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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 20:21

 


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Depuis peu, la vie m'a rendu ma liberté de cheval fougueux, de belette agile, et d'ours hibernateur. Comprenez : je me suis fait relarguer. Dans un souci de respect pour mon tendre ex qui est aussi mon ami, et aussi dans un souci d'impartialité – parce qu'au niveau de généralité où je prévois de m'élever je suis inattaquable, je vais faire les choses simplement : ça allait bien, puis ça n'allait plus très bien, puis bien de nouveau – mais à Montréal –, et enfin très vite, tout n'allait plus bien pour la dernière fois. 

Malheureusement pour moi, mon tendre ex, mon ami, mon merveilleux petit québecois sarcastique (mais si spirituel), espiègle (mais si chou), taquin (mais si plein de sagesse)... est un putain d'existentialiste. Je m'explique, je n'ai pas vraiment relu Sartre pour être capable de dire ça. Mon talent naturel d'expert en criminologie m'a simplement fait remarquer que 1) il y avait "l"existentialisme est un humanisme" posé quelque part dans sa chambre lors de son déménagement ; et que 2)  lorsqu'on a vu Total Recall ensemble(le premier, le vrai, le meilleur), il a immédiatement reconnu dans les paroles du bébé mutant gluant la philosophie de J.P. Sartre. "Les actes seuls déterminent qui tu es vraiment" (et le bébé rend un gros bleurkh d'agonie après, parce qu'il vient de se faire tuer par les méchants, vous vous souvenez...?)

C'est justement parce qu'il est un fieffé existentialiste que je me sens le besoin d'écrire ce petit post (moi, exhiber ma vie gratuitement ? Pfff !). L'ex existentialiste a en effet ceci de particulier qu'il ne vous fournit aucune explication lors des ruptures. Souvenez-vous le bébé mutant. "Les actes seuls déterminent qui je suis vraiment – Bleurkh... " 

 

 


 

 

Au moment fatidique, votre futur ex vous regarde dans les yeux : il est beau, il est intelligent, et il vous parle de rupture – bon, c'est pas vrai, c'est peut-être vous, excédé, qui avait lancé un ultimatum pour lui faire dire pourquoi il était bizarre toute la journée... Peu de temps après, vous commencez à vous souvenir de toute votre histoire, vous pesez ce que vous perdez, et finalement vous demander à ouvrir les négociations. Et c'est là que l'ex existentialiste vous pourrit vraiment la vie. Plus vous évoquez le passé, plus vous lisez au fond de son regard de gazelle sauvage que le passé ne compte pas ; seul le présent, seuls les actes. Et dans le souffle du dernier baiser, vous sentez que sa langue déjà écrit du Sartre en braille sur la vôtre : "L'homme est à inventer chaque jour." L'amour était juste là, dans la pièce quelques jours avant, puis d'un coup, hop, il s'est échappé ou fait écraser comme un mouche en été au milieu d'une salade océane – par hasard, broyée comme ça, entre une crevette et un bout d'avocat au moment de servir la salade.

 

J'ai donc conçu un tableau absolument pas pratique pour catégoriser les différences formes de rupture. 

 

1. Vous êtes responsables :

1.1. Vous l'avez trompé (cause accidentelle suffisante).

1.2. Vous êtes juste chiant (cause essentielle non suffisante).

1.3. Vous avez fait une blague raciste qui n'est pas passée (cause accidentelle non suffisante).

 

 

2. Il est responsable :

2.1. Il ne sait pas ce qu'il veut, et il préférerait sans doute courir après les mecs (cause essentielle suffisante).

2.2. Il n'aime pas jouer à la Wii autant que vous (cause essentielle non suffisante). 

2.3. Il trouve que la ville ou le patelin que vous habitez est totalement mort (cause accidentelle non sufffisante).

 

3. Personne n'est responsable.

 

 

Evidemment il faut clarifier les termes employés dans ce petit schéma. Les causes accidentelles sont celles qui ne dépendent pas de vous, ou de lui. Elles sont ponctuelles. Donc rompre pour cette raison est idiot, puisque le conflit ne pourra être que temporaire. Quant aux causes non suffisantes (superficielles), elles sont des raisons qu'il serait idiot d'avancer à ses amis pour expliquer entièrement la rupture. Genre : je le quitte parce qu'il a vraiment des grands pieds. Ou je le quitte parce qu'il prend comme un accent allemand au moment où il jouit.

A ce stade, je précise qu'évidemment, si vous vous êtes fait larguer (ou si vous avez largué) pour les raisons 1.2, 1.3, ou 2.2 et 2.3, vous avez raison de pleurer à chaudes larmes (ou raison de considérer que vous êtes un salopard). Car ces raisons-ci ne sont pas des raisons solides. Il faut être sérieusement altéré pour en finir sur ces simples prétextes : boire beaucoup, par exemple, ou passer une soirée acharnée à jouer à Naruto Ultimate ninja 2, si bien que le calme et la placidité de la vie d'adultes ne soit plus qu'un doux rêve.

Mais le charme d'une rupture est de voir que généralement, personne n'attaque franchement la seule cause réelle, essentielle et suffisante. Personne ne se contente de dire "bah, voilà, en réalité, toi et moi sommes deux êtres incompatibles, qui ont cheminé ensemble sur l'océan de la vie, comme dans Water World, tu vois, parce qu'il était trop dur de trouver quelqu'un d'autre sur grindr ce soir-là". 

L'incompatibilité est à mon avis la meilleure raison pour une rupture – la plus irréfutable – mais elle est aussi la moins facile à dire. Plus on est longtemps ensemble, plus il devient difficile de dire qu'on était en réalité incompatibles (à moins d'accepter de dire qu'on était hypocrite). Dans les premiers temps, on comprend éventuellement qu'on se méprenne, mais au bout de vingt ans ?... Cette raison est donc réfutée (et chaque jour un peu plus) par le seul fait d'être ensemble. S'être maqué avec quelqu'un ne peut pas justifier de s'en séparer la seconde suivante. A moins de prétendre avoir fait une découverte au sujet du caractère de l'autre qui bouleverse la connaissance que vous en avez !

Et donc arrive forcément le moment où l'on prétend avoir compris quelque chose de super grave et de super nouveau au sujet de son partenaire-vie : qu'il aimait trop les films pornos pour que ce soit honnête, qu'il est en réalité trop immature pour une relation longue depuis qu'il est resté scotché toute une journée sur M6 devant "Ma maison est la plus originale de France", etc. Dans ces moments-là, on emprunte sans scrupules le registre du détective des Experts ou du Colombo psychologue qui pense avoir trouvé l'indice ultime (alors que ce qui était devant nos yeux quelques jours plus tôt ne nous intéressait pas). Mieux vaut savoir bien jouer l'étonnement si vous voulez récupérer tous vos amis communs pour vous.

 

rupture diagramme
un schéma clairement moins cool que le mien.

