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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 23:19

 

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D. Duchovny, G. Anderson et C. Carter.

Les apôtres hypocrites du No-sex ?

 

Il suffit parfois d'une cuisine et d'une humide soirée d'hiver pour faire revenir les fantômes du passé. Les petites lumières des fêtes tournoyaient encore dans la nuit, quand une copine australienne et moi sommes arrivés, après un long détour inexpliqué et gratuit sur les cultural studies, à parler d'X-Files.

D'abord, parler d'X-files après ces dix années de folle ingestion de séries, c'est comme décider de faire une pause, de commencer un régime. Cela signifie qu'on est prêts à revenir un peu sur le passé et à trier les bonnes des mauvaises séries et à retrouver, un peu comme dans les familles décom- et recomposées, l'oncle génial ou la tante géniale qu'on a toujours regretté de ne pas être allé voir plus souvent. 

Mon premier souvenir d'X-Files est celui, diffus, d'une écholalie de manteaux et de vestes noirs, de forêts canadiennes, et de musique ultra-chiantes habillant des regards concentrés et des moues interrogatives. Mais la différence la plus frappante par rapport à toutes les séries actuelles, c'est que dans tout ça, point de cul !

 

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Où et quand se faire un plan cul dans une forêt ?...

Une vraie question soulevée par X-Files.

 

Aujourd'hui, il semble inconcevable qu'une série ne montre pas de scène de cul réaliste ou traumatisante. Et pourtant, moi, et des millions d'autres spectateurs avons passé au mieux neuf ans de notre vie à nous extasier devant la micro, voire nano-tension sexuelle entre Mulder et Scully. Un baiser à la saison 7, que je n'ai jamais vu. Un baiser coupé au montage pour le film Combattre le futur. Et c'était tout – ah si, la ridicule grossesse christique de l'agent Scully (point de baiser, mais un bébé !).

X-Files était finalement une série de gros intellos nerds qui avaient peur du cul, dont je faisais manifestement partie. Car contrairement à ma camarade australienne, en raison de ma lointaine parenté avec le continent hétérosexuel, je n'ai jamais été fasciné les échanges minuscules de phéromones entre Mulder et Scully. 

 

Xfiles Geeks

 

Si on veut saisir toute la différence entre ces premières séries "adulte" et celles d'aujourd'hui, il suffit de regarder un épisode de True Blood ou, pour citer le même créateur, le pilote de Six Feet Under. Les scènes de sexe sont brutales, un peu grotesque, et relativement hot. La clé des scènes de cul vampires, c'est qu'elles sont généralement des scènes de badigeonnage de matières (terre, sang...). True Blood n'arrive même plus à se contenter de la mythologie vampire, qui fait du sang un équivalent du désir sexuel, puisqu'à chaque scène de sexe un peu intense, les personnages baisent et se sucent le sang. Bill et Sookie se roulent alors dans le sang envoyant alors directement au pressing tout un jeu de draps en satin. Du porno et du symbole... à moins qu'on ait finalement affaire à une énième déconstruction du symbole sexuel – Alan Ball nous disant purement et simplement : eh, les mecs, le symbole du sang, en fait, ce n'est pas un symbole, c'est vraiment du sang !

 

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True Blood réinvente-t-il la sexualité vampire ?

 

Quitte à prendre les choses très littéralement, je serai assez prêt à réviser mon jugement sur le puritanisme d'X-Files... car après tout, l'absence de vie sexuelle des personnages n'est peut-être, elle aussi, qu'une réelle absence de vie sexuelle. Mulder suggère lors d'un épisode qu'il est plutôt un vieux garçon qui se mate des pornos en buvant des bières. Et les vannes sur le côté vieille fille de Scully sont toutes entières contenues dans le contraste entre son manteau informe et sa bouche pulpeuse. Scully pue le sexe mais se barricade dans son tailleur démodée, voire dans une blouse de médecin (quand elle pratique des autopsies). Sous cet angle, X-Files témoigne de la misère sexuelle inhérente à n'importe quelle vie héroïque.

Mais il y a une scène non ambiguë, que beaucoup peu de fans retiennent, mais qu'on oublie trop vie aujourd'hui. Parce qu'elle paraît justement irréelle, et qu'elle n'a aucun statut narratif claire. A la fin de l'épisode 5 de la saison 5, le fameux "Post-modern Prometheus", Mulder et Scully dansent ensemble dans un bal de monstres. Ils dansent avec tous les pecnauds sur un air de Cher. Il y a du freak et de la pop dans cette scène de danse, à défaut de sang, de sperme ou de merde. 

 

 

Attention, ne criez pas au mauvais goût tout de suite : 1. C'est ironique, mais 2. Cher a réellement été associée à l'épisode (puisqu'il est écrit en collaboration avec elle)...

 

 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 02:13

 


Jxvidéos giant-Nintendo-NES controller DIY

      Si vous voyez de grosses manettes NES dans votre vie, et que vous appuyez dessus avec enthousiasme.

Attention, ne riez plus : quelque chose a dû se briser en vous...

 

Un gros roux, barbu et le visage rouge faisait la visite. Je crois pouvoir dire que son haleine n'était pas mentholée. Nous étions quatre visiteurs en tout, debout et dignes – entourés de jeunes lycéens dépressifs, shootés à l'aspartame et même pas au vrai sucre, trop incultes pour choisir entre un look goth ou emo corrects, et dont la vie consiste en un sitting permanent un smartphone à la main... 

Quatre : en fait, un grand-père en jogging rouge qui moulait bizarrement l'entrejambes, ses petites filles, dont une qui regardait tout avec des grands yeux bleus hallucinés et un sourire édenté – mais déjà trop âgée pour que ça ressemble au visage frais de l'innocence – et moi...

Il ne s'agissait pas de l'expo du Grand Palais, mais d'une petite exposition de vieilles consoles dans notre médiathèque de province. La même asso avait prêté les pièces. Intitulé de la visite (une des bibliothécaires avait fait le tour des tables pour recruter... et j'étais le seul à être descendu à l'étage inférieur) : "histoire des jeux vidéos, et... explication de la classification des jeux vidéos". Radical, non ?

En bas, dans le hall, Marcus (le mec sympa qui fait de la télé) signait son livre "La Fabuleuse Histoire des jeux vidéos". Si vous avez un souvenir nostalgique de vos premiers "Tilt" ou "Console +", la maquette est la même : horriblement putassière, même pour les enfants de 7 à 11 ans (période pervers polymorphe). Car sous prétexte de respecter une esthétique pop 90's qui n'a jamais existé, notre bon journaliste se permet d'écrire un minimum de mots dans un maximum d'espace saturé par des couleurs toutes plus laides les unes que les autres. A moins d'avoir à réapprendre la distinction entre la couleur bleu d'avec la couleur verte, ou la différence entre Mario et Sonic, vous n'avez aucune raison d'acheter ce truc.

 

Jxvideos_mathieu-triclot.jpgBien mieux que le livre de Marcus. A tout point de vue !

 

Nous étions donc seuls avec notre guide radical, qui lui, de toute évidence avait vécu et portait encore les stigmates de cette époque troublée des premières consoles. Immersion totale. Concrètement, ça donne une petite heure de visite chiante et technique. Et bref, on se répète tous mille fois : Les jeux c'est drôle d'y jouer, et pas drôle d'en parler. Sauf le grand-père qui adorait les détails techniques. Il sentait la retraite heureuse, pendant laquelle tout vous re-passionne. Même si ça peut paraître une bonne idée, une expo de jeux vidéos, il suffit de penser à ce que serait un guide tour du musée de la belote et du rami pour se convaincre du contraire...

Le temps de cette heure de visite, c'était comme redevenir un geek avant que le terme soit à la mode, en fait, redevenir un truc sans nom, i. e. un mec chelou qui s'intéresse aux jeux vidéos, dont les yeux brillent quand on lui propose de faire une partie à 4 de Super Bomberman II. L'horrible sensation de gêne n'est pas descriptible, alors voici ce que j'ai retenu, puis reconstitué à travers la foule d'informations techniques sans intérêt.

En trois étapes, ma contre-histoire du jeux vidéo, soufflée par le guide roux à l'haleine radicale : 

1. Les jeux vidéos, c'est pas mignon, c'est graveleux.

2. Les jeux vidéos, c'est pas une industrie culturelle increvable.

3. Les jeux vidéos, c'est pas le progrès technique constant, c'est d'abord du divertissement qui tire parti d'un dispositif minimaliste. Less is more !

 

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Pourquoi Pacman est-il si méchant...? Serait-il un violeur multirécidiviste de fantômes colorés ?

