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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 13:11

 

Spiderman metisse-miles-morales

"Peut-être que le costume est de mauvais goût."


Juste un petit post pour commenter et faire résonner la nouvelle partout dans le web. Peter Parker/Spiderman est mort. Vive Spiderman ! Mais attention, tout de suite : il s'agit de Peter Parker version Ultimate, c'est-à-dire le reboot de l'histoire originale publiée déjà depuis 2000. Autrement dit, il leur reste encore un Peter Parker à buter...

Quand j'étais petiot, j'adorais connaître la mort des hommes célèbres. A mes yeux, leur mort signifiait tout. S'ils mourraient comme des nazes, ils étaient des nazes ; s'ils souffraient l'agonie, ils étaient des hommes ; s'ils perdaient des bras, ou des organes, ils étaient simplement entrer dans un processus cosmique de transformation.

Alors comment meurt Spiderman ? Le bouffon vert, surboosté par le pouvoir de Johnny Storm, blesse mortellement Peter Parker d'un coup dans les côtes, tandis que l'ado araignée trouve juste assez de force pour lui écraser un ultime camion sur la gueule. Le dernier épisode n'est... pas à la hauteur. La vulnérabilité de Spiderman est touchante, en partie justifiée par son inexpérience. Mais le pauvre avait mille fois la possibilité de mourir comme ça. Ceci dit, bien sûr, c'est un sacrifice. J'avais oublié ça, tellement j'en ai rien à f... Peter Parker fait tout pour sauver sa tante. C'est pour ça, "en fait", qu'il meurt. Il insiste pour se sacrifier et être un héros jusqu'au bout, mais en insistant, sa mort semble presque absurde, suicidaire. Si c'est volontaire, et je crois que ça l'est, c'est bien vu (on a l'impression que Tante May pourrait le gifler quand il dit qu'au moins, s'il n'a pas pu sauver Ben, il l'a sauvée, elle). Et, autre bon point, l'identité de Spiderman est du coup révélée (alors que la série originale avait monté un invraisemblable pacte avec le diable pour faire retourner Spiderman à l'anonymat après la révélation de Civil War). L'épisode n'est pas top, mais l'idée est bonne.

 

Spiderman_new-spider-man.jpg

Sara Pichelli au dessin, on est au niveau au-dessus, là, good job !

 

Et c'est là que je voulais en venir. L'aveu de Bendis est frappant. Il a presque tué Spiderman pour le remplacer. Marvel vend des tonnes de Ultimate Spiderman #160 au passage, bien sûr. Mais là, c'est parfait. Peter Parker est remplacé par un ado "blatino" (black et latino – catégorie inventée par les films de cul...), Miles Morales. En réalité, on ne connaît pour l'instant que les quelques images du Ultimate Fallout #4 qui présentent les conséquences de la mort de P. Parker. Difficile de dire si ce prochain Spiderman tiendra sa promesse. Mais Bendis a déjà une idée en tête, car ce Spiderman a été inspiré par... tadadadada... Donald Glover, l'acteur/rappeur/writer génial de Community (entre autres).

 

"Pendant que tout ça se passait, deux choses sont arrivées : ma vie de famille a changé radicalement, et Donald Glover s'est levé et a dit : "Je veux être Spiderman." Et moi je me disais "J'aimerais qu'il soit Spiderman. Vraiment." Je l'ai dit publiquement à l'époque, et c'est allé et venu. On est devenu de plus en plus proches en travaillant sur l'idée, et puis ils ont fait ce truc hilarant dans Community, au début de la saison 2 où Donald Glover sort du lit et porte le pyjama de Spiderman, et il avait l'air fantastique, je l'ai vu dans le costume et j'ai pensé "Wow, j'aimerais lire ce livre" ! Donc j'étais content d'être en train d'écrire ce livre."

publié sur Newsrama, 3 août.