 

Une rupture c'est finalement ça : se trouver obligé de feindre la découverte d'un élément qui pourtant était présent dès le début (car si cet élément est accidentel, il ne justifiera pas la rupture). Autrement dit, une rupture consiste justement à remonter de 1.3 à 1.2 pour atteindre enfin le climax 1.1 ou 2.2 : "il n'est pas fait pour moi" ! – ce qui implique généralement livraisons expresses et déballage de ses 4-vérités-voire-plus au futur-ex qui en fait n'était pas fait pour vous.

Une dernière solution existe : il faut blâmer très philosophiquement l'existence, le temps qui passe et qui vous échappe (solution 3). Chantez du Léo Ferré si vous en avez la possibilité – marmonnez au moins le refrain autour d'un thé à la menthe. Et même zappez carrément la rupture, car on n'a plus besoin de péter les plombs pour croire à son propre étonnement : on s'est plantés, point. On reste amis. Et n'évitez surtout pas le rebound sex, c'est la meilleure catégorie de sexe qui soit.

 

 

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 05:17

 

Grindr logo

source.

 

De retour dans les limbes grinderiennes (les circonstances exactes de ce retour seront élucidées plus tard), il m'est venu à l'esprit un curieux regret, le regret qu'on ne soit plus aux temps des ménestrels et des chevaliers... Je m'explique, je ne suis pas un grand romantique, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que ce qui est beau avec le concept d'amour, c'est que lorsqu'il est né, il a clairement été une excuse pour parler longtemps au lieu de coucher. En fait, l'amour a donné une chance aux intellos de draguer (je lève la main au fond de la salle). 

On dit souvent qu'aujourd'hui, une génération de gamins élevés par des écrans lumineux ne font plus que se masturber frénétiquement. Car une civilisation de l'image n'offrirait comme seule perspective de bonheur que celle d'une consommation frénétique de plaisir (je lève la main et je m'auto-désigne comme coupable). Au contraire, la belle civilisation de l'écrit a l'avantage de médiatiser les désirs par la langue, de laisser le temps aux chevaliers du Moyen Âge de chercher des émotions qu'ils ne connaissaient pas, voire même de les inventer pendant leurs temps libres (je baisse les yeux de honte). 

Mais on oppose deux choses qui ne méritent pas réellement qu'on les oppose. Nos réseaux sociaux sont plus larges, et par conséquent, nous n'avons jamais autant eu besoin de savoir écrire. Les images ne suffisent pas, aussi maléfiques et perverses soient-elles. Alors finalement, la meilleure réfutation des millénaristes de l'écriture façon Finkelkraut (ou maintenant Beigbeder) sont les interminables conversations ou débuts de conversations des tchat gay. Plus on est excités par les images, plus on veut baiser, et... plus on a besoin aussi de récolter des informations pour réussir à baiser. 

Le problème pour le pédé lambda devient très mathématique, ou chimique, c'est une question de dosage. Même si on est intéressé, on ne doit jamais trop en dire, alors qu'on n'a jamais autant dragué d'inconnus. Dans ces conditions, si on dépasse les trois lignes, on devient très vite insupportablement collant, relou, car c'est performatif. Ecrire trois lignes, c'est être intéressé, et être intéressé c'est exprimer des sentiments au-delà de toute borne acceptable. A l'inverse, si l'autre renchérit en lignes, il y a de grandes chances pour que ça colle.

 

Grindr mecchiant

source.

 

J'ai relu il y a peu les conversations avec mon ex (je viens d'un coup d'élucider les circonstances de mon retour sur grindr). Heureusement, il y a un site qui permet de faire ça. On était drôles, mais très tôt le rapport entre les lignes lues et les lignes écrites a tourné en ma faveur. Comprenez : pour trois lignes, j'en écrivais six, pour six j'en écrivais quinze. Bref, j'étais relou. C'est comme monopoliser le temps de parole pendant un débat, ça ne se fait pas. On ne se connaissait pas, et aussi excité que j'étais de montrer que j'étais un gros nerd, j'aurais pu alléger un peu ma prose. Heureusement, il a renchérit, et placé une vannes super drôle. Et à partir de là, les réparties en ping pong ont été vraiment cool et super hip.

Je repense à ça, et je me vois maintenant galérer, en répétant les mêmes erreurs. Un beau mec apparaît sur la mosaïque de grindr, et c'est tout de suite cinq lignes qui lui tombe dessus... ce qui m'a déjà fait rater de nombreuses prises de contact, dont la plus critique avec un mec sur lequel je fantasmais depuis une dizaine d'années.

Pourtant, autrefois, en supposant qu'on puisse dire "autrefois" en parlant d'un Moyen Âge où l'on possèderait des iphones, j'aurais été un tueur en matière de drague. Mon côté relou m'aurait valu l'admiration des damoiseaux sur la scène internationale de la drague. Ma surenchère permanente aurait pu couper le souffle de la foule attroupée autour de moi, et tenue en haleine au moment où j'écris mes réponses sur grindr. Ils se diraient "oh non, il ne va pas encore ajouter une ligne... Il le fait ? Il le fait, il le fait ! le fou !" Et en voyant mes doigts délicats tapoter sur le clavier, ils s'émerveilleraient de me voir m'épancher si tendrement. Franchement, je crois que j'abuserais de la pose du poignet cassé sur le front simplement pour les impressionner. Sur la plateforme "everyone" de grindr ou sur le "online" international de growlr, les mecs se seraient dit que ma capacité à ressentir un amour si fort que ça en est presque christique. A la fin, on exigerait de moi que je monte sur la croix pour racheter les péchés de l'humanité (ce que je ne concèderais qu'en échange d'un plan à trois avec George Lewis Jr et Teddy Riner).

 

Grindr_amour-courtois.png

Le détail important est la taille de la déclaration que va lui faire le chevalier

(qui ne se rend manifestement pas compte que sa coupe de cheveux est craignos)

 

Mais j'ai beau me sentir un peu incompris dans ma façon d'utiliser grindr (puisque même pour évacuer quelqu'un je lui mets trois lignes et une vanne au bout), j'ai tout de même le sentiment d'être le rescapé d'un mal plus grand encore. On dirait que tous les autres tchatteurs de grindr finissent comme les Frankenstein de La Fiancée de Frankenstein. Ils balbultient "pics ?" "tbm ?" "t où?"... en s'énervant de ne savoir faire que balbutier. Et très vite, ils accusent les autres de ne pas savoir parler. Ils s'auto-accusent en réalité. Et Comme dans le film de James Wale, le monstre finit par s'autodétruire avec le laboratoire... en enterrant le camp, queer et méchant Dr. Pretorius (un vieil aristo bizarre qui se moque de toutes les figures sexuelles classiques en les réduisent et en les mettant dans des pots).

 

 

 

Le résultat concret sont tous ces profils passifs-agressifs du style où des mecs ne font plus que marquer "quels foutages de gueule" ou "ne venez pas me parler si vous n'avez rien à me dire" (tout en ne précisant pas le domaine possible des échanges). Les mecs s'intoxiquent de leurs propres incapacités à communiquer. Si j'en crois également Buffy contre les Vampires (épisode 2 de la saison 2), ou la Fiancée de Frankenstein, la monstruosité entraîne une sorte de demande inextinguible d'amour. Le monstre veut une fiancée, ou le quaterback de Buffy une cheerleader. Et ils finissent tous les deux encore plus malades d'amour qu'au départ, tout en n'apprenant jamais à réellement communiquer. 