 

- Fait n°1 : Pacman s'appelle Pacman pour de très mauvaises raisons. "Pac" ne veut rien dire, mais "pucka" si. C'est le bruit que fait un truc qu'on mange en japonais. "Pucka pucka !" est l'équivalent de "scruntch scruntch", ou si vous trouvez déjà "scruntch scruntch" trop ringard (rapport au chocolat au lait et aux riz soufflé qui ne se vend même plus), vous pouvez miser sur une traduction plus "2.0" telle que "om nom nom nom". 

Notre médiathèque est neuve, ou quasi, et sa machine à café le lieu d'une perpétuelle réinvention de sujets de conversations. Notre guide a dû croire que tout ce qu'il dirait serait aussi brillant que le soleil reflété mille fois sur les nouvelles vitres gigantesques du hall d'entrée. Car il a relancé. Mais pourquoi pas "Puckman" ? Puisqu'en effet, de "puck" à "pac", il y a encore un dernier maillon explicatif à franchir... Personne n'en savait rien. On pensait que l'anecdote était finie, qu'on pouvait partir. "Pucka" nous suffisait. Nous vendre un bout de connaissance en onomatopée japonaise suffisait.

 

Jxvideos_pac---pal.jpgPacman, violeur en série...

Ici, avec Miru, le seul fantôme genré de la bande. 

C'est une fille. Très bon article ici.

 

Alors, qu'en fait... si le jeu s'appelle Pacman (premier jeu avec une intelligence artificielle aléatoire), c'est parce qu'avec "Puckaman", si des jeunes s'étaient amusé à effacer une partie du "P", ça aurait pu faire "Fuckaman" ! De ce point de vue, le titre "Pacman" semblait mieux protégé contre le vandalisme potache des teenagers.

 

Jxvideos_jr_pac-man_2_yum_yum.jpgPacman rattrapé par la solitude et l'échec de son mariage avec Pacgirl

commence à aller draguer la femme du voisin. On attend la série façon Mad Men.

 

Les mecs qui ont pris cette décision ont quand même dû penser qu'il était plausible de voir la tranche de camembert jaune (Pacman) une bite à la main en train de courser les fantômes pour les violer après avoir bouffé une pillule de viagra magique. Se rendait-il compte de la portée de sa suggestion ? Les teens qui jouaient à Pacman étaient donc légitimes à penser que le truc jaune sur l'écran était en réalité une métaphore universelle de la baise. 

Un jeu aussi simple que Pacman n'a finalement rien de transparent. C'est très opaque symboliquement une bouche en pixels, encore très freudien. Et j'aimerais conclure abusivement que ce sont les implications sexuelles de ce jeu qui a pu le rendre si intéressant. Comme si finalement, il n'avait jamais été ludique en soi de ramasser de petites billes et manger de plus grosses pour bouffer des trucs encore plus gros et flippants comme des fantômes... la triste réalité des jeux vidéos. Aussi beau que ce soit, on verra toujours des bites courir quelque part.

La même vérité reformulée pour les possesseurs d'I-phone : pour vendre un simple jeu de lancer, on doit faire comme si c'étaient des méchants oiseaux (angry birds) qu'on lançait pour tuer des blobs innocents... sinon on s'ennuierait.

 

 

 

- Fait n°2 : il existe 300 versions de Pong. Parce qu'Atari n'a jamais déposé les droits sur le premier Pong... les boules pour eux. Ils auraient pu être milliardaires à si peu de frais. Pendant ce temps, donc, les jeux où deux trucs se déplacent à gauche et à droite de l'écran ont pullulé. Le krach des jeux vidéos de 1983 est directement lié à cette prolifération du même jeu sans style. Le mot important : "krach". C'est à peine exagéré. Après 1983, le marché a été débarrassé de plein de consoles ratées. Et c'est Nintendo qui a sauvé la mise de tout le monde, alors que personne n'y croyait, grâce au plombier de Miyamoto, le Lennon des jeux vidéos. Résumé rapide : les Américains ont moins d'imagination que les Japonais.

L'industrie du jeu vidéo n'est pas franchement une industrie de tout repos, et certainement pas increvable. L'usure d'un principe de jeu est rapide, ultra-rapide, et l'apport technologique le renouvelle peu. Ce qu'il faut aux jeux vidéos ne se résume pas à de la bakelite et des circuits conducteurs. Il faut de l'imagination, des héros, des récits, des idées... Et plus encore... car Miyamoto a sauvé la mise par une sorte de hasard total. Sa présence elle-même est bizarre. C'est un excentrique pur et simple, transfiguré par l'idéal d'amour des Beatles, le tout relevé à la sauce soja. Après tout, il y en a peu comme lui, et il a fallu des conditions très particulières pour qu'il soit entendu. Car le moteur de sa réussite tient à un renversement étonnant dans le domaine de l'industrie culturelle : on ne vend plus de consoles avec des jeux, mais des jeux qui ne tournent que sur certaines consoles (essayez d'imaginer l'inverse avec votre i-pod et la musique). 

 

Jxvideos_dreamcast.jpgLa dreamcast : première console avec modem... et pourtant, il n'en reste rien.

 

Pour se rappeler à quel point les jeux vidéos sont fragiles, il suffit de se souvenir de tous les cadavres qui jonchent l'histoire des jeux vidéos. Il y a quantité de consoles mortes-nées, dont pourtant la force technologique était évidente à l'époque... Rappelez-vous feue la dreamcast, feue la gamecube, feue la nintendo 64... on nous les avait vendues sur l'argument très rationnel d'un dédoublement des capacités ! De 8 bits, on était passé à 16 bits, puis à 32, et enfin à 64. Une simple multiplication par deux suffisait à nous faire rêver...

Par pur plaisir sadique, rappelons une vérité trop souvent bafouée pour minimiser la réussite du secteur vidéoludique : les jeux vidéos ne sont pas la première industrie culturelle ! En 2009, le jeu vidéo représente 42 milliards d'euros, contre 269 milliards pour la télé, 245 pour la presse, 92 pour le livre, et 73 pour le cinéma. Par conséquent le jeu vidéo représente seulement la 5ème industrie culturelle (chiffres dans Révolution numérique et industries culturelles, de Philippe Chantepie et Alain Ledieberder)... 

 

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Le Monsieur Caca de Dr Slump.

Emblématique de la culture kawai qui nourrit les jeux vidéos.

 

- Fait n°3 : la console la plus vendue est la Nintendo DS. 

Pas une console de casual gamer. Pas une console de gamer adulte. Ses jeux sont des jeux d'enfants. La console est un truc d'enfant. Ses jeux sont moches, mais rigolos. Les Japonais sont des fous de consoles portables, et de jeux simples mais efficaces, de petites formules marrantes, qu'on peut regarder en tout petit, concentré sur un écran dans le métro. Seul le pays du "mignon" pouvait être le pays de la console. Le jeu vidéo reste un truc de gosse kawai, quoi qu'on en dise... et le kawaï, ce n'est pas seulement mignon, c'est aussi bizarre et absurde, voire scato. Je précise donc : le jeu vidéo c'est culturellement possible dans la culture du kawai pervers, bizzaroïde et dégueu (si l'on s'en tient à mon analyse freudienne de Pacman, par exemple). Mais il y a aussi clairement du psychotrope en Mario. Comment qualifier autrement cette sensation d'accélération et de délire que représente la traversée d'un niveau de Mario à pleine vitesse ? Et il y aussi clairement de la branlette collective dans les gestes de la wii... mais on va laisser les enfants le découvrir par eux-mêmes un peu plus tard : ils seront tellement contents d'avoir pris un peu d'avance.

Par ailleurs, plus les jeux sont simples, plus leur mise en réseau est facile. Le succès de Nintendo tient tout entier à ça. Le progrès technique du jeu vidéo concerne essentiellement des questions de moteur graphique (dont on se fout quand on doit être rapide et efficace en jouant contre quelqu'un), ou des problèmes d'intelligence artificielle (dont on se fout quand on joue avec une autre vraie personne). Mais vous n'avez pas besoin de tout ce progrès si vous savez générer du plaisir par simples frottements de manettes et apposition de vannes mégalomanes sur vos potes. 

On peut donc dire sans trop exagérer que le progrès technologique du jeu vidéo sert essentiellement à compenser l'absence d'amis. Si vous avez des amis, et que vous pouvez vous connecter à une plateforme, vous n'aurez pas besoin de beaux jeux, ou de jeux supposés créer des histoires : s'engueuler avec ses potes suffit. 

 

JxVideo_kawai-caca-slump.jpgL'accessoire indispensable : le bâton qu'on colle au cul de M. Caca.

Et bonne chance pour faire évoluer le jeux vidéo vers un "univers plus adulte" après ça !

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 18:56

 

BitoManu 1 bis

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Si vous saviez le temps que j'ai passé sur ce truc... au regard du résultat, vous découvririez soudain l'absolue vérité sur la vanité de la nature humaine...