 

Glover avait fait campagne sur le web pour jouer dans le prochain Spiderman (ce reboot inutile du film de Sam Raimi), et surtout pour faire admettre l'idée qu'il n'était pas si dingue que Spider soit black. Il a la vanne facile : black. Il est pauvre : black. Un membre de sa famille se fait tuer par un truand : black. 

 

Community_Donald-Glover-Spiderman-Troy-Community.jpg

 

Mais plus que ces déjà raisons, Bendis avance surtout le fait que la société change, que les comics sont aussi faits par des gens d'horizons différents, et qu'il était impossible d'éviter ça plus longtemps.

Pourtant, il y a une chose intéressante, pour revenir à Donald Glover. Le petit Miles Morales (certes plus jeune que l'acteur) lui ressemble terriblement. Même tête, pour l'instant. Et on peut dire que c'est un truc qu'Ultimate aime bien faire, et fait assez bien. Nick Fury, version Ultimate, n'est ni plus ni moins que Samuel L. Jackson (enfin dessiné comme si c'était Samuel L. Jackson), ce qui créé une sorte de confusion assez intéressante. On ne sait plus si c'est un "rôle" de S. L. Jackson, ou si c'est juste Nick Fury qui ressemble à S. L. Jackson. En utilisant des visages célèbres, Marvel redigère le capital "pop" pré-investi dans un acteur. Et donc, si je ne trompe, puisque notre ami Donald Glover est plutôt un Nerd ou un geek black, Miles Morales pourrait être plus qu'un Peter Parker colorisé, il pourrait vraiment servir un regard plus geek sur le monde des super-héros, voire plus mordant du fait qu'il est vraiment supposé être d'extraction basse (from Brooklyn, cette fois-ci). 

 

Spiderman_Donald-Glover-hipster.jpg

Neeeeeerd !!!

 

Pour l'instant, dans les répliques de Spiderman, j'entends Donald Glover. Et j'adore ça. Alors oui, il y a un mec qui va nous dire qu'on se la fait tout seul, sa voix de Peter Parker, "dans sa tête", comme la prof en cinquième qui t'explique que tu dois inventer tout seul tes histoires alors que toi, dans ta rédaction pourrie, tu as juste voulu écrire la meilleure histoire de James Bond, avec James Bond dedans, comme un vrai James Bond et les gadgets de James Bond. Bon, et bien même si j'ai grandi, et que j'ai une prétention à l'autonomie, lire Spiderman avec Donald Glover en tête c'est atteindre un autre niveau de lecture, simplement parce que Donald Glover est meilleur acteur que moi me jouant la voix de Spiderman !

 

 

A quel point Glover est bon ? C'est le mec qui arrive à faire rire en pleurant. Il pleure si bien. Il joue si bien la détresse, les spasmes, l'accablement jusqu'à la perte des jambes, qu'il en est toujours transfiguré. C'est un acteur physique, qui n'a aucun doute sur les effets qu'il peut atteindre. Et en général, ce qui est fou, c'est que pour la moindre réplique, on le sent venir, le corps entier, engagé, la réplique dans les tubes prête à faire feu. 

A regarder en boucle, l'impro autour de Batman "je peux te poser une question" ?


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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 01:59

 

Un éléphant affiche

Une affiche affreuse pour un film magnifique.

 

Quand on finit épuisé sur son tapis, qu'on considère son salon qui semblait plus grand tout à l'heure et qui pue la claustrophobie et la solitude à présent, ivre de trois heures de butage de zombies avec tout ce que le far west a pu contenir de flingues, on ne rechigne pas sur une bonne rediff de films. C'est comme ça que j'ai pu revoir à la télé, en ce soir de ténébreuses vacances d'aout (où j'observe la pluie, et les touristes, alternativement, glisser le long de mes fenêtres) "Un éléphant ça trompe énormément", et "Nous irons tous au paradis". Ces deux films d'Yves Robert sont géniaux. Populaires, polyphonique, 70's, servis par de très bons acteurs, avec un parfait équilibre entre les scènes comiques et le simple portrait de la vie entre copains.