 

BOF_To-monsters-and-gods.jpg

 

Il y a peut-être une dernière raison très frankensteinienne et zombiesque à ça. Comme eux, on a des existences de mort-vivants – des existence en sommeil – sur ce genre de tchats. On y traîne, sans forcément s'adresser à tout le monde en permanence. On surveille seulement, et on ne répond que si on tombe sur un mec qui nous plaît, ce qui fait qu'on pourrit à peu près 90% du reste de nos échanges. Le pire se produit si un bogosse apparaît. Il attire à lui tous les suffrages, et en repousse presque la totalité, faisant accroître en un clin d'oeil le taux de frustration de tout le tchat. En insistant une fois pour avoir audience auprès de l'un d'entre eux, il m'a humblement répondu qu'il venait de recevoir 80 messages, que je pouvais essayer de gérer ça, moi, et qu'il n'était donc pas intéressé (mais telle une Charlize Theron en colère contre Blanche Neige, j'avais d'autres arguments à faire valoir). L'expérience est intéressante à tenter. En se connectant sans rien faire, on voit des types laisser des messages, puis d'autres (parce qu'à Paris, le turnover des mecs est très important). C'est comme le sac et le ressac de la mer... Nos désirs se désynchronisent assez naturellement sous l'effet de cette mises en réseau de nos existences en veille. Et on devient de plus en plus indifférents à ces mecs qui pourtant devraient être considérés fraternellement du seul fait qu'ils soient gays, eux aussi.


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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 00:48

 

 

 

Je me revois sur une photo, confortablement installé sur un lit, je bâille tandis que mon boyfriend me prend en photo. La photo n'est pas bonne (un peu floue au premier plan, la couette seulement a la chance d'être nette). Mais même l'ennui dans cette petite chambre a quelque chose de délicieux. 

Et me voici aujourd'hui en train d'écouter une chanson de Claudine Longet. Claudine Longet chante dans le style Françoise Hardy, avec plus de miel dans la voix. Elle s'est mariée à un skieur professionnel, mais l'a tué par erreur en jouant avec un pistolet. Grandeur et misère des années 70. Et elle chante la paix universelle réhaussée de quelques bongos et guitare sèche "there's a chance peace will come... in my life". C'est le bonheur d'avant, quand la tranquillité domestique de Claudine Longet n'était qu'une préfiguration de la paix universelle dans le monde (comme dans cette scène de The Party). Au contraire, j'ai l'impression que mon bonheur est seulement donné momentanément, à l'écart du monde, dans cette chambre prêtée par un ami, éloigné de la tourmente des guerres, qu'on connaît, qu'on voit aux infos, qu'on frôle à l'occasion de quelques voyages. 

Je sais ce qu'on risque de dire de ma douillèterie. Après tout, comme d'autres, je pourrais être tenté de faire "pékin express" de maigrir en jouant à Koh Lanta – pardon, je dis "jouer" mais ce n'est plus le mot qu'on doit employer aujourd'hui : il s'agit d'une expérience, d'une aventure. Beaucoup de gens comme moi devant l'émission ne cesse de se sentir appelés par ce genre de performance. Les candidats eux-mêmes vivent ça comme une vocation : ils se disent qu'il faut sans cesse courir, saisir sa chance, qu'il vaut mieux en profiter maintenant. On a l'impression qu'ils vivent leur dernier jour. Par exemple, aucun candidat quand il voit qu'il pourrait gagner trois jours sur une plage ne se dit simplement qu'il va enfin avoir un peu de repos. Les cocktails vont couler à flots pendant que les autres candidats seront réduits à boire l'eau de pluie qui coule des feuilles de la jungle. Non, le candidat typique de Pékin Express se dit au contraire : c'est exactement ce que je voulais, c'est l'aventure... Leur sens de l'aventure est si perverti qu'il se réduit à vouloir très très fort ce qui est imposé, comme si c'était une conquête. Même quand il s'agit de la plus douce et paresseuse des siestes.

 

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Il pourrait n'y avoir plus que deux formes de bonheur aujourd'hui, celui de la retraite tranquille, et celui de l'aventure. Mais on ne connaît plus cette espèce de bonheur invocatoire, où le plaisir de la mélodie commerciale est une profession de foi, une ritournelle qui est sur le point de s'abîmer dans la grande musique des sphères. 

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 22:50

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 02:45

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Si vous avez lu ce livre, vous pouvez passer votre chemin.

 

Une investiture sous la pluie et un coup de foudre sur l'avion présidentiel plus tard, on est en droit d'attendre que la France se réveille, qu'elle retrouve ses vraies valeurs, et qu'elle se sente de nouveau libre... de tourner de vraies comédies ! 

Le cinéma comique français est moisi. Il sent le sapin, et ça sent aussi le champignon entre les planches de sapin. En mettant de côté les multiples tentatives de Fred Testot pour montrer qu'il peut être aussi drôle qu'Omar – et qui occupe à lui seul trois films à l'affiche –, mon cinéma de province n'affiche plus qu'une comédie française : le Prénom. Un soir de désoeuvrement, j'ai décidé de donner une dernière chance au cinéma comique français. On s'était quittés en assez bons termes, pourtant, avec le dernier OSS, sorti en... 2008. Et j'avais peur de tomber sur une bouse. En fait, c'était moins ces quatre raisonnables années de séparation d'avec la comédie française que la tirade d'un pote qui m'avait convaincu de risquer la bouse. Ce mec est projectionniste et spécialiste de nanards. Et il m'expliquait que, comme dans toute bouse en somme, on retrouve plus apparentes qu'ailleurs les ficelles et les grumeaux de mauvais goûts qui flottent à la surface de la bêtise hexagonale.  Un nanard est donc très instructif, et d'autant plus instructif qu'il est raté.... les mauvais films français, façon "Mince alors" ou "Sea no sex and fun" vous disent mieux qu'un essai pseudo-économique de Jacques Attali l'état de la France au sein de la crise européenne . 

Bien sûr, comme tout le monde, j'ai été tout de suite emballé par un exemple de vannes qui apparaît dès la bande annonce (un probable climax du film) : Patrick Bruel s'écrie "on comprend pourquoi les bédouins ne mangent pas avec leurs femmes". Vanne qui réussit à cumuler arabophobie et machisme sous couvert d'exotisme colonial. Le public d'ailleurs a ri à cette blague (je me suis retourné dans la salle et ils étaient tous vieux). Pourtant, quand on s'y arrête, ce n'est pas une blague, c'est un résumé de cinquante années du programme populiste de l'extrême droite.