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 23:58

 

Come-as-you-are_mc-donald-venez-comme-vous-etes.jpg

"Venez comme vous êtes..." – d'accord, mais vous êtes combien au juste ?...

Le reflet terrifiant et schozphrénique de l'homme contemporain dans le prisme Mac Do (BTC EuroSCG)...

 

A l'époque de "Come as you are", en 1992, les voisins de ma banlieue pavillonnaire de classe moyenne fumaient des joints dans des parcs de classe moyenne – propres et déserts, sauf le samedi et le dimanche, jours des familles.

J'ai fait partie de ces mecs qui glandaient autour d'un banc. Ou plutôt, je les ai regardés défoncés, attendu qu'ils soient bien cuits, et profité de leur défonce pour avoir avec eux des conversations qu'ils n'auraient jamais eu sinon : des conversations un peu trash, un peu mélancoliques, métaphysiques... en espérant qu'un jour peut-être, lassés de ne pas baiser, ou parce que je les avait éblouis de remarques cinglantes, l'un d'eux m'accorderait le bénéfice d'une pipe.

Bref, tout le monde fumait, sauf moi, l'admirateur facétieux de leur virilité débraillé. Mais tout le monde convenait que Nirvana, le grunge, le nihilisme, serait notre horizon culturel à jamais. Nous étions conscient d'être la génération X (ou sida). Impossible d'imaginer ça pour la génération d'après, qui se compromettrait dans la tecktonik – autre mode de la classe moyenne. Eux ont les crocs suffisamment acérés pour bouffer tous les mecs de mon âge, nous machouiller, puis se curer leurs petites dents en regardant nos restes disparaître au fond du fleuve (métaphore bricolée à partir de bouts piranha 3D, d'une rediff des Dents de la Mer, et d'un souvenir de Lake Placid). Et quand on écoutait "Come as you are", même sans comprendre les paroles, on savait d'emblée que ça voulait dire qu'il fallait se foutre en l'air, ou au moins compenser en développant la relation la plus masochiste possible avec son ancien pote d'enfance de la même classe moyenne que nous.

Puis le temps a passé. Et comme dirait un Grec : l'homme d'hier n'est pas l'homme d'aujourd'hui. J'ai eu de l'argent pour aller manger plus souvent au Mac Do. J'ai même commencé à avoir l'âge et la volonté de réussir suffisante pour analyser une pub cool les yeux fermés tout en sachant que la cible de la pub, c'était moi. J'étais devenu un branleur légitime quoi, ce genre de mec qu'on appelle un adulte.

 

 

"viens comme tu es... comme je voudrais que toi..."

 

Et soudain... j'ai compris que la pub Macdo du "Venez comme vous êtes" était le copier/coller/traduit/déformé de la chanson de Nirvana. Dios mio ! D'abord j'avais trois ans de retard... puisque la campagne a été lancé en 2008. Et surtout, je n'avais tout simplement pas pris conscience d'à quel point j'avais changé d'époque. En dix ans, les injonctions paradoxales "viens comme tu es" ou "sois toi-même" – dont se moquait Kurt par anticipation de toutes les campagnes de pub coolos à venir – s'est mis à signifier quelque chose de positif. Partout dans les airs s'était répandu l'appel magique à devenir soi-même, i. e. être beau, cool, créatif, aussi modulable et aussi recombinable que l'avatar Sacboy de little big planet. Enfin, comble du comble, il a fallu qu'aujourd'hui on se mette à jouer avec son look, ce truc que tout bon grunge ou simple ado des années 90 avait normalement définitivement sacrifié (et les futurs vieux d'aujourd'hui nous gonfleront sûrement encore en voulant des looks de vieux multiples et combinables). Car il faut être honnête : nous n'aurons rien laissé dans les annales de la mode. Les années 90 étaient marrons, beiges, et noires – tout le monde avait un look à la Mulder et Scully. Même le pseudo trash dont s'est couverte Kate Moss n'avait rien de comparable avec le punk des années 70. La seule chose qui a changé depuis est la qualité des objectifs d'appareils photo, et la démocratisation hip hop des pantalons larges. 

Alors me voilà, maintenant, – "here I come", maître Kurt –, face à cette pub Mac Do comme Dorian Grey devant son propre portrait. Elle porte à ma place les stigmates de ce que j'aurais pu devenir. Et j'essaie de comprendre cette pub.

"Venez comme vous êtes". Le premier paradoxe est que ce soit positif : tu es un mec bien, bien qu'au fond, si tu es trentenaire, dans 75% des cas, tu es juste un ancien grunge qui a réussi... Pour Kurt Cobain, au contraire, l'injonction était clairement sadique, écrasante et suicidaire. Quand il te dit de venir comme tu es, c'est en fait "comme je veux que tu sois" ! Je dois dire, qu'en découvrant les paroles aujourd'hui, je suis obligé de soupçonner Kurt d'avoir lu Foucault et tous ses travaux sur le travail de l'assujettissement par les techniques de l'aveu (en gros, l'idée que dire ce que nous sommes est toujours la réponse à une injonction extérieure, ayant pour but final non avoué, de nous contrôler, de nous faire autre que ce que nous sommes, bref de nous dominer).

Le deuxième paradoxe est que "tu es en plein d'exemplaires"... Je ne sais pas comment vous vous comportez devant ce genre d'énoncés, mais vous pourriez légitimement supposer que vous n'avez vingt idées de personnalités par jour à enfiler rien que pour le fun – à moins d'avoir été privé de fête d'anniversaire déguisée quand vous étiez gamin. Là encore, je préfère Kurt... qui cryptiquement pourrait suggérer que c'est déjà si insupportable et traumatisant d'être soi, qu'on ferait carrément mieux de n'être personne.

Ce qui me fascine, c'est comment une même phrase, un même énoncé, trempé dans deux époques différentes, signifient deux choses si différentes. Les créatifs ne font rien. C'est le climat général, l'époque, l'air du temps qui leur permet de redire différemment les mêmes choses. (And I mean it !)

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 10:20

 

Nostalgie_speakerboxxx-the-love-below.jpg

 

Un week end entier de conversations pédés relancées par des bières de 50cl chacun, par des cacahuètes spéciales avec un enrobage croquant autour, par un émerveillement renouvelé devant chacune des maisons à colombages de la ville et toutes ces façades construites par d'anonymes ouvriers médiévaux – certainement à moitié nus, trappus, méridionaux et poilus quand ils bossaient...– par une promenade et par son interruption par la rencontre d'un millier de scouts d'Europe suant de plaisir au pied de la cathédrale, relancée par un brunch dérivant à mon initiative sur l'impact politique des théories queer, par des vannes de vieilles folles trentenaires, par des ragots de vieilles folles trentenaires, par de la drague homoérotique, soft et consentie, et par une sieste dans un grand parc qu'un autre de notre grand roi de France a dû trouver à peine proportionné à son ego... La classe totale. Le soleil était rasant. Et sous nos plates contrées, quand il rase la campagne pendant si longtemps, tout le spectre orangé d'un coucher de soleil infuse lentement, comme un sachet de Lipton dans un bol d'eau chaude.

Et inévitablement, avant de se quitter, on glisse vers notre incontournable conversation SIDA totalement flippée, où l'on se répète le taux de prévalence parisien d'environ 30 %. Ayant baisé à couilles rabattues pendant quelques années à Paris, je ne sais pas si finalement je ne dois pas me considérer moi aussi comme chanceux.

En reprenant ma voiture, et en laissant mes amis parisiens à la gare, j'ai repris notre blind test de K7 audio là où on l'avait laissé pendant l'aller. Quitte à les griller injustement, je peux dire qu'ils avaient galéré sur Pulp, étaient impardonnables sur Iggy Pop, et qu'ils n'avaient même pas trouvé Outkast. Alors que je suis sûr que MLPSM (le mec le plus sympa du monde) pourrait viser juste sur n'importe quel tube électro mineur de 2010. En pensant à eux, je me suis offert le cumul d'un sentiment de nostalgie immédiat sur un fond de nostalgie bien réelle. Et dans le lecteur K7 autoreverse de ma saxo pourrie, j'ai alors luxueusement réécouté la K7 entière d'Outkast, complètement galvanisé par le weekend, et très vite inquiet de perdre cet éphémère sentiment de bonheur.

Je repensais à Outkast. A l'époque leur double album avait cartonné. Et je trouvais ce succès absolument légitime. C'était un déluge de tubes et de petites chansons malines, un gros bisous à la Terre entière, et la Terre entière avait adoré ça. Sous ces conditions, la Terre entière, moi et Outkast, ne faisions qu'un. Qui plus est, je sortais en même temps avec un mec qui trouvait aussi génial que moi de baiser en mettant Outkast à fond pour que les collocs ne nous entendent pas. Mais le soleil se couchait, la K7 se finissait, et je me suis aussi dit que c'était mon seul et peut être dernier moment de fusion cosmo-culturel global.

