vous verrez alors votre viandard de pote s'émouvoir comme un petit garçon et penser que le sexe c'est dégueu. Magique.

 

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Même Sparky te le dit. Alors crois-le ! "Get out and Stay out !"

 

 

Par gaysandgeeks.over-blog.com - Publié dans : gay typique
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Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 23:19

 

 

 

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C'est un petit jeu, sorti pour la Playstation3 en juillet 2009 sur le PSN, et uniquement sur le PSN (c'est-à-dire téléchargeable en ligne, et uniquement en ligne). Petit jeu,graphisme sympa, principe simple, proche du jeu du drapeau : en équipe, vous devez kidnapper la princesse adverse, tandis que vous protégez la vôtre (il y a une mini-histoire derrière mais super compliquée, alors on s'en fout). la joie du jeu est de toute façon dans les combats à plusieurs et ses micro-stratégies, souvent chaotiques, mais pas suffisamment pour vous décourager. Vous avez le choix de plusieurs petites armes, de plusieurs petits tours de passe-passe, mais attention, pas tant que ça. Le plaisir du multijoueur est de toute façon, là, bien présent. Les petites giclées de sang qui sortent des mignons petits personnages kawai, les voix ridiculement haineuse ou héroïques, et la minuscule originalité (nourrir la princesse de gateau pour la rendre difficile à porter) suffisent à créer un climat de dessins animés cruel à la Happy Tree Friends.

 

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Happy Tree Friends ou la résurgence du danger inhérent à toute amitié... et des pinatas.

(L'image est drôle mais le dessin animé est naze ; je préviens)

 

Mais il y a au moins deux reproches souvent faits au jeu, et qui pour nous, représentent justement deux hérésies, deux défauts qui en font le sel.

 

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Chaos.

 

Un des reproches les plus fréquents sur les forums est le nombre assez restreint de personnages-types (cinq classes, dédoublées par up-grade par classes) et le peu d'améliorations qu'on peut effectuer au cours du jeu. Les reproches sont fondés, si on compare ce jeu au reste de la production actuelle. Car le joueur est habitué désormais à posséder toute une panoplie d'outils, d'armes, de combos, qu'il peut améliorer à tout moment dans le jeu, ou configurer minutieusement avant chaque partie. Mais dans ce jeu, il y a une hérésie vidéoludique fondamentale : toutes les améliorations sont réversibles. Vous n'avez aucun moyen de conserver des avantages acquis au fil des parties. Et au sein même d'une partie, les joueurs se trouvent presque en permanence à un niveau d'égalité parfait. Le tout petit up-grade n'empêche pas une équipe moins développée de gagner. Et la construction d'une catapulte qui aide le joueur à atteindre la princesse est parfois impossible dans certaines cartes. Enfin, les meilleurs coups, les plus rapides et les plus rusés s'effectuent souvent avec le personnage "nu", qui n'ayant pris aucune arme, court deux fois plus vite que les autres. Ce jeu est presque une ode à la dévolution.

 

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Sang.

 

  Le deuxième reproche est presque idéologique, et bouleverse un autre code du jeu contemporain. Il n'y a aucun moyen de constituer une équipe prédéterminée et de s'affronter par équipes. Tous les autres jeux multijoueurs ont fait leur beurre de cette forme d'association stable qu'est le jeu en équipe. A plusieurs, on peut se répartir les rôles, prévoir des stratégies d'attaque, et viser une efficacité maximale. Et surtout, ce mode de jeu fait buzzer toute la toile, et vend un certain communautarisme vidéoludique qui devient presque un prétexte politique vantant la spontanéité de ces auto-organisations démocratiques (en fait, carrément despotiques et conformistes). Or Fat Princess met ce mode de jeu en défaut. Il n'y a pas de possibilité de constituer des équipes. Et les seules tentatives se soldent sur les forums par un échec cuisant. Quoi que vous fassiez, vous restez seul face à la contingence des associations nouvelles et possibles.

 

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Les joueurs de Fat Princess constitueront eux aussi un grand Léviathan quand ils prendront conscience que la guerre est plus néfaste pour chacun que la paix. Mais pas maintenant.