Cette réplique s'attaquent aux femmes – cible éternelle et facile –, plus précisément aux épouses façon "on est entre nous", car dans l'esprit d'un beauf l'intimité et la complicité pardonne toujours mieux la cruauté. La bande annonce d'ailleurs ne se donne même pas la peine de contextualiser la vanne. Comprenez que parler des femmes pour s'en moquer ne nécessite pas même un effort de contextualisation. Mais on se moque des femmes grâce aux "bedouins" !... Voilà qu'on se retrouve soudain projetés dans une France où l'on parle encore de bédouins, car l'on connaît si bien ses colonies qu'on connaît le nom des tribus qui les composent, où le tonton facho qui casse du pédé et tape sans doute sur sa femme se les récite en s'endormant. Le détour par l'exotisme est supposé excuser le machisme de la vanne. On laisse supposer que nos bédouins sont aussi machos que nous, et qu'ils sont même plus intelligents que nous de ce point de vue-là. Là où cinquante ans avant, cette vanne aurait été mise dans la bouche d'un bouseux un peu benêt, c'est désormais Patrick Bruel qui la prononce, en agent immobilier plein de fric et grossier (reste de campagne électorale sarkozyste sans doute).

 

leprénom affiche

...et en plus, l'affiche est moche.

 

On est donc supposé comprendre que la blague n'est pas faite au premier degré, mais sert à définir un caractère. Elle serait l'apanage d'un personnage vulgaire, raciste et macho. Sauf que le mal et fait : cette vanne sortie de nulle part est l'argument comique du film choisie dans la bande annonce, et non l'indice d'un début de présentation des personnages. D'ailleurs, dans le film, ce genre de vannes (et il y en a d'autres) font réellement rire le public pour elles-mêmes. Qu'on appelle le personnage supposé gay "reine claude" est considéré comme drôle. Les auteurs essaient timidement de relativiser la portée de ces blagues pourries en présentant le personnage de Bruel sous un jour défavorable. A la fin, le personnage de Patrick Bruel est pris à parti par toute la famille. Mais là encore, c'est trop tard, c'est de la grosse dialectique : le spectateur l'aimait bien, désormais le spectateur est prié d'être contre lui. Mais cette dialectique ne sert à rien parce que dès le début du film on a nous mis le Bruel en voix off. C'est lui qui raconte le film, on est dans sa tête... 

Le film échoue là où Apatow, ou même Alain Chabat réussissent. Eux nous laissent toute latitude pour jauger et juger les blagues nazes des personnages. On reste à l'extérieur, on ne nous met pas dans la tête du personnage, avec prière de suivre la petite ritournelle de l'auto-critique prévue par les auteurs. Et c'est là où je voulais finalement en venir, et ce que j'essayais d'expliquer péniblement à mon BF par skype en paraphrasant une préface d'Emmanuel Burdeau à propos de Judd Apatow. 

Apatow (et la plupart des comédies américaines méprisées en France) est génial parce qu'il fait le tour de toutes les situations comiques possibles. Sur scène, entre potes, décalé, offensif ou défensif, auto-dépréciatif, poétique ou franchement vulgaire et scatologique, voire grotesque ou burlesque. On ne nous impose pas un manuel pour rire contre ou en faveur de tel ou tel personnage. On ne cherche pas à nous apprendre à rire. Apatow sait qu'on doit laisser le spectateur piocher ce qu'il aime au sein de cette panoplie de situations, car le spectateur est libre de rire par ses propres moyens. A nous de décider si les vannes grasses d'un Seth Rogen ou d'un Adam Sandler sont bonnes ou super nazes. Le rire n'est pas pris dans une démonstration.

C'est pourquoi j'ai décidé de spoiler lourdement le film : le prénom choisi par Bruel est "Adolphe". Forcément ça fait polémique si vous pensez à Adolf Hitler, et ça passe si vous pensez au roman Adolphe de Benjamin Constant. Puis, au milieu du film, Bruel explique qu'il voulait bien rire, c'est tout (eh ouais, c'est tout, on a payé son ticket pour une bonne vanne), mais suite à ce quiproquos, la femme de Bruel s'est moqué du prénom des invités, et c'est autour du gay supposé de la soirée (car évidemment il manquait un personnage réputé gay) d'expliquer qu'en fait, il n'est pas gay (ouf !), mais simplement amoureux de la mère de Bruel. Voilà, je vous ai débarrassé des deux principaux ressorts du film. Have fun, n'allez pas voir ce film.

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 23:32

 

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Le comité rédactionnel de Freakosophy sont des amis, et ils marchent au perrier menthe ou au café, qu'on prend dans un petit salon de thé pour éprouver la pertinence de nos intuitions intellectuelles – pour être plus précis : dans une salle encombrée de mères de famille, de berceaux, et de grands mère du centre-ville disant du mal de leur bru tout en grignotant de petits gâteaux qui leur rappelle le monde d'autrefois. Le test est simple : plus les tables autour de nous se clair-sèment, plus le débat intellectuel est animé... ou plutôt, pour le dire plus franchement : quand les parents prennent les enfants et se cassent, c'est généralement le signe que nous avons une conversation bien dégueulasse sur des sujets aussi dégueux.

Il en alla ainsi le lendemain de la mort de Richard Descoings, ancien directeur de Sciences Po. 

L'aimable clientèle a dû jeter des regards noirs en partant, et peut-être me maudire personnellement de vérifier si rapidement et si facilement tous les clichés concernant les pédés bobos de gauche (ce dont on a très vite l'air dans une petite ville de province). Ils devaient probablement se dire que même avec quelques brins de reconnaissance sociale et quelques idoles médiatiques déviantes, nous resterions toujours, tous, définitivement d'ingrates petites salopes – "ungrateful sonofabitches" pour reprendre le mot que Kramer s'attribue à lui-même. 

Un faisceau de causes s'était enroulé autour de notre petite conversation de café, expliquant à la fois ma position, ma rage et ma solitude... Le comité rédactionnel a décidé (dans son infinie sagesse) que ça valait la peine de faire partager cet avis marginal (ils risquent de publier prochainement ma position sur leur site), et de désenchevêtrer toutes les raisons qui me donne raison – je m'essaie au relativisme, mais sans grand succès, je le crains... Je vais donc essayer d'expliquer pourquoi je défends l'idée d'une transparence presque absolue concernant les hommes politiques, et pourquoi je défends également l'idée du coming out concernant les hommes politiques gays. Autrement dit pourquoi le paradigme français de la vie privée des hommes politiques m'exaspère, et pourquoi le coming out des hommes politique de droite tout particulièrement devrait être une pratique quasi-institutionnelle. Profitez-en, car je crois que peu de vos amis gays (de gauche) diront aussi franchement que moi ce qu'ils en pensent...

Mais avant tout : Flashback, folks !

 

 

Le contexte d'un débat de café.