 

 

Une dose massive d'Andre Benjamin. J'assume !

 

Je ne sais pas encore si je suis supposé devenir moi aussi un trentenaire dépressif comme les autres. Mais il y a un argument que le Fils de la Vérité me répète souvent. En ce moment, il cite même très adéquatement Douglas Coupland, et son Player One : « A l’âge de 20 ans, on sait qu’on ne deviendra pas une vedette rock. A 25 ans on sait qu’on ne sera pas dentiste ni un quelconque professionnel. Et à 30 ans, la noirceur commence à nous envahir. On se demande si on sera comblé un jour, sans parler d’être riche ou d’avoir réussi. A 35 ans, on sait fondamentalement ce qu’on va faire pour le reste de sa vie et on se résigne à son sort. »

Plus on vieillit, plus le grand éventail des possibles se referment sur quelques solutions concrètes : avoir un job, une fois pour toutes, n'être bon qu'à ce job ; n'avoir plus qu'un nombre minimal de mecs à rencontrer, et peut-être réussir à en aimer un ; n'habiter plus qu'un seul endroit de la Terre, y demeurer et ne voyager que lorsque la thune, l'occase et les amis coïncident heureusement. En un mot, Les options deviennent de plus en plus limitées. Et finalement, on finit par paniquer, on tombe en pleine crise de claustrophobie du possible, et on se met à déprimer. Peut-être que plus tard, vous finissez par aimer ce que vous avez (40 ans ?), puis encore plus tard, peut-être que vous vous mettez à flipper de perdre ce dernier truc que vous aviez fini par aimer (50 ans ?). Dans ce scénario parfait, et légitime à plus d'un titre, il y a quand même une alternative, une sorte de monde parallèle, de Earth Two qui attaquerait Earth One. 

En écoutant Outkast, je me suis dit que je n'avais pas changé d'un pouce. J'aimais toujours autant leur double album. La nostalgie a modéré brutalement mon inclination dépressive. Car en moi, le jeune queutard romantique avait survécu. En fait, en moi, le gamin timide n'a pas pu être liquidé non plus comme je le souhaitais, ni le masochiste bipolaire amoureux du premier hétéro métis qui passe. Toutes ces survivances n'ont pas que des avantages, mais c'est le scénario parallèle le plus intéressant à la dépression trentenaire attendue. J'aimerais que cette idée soit dispersée dans l'air pour sauver les futurs trentenaires de la dépression programmée. Le tout est d'avoir une bonne mémoire et de ne pas crever d'Alzheimer.

Si nos choix possibles s'élaguent rapidement, nos couches de mémoires, elles, s'empilent assez bien. Certes, je ne suis pas super fier d'être un ancien amateur de Ash, le Green Day anglais des 90's, mais je reste absolument amoureux du Love Below d'Andre 3000, et particulièrement de sa chanson Prototype. Toute ma philosophie de queutard romantique y était résumée. Baiser d'abord, draguer ensuite. Et si ça foire, au moins, ça donne des idées pour la suite. 

 

 

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 00:10

 

Virtuel Al

HAL est revenu pour tous nous tuer... même s'il est ringard et tout rouge depuis 40 ans...

 

Je regarde trop la télé. Et je le fais parfois comme un écolier, qui doit finir son livre jusqu'au bout. Et je regarde trop souvent "on n'est pas couché"... jusqu'au bout. Heureusement, la société est bien faite et ne m'a pas permis d'avoir quelqu'un à côté de moi à qui taper dans les côtes en disant "nan mais t'as entendu ces conneries ! A quel point ils sont à côté de plaque, c'est fou, nan ?" Je ne martyrise personne lors de mes coups de gueules. Du coup, ça a le temps de décanter, et ça fait des petits posts plus lisibles. 

Par exemple, ce qui m'a frappé dans l'émission du 17 septembre, c'est la soudaine et unanime haine qui s'est manifestée contre le "virtuel" (ça fait plus vilain de substantiver un adjectif – on vise si large qu'on ne peut pas se planter). Tout est parti de cet homme moderne qu'est Frédéric Beigbeder. Il sort son livre, Premier bilan après l'apocalypse, avec une émouvante préface pour dire "stop" à la numérisation du livre. 

Frédéric Beigbeder s'est agité un peu, a levé les mains, et s'est lancé dans une petite tirade, qui s'est prise elle-même au jeu de la surenchère. D'abord 1) la sensorialité c'est super important pour vivre, donc le livre en papier c'est mieux que les tablettes (comme si les tablettes n'étaient pas "senties") 2) ensuite, lire c'est vivre ensemble, avec les mêmes mots (ok, parler aussi, normalement, c'est vivre ensemble avec les mêmes mots) 3) Ergo le bonheur de lire, c'est ce qui rend humain "l'acte de lire des phrases, c'est plus merveilleux que tout, que de regarder un film, de jouer à un jeu vidéo, de regarder la télé, je trouve qu'il se passe quelque chose en soi, quand on lit, qui est l'essence même de ce qu'est un être humain" ! Et corollaire : plus c'est virtuel, plus c'est inhumain. Ouh yeah, brotha ! (par le hasard de je ne sais quelle mutation génétique, j'adore ces moments où sous le coup de l'enthousiasme on dit n'importe quoi)

 

 

 

Avant toute chose, il faut rendre à Frédo ce qui appartient à Frédo. Notre éditeur à Flammarion s'est senti un peu faux sur la fin. Il l'a confessé sur le ton d'une vanne à la Eric et Ramzy. Et en effet, c'est un gars sympathique, qui a plutôt l'habitude de parler de l'homme-en-général par ironie. Et il a dû sentir que ça ne tient pas. On ne peut pas nier l'humanité à ceux qui ont seulement le malheur de ne pas lire. On ne peut pas faire comme si sentir un livre sous ses doigts était le seul bonheur qui vaille, au nom de la seule sensation que ça fait !

Le plus drôle, c'est le soudain consensus qui se fait sur le plateau : Polony, Pulvar, Guy Carlier et François de Closets (que du bon !)... Best of :

- Carlier : "on n'est pas si loin de ce que disait Mélenchon (c'est-à-dire des dérives du capitalisme sauvage)... on est dans un monde où on va vers le virtuel, et c'est complètement terrifiant, c'est un chemin vers la médiocrité, le fait de lire de moins en moins (oups on glisse de la tablette numérique à l'analphabétisme, là, on dirait) C'est un appauvrissement intellectuel, on va vers la médiocrité."

- et ça rebondit sur Pulvar : "Dire que les Fleurs du Mal vont peser le même poids que Belle du seigneur... c'est tout à fait ça, tout est relativisé, la tablette c'est le communisme... effectivement tout est au même niveau, c'est tout à fait ça !"

- puis re-Beigbeder : avec un livre, on peut savoir ce que l'autre lit. Il suffirait d'une application sur une tablette pour le faire, gars. Mais Frédéric persiste : "La dématérialisation, c'est une déshumanisation". C'est simple, ok... toute l'histoire de la pensée essaie de prétendre le contraire (le propre de l'homme étant plutôt de penser, et de se spiritualiser), mais ok... 

 

Virtuel_Perdus-dans-l-espace.jpg

Vite vite vite, sinon ils vont violer nos femmes et faire la vaisselle à leur place !

 

Beigbeder a bien sûr le droit de défendre le livre contre les tablettes. Certes, pour l'instant, ce n'est pas un grand combat, et dans l'avenir, il est à peu près certain que le livre en papier reste. Mais le truc flippant, c'est que les vieux nazes autour de lui n'ont attendu que le signal de départ pour se lâcher. Personne n'oppose la moindre résistance contre ces arguments en carton pâte. Par exemple, lorsque Beigbeder dit que l'invention de l'imprimerie est une invention récente de 600 ans, on pourrait conclure : "donc, ça peut évoluer"... mais lui en tire l'argument inverse : "donc, il faut protéger l'imprimerie !"

Ce qui se montre est du coup encore plus parlant. Envers et contre tout, on crache sa haine contre un ennemi invisible. Là on est dans la pathologie de masse : "on va devenir des imbéciles à cause d'internet, on ne sait plus penser..." etc. etc. Tout est encore la faute du virtuel, alors que le savoir, c'est quoi si ce n'est du virtuel, de l'immatériel ?... Franchement, je suis en plein moment d'anomie, et mes bouquins traînent par terre comme des mouches mortes. Eh bien, laisse moi dire tout haut que je trouve là un argument supplémentaire pour la numérisation. Si mes livres étaient numériques, je n'aurais pas à ranger mon putain de mini-salon à solitude mono-humaine. 