 

Les joueurs ont compris que Fat Princess n'appartenait pas exactement à leur galaxie de jeu. C'est un jeu égalitariste, et chaotique, là où la plupart cherche une domination nette et ordonnée. Et le jeu tient à maintenir ces deux dimensions, car elles s'impliquent réciproquement de façon tout à fait hobbesienne. Le grand philosophe de l'état de nature comme état de guerre, Thomas Hobbes, donnait une raison toute simple et géniale à la production continuelle de conflits entre les hommes : le plus faible d'entre nous aura toujours assez de force ou de ruse pour tuer le plus fort d'entre nous. C'est donc l'égalité qui est productrice de conflits. Et c'est parce qu'on est tous également exposés à la peur et à la violence qu'on peut s'unir. 

 

 

"C’est pourquoi, si deux hommes désirent la même chose alors qu’il ne leur est pas possible d’en jouir tous les deux, ils deviennent ennemis ; et dans leur poursuite de cette fin (qui est, principalement, leur propre conservation, mais parfois seulement leur plaisir), chacun s’efforce de détruire et dominer l’autre. "

Thomas Hobbes, Le Léviathan, Chapitre XIII.

 

 

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Dévastation.

 

Et justement, il y a ce truc formidable qui se passe à certains moments du jeu. En temps normal, vos potes de jeu choisissent tous des rôles différents, et agissent la plupart du temps, indépendamment de vous, même lorsqu'ils sont dans votre équipe. Mais il arrive qu'en plein milieu d'un combat, vous surviviez ensemble en adoptant une stratégie spontanément efficace. Et c'est beau. Vous êtes le prêtre qui soigne le garde qui défend le guerrier tandis que le mage ralentit les ennemis avec ses cercles de glace. Ouh, yeah, brother ! Et tout ça, c'est une petite bulle de loi de la nature au milieu d'un état de nature pur et dur. Très important : ce n'est pas une efficacité collective anticipable ou stable.

Car : 1) vous aurez du mal à la reproduire, parce que si un seul de votre bande de frères d'armes provisoires meurt, il renaîtra dans son chateau d'origine, et mettra trop de temps à revenir dans l'action. 2) Il vous sera toujours plus utile d'agir avec les membres de votre équipe les plus proches. Certains vous ignorent, certains vous aident un peu. Mais parfois, certains vous suivent, ou vous les suivez, alors que vous n'avez pour ainsi dire aucun contact si ce n'est de simples contacts mimétiques (je ramasse du bois avec toi, je tue les mêmes ennemis que toi...). Par exemple, si vous construisez ensemble un bâtiment, vous avez un peu de chance de vous aimer. Si vous sautez ensemble dans la catapulte pour envahir par voie des airs le château adverse, vous venez de trouver un ami. Et si vous avez un trop regarder les chevaliers du zoodiaque quand vous étiez petit, vous vous sacrifierez même pour l'aider à lancer sa bombe avant que tout le monde meurt dans une explosion aveugle à tout mérite personnel.

 

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C'est exactement le genre d'images que gardent en tête les joueurs qui ont pu croiser ma route.

 

Le succès idéologique de ce jeu est assez facile à expliquer. En inhibant toute association aristocratique, il nous plonge dans un "chacun pour soi" digne du plus sauvage des capitalisme (même l'appartenance à l'équipe bleue ou rouge est susceptible d'être bouleversée si vous ramassez une boule qui vous fait passer dans le camp adverse – que vous pourrez éventuellement saboter... ehehe) où le plus médiocre a toujours sa chance de tuer le plus valeureux. Et c'est dans cette contingence absolue des amitiés que parfois croiser un prêtre qui soigne vos blessures, tandis que vous soignez les siennes, est un vrai petit réconfort pour le coeur. Le personnage du prêtre a d'ailleurs vraiment cette propension décuplée à la fraternité, parce qu'il soigne, certes, mais surtout parce qu'à l'écran, on voit la direction de son faisceau régénérant. Vous pouvez indiquer le sens de votre sympathie avec le pad, juste avant de mourir sous le feu d'atroces brûlures... et en espérant que ceux que vous avez soigné se souviendront que jusqu'à la mort, vous avez tendu votre bâton magique dans leur direction.

 

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L'amitié, toujours plus noble et plus diététique que le mariage...


Par gaysandgeeks.over-blog.com - Publié dans : gamer
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Vendredi 14 mai 2010 5 14 /05 /Mai /2010 02:44

 De blogorum vaisseau-gemini-diagrame-1-nasa-1024

le plan de mon blog, où l'on peut voire clairement grands cinq thèmes philosophiques s'imbriquer pour former une navette spatiale.