 

D'abord, j'avais lu quelques mois plus tôt l'essai de Didier Lestrade "Pourquoi les gays sont passés à droite". La thèse semblait audacieuse, puisque la sociologie du vote en cette matière est toute fraîche (et on a accusé l'auteur de ne s'appuyer sur rien...), mais le livre montrait avec justesse que les gays avaient abandonné les thèmes porteurs des années 90 (coming out, lutte contre le sida, contre le racisme), et qu'ils se tournaient désormais vers des valeurs plus promptes à conserver une position dominante (leur sexualité est redevenue secrète, la lutte contre le sida est réduite à peau de chagrin, et le racisme et l'islamophobie sont monnaie courante dans la communauté). Bref, il s'agit d'une analyse du discours gay et pas uniquement du vote gay, bitches ! Les arguments de Lestrade ont été discutées encore et encore sur les réseaux sociaux, et un peu à la télé (ici, ici, ici et ici... y'a plein de super articles). Vous pouvez facilement rattraper tout ça. Si vous pensez manquer de connaissance en la matière, tapez simplement Pim Fortuyn et Jörg Haider/Stefan Petzner dans google.

En gros, Lestrade a raison. D'abord parce qu'il y a une contradiction bien connue entre exercice du pouvoir et devoir de vérité. Pour bien exercer le pouvoir, on doit avoir des secrets, savoir garder des secrets, voire même construire de toutes pièces de faux secrets. Quoi de plus antinomique donc qu'un mouvement gay qui s'appuie sur la pratique du coming out comme un acte fondateur (car, y aurait-il un mouvement gay politique si les gays eux-mêmes restaient cachés ?) et la prise du pouvoir par certains gays ? Antinomique tout au moins tant qu'on continue à suivre la veille ligne machiavélienne. Et moins antinomique si vous cherchez effectivement à faire de la politique avec plus de vérité – au passage, oui, ça donne aux gays la responsabilité de faire de la politique différemment.

Ensuite Lestrade a raison parce que sa thèse concerne plutôt la récupération du discours gay que la stricte sociologie du vote (et pourquoi seulement prendre le vote pour seule preuve d'ancrage politique ?). Son analyse se fait l'écho de deux concepts fraîchement apparus pour expliquer les nouveaux usages politiques dont le mouvement gay fait l'objet : le pink washing (rendre une cause sympathique en la présentant comme favorable aux gays) ou d'homonationalisme (se servir de la cause gay comme argument pour promouvoir un nouveau nationalisme). Dans les deux cas, il s'agit de dire que les gays sont des créatures si mignonnes et douces que ceux qui les ont dans leur équipe ne peuvent pas être de gros réactionnaires. Être gay c'est être moderne. Même les plus idiots des virilistes conservateurs sont d'accord, car eux, justement, détestent ça. Mais ce qui est surprenant, c'est que, plutôt que de les combattre, certains conservateurs de droite ont décidé de les utiliser. Et ils ont trouvé certains spécimens gay consentants pour se racheter une vertu en matière de politique identitaire et de politiques anti-discriminatoire... parmi eux : Richard Descoings.

Ajoutez à ça deux autres gros nuages planant au-dessus du débat politique français, qui donnent chacun raison à Lestrade, et vous aurez le contexte politique du débat : 

1) les féministes se sont faites récupérer depuis le débat sur la burqa. Depuis plusieurs années, suites à toute une série de faux-débat et de manoeuvres tokénistes particulièrement opportunistes, elles ont été conduites à désigner le garçon arabe comme ennemi numéro un de toute démocratie moderne. Il est étonnant qu'on ne pense même pas à parler de fémino-nationalisme alors que Marine Lepen se met à protéger les femmes en attaquant les musulmans français (il a fallu sa sortie sur l'IVG de confort pour que les féministes lui tombent dessus).

2) depuis l'affaire DSK, il n'est plus un citoyen honnête qui défende par principe la vie privée des hommes politiques. Il est maintenant évident qu'une indiscrétion un tant soit peu modérée avant le scandale nous aurait permis d'éviter de penser élire un partouzard à la tête de la belle et vierge République (et dieu sait que je n'ai rien contre les partouzards – ce sont des créatures de Dieu comme toutes les autres !).

 

 

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      "l'innovation, c'est la déviance maîtrisée"

 

 

Soudain, la mort de Richard Descoings.

 

Ainsi, un beau matin, une collègue s'est fait les gorges chaudes de ce qu'elle a appris à la radio : Descoings a été retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel et... nu (information qui sera tue au fil des flash d'infos). Un ami ajoute qu'on a retrouvé son portable une chambre en dessous. Et que tout ça paraît louche... on ne donnera finalement jamais la cause de sa mort. Puis quelques secousses internet plus tard, on lâche enfin le morceau : Descoings était manifestement gay. Le citoyen informé est alors libre d'imaginer un scénario glauque et semi-pornographique impliquant des escorts boys et des experts scientifiques récupérant des traces de sperme avec des lumières ultraviolettes en éclairant une chambre d'hôtel à moquette beige. Puis, un peu après, le même citoyen informé est appelé à compatir devant l'avalanche de billets rendant hommage aux efforts de Descoings pour moderniser Sciences Po. 

Le plus ironique a été finalement que sa mort fut aussi son coming out. Mais pourquoi y aurait-il lieu de s'indigner plutôt que de seulement ricaner, comme le fait le bon citoyen informé ? Parce que devant cette farce tragi-comique, les médias ont aussitôt cherché à relativiser la portée du coming out posthume de Descoings. 

Dans la presse, l'homosexualité de Descoings a été présentée comme un secret de polichinelle ou un détail, bien que ce détail puisse expliquer sa mort ou quelque autre bizarrerie comme la venue du patron de la SNCF, Pépi, "l'ami de la famille". Bref, personne ne le savait mais du jour au lendemain tout le monde faisait comme s'il savait. Je ne crois pas que ce soit la définition d'un secret de polichinelle – ou c'est un polichinelle au carré, où l'on feint de connaître le secret au lieu de feindre le secret lui-même. Un article anglais est le premier à présenter clairement Descoings comme gay, alors que le directeur de Sciences Po avait personnellement brouillé les pistes en se mariant, et en s'émouvant qu'on l'attaque en évoquant sa "prétendue homosexualité". La réponse qu'il a faite à cette attaque a été justement de ne rien dire... en renvoyant les adversaires à sa soi-disant homosexualité – "prétendue" donc par ses adversaires mais en même temps, en ne répondant pas, cette homosexualité ni validée, ni infirmée par lui finit par être tout aussi "prétendue" par lui.

Quand moi j'y voyais la confirmation de toutes les thèses de Lestrade, mes amis de café se sont émus du droit à la vie privée, bafoué par nos sales petites rumeurs. Evidemment, le torrent d'arguments qui s'ensuivit ne fut pas très propice à la clarté à la distinction... mais Descartes n'avait jamais prétendu faire de la philosophie dans les cafés. Ni sur des blogs. 