 

Et... oui, aussi, incidemment... le film commence par des mecs à poil dans les vestiaires. Mais il y a un tel climat de laisser aller, de poils et de nuque longue qu'on en désérotise le moindre bout de queue dans un vestiaire (et à bien y regarder, il y a des culs, mais point de queues).

En rematant le film, je me suis souvenu que c'était aussi le premier film français avec un homosexuel, et donc a fortiori avec un coming out. Enfin, j'allais pouvoir découvrir le potentiel homophile ou homophobe de ce film que j'avais adoré quand j'étais petit.

Enfant, je n'avais rien compris à rien. J'avais seulement repéré le collier de perles "surfeur" que Daniel (le gay du film) portait autour du cou, et qu'un cousin normand portait lui aussi (on est approximativement dans les années 80, et la Normandie était restée dans les années 70). 

Pour le reste, j'aimais consensuellement les scènes avec Jean Rochefort. Il était drôle et plein d'auto-dérision  et mon père, grand fan, entraînait mon rire avec le sien. Surtout, Jean Rochefort jouait le bourgeois. Impeccablement bourgeois, et pourtant touchant. Si j'avais été hétéro, il aurait pu devenir mon acteur fétiche. Il aurait représenté un mode de drague alternatif, moins macho, plus doux, mais aussi plus efficace – bref, ultra classe, anti-beauf. Même en train de se jeter dans la toile des pompiers, Jean Rochefort paraissait en train de voler (ça, gamin, j'avais compris). Au final j'ai préféré Pierre Richard (je ne sais pas... il était plus fragile sans doute).

 

Je suis tombé une première fois sur "Un éléphant ça trompe énormément" lorsqu'avec un pote, nous étions en train de deviser sur le monde assirs sur mon tapis dégueu un verre de bière à la main. A ce jeune pote gay d'origine congolaise (ça a son importance), qui me faisait remarquer qu'il n'avait jamais vu ce genre de films quand il était jeune (mais qui peut maintenant m'expliquer comment me servir d'un couteau à poisson et être plus à l'aise que moi dans un camp nudiste), j'expliquais que ces films représentent le coeur battant du film comique à la française – toujours soucieux de faire la promotion de la fraternité malgré une conscience aiguë du déterminisme social. 

Fort de cette apologie, on s'est mis à chercher une scène de coming out, et on n'a rien vu. On avait pris le film en route, et on s'est vite résigné... mais je restais troublé. Comment, alors que c'est un film avec un pédé, et que y'a rien de plus larmoyant qu'un coming out, comment ne pouvait-il pas y avoir de coming out dans ce film ?!... 

 

Un éléphant on ira tous au paradis

une autre affiche affreuse pour un deuxième film moins réussi.

 

Quelques jours plus tard, au milieu de mes errances vidéoludiques, j'ai vu sur mon deuxième écran qu'on repassait maintenant "Nous irons tous au paradis" (la suite d'"un Eléphant etc."). J'ai tenté alors d'être plus attentif. Et... rien non plus. Ou à peine. Seulement une scène où on voit que Daniel a dormi avec un jeune polonais (Daniel aime les blonds). Mais ce dernier est malade et Daniel appelle son pote Simon (Guy Bedos)... 

Soudain, une idée me traverse l'esprit : serait-ce une anticipation délirante du sida ? – le film date de 1977... possible mais peu probable (l'idée du cancer gay remonte à 1981 – année bénie de ma naissance).

Plus loin dans le film, je suis encore plus surpris... A côté des intrigues principales, le personnage de Daniel se marie avec une femme plus âgée que lui. C'est absolument sidérant. Le personnage de Daniel, que d'aucuns jugent complètement avant-gardiste, vient de renier son homosexualité, et de se découvrir bi. Surtout la réaction de ses potes est sans ambiguïté. Alors que jamais dans le film, on ne donne un nom à ce qu'est Daniel, ou ce qu'il pratique (ni "gay", ni "homo", ni "pédé", ni "inverti" – non que je sois un fou des catégories, mais il faut bien se donner les moyens de la franchise et appeler un chat un chat), il est soudain félicité et embrassé pour toute la fratrie. La surprise se double d'un rebondissement assez étrange : la mariée, un temps moquée puis adoptée, ne veut plus se marier. Daniel est malheureux, éternellement. Derrière le masque de clown, le clown triste – double cliché insupportable. 