 

 

J'avais annoncé un plan... (qui soit dit en passant recouvrait brillamment la triade stoïcienne logique/morale/physique, reprenait la tradition des exposés synthétiques des principes de la sagesse, et l'augmentait d'un hommage aux dieux protecteurs...). J'ai rendu hommage à ma muse et démon protecteur. C'était le minimum. Mais pour le reste, merde, quel genre de blogueur prévoit un plan de son propre blog ? Adieu plaisirs dialectiques ; je me soumets voluptueusement à l'humeur du jour. Humeur du jour : décorticage analytique du truc qui est le blog.

Car je viens de comprendre que (thèse pimpante) la nature du blog n'est ni d'être un journal intime, ni d'être l'exposé diachronique d'une pensée. C'est un journal de bord ; un web-log, c'est-à-dire l'équivalent de ce que faisaient les capitaines de bateau d'autrefois mais avec le web (ils jetaient des rodins de bois de façon régulière pour estimer la vitesse du navire). Le blog est l'expression d'une subjectivité qui s'objective un peu chaque jour, susceptible – peut-être, qui sait, on verra ! – d'être le témoin d'une transformation importante. Sa forme, comme celle du journal de bord, est donc intrinsèquement dramatique, tout en se voulant scientifique, ou au moins empirique. Bref, le blog c'est une invention géniale. Respectons-la.

Et c'est dans ce but que j'ai commencé à lire pas mal d'incipits de blog. Pour savoir si, dans l'esprit de certains blogueurs tout du moins, l'Esprit de nos temps numériques prenait conscience de son objectivation, bref, si à quelque point de l'infosphère,un type avait théorisé ce que pouvait être un incipit de blog. Autant dévoiler le résultat tout de suite de mon petit tour du blog. C'est mon deuxième dieu protecteur (qui ne saura peut-être jamais à quel monstre elle a donné naissance) qui a le mieux compris ça : j'ai nommé Titiou Lecoq, de Girls and Geeks (une ressemblance avec le titre de mon putain de blog ?... Aucune, on est tous unique !). Gloire lui soit rendue ! (on vit bien au 13ème siècle, non ?)     


En bon capitaine de navire, je reporte ci-joints mes observations par nuit de tempête, bourré, devant mon petit écran Macbook, noirci par la fumée des bougies. 

 

De blogorum watchmen blackfreighterr4

(Lisez bien les légendes écrites en tout petit, il dit qu'il est très content de manger de la viande de matelot tous les jours, parce qu'être végétarien ça commençait à devenir chiant.)

 

1:34. Blog de BHL. J'ouvre son premier petit post. On est en mai 2005, c'est le début des débats autour de l'adoption de la constitution européenne. Petit post, modeste, il se délecte de détails du quotidien ; donc ça fait 1) super réel et 2) intello qui prend de la distance devant ces contingences. Car il annonce tout aussi modestement qu'il entre en campagne. Et il se contente de ça. Le deuxième post se veut peut-être un contrepoint léger à sa dure vie d'intellectuel. Il s'intitule : Arielle prépare une compote de pommes.... ouais, c'est bandant d'être BHL, si génial et si normal. Je crois que ça doit le seul mari sur terre qui blog sur la compote aux pommes de sa meuf.

 

1:42. En continuant de supposer que les philosophes/écrivains ont une plus prompte manie à théoriser leurs activités, j'ouvre le blog d'Yves Michaud, l'intiateur entre autres de l'université de tous les savoirs. Et là, le ton du premier post est plus grave. Il a ré-ouvert le blog en 2008, et il annonce tout de suite la couleur. L'incipit précise les règles de la modération : il n'acceptera que les commentaires agréables ou utiles pour le débat. Et plus amèrement, il affiche son regret d'avoir laissé les commentaires ouverts, de s'être fait insulter par des psychonautes, et la ferme intention désormais de contrôler limiter réguler. Le démocrate de gauche du net se fait républicain intransigeant au contact de tout ce salmigondis numérique. Je plussoie.

 

Presque en pleurs devant une si belle prise de conscience, j'ouvre à 2:02 le blog de Didier Lestrade – agitateur gay super pertinent depuis 1980 et des poussières. Particularité : jamais ringard, toujours honnête. Premier post : une interview en anglais du réalisateur de porno Kristen Bjorn. Là, le blog est d'abord une source d'information, qu'il s'agit d'alimenter d'archives, une mémoire à nourrir – ok, why not. Deuxième post qui aurait pu être aussi un incipit : un long développement sur la crise de 2009. Apocalypse now. Après tout, c'est pas mal de commencer par un truc qui fout bien les boules. C'est un peu comme commencer un film par une grande bataille épique, d'où l'on verrait le héros sortir, balafré, tâché de sang, un bout de jambe entre les dents. Cool, j'aurai presque dû faire ça. En ajoutant Carmina Burana en fond sonore, bien entendu.