 

      comingout_lestrade.jpg

 

Coming out et exemplarité

 

La ligne centrale de mes attaques, outre la recherche de confirmation des thèses précédemment annoncées, est que Descoings n'a pas compris l'utilité se dire publiquement homosexuel avant de mourir. Lui le pédagogue révolutionnaire, futur ministre de l'éducation d'un second mandat Sarkozy, n'avait pas compris que le coming out avait un sens. A mes yeux, c'est la seule façon de montrer aux homophobes endormis en chacun de nous (les gays sont les premiers grands homophobes, du reste) qu'être gay n'est pas une maladie ou une honte. La qui commence avec l'exemplarité. Il faut relire le Gorgias de Platon, où Socrate reproche aux dignitaires athéniens, qui prétendent connaître la justice, de rendre leurs propres fils ou peuple malhonnêtes – les thèses machiavéliennes plus récentes naissent plutôt d'une critique des exigences de cette exemplarité et de la reconnaissance d'un pouvoir indépendant du langage, de l'image, et de la tromperie. Bref, au top de ma forme, j'aurais dû parler, entre deux cafés allongés de Platon ou de Machiavel et de l'antériorité logique aussi bien que chronologique de Platon sur Machiavel... 

Mais là où le bas blesse, c'est que Descoings ne pouvait pas ignorer l'utilité du coming out. Lui-même était qu'outé auprès de ses amis (de sa femme sans doute) et de ses collègues. Et s'il pouvait être outé et vivre dans un monde moderne, c'est parce que d'autres avant lui ont porté la responsabilité de cet outing. Pour ces deux raisons, Descoings vivait de la tradition d'outing avant lui. Et pourtant, tout en récoltant les fruits (personnels de bien-être, ou sociaux de reconnaissance), il n'a pas cru bon de s'outer. Pourquoi tout à coup clore la sphère publique à l'environnement de travail...? Quand tout le monde chante ses louanges, pourquoi ne pas justement saisir l'occasion de réellement aider ce qu'il appelle les "déviants" dont il fait partie (terme vague qui désignait autant les jeunes bacheliers venus des banlieue ou... tous les autres déviants) ? 

Sur la revue en ligne Minorités, Thévenin avait conclu son article par une remarque assez forte en disant finalement que ne pas se dire gay revenait à dire que son couple ne comptait pas, que son amour ne comptait pas. 

On peut trouver cet argument sentimental, et complètement cucul... mais les hommes politiques s'élisent avec femmes et enfants en second plan quand le photographe de Paris Match débarque. On ne se fait pas homme politique tant qu'on n'a étalé une partie de sa vie privée (les plus habiles savent seulement laquelle présenter).

 

 

Une transparence bienséante est-elle possible ?

 

La seule conclusion à laquelle j'ai pu parvenir, donc, est que les hommes politiques devraient faire preuve d'exemplarité. S'ils veulent le pouvoir, le minimum à exiger est là : qu'ils montrent patte blanche. De la même façon d'ailleurs qu'ils présentent des comptes de campagnes, une déclaration de patrimoine et un bilan de santé. Le concept de vie privée est tout de même sérieusement affaibli quand on exige pour être président de se dévoiler à ce point. Alors honnêtement, il n'est pas aberrant de demander que certains politiques fassent preuve de transparence. 

La vie privée n'est pas un concept stable ou définitivement acquis. Et si je comprends parfaitement qu'on préserve les enfants d'un certain nombres de réalités peu engageantes, en revanche, je ne vois pas vraiment de quoi on protège les adultes. Ce qu'on garde pour soi dépend des moments ou des usages qu'on veut en faire. Les débuts de la vie privée commencent au 19ème siècle quand on fait sortir les enfants de la chambre des parents, qu'on arrête de construire les chambres à l'enfilade dans les maisons, et qu'on invente ce truc formidable : les couloirs (dans lesquels se répandent les "bruits")... Si j'ai bon souvenir d'ailleurs, on a eu le droit à tous les détails de la vie de DSK, et surtout, on n'a pas vraiment fait les bégueules. On a trouvé ça à la fois distrayant (il faut le reconnaître, regarder la chambre à coucher des puissants est une occupation de valets qui a été cultivée depuis fort longtemps), mais aussi extrêmement légitime. Il est impossible de simplement dire que tout élément de la vie est privé jusqu'au moment où pour une raison juridique cette vie privée devienne publique. Car c'est justement le soupçon qu'on instille qui permet de faire éclater certaines affaires. Encore récemment, si on a su que Juan Carlos allait faire des safaris et poser à côté de carcasses d'éléphants qu'il avait personnellement abattus, c'est bien parce que certains sont passés au-dessus de cette prévention à l'égard de la vie privée. Attendre qu'une affaire n'explose que lorsqu'il y a faute, ou crime, c'est un joli rêve. Au sujet même de DSK, aucun crime n'a été pour l'instant attesté. Il n'est pas condamné pour viol. Aurait-on dû ne rien dire et ne rien savoir...? Il a littéralement été écarté de la vie politique sur un soupçon légitime !

En réalité, ce dont on s'émeut, c'est que dans ce qui relève de la vie privée intéressante (achat trouble d'appartements, abus de biens sociaux, conflits d'intérêts etc.), on range désormais la vie sexuelle ! Or, à moins d'être resté enfermé pendant vingt ans, on sait désormais que les enjeux de sexe, de genre ou de sexualité sont aussi des enjeux de pouvoir. Il est logique d'aller un peu plus loin que les affaires d'immobilier, ou d'amitié étrange (encore une fois, quand on a titillé Mélenchon et son amitié avec Dassault, qu'était-ce d'autre qu'une affaire de "vie privée" ?)

En bref, aucune transparence modérée et bienséante ne me semble possible. 

 

 

 

...et depuis... Christian Vanneste est toujours à l'ump ! (Lol ?)

 

Là où devrait vraiment se situer le débat.

 

Mais l'un des points qui a le plus exaspéré une amie freakosophe est la hargne dont j'ai pu faire preuve à l'égard des gays planqués de droite. 

En effet, après d'autres débats avec un ami journaliste et gay, celui-ci m'a fait remarquer que les hommes politiques de gauche n'avaient pas fait beaucoup mieux. Le seul député (j'insiste : député) outé à l'heure actuelle est justement un homme politique de droite : Frank Riester. Malgré sa plutôt belle gueule et ses cheveux blancs à la Warhol, je reste persuadé qu'il ne s'est outé que par accident. Il a en effet décidé de s'outer en réponse à un militant de gauche qui se moquait de son homosexualité. Comme Karouchi, ou Delanoë... au moment des élections, donc, ils ont fait leurs confessions (j'attends avec impatience le moment où le bureau des jeunes pop en feront de même...). Alors soit, les hommes politiques de gauche ne sont pas réellement gayfriendly ou clairs sur l'homosexualité dès qu'il s'agit du pouvoir. Mais c'est historiquement à gauche que le combat a commencé, et ils sont idéologiquement obligés à accepter ce changement, à moins de ne plus être de gauche. Contre un homme de gauche hypocrite, vous avez toujours la possibilité de faire pression, contre un homme de droite décomplexé, vous n'avez aucun levier (et c'est aussi pour ça que je trouve con d'aimer les mecs de droite décomplexée contre les mecs de gauche hypocrite).

Mais si les gays de droite m'agacent tout particulièrement, c'est qu'ils font semblant de ne pas percevoir la contradiction entre leurs idées et leur mode de vie. Alors qu'ils vivent comme de parfait cadre A +, qu'ils s'offrent toutes les fringues que peuvent contenir les boutiques du Marais et qu'ils se planquent dans leurs apparts du 15ème pour rester à l'écart des coins de drague où ils vont ramasser les petits jeunes de la banlieue d'à côté, ils font comme si cette consommation de mode de vie gay était due à leur parfaite intégration, au lieu de comprendre qu'elle a été arrachée par des années de militantisme avant eux. La réponse synthétique que Lestrade leur fait est simple : "Learn your history, idiotes !" 

