Partager l'article ! Brunch, blind test et nostalgie.: Un week end entier de conversations pédés relancées par des bi ...
Un week end entier de conversations pédés relancées par des bières de 50cl chacun, par des cacahuètes spéciales avec un enrobage croquant autour, par un émerveillement renouvelé devant chacune des maisons à colombages de la ville et toutes ces façades construites par d'anonymes ouvriers médiévaux – certainement à moitié nus, trappus, méridionaux et poilus quand ils bossaient...– par une promenade et par son interruption par la rencontre d'un millier de scouts d'Europe suant de plaisir au pied de la cathédrale, relancée par un brunch dérivant à mon initiative sur l'impact politique des théories queer, par des vannes de vieilles folles trentenaires, par des ragots de vieilles folles trentenaires, par de la drague homoérotique, soft et consentie, et par une sieste dans un grand parc qu'un autre de notre grand roi de France a dû trouver à peine proportionné à son ego... La classe totale. Le soleil était rasant. Et sous nos plates contrées, quand il rase la campagne pendant si longtemps, tout le spectre orangé d'un coucher de soleil infuse lentement, comme un sachet de Lipton dans un bol d'eau chaude.
Et inévitablement, avant de se quitter, on glisse vers notre incontournable conversation SIDA totalement flippée, où l'on se répète le taux de prévalence parisien d'environ 30 %. Ayant baisé à couilles rabattues pendant quelques années à Paris, je ne sais pas si finalement je ne dois pas me considérer moi aussi comme chanceux.
En reprenant ma voiture, et en laissant mes amis parisiens à la gare, j'ai repris notre blind test de K7 audio là où on l'avait laissé pendant l'aller. Quitte à les griller injustement, je peux dire qu'ils avaient galéré sur Pulp, étaient impardonnables sur Iggy Pop, et qu'ils n'avaient même pas trouvé Outkast. Alors que je suis sûr que MLPSM (le mec le plus sympa du monde) pourrait viser juste sur n'importe quel tube électro mineur de 2010. En pensant à eux, je me suis offert le cumul d'un sentiment de nostalgie immédiat sur un fond de nostalgie bien réelle. Et dans le lecteur K7 autoreverse de ma saxo pourrie, j'ai alors luxueusement réécouté la K7 entière d'Outkast, complètement galvanisé par le weekend, et très vite inquiet de perdre cet éphémère sentiment de bonheur.
Je repensais à Outkast. A l'époque leur double album avait cartonné. Et je trouvais ce succès absolument légitime. C'était un déluge de tubes et de petites chansons malines, un gros bisous à la Terre entière, et la Terre entière avait adoré ça. Sous ces conditions, la Terre entière, moi et Outkast, ne faisions qu'un. Qui plus est, je sortais en même temps avec un mec qui trouvait aussi génial que moi de baiser en mettant Outkast à fond pour que les collocs ne nous entendent pas. Mais le soleil se couchait, la K7 se finissait, et je me suis aussi dit que c'était mon seul et peut être dernier moment de fusion cosmo-culturel global.
Une dose massive d'Andre Benjamin. J'assume !
Je ne sais pas encore si je suis supposé devenir moi aussi un trentenaire dépressif comme les autres. Mais il y a un argument que le Fils de la Vérité me répète souvent. En ce moment, il cite même très adéquatement Douglas Coupland, et son Player One : « A l’âge de 20 ans, on sait qu’on ne deviendra pas une vedette rock. A 25 ans on sait qu’on ne sera pas dentiste ni un quelconque professionnel. Et à 30 ans, la noirceur commence à nous envahir. On se demande si on sera comblé un jour, sans parler d’être riche ou d’avoir réussi. A 35 ans, on sait fondamentalement ce qu’on va faire pour le reste de sa vie et on se résigne à son sort. »
Plus on vieillit, plus le grand éventail des possibles se referment sur quelques solutions concrètes : avoir un job, une fois pour toutes, n'être bon qu'à ce job ; n'avoir plus qu'un nombre minimal de mecs à rencontrer, et peut-être réussir à en aimer un ; n'habiter plus qu'un seul endroit de la Terre, y demeurer et ne voyager que lorsque la thune, l'occase et les amis coïncident heureusement. En un mot, Les options deviennent de plus en plus limitées. Et finalement, on finit par paniquer, on tombe en pleine crise de claustrophobie du possible, et on se met à déprimer. Peut-être que plus tard, vous finissez par aimer ce que vous avez (40 ans ?), puis encore plus tard, peut-être que vous vous mettez à flipper de perdre ce dernier truc que vous aviez fini par aimer (50 ans ?). Dans ce scénario parfait, et légitime à plus d'un titre, il y a quand même une alternative, une sorte de monde parallèle, de Earth Two qui attaquerait Earth One.
En écoutant Outkast, je me suis dit que je n'avais pas changé d'un pouce. J'aimais toujours autant leur double album. La nostalgie a modéré brutalement mon inclination dépressive. Car en moi, le jeune queutard romantique avait survécu. En fait, en moi, le gamin timide n'a pas pu être liquidé non plus comme je le souhaitais, ni le masochiste bipolaire amoureux du premier hétéro métis qui passe. Toutes ces survivances n'ont pas que des avantages, mais c'est le scénario parallèle le plus intéressant à la dépression trentenaire attendue. J'aimerais que cette idée soit dispersée dans l'air pour sauver les futurs trentenaires de la dépression programmée. Le tout est d'avoir une bonne mémoire et de ne pas crever d'Alzheimer.
Si nos choix possibles s'élaguent rapidement, nos couches de mémoires, elles, s'empilent assez bien. Certes, je ne suis pas super fier d'être un ancien amateur de Ash, le Green Day anglais des 90's, mais je reste absolument amoureux du Love Below d'Andre 3000, et particulièrement de sa chanson Prototype. Toute ma philosophie de queutard romantique y était résumée. Baiser d'abord, draguer ensuite. Et si ça foire, au moins, ça donne des idées pour la suite.