Bon, du point de vue de l'idéologie du film, les choses sont plus simples. Les deux messages sont 1/ tes potes te soutiendront toujours, même quand ton mariage se plante. C'est le "bros before hoes !" français. Il était donc normal que Daniel veuille se marier et se plante. Comme ça, lui aussi, n'a plus que ses potes sur qui compter. Et 2/ l'amour c'est compliqué, il n'y a aucune catégories prédéfinies ou préexistantes. Vivent les années 70 ! L'amour est polymorphe, indéfinissable, éternel, universel. L'amour c'est aussi l'amour des amis, l'amour de la mère (Simon), l'amour libre (dans le cas de Bouli, sanctionné d'un échec, mais tout de même), l'homosexualité ou l'adultère... Il était donc, là aussi, normal que Daniel serve la démonstration en n'étant pas trop pédé, et pas trop hétéro. Lui aussi doit résister à la catégorisation. Au fond, le personnage gay du film, est un personnage inconsistant. Les moments de révélation de son homosexualité sont comme "blancs", vides, d'une pure émotion dénuée de sens. Ce mec est triste, et on ne sait pas pourquoi. Il est juste triste.

 

Un éléphant Daniel pleure

Pleure pas, Daniel, ce sont juste les vapeurs de la Chartreuse...

 

Mes petits talents d'enquêteurs cinématographiques m'ont permis de retrouver la première scène de coming out du cinéma français dans "Un éléphant ça trompe énormément" (en fait, il suffisait d'attendre une énième diffusion à deux heures du mat). La voici.

 Notre bande d'amis déjeune, Bouli le prolo (Victor Lanoux) drague les filles qui passent. Soudain un mec sorti de nulle part dans une décapotable élégante s'avance vers la tablée avec un lévrier afghan. Il jette le bracelet du blondinet (que Daniel a rencontré quelques scènes plus tôt) au milieu des fraises à la crème de Daniel... et il dit simplement : "pauvre conne". Comprenez : Daniel est homo parce qu'il s'est fait appelé "pauvre conne", au lieu de "pauvre con". C'est tout. Unique indice – et tout dans la précision des mots ; on ne déconne pas avec la grammaire et les accords de genre à l'époque ! La féminisation du substantif "con" suffit... Etait-ce à ce point typique pour que ce soit compris du grand public ? Il faut croire. A cette époque les mecs devaient percevoir la féminisation des prénoms à longue distance tellement ils y étaient sensibles. Je ne sais pas. Ou c'est le lévrier afghan ?...

Suite de la scène : Bouli le prolo dit juste "But" en lançant sa clope pas encore consumée... hm hm...

 

Un éléphant But

"But"... Oui, après tout, Bouli et Daniel ont partagé les vestiaires à poil assez souvent.

Quand même. 

 

Qu'on me sorte les plus grands sémiologues structuralistes pour comprendre le sens de ce geste ! Car là, on passe directement dans un autre monde, où les mots ont un autre sens et les attitudes sont en déphasage totale avec les émotions. soit les hommes sont des créatures à ce point susceptibles de refoulement qu'ils ne sont plus humains du tout, soit il y a un hiatus dans le film lui-même. Soucieux d'être compris du grand public, Yves Robert est tout de même obligé de rendre tout ça plus explicite. Après tout, le mec est le chef du cinéma populaire. La "Guerre des boutons" c'est lui ! 

