Partager l'article ! La phrase qui tue pour draguer sur les tchats.: source. Au moment de racc ...
Au moment de raccrocher les gants de la drague sur internet, je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée émue pour tous ceux qui viennent d'y rentrer. Les jeunes mecs qui s'arrangent des rendez-vous loin de chez eux en pitchant leurs profils web comme la jaquette d'un film Titan. Les mecs timides et romantiques qui vont ressasser mille fois la cruelle règle du net (extension de la règle cruelle de la réalité) : on juge tous sur le physique, et on cherche tous (aussi) du cul. Et ceux qui s'usent les yeux sur les murs de profils et leurs milliers de petites vignettes de mecs, et qui, de fatigue, finissent par cliquer pour de mauvaises raisons sur la photo du mec qui montre un bout de sa bite.
A tous ceux-là, je lègue ma phrase qui tue. Ma période de drague désespérée – qui s'est déroulée dans un état de semi-sidération, les chakras bien ouverts par le ressassement de l'ironie de l'existence – a pris fin. Et il est normal que chacun ait sa chance, bien qu'en vérité seul un petit nombre d'entre nous, stylites du tchat, pourront atteindre ce moment d'absolue ouverture au monde qu'est le pur parcours des beaux gosses du web dans la seule et légère intention de leur faire des compliments et une vanne (y compris sur leurs bites).
Comme pour toute formule magique ou citation abusive d'écrivains célèbres, il y a des conditions et des avertissements.
Premier avertissement : ma phrase qui tue ne saurait être maniée que par ceux qui ont des intentions pures, parce qu'elle est foutrement romantique.
Deuxième avertissement : ma phrase qui tue, enfin, doit être utilisée avec précaution, parce que si vous vous comportez comme un chacal après utilisation, il est probable que votre parole et votre crédibilité web fonde comme neige au soleil, ou comme le ferait un toon plongé dans la trempette (comparaison spéciale 80's, en hommage à Roger Rabbit qui était un très bon film, flippant et méchant, et qui a fait de nous tous des grunge flippés par leurs enfance). Vous n'aurez plus de parole du tout, et tout ce que vous direz sera pour la vie accompagné d'un kikoo lol.
Une belle métaphore de la vie – à reproduire en poster pour accrocher chez soi.
Voici maintenant ma phrase qui tue – au préalable, vous avez produit toutes les mensurations et autres chiffres d'usage à votre interlocteur (appelons-le Outsidebear28), considéré sournoisement l'état d'urgence sexuelle de Outsidebear28 en vous frottant les mains, et convenu ensemble que les tchats était des lieux de déperdition, et que vous et Outsidebear28 seulement en étiez les rescapés.... alors Outsidebear28 vous demande ce que vous attendez de cette rencontre. Le piège est tendu : soit vous répondez rien, et alors la conversation n'a plus d'intérêt, soit vous répondez que vous cherchez l'amour et alors vous devenez aussi flippant qu'un Freddy Kruger qui courrait après les enfants simplement pour leur faire des bisous. Soudain, vous vous souvenez que vous avez lu la phrase qui tue sur ce site. Et elle vous revient... Alors vous écrivez "Tu sais, Outsidebear28..."
"L'amour ne rend pas la vie meilleure, il rend la vie possible."
Explosion de sens tout à coup sur la résosphère. Tous les gays se souviennent soudain qu'ils sont aussi les petits enfants de Proust, de Platon et de cette vieille folle de Socrate. Mais que veut dire cette phrase magique ?
Le contexte. C'est une phrase que prononce le prêtre à David, dans Six feet under – quand ce dernier David est sur le point de quitter Keith (le fou !). So far, la phrase reste plutôt inconnue, sur le web francophone aussi bien qu'anglophone, bien qu'absolument géniale.
Remember Mathew St Patrick...
Le paradoxe, c'est qu'à la prendre comme elle vient, cette phrase signifie que l'amour, bien que nécessaire pour vivre, ne change absolument pas la vie. L'amour n'est pas un ticket d'entrée à Disneyland (où Mickey porterait un jockstrap et Dingo serait fétichiste – non plus). Il vous laisse dans votre banlieue rurbaine où vous êtes né. Simplement, vous ne vous suicidez plus. Vous embrassez votre vie telle qu'elle est, avec ses plaisirs réguliers et ses grands moments de flottements qu'on finit tous par trouver poétiques à force de regarder des films de Miyazaki.
Cool.
Cette phrase est géniale pour une autre raison. Elle rassure tout le monde quant à deux choses : 1) il n'y aura pas de drame, car l'amour n'est pas un bonus de vie, c'est juste la vie, et 2) ça ne sert à rien de faire comme si on était au dessus de tout ça, l'amour et tout... C'est la phrase parfaite pour les gays. Car oui, soit il y a une drama-queen (qui veut être aimé à tout prix) soit il y a un queutard (qui méprise l'amour) en chacun de nous ; et il est même possible de les cumuler par alternance. L'amour, c'est simplement vital.
Alors, certes, dans la série, la formule a une forte résonance chrétienne. Quand l'amour est partout, c'est aussi Dieu qui est partout... Et aussi, cette formule a quelque chose de sévère et contraignant, puisque le prêtre de Six feet under en tire argument pour que David ne quitte son mec à aucun prix. La relation amoureuse doit primer sur tout le reste (plaisir compris). Mais on n'a pas besoin de souscrire à ces présupposés pour faire fonctionner cette phrase sur les tchats. C'est même plutôt le génie de la série Six Feet Under de voir comment le conseil du prêtre pour un mariage en crise marche soudain très bien pour un gay paumé.