Les gays de Gaylib (la branche UMP) ont par exemple tout fait pour soutenir Nicolas Sarkozy, pourtant hostile au mariage gay, incapable de virer Vanneste de son parti, et revenant sans conviction vers les valeurs patriarcales. Quelle genre de conscience politique est au travail ici ? Aussi fine qu'une capote sensibilité extrême, si vous voulez mon avis. Mais dans mon infinie innocence, j'ai réussi à comprendre leurs arguments. Car il y a bien un dernier argument à jouer, et qui n'aboutit pas immédiatement à une auto-réfutation de la part des gays planqués de droite. Cette idée est que dire sa sexualité n'a plus d'importance. Autrement dit, la tradition du coming out n'a plus de sens. Le coming out n'est plus fondateur. Une tradition se perpétue parce qu'elle est utile, fondatrice d'un lien communautaire (à la question "existe-t-il une communauté gay ?", je crains devoir faire la même réponse que précédemment "learn your history, idiotes !"). Dans le monde d'avant 2012, cette tradition avait un sens, mais aujourd'hui résister en disant son homosexualité n'a plus de sens parce que tout le monde sait ce que c'est qu'être homo. Il n'y a plus d'insultes, plus de pouvoir oppresseur, le ciel s'est éclairé, les arc-en-ciel ont rayonné, et les poneys roses ont envahi les rayons de supermarchés.

Dans ce cas, le coming out n'est plus une arme du tout, et on peut commencer à s'intégrer à un parti conservateur pour réclamer comme les autres les bénéfices de la prochaine croissance. A leur façon, d'ailleurs, les restes d'homophobie, les gays de droite doivent penser pouvoir les combattre au cas par cas, de l'intérieur. Le paradigme d'une résistance de l'intérieur est d'ailleurs souvent mis en exergue pour justifier tout à coup qu'on puisse négliger la moitié de sa vie au bénéfice de l'acquisition d'un statut social nouveau. Être gay et participer au même réunion qu'un Christian Vanneste, c'est résister de l'intérieur ! Si les mecs étaient vraiment si décomplexés, ils devraient faire l'éloge de la compromission, et simplement se présenter comme des parvenus – je ne vois pas comment appeler ça autrement. 

Bref, pour l'instant, on ne peut pas dire qu'être gay soit une chose qui suscite l'indifférence, à moins d'avoir grandi dans des milieux sans Christian Vanneste et émancipés des Christine Boutin. Mais la meilleure raison est que le pronostic de Foucault a tout pour ne pas être faux : espérer que le monde soit un jour totalement ouvert à l'homosexualité est une douce folie. Les hommes n'ont jamais bien compris la servitude des femmes en ayant pourtant vécu plusieurs millénaires avec elles. Une minorité se fera difficilement majorité (ou sinon, demandez la formule dialectique d'un tel changement à M. Zemmour). Résister se fera donc, à mon humble avis, toujours en faisant son coming out. Le pouvoir changera sans doute de mains, et il est intéressant de simplement se demander quels seront les axes d'oppression de demain, mais à moins que quelque chose d'essentiel ne s'infiltre des gays jusqu'aux hétéros, les combats gardent toute leurs légitimité. 

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 00:54

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 02:25

 

RadioFrance_autoroute.jpg

 

Tandis qu'un long voyage inutile de trois heures me ramenait chez moi, mes itinéraires radiophoniques m'ont fait dériver vers France Musique. 

Et j'ai soudain retrouvé mon passé de geek Radio France. Car j'ai vécu Radio France. Matinale avec France Culture (meilleure revue de presse), midi de France Inter (avec Ruquier ou Bern, le tout enrobé d'un peu de honte... je dois avouer), et la nuit avec France Cul ou France Musique – et là, on atteignais un autre niveau de réalité.

Quand j'allumais la radio la nuit, j'avais l'impression de prendre un train où n'apparaissaient plus que des silhouettes de grands auteurs qui se masturbaient dans des compartiments exigus et enfumés. Et tandis que je captais des bribes de leurs conversations, tout cet habillage sonore de france cul donnait l'impression qu'on plongeait au fond de l'océan avec Cousteau en même temps qu'on passait sous les rails du train couchette. Tout ça était carrément planant. Ceux qui n'ont jamais bossé jusqu'à 4h du mat une dissertation non rendue en écoutant france musique ou france cul n'ont pas idée de ce qu'est la vie et le bonheur d'un intello névrosé.

 

Et là, ce soir, à 20H en gros je suis tombé sur une symphonie étrange de Michael Jarrel. Je ne connaissais pas ce mec (et je fais semblant de le connaître maintenant). Evidemment. Parce que la première chose qui m'est parvenu c'est une stridence de cordes, de trompettes, de piccolo (eh ouais, je suis capable de distinguer les piccolos au milieu de tout ça) et de... bref, toute l'aporie de la musique contemporaine expulsée d'un coup dans l'habitacle de ma citroën saxo.

Nul ne sait si c'est supposé être beau, choquant, agressif, ou transporter d'extase – mais c'est de toute façon, monolithiquement et indubitablement flippant. La règle de la station est simple (et toute wittgensteinienne) : quoi que cela puisse être, cela se supprime. I. E. Quelle que soit la musique que vous pensiez avoir entendue, ce n'était pas la musique que vous veniez d'entendre... Et la voix du présentateur, toute de velours et de distance critique, qui reparaît après le concert habite totalement cette fonction. Il nous parle avec une parfaite neutralité, comme s'il nous embrassait par derrière tout en nous passant un glaçon dans le cou, et on peut l'entendre nous dire en surimpression picabienne : "tu vois, connard, tu ne sais pas quoi penser de ce que tu viens d'entendre, hein ? Eh bien tu vas devoir te démerder par toi-même pour savoir ce que ça voulait dire, et enfin te servir de ton esprit critique de moineau !"

On se sent plus humilié dans son intelligence qu'après avoir regardé Saw VI. 

 

 

"Un écho...?"

 

 

Bref, le spectre de la musique contemporaine avait ressurgi. La pièce s'appelait "Chambre d'échos". Pourquoi ? Avant on aurait dit... "Tu ne le sais pas ? Eh bien va te faire foutre ! ça s'appelle le mystère, ça, mon gars !" Maintenant on te dit : ah si, il y a une explication, mais super pointue. Ô toi, fragile auditeur de passage sur France Musique, es-tu seulement prêt à l'entendre ? Très bien, tu l'auras voulu. Alors voilà (hume cet air d'ignorance qui flotte dans la pièce) :

 

 "Michael Jarrel s'est inspiré d'un livre de l'écrivain américain Richard Powers, et il s'est intéressé aux développements récents de la neurologie. Une partition qui travaille donc sur la mémoire, les sentiments et la causalité. " 

 

Bien sûr, un homme normal ne perçoit pas le lien entre la mémoire, les sentiments et la causalité (attention, ici, la causalité comme concept, comme idée métaphysique, comme Lebensanschauung). Mais un auditeur normal de France Musique sait, du fait de sa si grande intuition aiguisée par des années d'écoute des programmes de nuit de Radio France, qu'il y a des connexions profondes entre ces idées. Après des centaines d'émissions qui déclinent sans cesse le thème du corps + autre chose ou de la mémoire + autre chose, on a l'impression de voir qu'un lien avec le corps la neurobiologie et la mémoire est évident... Ces mecs n'ont plus besoin de lire Matière et Mémoire de Bergson, ils l'ont adapté en émission de radio.