Dans sa tirade, évidemment, Frédo s'en prend à la gratuité... "C'est aussi cette folie de la gratuité." Les auteurs ont le droit de demander de l'argent pour leurs oeuvres... Yes, man – mais tu te souviens que juste avant tu nous as dit que "lire c'est un geste, et qui ne demande pas d'argent !" Manifestement, tes paroles à toi, Frédo, sont aussi gratuites – on n'a malheureusement pas eu le choix de payer pour t'écouter ou non. Si on les avait mises en vente, on les aurait peut-être trouvé abandonnées à côté du prochain canapé défoncé lors d'un soir de maraude. 

 

 

 

Le contenu payé est très difficile à discerner clairement quand on y pense. Il y a une part de gratuité dans tout objet supposé appâter le chaland : je consomme gratuitement les affiches de cinéma, les bandes annonces, avant d'aller voir un film, je consomme gratuitement les rediffs avant d'acheter le coffret DVD (certes les industries paient pour ces pubs, mais pas moi !). L'odeur du kebab est gratos, et les frites supplémentaires sont supposées vous donner envie de revenir. On a le droit à la gratuité pour simplement choisir. Produisez moins, et on penserait peut-être à raquer plus. Le moment technologique et culturel qu'on vit, est celui d'une surproduction de signes... plus de gratuité est tout simplement juste ! Et moi, je n'invoque pas la prétendue humanité de l'homme de lettres qui lit et regarde le monde d'en haut, en se demandant comment il peut exister autant de nazes qui n'arrivent pas à ranger leurs chambres de célibataires.

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 01:17

 

Abridged-Poster-yu-gi-oh-abridged.jpg

Je peux l'avouer maintenant... j'ai aimé regarder Yu-Gi-Oh...

peut-être à cause de sa carte "Hairy Balls"...

 

J'ai oublié comment je suis devenu un geek au tout début. A mon avis, c'est parce que j'étais gay. Je n'aimais pas taper dans un ballon et considérer ça comme une preuve de virilité, ou me battre avec mes camarades – à moins que le gars soit plus petit que moi, ou que mon sacrifice inutile me donne des allures de martyr grandiose à la Genet.

Mais à force de jeux vidéos, et à force de ne pas bronzer en restant dans ma chambre, j'ai dû être assimilé geek – assimilé malgré moi, parce que moi, à leur différence j'avais une sexualité qui ne faisait pas que se sublimer dans les jeux vidéos. Mais je ne pouvais pas me cacher. Je me retrouvais moi aussi dans la cour de récré avec le sac à dos gonflé de tous mes livres de cours parce que j'étais trop scrupuleux pour en oublier un seul. C'était le fardeau de mon manque de coolitude. C'est ce genre de handicap qui vous trahit comme geek aux yeux des autres, et ce genre de handicap qui fait de vous un allié contrarié des autres geeks. Alors très vite, vous cherchez du regard cette assemblée monstrueuse pendant la pause, votre famille Adams adoptive, où chacun parle très fort et rit grassement, survit comme il peut à l'acné, et compense en portant courageusement un sac trois fois trop lourd pour lui. Et si vous restez geek trop longtemps, votre corps s'adapte et se déforme : vous reniflez pour remonter vos lunettes qui tombent (parce que votre peau est super grasse), vous avancez le cou comme une tortue tandis que votre corps est tiré vers l'arrière par le poids des livres, vos cordes vocales finissent par se tendre, vous ratez votre puberté, et vous avez l'air d'un demeuré.

 

 

Geek un jour, geek toujours. C'est un traumatisme. Et bien sûr, il y a des rechutes au programme. Et ça a été mon cas il y a peu mon Peace Provider m'a laissé un lien un jour vers les "Chevaliers du Zoodiaque abrégé". L'avantage du Peace Provider, c'est qu'il est très grand, qu'il n'a jamais eu de problème de virilité, et qu'il peut donc regarder des dessins animés, et jouer aux jeux vidéos... ça lui donne juste l'âme d'un enfant éternellement innocent. Chez moi, une rechute confirme mon statut de célibataire pervers aux yeux de mes potes. 

Mais soit. C'est la vie, la société... mais de liens en liens, j'ai été ébloui. Ces fans flippant ont littéralement redonné une vie à nos séries d'enfance. "Abrégé" en anglais semble avoir une connotation assez spéciale. C'est un condensé, mais aussi une parodie. Parce que cette accélération de l'action est comique, tout simplement. Et c'est le premier point fort. Mais aussi la série abridged réalise notre rêve secret : revoir Dragon Ball Z, les Chevaliers du Zoodiaque sans les longs longs moments de regards gelés, d'expressions de surprise, de séquences pré-dessinées, ou de simples chatoiements d'aura de puissance... Bref, se souvenir des méandres de l'intrigue, sans le surplus poético-chiant de l'industrie du manga.

 

 

La meilleure série abrégée française.

Un épisode = une maison de chevalier d'or traversée, le rêve.

 

Du coup, les vannes tournent autour de tous ces trous dans l'intrigue, ces incohérences, ou ces personnages fantoches. Le fan est impitoyable, et juge absolu. 

La série abridged historique est sans doute celle de Yu Gi Oh abridged. So far, il n'y a pas d'entrée abridged dans Wikipedia, mais la série Yu Gi Oh naît en 2006, et c'est aussi probablement la meilleure jusqu'à présent, et la plus inventive (Naruto suit, puis Dragon ball Z et plein d'autres). 

 

 

L'auteur de Yu Gi Oh abridged... Flippant, charmant, génial, flippant, génial, flippant...?

 

On pourrait dire en gros que c'est l'oeuvre d'un seul homme, dont on trouve la bio sur une fanpage de Yu Gi Oh. Un anglais, aka Little Kuriboh, de son vrai nom Martin Billany, fan de Yu Gi Oh et de card games. C'est un homme bien, qui écoute Devo. Sa honte à regarder Yu Gi Oh (un dessin animé bancal, où des gamins au coiffures bizarres jouent à un jeu de cartes dans le seul but de vendre ce même jeu de cartes dans la réalité aux fans) a été sublimé en en produisant pour la première fois une version abrégée. Une véritable déconstruction, opérée par un fan. Quelques vanne relous, mais rien que de très normal puisque tous les geeks ont l'air obsédé par les femmes, ou par la peur de devenir encore plus efféminés qu'ils ne sont... d'où beaucoup de vannes sexistes et homophobes – mais c'est en adéquation parfaite avec l'esprit du dessin animés lui-même.

 

 

La vanne récurrente : être gay... mais finalement, c'est assez bien mené.

Comme si des hétéros arrivaient à faire du bon humour gay et camp

(de toute façon, se moquer de ses anciennes innocentes passions d'enfance : c'est camp !).

 

Mais il y a quantités de remarques pertinentes sur le dessin animé lui-même, et sur ce qui le constitue : 

- les catch phrases absurdes de certains personnages.

- la bande de personnages secondaires qui n'a plus aucune utilité narrative.

- l'incapacité des personnages à apprendre de leurs erreurs.

- le look invraisemblable de certains personnages.

- les ambiguïtés sexuelles permanentes.

 

 

Pas besoin d'une version yaoi de DBZ... le manga est déjà super ambigu.

 

Sauf que toutes ces inerties sont certes moquées, connues, mais grâce à la magie de la pop culture infaillible des fans, tous ces scories peuvent tisser une trame secondaire : le combat pour devenir le personnage principal, l'éternel retour d'un méchant qui trompe toujours la bande d'amis, ou le progressif changement de look d'un personnage... 

 

 

Autre agréable surpris, passée la déconstruction, les situations qui paraissaient normal dans le contexte de la série, une fois moquée, deviennent réexploitables sous d'autres paradigmes : le rapport Makuba/Zorc se transforme en sitcom, les dialogues interminables pour expliquer les méandres du scénario se changent en dialogues tanrantiniens, ou certains super pouvoirs étranges sont redécrits de façon vraiment amusante.

Un exemple dans le deuxième épisode de Dragon Ball Z épisode 2 : 

Goku : eh piccolo je peux te demander un truc ?

Piccolo : hm.

Goku : tu n'es pas humain, et ton papa a parlé d'un oeuf, pas vrai ?

Piccolo : hm.

Goku : es-tu un Yoshi ?

Piccolo : Ouais goku, je suis un putain de dinosaure tout vert !

Goku : ....

Piccolo : ...

Goku : je peux monter sur toi ?

 

 

 

Alors maintenant, je peux l'avouer. Je mange devant des abridged series. J'invite le Prophète Métis de la France Future à regarder des abridged series. J'envoie des liens d'Abridged series (et les Français en produisent des tonnes – mais pas super super). Et tandis que d'autres rient de se reconnaître dans les "scènes de ménages" d'M6, moi je ris seul devant mes souvenirs de Dragon Ball amputés et recombinés en Frankenstein pop. 

