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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 01:00

 

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A quoi peut ressembler la vie d'une relookeuse extrême ? Passer dans une boutique de fringues pour elle, ça doit être comme traverser un hôpital : elle ne voit pas des fringues, mais des chances de rendre les gens laids plus beaux... des chances de sauver des vies !

Pour la relookeuse consciencieuse, relooker autant de moches en ces temps de crise est une tâche herculéenne. En pensant à tous ces smicards et ces bômeurs (chômeurs bobos – nouvel archétype accrocheur placé sur le marché des sciences sociales) moches qu'elle relooke, comment Cristina Cordula fait-elle pour ne pas devenir triste et laide à son tour ? Avec l'expansion folle de l'obsolescence programmée, de la crise, bientôt même les plus beaux d'entre nous auront des fringues mitées, et des sneakers qui se disloquent à chaque pas (car il faut être clair, les sneakers des mecs sont comme les bas nylon Dupont des femmes des années 40 : spécialement programmés pour s'annihiler d'elles-mêmes).

 

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Problème de fringue, mais aussi de déco, on dirait... M6 prête Valérie Damidot à toutes ses vedettes. Y'a rupture de stock sur le bar américain et les murs violets !

 

Heureusement Cristina Cordula ne pense pas que le problème du look soit économique. Si ces femmes et ces hommes sont laids, c'est parce qu'ils ont un juste un problème pour avoir une vie intéressante. Ouf ! La crise n'apparaît pas sur la radar. Et que ce soit dit à chaque ouvrier qui s'apprête à lutter en vain contre la finance : tant que ta vie est intéressante, mon gars, t'as pas besoin de relooking, tu peux continuer à te battre en Kway moche avec une casquette rouge dégueue !

Le titre de son émission contient d'ailleurs une véritable Lebensanschauung : Nouveau look pour une nouvelle vie. La laideur ou la beauté ne sont que des symptômes. Ce qui compte est la vie, la puissance d'agir qui est exprimée par ce look. Autrement dit, le vrai problème est que ta vie est pourrie – en plus d'être moche. D'une certaine façon, postuler l'absolue superficialité du look avait un avantage, si ce dernier était raté, il n'y avait que ça de raté. Maintenant c'est le package entier qu'il faut repenser : look et vie.

Bref, c'est pour ça que les émissions de relooking sont géniales.

 

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Beauté du monde moderne.


Mais le parallélisme vie/look présupposé par C.C. (et qui n'a rien à envier à cet autre parallélisme célèbre entre l'esprit et le corps chez Spinoza) est trop rigide, voire faux. Faites se rencontrer dans votre télé intérieure et mentale Cristina Cordula et Rupaul. Cristina est coolos, elle parle en regardant la caméra comme un vélociraptor frénétique sur le point de manger vos enfants devant vous en vous gardant pour le dessert – l'accent brésilien fait oublier tout ça, mais imaginez-là avec un accent autrichien... Quant à Rupaul, il joue tellement de sa dichotomie homme/femme qu'il va vraiment finir en schizophrène à personnalités multiples. Mais vous mettez ça de côté, y'a pas photo : Rupaul bouffe C.C. comme un vélociraptor dès qu'il s'agit de psychologie et de pédagogie. 

Evil Cristina épuise ses candidats en les faisant défiler pendant 7 heures jusqu'à ce que leur sens de la mode soit aussi broyé qu'un vieux curly sous le coussin du canapé du salon. Le plus drôle dans le dernier épisode que j'ai pu voir, c'est qu'elle-même confessait son absolu désarroi à la fin de la séance d'essayage. Elle n'avait plus de bon sens, je crois même qu'elle avait un oeil qui commençait à dire merde à l'autre. 

 

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L'imaginer avec un accent brésilien.

 

Et pendant ce temps-là, le candidat semblait essayer les mêmes vestes avec les mêmes chemises selon une combinaison toujours légèrement différente (Cristina range ses fringues par catégories "sportswear" / "dandy" / "urbain" etc.). Cristina avait-elle seulement calculé le nombre exponentiel de possibilités à l'avance ?... Elle aurait dû limiter les choix à trois vestes, trois pulls et deux jeans (18 passages possibles en cabines si je sais compter) ? Manque de pot, le candidat geek de l'émission avait soudain pris conscience du potentiel érotique d'un jean skin sur ses jambes rendues ultra-musclées à force de soutenir son large buste. Appelons ça le stade du miroir hétéro bear : quand un jeune pré-trentenaire hétéro prend conscience de son sex-appeal en tant que bear, en pensant que c'est urbain et négligé alors que c'est super gay. Le mec passait devant le miroir sans se lasser, admirer le contraste entre sa barbe amazonienne et l'éclat factice du prêt à porter cordulien.