Alors Etienne (Jean Rochefort) raccompagne Daniel. Il parle de tout et de rien. On le sent mal à l'aise, Daniel a les larmes aux yeux, mais le spectateur ne sait toujours pas pourquoi. L'émotion est toujours aussi infondée, absurde. Alors Daniel sort une bouteille, et propose de boire "T'aimes ça, la Chartreuse"...? Les deux amis rient. WTF. Chartreuse...? Chartreuse de Parme ? Où est la vanne... Mais finalement Etienne trouve les mots "justes" : "je voulais te dire que ma vie non plus n'est pas aussi transparente que... que d'aucuns se... moi aussi je cachais quelqu'un". Ah bon, alors c'était ça le problème de Daniel : il cachait quelqu'un, ou quelque chose... Mais quoi, pardieu ? Pour une première scène de coming out du cinéma français, c'est aussi la moins explicite !

 

Un éléphant Daniel et Eric

Bien sûr, un simple sourire innocent... à moins que cette blondeur n'ait rien d'angélique !

 

Mais au final, encore une fois, tout doit se comprendre à partir de l'épistémè du film (si j'ose dire). Le message est simple là aussi : "Tout le monde ment à tout le monde, mais c'est pour le bien de tout le monde ! Oui au mensonge bourgeois ! " C'est la défense classique de l'hypocrisie. Mentir est le propre d'une sagesse supérieure : je sais ce que tu fais, mais je n'ai pas besoin de le dire, ou d'en tenir compte. 

Fin du premier épisode : Marthe voit Etienne aux infos, coincé sur un balcon (parce que jeté par sa maîtresse). Elle pleure parce qu'elle se sait trompée, puis sourit. Elle le trouve charmant, en dépit de ses mensonges. Et même, elle le trouve charmant grâce à ce que l'ont mené à faire ses mensonges. Et surtout, il est puni. La vie est bien faite. Oui à l'hypocrisie, parce qu'on a la certitude que l'hypocrite sera toujours puni grâce à une sorte de justice immanente. Le Fils de la Justice vous poursuivra et vous ridiculisera en public à la télé. 

Fin du deuxième épisode : la bande d'amis voit Etienne et Marthe (sa femme) se tromper mutuellement dans les bras de leurs amants respectifs. Le mari et l'épouse font jurer aux amis de se taire. Et tous les deux promettent en choeur qu'ils ne diront jamais rien. Là encore, oui au mensonge ! Parce que c'est l'amour qui triomphe.

 

Un éléphant fraises

Une gourmette dans les fraises,  un symbole crypto-gay à décrypter. Où est passé Roland Barthes !?

 

Mais est-ce une morale si libérale ? Qui bénéficie de ce secret ? Très facile : seul le couple bourgeois s'en sort bien dans le film. Personne n'est parfait, mais les couples adultères qui ont de l'argent s'en sortent mieux que les prolos qui s'essaient à l'amour libre, le garagiste gay, ou le docteur juif. Pourquoi justifier cette hypocrisie ? Parce que ce n'est justement pas un secret. L'argument de l'hypocrisie comme sagesse ne fonctionne pas du tout. Ou il fonctionne que parce que justement ce n'est pas une hypocrisie. Si tout le monde sait ce que fait le mari de son temps libre, pourquoi ne pas le dire ?... 

Mais surtout, le couple adultère ne souffre pas du poids d'un mensonge réel (c'est un petit mensonge partagé, presque sympa, fripon). Ils ne souffrent pas de l'isolement du vrai mensonge, de la culpabilité qu'il suscite. Le personnage du gay est différent, parce qu'en ce qui le concerne personne ne pouvait soupçonner qu'il était gay – ou même si on le pouvait, on n'osait pas l'imaginer, et encore moins le dire. Au contraire, il est si facile et distrayant d'imaginer des adultères. La véritable hypocrisie réside là : croire, en dépit de son ignorance, qu'on pourrait imaginer la vie des autres...

 

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 02:54

 

Draguer_Cruising-Al-Pacino.jpg

Avant, quand on draguait, ça ressemblait à ça. L'avantage c'est qu'on pouvait croiser Al Pacino, comme dans Cruising, de W. Friedkin. 