 

 

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 02:21

Débat genrechristian-vanneste-favorable-aux-allian-736568

"Euuuh, c'est vite vu ! Je crois que je suis un blaireau en costume cravate qui ne sait rien de rien !"

 

Vous avez certainement entendu le débat sur la théorie du genre enseignée dans les lycées (sinon c'est ici). Je rappelle rapidement les faits, et on va trancher tout ça en quelques coups de sabre laser.

L'argumentaire simpliste est le suivant : apprendre à des secondes que les hommes et les femmes peuvent être homosexuels ou hétérosexuels n'est pas légitime car l'homosexualité relève du choix privé, et n'a donc pas sa place dans un programme scolaire.

- Première correction : en tant que fait, l'homosexualité peut être expliquée. A moins qu'on refuse maintenant en science de parler de la réalité du monde comme il va.

- Deuxième correction : le programme similaire existait déjà en terminale. Alors si c'est une question d'âge, il faut s'attaquer tout de suite au cours sur la reproduction qui a lieu au collège.

- Troisième correction : le programme n'oblige pas à étudier la théorie du genre... mais interroge les notions de sexe et d'orientation sexuelle. Autrement dit, les responsables sont plutôt les concepteurs des manuels qui ont convoqué la théorie du genre pour traiter ces questions.

 

Débat genre Dorlin sexe

Un livre utile et claire contre les idées simplistes.

 

Mais soit... laissons les nazes (les Vanneste, Boutin, Mariton, Debré ou Accoyer de service) reformuler leur thèse. La thèse reformulée est la suivante : on peut parler du genre en philosophie, en histoire, mais pas en sciences, parce que la théorie du genre, et la caractérisation des individus comme homosexuels, bisexuels etc. est une théorie politique, mais pas scientifique.

 

debat_genre_john-money.jpg

John Money, l'inventeur du concept de genre...

et il est... attention-tention : scientifique hétérosexiste !

 

- Critique qui tue numéro 1 : Passons sur la définition de science, qui ici, pose manifestement problème (puisque la science n'est semble-t-il pas autorisée à penser ce qui éventuellement lui échappe ou l'oblige à se réformer). Mais il y a un fait, scientifique dur de dur : John Money est le premier inventeur du terme de genre – et c'est un psychologue, spécialiste des opérations de réassignation sexuelle. Il est particulièrement connu pour la façon non-éthique dont il a accompagné des petits garçons en petites filles, ou l'inverse, alors que les réalités étaient bien plus complexes, et que selon lui, le genre primait sur cette réalité biologique. Grâce à lui, Bruce est devenu Brenda à l'âge de 2 ans, suite à une circoncision ratée (et la fin de l'histoire ultra tragique est ). Ses études sortent en 1950, autrement dit bien avant les théoriciens/ennes du genre... Et ça, les nazes UMPistes, c'est juste un peu d'histoire des sciences ! Une page wikipedia vous aurait épargné de dire des conneries.

L'objectif de Money, qui plus est, est très clair : le genre (socialement construit d'homme ou de femme) compte plus que le sexe biologique (réalité difficile à cerner, dont la définition humorale, gonadique, hormonal, ou génétique, a toujours laissé place à des accidents et des exceptions – si tant est qu'il y ait une règle). Autrement dit, l'ultime camouflet est que John Money n'est pas franchement un fan des gender theories, alors qu'il partage l'idée selon laquelle il n'existe pas de bi-catégorisation naturelle en H/F. Paradoxxxxxe.... ça devient peut-être un peu plus intéressant, le genre maintenant, non ?)

 

 

 

Bref, pour conclure, la théorie du genre (en plus d'être une théorie sociologique, et philosophique) est une réalité scientifique, et mérite d'être étudiée.

- Critique qui tue numéro 2 : le vivant étudié en SVT n'est jamais séparé d'un contexte qui le détermine. En l'occurence, dans le cas de l'homme et de son développement, le contexte est principalement social – parce que l'homme est un animal social. Et le social impacte donc le vivant. Ces nazes de la droite populaire ont l'air de croire qu'un homme ça pousse tout seul dans le vide, et qu'il se suffit absolument à lui-même hors de tout contexte. A défaut de faire de la philosophie, il faudrait simplement rappeler qu'étudier l'homme c'est aussi étudier les 95% de connexions neuronales qui ont lieu après la naissance (espérons que les connexions se poursuivent après la cinquantaine pour certains). 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 23:07

 

Conan john buscema conan 001

 

Mon père est, encore à ce jour, fan de Conan le Barbare. Inconditionnel. Il les a sans doute tous lus, les bons comme les mauvais. Conan le barbare représente pour lui une sorte de matière organique, si réelle et si prenante que les histoires, et les monstres ou les femmes en tenues d'esclaves orientales ne forment qu'un seul et même rêve vivant. Avant de les lire, il s'enfermait dans la cave, puis – après de mystérieux travaux bruyants et sans doute très laborieux d'où la configuration de la cave ressortait toujours modifiée – il en réémergeait, prenait un Conan, et le lisait tranquillement dans sa chambre, véritable taverne de bédés hétéroclites. Et si je lui demandais ce qu'il aimait dans cette série (alors que je me baladais avec des Strange et des Titans aux couleurs criardes sous le bras), il me regardait, et après avoir tiré une longue taffe sur sa gitane maïs, il me répondait simplement en désignant par tapotement la couverture où Conan transperce un serpent gros comme un tronc de sequoïa que... c'est du "très beau dessin noir et blanc". Mon père : un esthète.

Voici comment j'ai appris l'essentiel : le dénuement est la force de Conan le Barbare. C'est l'archétype du héros masculin, réduit à une peau de bête autour des couilles. Pas de super pouvoirs, pas de costume glam, pas de copains animal sympa. Et mon père avait raison, il y a une dimension esthétique à ce dénuement. Il ne reste plus que les décors somptueux pour donner corps à ce personnage dénué de psychologie. Le film tient d'ailleurs ses promesses de ce côté-là. Pas de psychologie, et parfois de très belles toiles friedrichiennes.

 

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Quel meilleur moyen de locomotion qu'un lézard lunaire, franchement ?


Il faut l'accepter en préambule : Conan le Barbare. Tout est dans le titre. Car être barbare c'est un concept qu'on peut prendre au sérieux. Le personnage a vraiment conscience d'être un barbare. Il le répète, il est Cimmérien, et de temps en temps il est même soucieux de combattre les clichés, en expliquant que bon, il est barbare mais qu'au moins il est contre l'esclavage, pas comme les autres soi-disants civilisations impérialistes !

De préférence, à ne pas voir dans une salle où le son est super fort. Parce que dès le début, le coup d'épée ne fait pas que transpercer le ventre de la mère barbare de Conan le Barbare, il vous explose les tympans, avec des bruits de gargouillis/dégueulis bizarres (parce que le bruit du sang qui coule c'est toujours le bruit d'un vomissement étrange, comme pratiqué par un autre orifice que la bouche). Et au beau milieu de ce cataclysme sonore, Conan est né. Sa mère ressemble un peu à Nolwenn Leroy, mais c'est un détail, parce qu'elle ne vit pas bien longtemps. C'est la guerre, papa Ron Perlman écrase d'autres barbares, et il a juste le temps de sortir l'enfant en pratiquant une sorte de césarienne à vif avec le tranchant de l'épée. Le döppelganger barbare de Nolwenn Leroy meurt en voyant son enfant, parce que, tradition oblige, il faut voir l'enfant pour lui donner un nom. Donc c'est con, elle meurt, Conan vit.

Et Conan, c'est un taré. 

Y'a une épreuve sympa pour voir qui sera le chef du village. Il faut traverser les bois sans faire tomber un oeuf. C'est cool, ça a l'air sympa, c'est un peu comme dans les séries américaines quand les lycéens doivent prendre soin d'un oeuf (qui représente, adéquatement, un bébé). Sauf qu'en général le héros n'y arrive pas, et finit par comprendre qu'il devrait plus respecter son père et sa mère pour ne pas lui avoir déjà exploser le crâne comme un oeuf. Eh bien, Conan, lui garde l'oeuf dans la bouche, et décapite au passage quatre autres barbares hyper forts – mais assez malhabillés et un peu limite côté virilité. Son père, comme le spectateur, se rend un peu compte du problème : Conan a le sang chaud. 

 

conan-the-barbarian-in-3d-.jpg

 

Pourtant, le délire est contenu dans une forme semi-mythique assez drôle. 

1) Conan a bu le sang de sa mère à la place du lait. Forcément ça explique tout.