 

 

 

 

 

Naïvement, je croyais faire un bon choix en glissant sur France Culture. Ils parlaient d'un "travail". J'ai mis cinq minutes à comprendre que le "travail" était en fait un truc concret : un livre. Ce n'est même plus une oeuvre, un opus, ou un work in progress. Les mecs ne parlent plus de tout ça. Le niveau d'abstraction correspond réellement au niveau de beauté à laquelle on veut hisser l'oeuvre. Ils ne peuvent pas dire que "cette bande dessinée de Tintin est majestueuse". En revanche avec le mot travail, tout peut devenir majestueux, génial et profond, puisque ça ne renvoie à rien de précis. 

J'adore Radio France. 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 23:54

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 02:42

 

 

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source.

 

Au moment de raccrocher les gants de la drague sur internet, je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée émue pour tous ceux qui viennent d'y rentrer. Les jeunes mecs qui s'arrangent des rendez-vous loin de chez eux en pitchant leurs profils web comme la jaquette d'un film Titan. Les mecs timides et romantiques qui vont ressasser mille fois la cruelle règle du net (extension de la règle cruelle de la réalité) : on juge tous sur le physique, et on cherche tous (aussi) du cul. Et ceux qui s'usent les yeux sur les murs de profils et leurs milliers de petites vignettes de mecs, et qui, de fatigue, finissent par cliquer pour de mauvaises raisons sur la photo du mec qui montre un bout de sa bite.

A tous ceux-là, je lègue ma phrase qui tue. Ma période de drague désespérée – qui s'est déroulée dans un état de semi-sidération, les chakras bien ouverts par le ressassement de l'ironie de l'existence – a pris fin. Et il est normal que chacun ait sa chance, bien qu'en vérité seul un petit nombre d'entre nous, stylites du tchat, pourront atteindre ce moment d'absolue ouverture au monde qu'est le pur parcours des beaux gosses du web dans la seule et légère intention de leur faire des compliments et une vanne (y compris sur leurs bites). 

Comme pour toute formule magique ou citation abusive d'écrivains célèbres, il y a des conditions et des avertissements.

Premier avertissement : ma phrase qui tue ne saurait être maniée que par ceux qui ont des intentions pures, parce qu'elle est foutrement romantique. 

Deuxième avertissement : ma phrase qui tue, enfin, doit être utilisée avec précaution, parce que si vous vous comportez comme un chacal après utilisation, il est probable que votre parole et votre crédibilité web fonde comme neige au soleil, ou comme le ferait un toon plongé dans la trempette (comparaison spéciale 80's, en hommage à Roger Rabbit qui était un très bon film, flippant et méchant, et qui a fait de nous tous des grunge flippés par leurs enfance). Vous n'aurez plus de parole du tout, et tout ce que vous direz sera pour la vie accompagné d'un kikoo lol.

 

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Une belle métaphore de la vie – à reproduire en poster pour accrocher chez soi.

 

Voici maintenant ma phrase qui tue – au préalable, vous avez produit toutes les mensurations et autres chiffres d'usage à votre interlocteur (appelons-le Outsidebear28), considéré sournoisement l'état d'urgence sexuelle de Outsidebear28 en vous frottant les mains, et convenu ensemble que les tchats était des lieux de déperdition, et que vous et Outsidebear28 seulement en étiez les rescapés.... alors Outsidebear28 vous demande ce que vous attendez de cette rencontre. Le piège est tendu : soit vous répondez rien, et alors la conversation n'a plus d'intérêt, soit vous répondez que vous cherchez l'amour et alors vous devenez aussi flippant qu'un Freddy Kruger qui courrait après les enfants simplement pour leur faire des bisous. Soudain, vous vous souvenez que vous avez lu la phrase qui tue sur ce site. Et elle vous revient... Alors vous écrivez "Tu sais, Outsidebear28..."

 

"L'amour ne rend pas la vie meilleure, il rend la vie possible." 

 

Explosion de sens tout à coup sur la résosphère. Tous les gays se souviennent soudain qu'ils sont aussi les petits enfants de Proust, de Platon et de cette vieille folle de Socrate. Mais que veut dire cette phrase magique ?

Le contexte. C'est une phrase que prononce le prêtre à David, dans Six feet under – quand ce dernier David est sur le point de quitter Keith (le fou !). So far, la phrase reste plutôt inconnue, sur le web francophone aussi bien qu'anglophone, bien qu'absolument géniale.

 

Amour_David_Keith.jpg

Remember Mathew St Patrick...

source.

 

Le paradoxe, c'est qu'à la prendre comme elle vient, cette phrase signifie que l'amour, bien que nécessaire pour vivre, ne change absolument pas la vie. L'amour n'est pas un ticket d'entrée à Disneyland (où Mickey porterait un jockstrap et Dingo serait fétichiste – non plus). Il vous laisse dans votre banlieue rurbaine où vous êtes né. Simplement, vous ne vous suicidez plus. Vous embrassez votre vie telle qu'elle est, avec ses plaisirs réguliers et ses grands moments de flottements qu'on finit tous par trouver poétiques à force de regarder des films de Miyazaki. 

Cool.

Cette phrase est géniale pour une autre raison. Elle rassure tout le monde quant à deux choses : 1) il n'y aura pas de drame, car l'amour n'est pas un bonus de vie, c'est juste la vie, et 2) ça ne sert à rien de faire comme si on était au dessus de tout ça, l'amour et tout... C'est la phrase parfaite pour les gays. Car oui, soit il y a une drama-queen (qui veut être aimé à tout prix) soit il y a un queutard (qui méprise l'amour) en chacun de nous ; et il est même possible de les cumuler par alternance. L'amour, c'est simplement vital. 

Alors, certes, dans la série, la formule a une forte résonance chrétienne. Quand l'amour est partout, c'est aussi Dieu qui est partout... Et aussi, cette formule a quelque chose de sévère et contraignant, puisque le prêtre de Six feet under en tire argument pour que David ne quitte son mec à aucun prix. La relation amoureuse doit primer sur tout le reste (plaisir compris). Mais on n'a pas besoin de souscrire à ces présupposés pour faire fonctionner cette phrase sur les tchats. C'est même plutôt le génie de la série Six Feet Under de voir comment le conseil du prêtre pour un mariage en crise marche soudain très bien pour un gay paumé. 

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