 

 

De blogorum Jean II et philippe bataille de poitiers

(Jean II en pleine bataille de Poitiers.)

Un bon début pour un blog.

 

2:34 (parce que j'ai fait une petite pause de porno bien médiéval pour me sentir vivant). Je compte sur Pierre Assouline pour me montrer la voie (reconverti blogueur depuis 2004, ce qui en fait presque un vétéran en comparaison aux autres intellopportunistes). Je me suis souvenu qu'il avait sorti un bouquin à partir des commentaires de son blog. Et dans mon souvenir, je le ré-entend théoriser deux trois trucs sur la démocratie participative de la bloggosphère (en tout cas, c'est ce que j'aurais fait si j'étais lui, et interviewé sur France Cul). Le phare dans ma cyber-nuit s'avère être un parpaing posé près d'une mer déchaînée. Inutile premier post sur l'élection de Bernard Pivot à la tête des prix Goncourt. Ou serait-ce un clin d'oeil ironique à la superficialité de la vie littéraire française...? J'espère qu'il sortira un bouquin là-dessus aussi.

 

2:36. Papigeek, mon pote, as-tu une réponse ? Nada. On rentre tout de suite dans le vif du sujet. Commercialisation de l'iphone en 2008.

 

2:39. Un petit blog de musique que je trouve vraiment bon. La musique à papa. Au moins, il y a un idée : décembre 2008, top fourteen des meilleures chansons de l'année. Indirectement, on comprend bien que par définition, il s'est passé un truc avant le blog qui a donné naissance à ce blog. A la limite l'incipit absolu de ce point de vue serait un top one hundred des meilleures chansons jamais écrites à la surface du globe.

 

3:20 (après avoir lancé tellement de vidéos de clips que je vois mes doigts taper le clavier en stop motion). Maître Eolas, le blog de l'avocat fan d'Harry Potter, le plus élégant et clair du net. Premier post qui se tient. Il raconte une bonne anecdote d'avocat. Un accusé qui explique le vole d'un autoradio en racontant qu'il voulait simplement éviter à son propriétaire de se le faire voler par quelqu'un d'autre. Vous pensez trouver facilement une meilleure anecdote à raconter pour un début de blog. Je suis honnête et je peux dire que j'en ai pas de meilleure (et qui me soit vraiment arrivée). 

 

3:31. Laetitiataschatt : une grande photo de mec en guitare. "pourquoi un blog ?". "Bonne question". 2009. Joie de ne pas avoir à s'expliquer. Plaisir de rentrer dans le vif du sujet.

 

3:32. Je sais que je n'ai pas fait le tour des blogs anglo-saxons, ni... du monde entier. Mais je suis sur le point de désespérer... Et là soudain (putain, j'ai bien fait durer le suspense), je me souviens que "Gays and Geeks" n'est pas seulement le détournement honteux d'un nom qui sonnait super bien... il y avait un signe, un message, quelque chose comme sept oiseaux qui passent dans le ciel en formant une croix mais en plus simple. Je me tourne vers le roi des blogs "Girls and Geeks". Intello, dirty et girly. Et/ni un blog de fille, et/ni un blog de geek. La deuxième identité neutralise la première, et la première complète la deuxième. Un cercle dialectique interminable de posts rigolos, persos, et intellos. C'est mon grand ami, plus connu dans les cercles que je fréquente sous le nom du "Fils de la Vérité" (on porte des capes et on boit du sang de vierges), qui me l'a fait découvrir. Il est le Fils de la Vérité, il ne ment pas.

 

3:37. Le premier post de Titiou Lecoq (que je ne reproduis pas intégralement, droits d'auteurs obligent, comme je l'ai appris sur le blog de Maître Eolas) est génial. "Putain de rupture." Juste le titre. On est dedans. Cette expérience universelle et contemporaine, cet événement intime de la rupture appelle la solution moderne et public du blogging. Enfin une mise en abîme. Le blog explique la cause du blog dans le premier post. Et surtout, le thème indirect du blog est annoncé : comment se remettre d'une rupture, si ce n'est jour après jour, par un réexamen du passé, un rappel des règles pour s'en sortir ? La réécriture, la rumination quotidienne de son passé est le propre de toute rupture amoureuse, mais c'est aussi le propre d'un blog. C'est même peut-être le thème ultime du blog.