2) Et il y a une petite question initiatique pour calmer le futur délinquant que représente Conan. Son père lui demande ce qu'il faut pour faire une épée : "euh, plutôt le feu ou plutôt la glace ?" Franchement s'il avait répondu la glace, le gamin méritait de recommencer sa maternelle forgeron/guerrier avec spécialité découpage de tête. Intérieurement, je me disais qu'il s'agissait du feu (ils se servent d'eau pour refroidir l'épée, et non de glace). Et Conan, il est dans la même expectative que moi ! Il dit euh, feu, euh glace, euh feu ! Et – eheheh – en fait, il faut les deux, sinon l'épée sera fragile, Conan... dure mais fragile. Car le différentiel de température garantit une solidité bien plus grande (le père barbare n'explique pas ça, mais c'est la seule possibilité). Ouais ouais ouais... Et là, Conan, il se calme, parce qu'il pige bien qu'au fond, on parle pas de l'épée ; on parle de lui. C'est une super technique pour tous les CPE venus et à venir : vous prenez le gamin dans votre bureau, vous lui racontez l'histoire de l'oeuf à la coque que vous avez fait cuir ce matin, dont vous avez cassé le sommet d'un coup sec, puis extrait le jaune à l'intérieur en regardant s'effriter la coquille adjacente... Et vous concluez en le regardant bien au fond des yeux : oui, oui, tu as bien compris, c'est de toi, Kévin, dont je parle...

 

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Un vrai modèle pour la jeunesse anglaise.

Conan fait se TIG en butant des serpents géants.

 

3) Mais disons que la profondeur de Conan, en tant que personnage, c'est d'être complètement à contre-courant du monde magique et pseudo héroïc fantasy dans lequel il vit : il est matérialiste, pragmatique, athée, et anarchiste (autant dire que la fondation d'un éventuel hyper empire du mal galactique, il s'en fout royalement)... Il ne croit en rien, pas de dieu, juste en son épée forgé par papa. Et les cimmériens, comme le méchant le dit lui-même, ils ne croient vraiment en que dalle. Pas même dans la magie du méchant, pourtant nécromancien de renom, et de père en fille (toute la question est de savoir comment le père est devenu nécromancien – encore un qui est resté trop proche de sa mère). Les sorcières, les Cimmériens, ils s'en foutent, ils les embrochent en les poussant du haut des rambardes, un point c'est tout. Autrement dit, Conan correspond vraiment au barbare, il est l'essence même du barbare. Et il attend toutes les sorcières du monde en haut d'une montagne (ou d'une grotte, ou d'un échafaudage) pour les précipiter dans le vide – une façon relativement répandue de mourir à cette époque.

Politiquement, donc, il incarne un truc assez marrant. Ses potes blacks et métisses ont des rastas, et ils vivent dans un bateau un peu rafistolé, et ils s'arrêtent dans tous les bars sympas du coin – d'aucuns (dont je suis) verraient une allusion à la métaphore que Paul Gilroy, fer de lance des cultural studies, emploie pour décrire la diaspora noire dans Atlantique Noir... – Right, exactly ! Ce n'est pas du tout forcé du tout. Mais on peut aussi se dire que, forcément, Conan devait avoir un copain black sympa, parce que lui-même prend la vengeance un peu trop au sérieux (il rit juste avant de défoncer un mec). Du coup, son pote c'est le genre super-papa antillais qui fume des joints, entourés de mecs qui dorment dans des hamacs, et dont la population se renouvelle d'elle-même après chaque guerre et trucidation. Et en plus, il peut garder la copine de Conan sans pour autant la draguer. 

 

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Des amis rasta comme on les aime.

Peut-être une représentation barbare de Paul Gilroy, qui sait ?

 

Et qu'est-ce qu'aiment faire tous ces anars rastafaris ? Buter des marchands d'esclaves à la pelle, bien sûr ! C'est comme cent épisodes de Stargate Atlantis concentré en un seul tellement ils libèrent de peuples à la fois. C'est drôle à quel point le monde de Conan est bourré d'esclaves ! Soit tu es esclave, soit tu es esclavagiste, en somme. Pour le coup, ceux qui ont trouvé Case Départ un peu trop light seront servis en allusion. Ils en croisent partout des esclaves, ils posent un pied par terre, et bing, il y avait une grosse pierre au même endroit – ronde en plus –, alors des marchands d'esclaves apportent des mecs pour leur faire tirer la pierre ! Superbe occase pour Conan et ses potos de tuer, éviscérer et couper des têtes (au passage, il fait mauvais être rebeu dans le film – ils sont soit voleurs, soit marchands d'esclaves). Et si les esclave se plaignent d'être libres et malfamés, eh bien, toute la bande fait monter les plus jolies esclaves à bord de leur navire métissé pour s'en occuper à coup de coupé/décalé, et on laisse juste une orange aux autres... pour qu'ils se la partagent entre eux. La grande classe. 

 

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Même "au naturel" Jason Momoa donne l'impression d'être déguisé pour au moins cinq films différents...

 

Plus sérieusement, le film n'est supportable que si on n'est pas soi-même une femme, ou si on aime voir les aisselles velues de Jason Momoa, l'acteur d'Honolulu qui pourrait ouvrir des bières avec ses arcades sourcilières (qui jouait aussi dans Alerte à Malibu et Game of Thrones). Note pour l'IMDB : ce mec a un cul incroyable – et là, les féministes prennent incomplètement leur revanche en observant l'objectivation du corps masculin. Il est posé là, dans la paille d'une écurie post-coïtale, à l'aurore. Il ne bouge pas encore. Déjà un beau cul. Et soudain, sa copine qui s'était barrée avant qu'il ne se réveille l'appelle parce qu'elle est embêtée par les méchants. Avec un  simple mouvement pour lever la tête, il arrive à faire frémir tous les muscles de son corps jusqu'à bander complètement ceux de son fessier. Et se lèvent soudain, absentes de toute recherche google "Jason Momoa naked", deux fesses dorées, dures comme l'épée de Conan, et fraîches comme des pains au chocolat pour un petit déj' en amoureux. Je crois avoir entendu des rires dans la salle (remplis de mecs de plus de trente ans, et qui généralement ne rit que lorsqu'ils sont gênés – eheheh).

Mais le reste du film n'est pas mauvais. Conan se prend des coups d'épées qui ne coupent pas (mais qui qui cognent comme dans les jeux de baston), il tue des méchants un à un, et lutte contre l'impérialisme des Nécromanciens. C'est le plus marrant. Les nécromanciens, c'est comme une vieille famille d'aristos dégénérés, avec juste papa et sa fifille, qui n'ont pas encore compris à quel point le monde avait changé. Sans me lancer dans une analyse compliquée, il y a juste ça : le top en ce moment, c'est de prôner le démantèlement d'empires fantoches, de contrecarrer les tentatives d'unification (et donc de totalitarisme – si on veut). Politiquement, les méchants des films sont toujours impérialistes (unification par la conquête, et soumission par la violence) : Star Wars, Seigneur des Anneaux, Avatar, euh... (je cherche je cherche), Harry Potter aussi (puisqu'au fond Harry Potter c'est la fin de l'autonomie du secteur de l'éducation, et sa reprise en main sanglante au nom d'objectifs politiques !)... 

 

Conan Khalar Zym

Le méchant quinqua... Il fait peur parce qu'il est vieux, qu'il est impérialiste et qu'il profite de vos contributions retraites.

 

Dans Conan, aussi, il y a une couronne partagée en plein de petits bouts qu'il ne faut pas retrouver. Pas de pot, c'est fait dès le début du film. Mais le scénario n'est pas très regardant sur le pouvoir de la couronne de Nécromancien (à la limite, on aurait aimé plutôt connaître la première histoire, celle du barbare qui a détruit la couronne). Même lorsque la couronne marche et qu'elle bouge un peu façon cafard, le méchant ne gagne aucun pouvoir. L'anarchisme de Conan triomphe au sein du film. Le méchant a beau répèter qu'il va se transformer en dieu, il reste un vieux pervers facile à dégommer. 

Car le truc fort, de Conan, c'est qu'il ne croit en rien, et surtout pas dans la mystification du pouvoir. Ses potes le lui disent d'ailleurs au milieu du film, après qu'il ait déjà cherché trois fois à buter le méchant : quoi qu'il fasse, à partir de là, il a déjà gagné. Car tout le monde sait désormais que le méchant n'est pas invincible, et qu'il n'est qu'un homme mortel (cf le discours de Neville Londubat lors de l'affrontement ultime contre Voldemort). Conan ruine les croyances autant que les colonnes vertébrales. Enfin, un héros athée ! Le discours de Conan sur le monde est au fond que les hommes sont prioritairement esclaves de leurs préjugés et de superstition. Et que les hommes politiques les tiennent en répandant à leur sujet des superstitions terrifiantes. "Soyez résolus à ne plus servir et vous serez libres".

 

Conan-The-Barbarian-Movie-Jason-Momoa

Conan libère les peuples en les rendant athées...