Ce laxisme improductif, sorte de méthode Stanislawski bis du relooking consistant à épuiser son élève jusqu'au bout pour le changer en simple marionnette, s'accompagne aussitôt d'un fascisme esthétique presque touchant de naïveté. Cristina le dit : pas de robe sous le genou, pas de décolleté carrée si on est grosse, pas de barbe qui cache la pomme d'Adam, etc. Cristina prodigue ses conseils, non parce qu'elle est sympa avec vous, mais parce que ce sont des vérités universelles et sacrées, qui doivent être contemplées pour elles-mêmes dans le grand salon de relooking des idées platoniciennes. Cette forme de manipulation psychologique, n'importe quel bon tortionnaire aurait dû l'importer dans les prisons irakiennes pour faire craquer les détenus. On les ferait défiler dans des cabines d'essayage jusqu'à épuisement, puis on les reconditionnerait en les hyptonisant grâce à un écran géant du sourire de Cristina qui leur crierait "ouh là là  mon chéri, ah oui, ça c'est super ! J'adore le pantalon carotte que tu as tissé avec tes copains prisonniers !"

 

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Ne surtout pas rater le moment où Rupaul parle de ses lavements...

 

Rupaul n'a pas du tout la même approche. Tout vient du dedans, du coeur, de son inner diva... de la force de la fierceness qu'on dégage – en gros, c'est comme les midichloriens de Star Wars, mais avec plein de glitter. Rupaul fait un truc, les femmes au foyer épuisées qui arrivent chez lui entrent dans un monde extraordinaire – pas le monde des normes vestimentaires à la con de Cristina. Et c'est dans ce monde imaginaire – le drag lab "avec plus de perruques colorées et de maquillages à la mode que tous les spectateurs des Hunger Games !" – qu'elles vont devoir trouver un principe qui leur permette de retrouver le goût de se looker, de prendre soin de soi. Quand on dit que ça ne sert à rien de simplement filer un point à un chat affamé et qu'il vaut mieux lui apprendre à pêcher (en lui mettant entre ses adorables petites pattes velues une canne à pêche, et en lui interdisant de miauler trop fort pour ne pas effrayer les poissons) !!! 

 

 

 

Je crois que quelque part dans le monde, les statues de Bouddha confectionnés par les petits moines qui reçoivent le câble auront bientôt la forme androgyne d'un Rupaul. Car Ruru a la même sagesse dialectique de Boubou. Il s'occupe pas vraiment de simples règles vestimentaires. Certes, comme Cristina, il pense que l'apparence est bien le symptôme d'un état de vie (si tu es beau à l'intérieur tu es beau à l'extérieur). Et comme pour Cristina, c'est vrai qu'il propose un choix entre deux tenues à un moment de son show Rupaul Drag U. Mais c'est plutôt toujours ce truc qu'on trouve à la Drag U School, accompagné de licornes et de drags, cette fierceness (férocité) qui est enseignée. Au fond, choisir la bonne tenue n'aurait aucun sens si on n'était pas capable de faire plus, d'être féroce, et de devenir complètement barge, porter des boucles d'oreilles de la taille d'un paquebot et des robes fluos et lumineuses comme seules les méchantes de dessins animés en ont (JEM et les Hologrammes are back BB !!!). Tandis que Cristina apprend à ses disciples comment se transformer en parfait petit Clark Kent assoiffé d'intégration, Ruru apprend comment faire du petit Clark qu'on est déjà un Superman fashion toujours en quête de dépassement. 

La fierceness drag est évidemment la parfaite vertu d'un monde capitaliste où tout le monde est supposé se bouffer la gueule... sauf que c'est aussi en même temps une façon de se foutre de ce monde de dingues et de la compèt' ambiante. Rupaul préviens que le Rupaul Drag U est "comme la vraie vie, une compétition", mais en fait, c'est plutôt une façon de dire "heyy bitch, je fais ce que je veux tellement je suis hors compèt !"

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source.

from the blog : http://mikejoosart.blogspot.fr/2011_08_01_archive.html

 

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Published by NKD - dans gay typique
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