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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 23:19

 

 

 

Fat-Princess_LeadArt.hmedium.jpg

 

 

C'est un petit jeu, sorti pour la Playstation3 en juillet 2009 sur le PSN, et uniquement sur le PSN (c'est-à-dire téléchargeable en ligne, et uniquement en ligne). Petit jeu,graphisme sympa, principe simple, proche du jeu du drapeau : en équipe, vous devez kidnapper la princesse adverse, tandis que vous protégez la vôtre (il y a une mini-histoire derrière mais super compliquée, alors on s'en fout). la joie du jeu est de toute façon dans les combats à plusieurs et ses micro-stratégies, souvent chaotiques, mais pas suffisamment pour vous décourager. Vous avez le choix de plusieurs petites armes, de plusieurs petits tours de passe-passe, mais attention, pas tant que ça. Le plaisir du multijoueur est de toute façon, là, bien présent. Les petites giclées de sang qui sortent des mignons petits personnages kawai, les voix ridiculement haineuse ou héroïques, et la minuscule originalité (nourrir la princesse de gateau pour la rendre difficile à porter) suffisent à créer un climat de dessins animés cruel à la Happy Tree Friends.

 

  Fat princess happythreefriends

Happy Tree Friends ou la résurgence du danger inhérent à toute amitié... et des pinatas.

(L'image est drôle mais le dessin animé est naze ; je préviens)

 

Mais il y a au moins deux reproches souvent faits au jeu, et qui pour nous, représentent justement deux hérésies, deux défauts qui en font le sel.

 

fat princess recap580s

Chaos.

 

Un des reproches les plus fréquents sur les forums est le nombre assez restreint de personnages-types (cinq classes, dédoublées par up-grade par classes) et le peu d'améliorations qu'on peut effectuer au cours du jeu. Les reproches sont fondés, si on compare ce jeu au reste de la production actuelle. Car le joueur est habitué désormais à posséder toute une panoplie d'outils, d'armes, de combos, qu'il peut améliorer à tout moment dans le jeu, ou configurer minutieusement avant chaque partie. Mais dans ce jeu, il y a une hérésie vidéoludique fondamentale : toutes les améliorations sont réversibles. Vous n'avez aucun moyen de conserver des avantages acquis au fil des parties. Et au sein même d'une partie, les joueurs se trouvent presque en permanence à un niveau d'égalité parfait. Le tout petit up-grade n'empêche pas une équipe moins développée de gagner. Et la construction d'une catapulte qui aide le joueur à atteindre la princesse est parfois impossible dans certaines cartes. Enfin, les meilleurs coups, les plus rapides et les plus rusés s'effectuent souvent avec le personnage "nu", qui n'ayant pris aucune arme, court deux fois plus vite que les autres. Ce jeu est presque une ode à la dévolution.

 

Fat-princess_playstation-3-ps3-038.jpg

Sang.

 

  Le deuxième reproche est presque idéologique, et bouleverse un autre code du jeu contemporain. Il n'y a aucun moyen de constituer une équipe prédéterminée et de s'affronter par équipes. Tous les autres jeux multijoueurs ont fait leur beurre de cette forme d'association stable qu'est le jeu en équipe. A plusieurs, on peut se répartir les rôles, prévoir des stratégies d'attaque, et viser une efficacité maximale. Et surtout, ce mode de jeu fait buzzer toute la toile, et vend un certain communautarisme vidéoludique qui devient presque un prétexte politique vantant la spontanéité de ces auto-organisations démocratiques (en fait, carrément despotiques et conformistes). Or Fat Princess met ce mode de jeu en défaut. Il n'y a pas de possibilité de constituer des équipes. Et les seules tentatives se soldent sur les forums par un échec cuisant. Quoi que vous fassiez, vous restez seul face à la contingence des associations nouvelles et possibles.

 

Fat princess hobbes-leviathan

Les joueurs de Fat Princess constitueront eux aussi un grand Léviathan quand ils prendront conscience que la guerre est plus néfaste pour chacun que la paix. Mais pas maintenant.