 

Alors, d'accord, il dit aussi qu'il aime vivre l'instant présent, qu'il mange, qu'il tue, et qu'il... euh, je ne sais plus (mais il n'a pas dit "meurs", alors que ça aurait eu un peu plus de gueule). Mais vraiment, Conan le Barbare a lu sans le savoir Etienne de La Boétie. Le film aurait pu s'appeler : "De la servitude volontaire", avec pour sous-titre, et "si tu crois encore à toutes ces conneries de pouvoir magique à la fin du film, eh ben mets toi toi-même un coup de hache dans la gueule."

Autant être prévenu : pas de dragon, pas de d'enchanteurs, et pas de prophétie, oh non, surtout pas de prophétie dans le monde de Conan. C'est ce qui est bon. Conan, c'est juste de la boxe. Il vient, il se bat, il coupe un bout d'oreille, et il perd ; il revient encore, il se bat encore (un deuxième bout d'oreille), il reperd ; et il revient une troisième fois, mais avec une meuf et des potes, et il gagne. Il y a un minimum de transfert phallique papa-fiston, mais c'est tolérable. Et surtout, à la fin, il plante la meuf pour aller rejoindre ses potes. Et qui sait ce qui se passe dans les cales après...?

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 02:56

 

 Undead Red Dead Redemption Undead Nightmare DLC

Le zombie-cow-boy, une espèce rare, non moins kitsch et intéressante.

 

L'été est long.

Il n'y a rien d'autre à l'horizon que des nuages et des champs ravagés par la sécheresse. Et de la vieille téléréalité pour cas soc', diffusée après minuit. Et à force de bouffer des pruneaux et des abricots secs, je suis devenu méchant, très méchant. J'emprunte un jeu de zombies à un pote, persuadé que mes talents de gamer vont pouvoir servir à libérer une autre contrée virtuelle, et sans doute satisfaire sexuellement une princesse champignon. Mais tout ce qui est advenu depuis m'a comblé, moi, comme une princesse champignon...

Plus tôt dans l'année, j'avais fini Red Dead Redemption, et j'avais encore de la poussière entre les dents. Mais je finissais par tourner en rond et tuer des grizzlys à la pelle. Alors redécouvrir le titre, rempli cette fois de nombreux ennemis quasi immortels et sans cesse renouvelés avait un côté d'avance assez sexy. J'étais prêt à les trucider, à l'ancienne, à la hache ou au lasso en les traînant dans la boue. Mais j'ai eu mieux : des dialogues, de la noirceur, et une ambiance de vieux films de zombies (façon Roméro). 

Le jeu s'ouvre sur une scène assez proche de l'Armée des morts. Papa Jack Marston va se coucher (il a toujours autant de mal avec son ado de fils) et se réveille un matin en découvrant que sa femme et son fils se sont zombifiés. Dans le film de Zack Snyder, l'urgence est immédiate. Quand le héros parvient à sortir de chez lui, il a l'impression de ne pas être le seul à tenter de courir pour rejoindre la surface de réparation. On voit le voisin courir et se faire choper par sa fille, et le voisin du voisin avoir à peine le temps de monter dans son 4X4 pendant que sa femme bondit sur le pare brise. 

Là au contraire, vous ne dégommez pas toute votre famille, ni la moitié du Texas avec un seul fusil à pompe... en fait, chose élégante et pratique dans une situation de conflit, vous discutez. Vous essayez de comprendre ce qui arrive à votre femme et votre fils pendant qu'ils vomissent et grognent comme un éboulement de rochers sur une route de montage. Et contrairement à tous ces films de zombies, où les gens pensent spontanément à transformer le visage de son voisin en sauce bolognaise, vous les ligotez, pour revenir plus tard, quand ils iront mieux. Et vous leur laissez même un peu à manger. 

Génial ou ridicule. Il se passe quelque chose d'assez inédit : Jack Marston ignore que ce sont des zombies (alors que son fiston lisait justement quelque chose à ce sujet – et que nous, nous avons acheté le jeu parce qu'on a adoré la jaquette zombie super kitsch). Et vous réalisez soudain à quel point les films de zombies passent à la trappe le problème essentiel : mais pourquoi il y a tous ces gens "malades", et est-ce que je peux vraiment vraiment tuer un homme "malade" qui se comporte violemment à cause de sa "maladie" ? Il est impossible de ne pas se poser ses questions, et ce faisant d'adopter un autre comportement qu'un geek attardé face à ce qu'on appelle des "zombies".

 

 

Une des plus géniales séquences, Seth retrouve la joie de vivre entouré de ses zombies potes.

 

Car, "en vrai", on passerait assez rapidement pour un sociopathe si, en voyant un type vomir du sang, notre premier réflexe était de lui planter une freebox dans la tête pour lui griller le cerveau. Et on passerait pour un homme dépourvu de conscience si on ne cherchait pas à expliquer vraiment le phénomène (plutôt qu'à le nommer en criant "attention, des zombies" !!!). 

Cette déterritorialisation du jeu de zombies produit donc un effet nouveau, un peu comme dans Walking Dead ou Fido auparavant. Les zombies, à certaines conditions, sont humanisés, comme des animaux de compagnies, ou des animaux sauvages. Ils peuvent être dépecées, étudiées, purifiées, ou servir de partenaires de poker ou de danse country (ce qu'est peut-être la danse country réellement, au fond)... jusqu'à ce que finalement vous aussi, dans le jeu, vous... non, je ne peux pas balancer. Mais, la fin est bien – trop facile – comme tous les jeux en ce moment, mais bien.

 

 

Discussion tragique avec Bigfoot... ne pas ouvrir si vous ne voulez pas savoir ce qui se passe après que John Marston l'ait accusé de "manger des bébés."

 

Quoi qu'il en soit, passé un moment, vous ne jouez plus tellement pour tuer du zombie, mais pour vivre dans cet univers étrange où le zombie n'est pas un élément familier de pop culture – où le zombie est de nouveau étrange lui-même. Qui plus est, le jeu a la malice de multiplier les fausses pistes. Des animaux mythiques apparaissent, chevaux de l'apocalypse et autres (je n'en dis pas plus, mais quand on chevauche sur un cheval enflammé, là, vraiment, on ne se sent plus pisser – heureusement que ça n'est pas possible dans la vraie vie, sinon gare aux accidents à la sortie des boîtes). Vous ne savez plus vraiment s'il s'agit de zombies. Les mythologies s'entremêlent, et vous finissez par redevenir le cow-boy philosophe dont vous pouviez avoir l'air dans le premier épisode. Il y a même cette séquence assez touchante avec "un animal mythique", qui ferait passer le dernier Planète des singes pour un sequel. 

Quant aux survivants que vous croisez, tandis que votre scepticisme et votre pragmatisme grandissent (car, fatalement, vous finirez par essayer d'adopter vous aussi un cheval zombie), eux deviennent de plus en plus parano, infects, et xénophobes... et donc drôles. Il y a peu à faire pour comprendre qu'il s'agit de la même réaction qu'adopterait l'individu lambda face à la peur et l'inconnu.

 

 

Seth... again.

 

Le décalage entre votre "connaissance" des zombies et la surprise du texan puritain est délectable. Ce sont tout simplement les meilleurs dialogues de jeux vidéos que j'ai pu entendre jusqu'à aujourd'hui. 

(à peu près)

"Et j'ai vu Mr. Patterson manger des chiens dans les rues, lui qui aimait tellement les bêtes !"

Ou encore :

"Mais pourquoi Maman a mangé Papa ?! Il l'a accompagné si patiemment au moment de sa maladie. Je sais qu'on raconte qu'il couchait avec sa soeur, mais c'est faux ! Il ne méritait pas ça !"

Et plus tard, quand vous croisez les premiers rescapés, ils ont évidemment tous une théorie du complot à partager pour expliquer le désastre. Qui est responsable ? Les Juifs, les Mexicains, le vice du jeu, le non-respect des anciens, le non-respect des morts (Seth, votre ami du premier épisode, est génial)... si on ajoute le mariage homosexuel et l'avortement, on a un discours du pape tout prêt à disposition. Marine Lepen a même sa réplique dans le jeu :

"C'est la faute du gouvernement, nous avons accueilli trop d'étrangers, voilà ce qui arrive quand on ouvre les frontières. Ma fille a fini dans le ventre d'un monstre satanique à cause de ce putain de gouvernement !"

Ce jeu a des vertus politiques finalement insoupçonnées. En faisant renaître les mêmes discours dans des conditions différentes, on a l'impression de toucher le petit coeur saignant de la bêtise contemporaine. 

 

 

Le moment papy brossard facho d'Undead Nightmare. Devinez comment il va finir

(il ne vas pas avoir le temps de se mettre un oeil de verre, celui-là)

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