 

Attention, ce n'est pas encore le manuel de drague parfait. Je prendrai encore un peu de temps avant de pondre ce classique – utilisable par les gays ou les hétéros, les jeunes loups à mèche bourrés en club, ou les cougars célibataires qui ne veulent plus exposer leurs nouvelles couleurs de cheveux sous les spots d'une autre émission de téléréalité. 

Bref, avant le post qui tue, juste un conseil.

Il faut draguer Dés-Es-Pé-Ré, en ayant tout à fait conscience qu'on n'a rien à perdre, et presque rien à gagner. Dans cet état d'esprit, on peut enfin court-circuiter toutes les conversations à la "tu ch ?", "slt", ou "TBM?". Car on peut draguer en vannant, en racontant ce qui nous passe par la tête. Attention, certains le font et en viennent littéralement à chier là où ils mangent en insultant tout le monde, ou en balançant de véritables conneries involontairement homophobes. Non, par "vanne", j'entends "vanne d'intello geek incompris". 

Par exemple, un très bon starter de conversation peut être de raconter ce qu'on est en train de regarder à la télé en ce moment même. Un "dîner presque parfait spécial célibataires" fera l'affaire. Vous vous amusez à déconstruire l'émission avec votre parternaire X de dial. Citer les conneries des candidats entre guillemets. Un célibataire : "Dès que je me suis levé ce matin, j'ai pensé à toi" Réponse de l'intéressée "C'est top !"

Ne pas trop expliquer surtout, mais miser sur la complicité supposé entre deux mecs qui de toute façon se font assez chier à 1h du mat pour mater la télé. J'ai eu un jour une très bonne conversation à partir d'un match de hockey pendant les J.O. d'hiver un jour. Aussi parce que le mec ne s'est pas contenté d'une rafale de "Lol" et qu'il avait un cerveau (mais vous savez déjà que c'est rare... of course, vous lisez ce blog, grâce vous soit rendue !)

Passé quelques échanges selon cette nouvelle manière, le tchat n'est presque plus une conversation, c'est devenu de la poésie, des bouteilles jetées à la mer de l'infosphère. 

Car, de toute façon, sur un tchat, on ne "parle" pas, on "converse" encore moins, on "dial". Et le "dial" c'est le "black" de la discussion internet – l'euphémisme honteux de notre novlangue de pervers virtuels. "Dial" en anglais signifie composer un numéro de téléphone (même pas "parler" ou "téléphoner", les mecs...), au mieux, c'est prendre contact, en "speed dial"... Bref, tout est dit. Ceux qui voulaient trouver l'amour doivent le formuler en vingt mots, pas un de plus (même pas un twitt).  

 

Draguer_Bridget-Riley.jpg

Grâce à B. Riley, on peut commenter tous les motifs de salle de bains des bogosses

qui s'y photographient.

 

Autre exemple, ce soir, un super beau et jeune mec s'était pris en photo derrière une sorte de motif Op'Art. Je lui ai demandé en toute simplicité si c'était un fan du travail de Bridget Riley, et si on pouvait se rencontrer dans une galerie d'art contemporain pour parler de son travail. Oui... oui, je sais. C'est prétentieux, et pédant. Mais on se marre quand le mec répond – ou ne répond pas (ce fut le cas en l'occurence). 

Autre exemple, à un très beau mec (et là je regrette un peu mon coup), après les compliments, j'ai demandé s'il avait besoin d'un mec barbu assorti à son super col roulé rustique... La suffisance de ses deux mots de réponse "là, non" n'ont pas entamé mon enthousiasme. Dans ces cas-là, on se rappelle qu'on a tous un peu de Didier Lestrade en nous, c'est-à-dire qu'on se met juste à tomber amoureux de la beauté de tous ces mecs et se répandre en compliments, sans rien attendre d'autre. C'est magique, dans ces cas-là, vous rétablissez l'équilibre entre le ying et le yang, le Bien et le Mal, et vous jetez direct Gollum au fond du volcan. Vous relisez tout Didier Lestrade, vous lisez son interview dans le seul bon papier des Inrocks spécial sexe de l'été, et vous vous lancez dans cette quête de la beauté absolue à travers Tumblr, Romeisburning (merci Didier pour cette perle), et tous les bogosses du web.