 

De-blogorum_Fathertime.jpg

Un problème pour finir un truc, la vaisselle, une relation amoureuse pourrissante ou le rangement de votre appart ? Appelez "Father Time" : il achève tout très vite et très proprement.

 

 

Je veux dire, ok, je me sens un peu coupable d'avoir plagié le nom de son blog, mais c'est réellement brillant. D'abord, contrairement à tous les autres blogs, qui attaque bille en tête, Titiou Lecoq se confronte vraiment à la tradition de l'incipit littéraire. Elle en rappelle les plus célèbres "Aujourd'hui, maman est morte" de l'Etranger de Camus ou le "longtemps je me suis couché de bonne heure", du côté de chez Swann, Proust. Mais la malice, justement, est que ces incipits célèbres sont presque des phrases légères, innocentes qu'on pourrait twitter aujourd'hui. "Putain the rupture", qui est le titre ET le début du post, est un bon incipit. Mais ce qui manque au blog c'est tout simplement le lestage de l'incipit par tout un chapitre consécutif qui lui donnerait tout son poids, toute son irrémédiabilité. Et ça, notre blogueuse en a conscience. En fait, même si votre incipit de blog était génial, vous ne pourriez jamais commencer un livre avec. Un bon incipit n'est un bon incipit que rétroactivement. Or le blog annule cette linéarité. Tout recommence chaque jour dans un blog. Un nouveau post efface le précédent, le rend presque obsolète. On lit un blog par la fin.

Ce pourquoi BHL, Assouline ou les autres s'en foutent totalement de ces incipits. D'abord, ils ont déjà un nom. Hors de question pour eux de recommencer une oeuvre, encore moins de céder aux sirènes hurlantes de la confusion démocratique du net. Au fond, ils pèchent par orgueil, en dépit de toutes les compotes aux pommes du monde. Ce qu'ils cherchent dans le blog est plutôt une sorte d'outil qui rende totalement compte de la processualité de leurs pensées. Parce qu'ils ont trop construits, ou construit déjà trop de fois, ils préfèrent se voir désormais en train de construire. Le blog est un bain de fraîcheur à leurs yeux. Mais du coup, ils ne tentent rien pour comprendre ce qu'est vraiment un blog.

Mais imaginez que vous naissez dans un monde où vous êtes jeunes, pas encore complètement reconnus, où vous contruisez vos idées avec un ordinateur, avec internet. Le blog devient alors aussi quelque chose de dangereux, c'est le risque de ne jamais éclore, de ne faire que préparer sans jamais accoucher d'une truc bien construit. Un bouquin pourra-t-il jamais être écrit à partir d'un blog qui ne soit pas lui-même la transposition d'un blog ?... non. Rien d'étonnant donc de voir un vrai incipit dans le blog d'une presque-trentenaire qui n'a pas grandi avec le net, mais qui a dû se l'approprier avec plus de détermination qu'un BHL, et plus de réflexion que de gamins qui reconfigurent leurs facebook tous les jours avec un iphone. Dans son incipit, elle juge donc de son incipit, de l'impossibilité de faire vraiment un incipit. "Pas spontané et mal écrite". C'est la forme d'une écriture intermédiaire, qui naît et disparaît au fil des post, l'écriture de la conscience malheureuse, mais avec plein de vannes dedans. Plus volatile, plus subjective, mais plus réelle, car c'est la forme de l'écriture aujourd'hui. 

 

 

De blogorum TitiouLecoq

Titiou Lecoq, la reine des blogs à qui on doit sacrifier au moins un geek par jour si on veut encore être bien classé au blogranking.


 

  Enjoy.

"Putain de rupture. La première phrase est essentielle. Certaines marquent l’histoire de la littérature. On peut opter pour « Aujourd’hui, maman est morte », « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » ou « Je suis une pétasse » (l’une de ces phrases est tirée d’un roman de Lolita Pille, à vous de trouver laquelle). Mais pour un blog, le problème est d’autant plus épineux que le style-blog privilégie spontanéité et mal écriture et que là, pour la spontanéité, c’est déjà foiré (par contre, mal-écriture, ça devrait être dans mes cordes). Finalement, ma première phrase à moi sera donc simple, pas spontanée et mal écrite."

Titiou Lecoq, Girlsandgeeks.com, juillet 2008. Tout simplement trop en avance sur son temps pour être déjà publié.

Par gaysandgeeks.over-blog.com - Publié dans : trop d'internet
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