 

Les joueurs ont compris que Fat Princess n'appartenait pas exactement à leur galaxie de jeu. C'est un jeu égalitariste, et chaotique, là où la plupart cherche une domination nette et ordonnée. Et le jeu tient à maintenir ces deux dimensions, car elles s'impliquent réciproquement de façon tout à fait hobbesienne. Le grand philosophe de l'état de nature comme état de guerre, Thomas Hobbes, donnait une raison toute simple et géniale à la production continuelle de conflits entre les hommes : le plus faible d'entre nous aura toujours assez de force ou de ruse pour tuer le plus fort d'entre nous. C'est donc l'égalité qui est productrice de conflits. Et c'est parce qu'on est tous également exposés à la peur et à la violence qu'on peut s'unir. 

 

 

"C’est pourquoi, si deux hommes désirent la même chose alors qu’il ne leur est pas possible d’en jouir tous les deux, ils deviennent ennemis ; et dans leur poursuite de cette fin (qui est, principalement, leur propre conservation, mais parfois seulement leur plaisir), chacun s’efforce de détruire et dominer l’autre. "

Thomas Hobbes, Le Léviathan, Chapitre XIII.

 

 

Fat princess FatPrincess-02 normal

Dévastation.

 

Et justement, il y a ce truc formidable qui se passe à certains moments du jeu. En temps normal, vos potes de jeu choisissent tous des rôles différents, et agissent la plupart du temps, indépendamment de vous, même lorsqu'ils sont dans votre équipe. Mais il arrive qu'en plein milieu d'un combat, vous surviviez ensemble en adoptant une stratégie spontanément efficace. Et c'est beau. Vous êtes le prêtre qui soigne le garde qui défend le guerrier tandis que le mage ralentit les ennemis avec ses cercles de glace. Ouh, yeah, brother ! Et tout ça, c'est une petite bulle de loi de la nature au milieu d'un état de nature pur et dur. Très important : ce n'est pas une efficacité collective anticipable ou stable.

Car : 1) vous aurez du mal à la reproduire, parce que si un seul de votre bande de frères d'armes provisoires meurt, il renaîtra dans son chateau d'origine, et mettra trop de temps à revenir dans l'action. 2) Il vous sera toujours plus utile d'agir avec les membres de votre équipe les plus proches. Certains vous ignorent, certains vous aident un peu. Mais parfois, certains vous suivent, ou vous les suivez, alors que vous n'avez pour ainsi dire aucun contact si ce n'est de simples contacts mimétiques (je ramasse du bois avec toi, je tue les mêmes ennemis que toi...). Par exemple, si vous construisez ensemble un bâtiment, vous avez un peu de chance de vous aimer. Si vous sautez ensemble dans la catapulte pour envahir par voie des airs le château adverse, vous venez de trouver un ami. Et si vous avez un trop regarder les chevaliers du zoodiaque quand vous étiez petit, vous vous sacrifierez même pour l'aider à lancer sa bombe avant que tout le monde meurt dans une explosion aveugle à tout mérite personnel.

 

Fat-princess_Saint-Seiya.jpg

C'est exactement le genre d'images que gardent en tête les joueurs qui ont pu croiser ma route.

 

Le succès idéologique de ce jeu est assez facile à expliquer. En inhibant toute association aristocratique, il nous plonge dans un "chacun pour soi" digne du plus sauvage des capitalisme (même l'appartenance à l'équipe bleue ou rouge est susceptible d'être bouleversée si vous ramassez une boule qui vous fait passer dans le camp adverse – que vous pourrez éventuellement saboter... ehehe) où le plus médiocre a toujours sa chance de tuer le plus valeureux. Et c'est dans cette contingence absolue des amitiés que parfois croiser un prêtre qui soigne vos blessures, tandis que vous soignez les siennes, est un vrai petit réconfort pour le coeur. Le personnage du prêtre a d'ailleurs vraiment cette propension décuplée à la fraternité, parce qu'il soigne, certes, mais surtout parce qu'à l'écran, on voit la direction de son faisceau régénérant. Vous pouvez indiquer le sens de votre sympathie avec le pad, juste avant de mourir sous le feu d'atroces brûlures... et en espérant que ceux que vous avez soigné se souviendront que jusqu'à la mort, vous avez tendu votre bâton magique dans leur direction.

 

Fat-princess_Nom_Cake.jpg

L'amitié, toujours plus noble et plus diététique que le mariage...


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