En réalité, draguer sur un tchat, c'est chiant à mourir, et vain la plupart du temps. Donc, autant s'amuser (sans devenir un gros chacal). Parce que même lorsqu'on ne cherche qu'à choper, on reste connecté. C'est comme la télé à 1h du mat, on trouve toujours une rediff potable pour rester scotché encore une bonne heure et demi... 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 01:12

 

CIMG0357

Ruppert, c'est d'abord un regard neuf sur le monde, sous des cernes creusées par des ravins de désespoir.       


Un jour un chat s'est perdu à Montpellier. Ses maîtres, affolés ont aussitôt placardé des affiches pour le retrouver. Deux affiches différentes pour être exact, émouvantes, avec la photo d'un vieux chat persan gris, fatigué, et surtout, tondu. C'est ainsi que nous fîmes la connaissance de Ruppert. Et que l'on put entendre résonner pendant plusieurs jours nos petits rires suraigus de pintades dans les salles obscures des cafés gays (le seul café gay de la région en fait), dans les allés du Parc du Peyrou et des saunas... 

 

CIMG0367

 

"Je m'appelle Ruppert, si vous me trouvez, merci de me ramener à mon domicile, ou appeler directement mon maître. J'ai 11 ans. Je ne connais pas le monde de la rue, je suis probablement effrayé ou terré dans un coin. Aidez-moi !

Quoi : chat persan gris.

Signe : Tondu

Quand : 18 juillet

Où : Montpellier"

 

CIMG0373-copie-1    

Laissez deux gays fatigués faire un cadavre exquis. Et voilà ce que ça donne...  

 

Notre machiavélisme humour gay est très sensible à l'expression délicate des choses grotesque. Un fan du Tour de France qui pète de tous ses orifices en levant sa bière, ça ne nous fait pas rire. Une petite gamine toute concentrée à sauter à la corde et au beau milieu de ses foulées pète en touchant le sol, ça, ça nous fait mourir de rire. Un grand père à poil sur une plage nudiste dont les couilles touchent presque le sol, ça ne nous fait pas rire (il nous horrifie plutôt et nous rappelle qu'un jour nous aussi nos organes sexuels externes pendront). Une charmante petite antillaise avec de jolies petites vanilles qui dodelinent pendant qu'elle détruit voluptueusement le château de sable du petit garçon concurrent, ça, ça nous fait mourir de rire. 

 

CIMG0359

Quelque part sur le macadam de Montpellier, une vraie histoire existentielle de gastro.

 

Ruppert est cette petite fille aux jolies vanilles qui dodelinent. Mais en chat. L'affiche était à mourir de rire. Parce qu'elle était trop élégante pour une affiche de chat.  

Tout y était. Cette énonciation à la première personne... comme si le maître devinait par télépathie ce qu'il pensait et ressentait. Le nom du chat... "Ruppert". Nom anglais, classe, mais qui semble aussi porter en puissance toute la détresse d'un vieux bourgeois perdu dans les bas fonds (perdu pourquoi ? Pour s'encanailler, pour se taper des chattes de gouttière...? Parce qu'il a perdu un pari en jouant toute ses croquettes et qu'il avait besoin de se refaire...? Pour choper du crack ?). 

Qui plus est, le maître commence par donner le nom du chat, comme si cette pauvre créature avait avant tout à coeur d'être appelée par son prénom plutôt que d'être sortie du seul abri qu'elle a pu trouver. Et comme si Ruppert répondait vraiment à son prénom. La tournure : "je ne connais pas le monde de la rue" (de préférence à chanter comme un début de chanson de Mylène, les yeux grands ouverts et hallucinés, les paumes christiquement ouvertes de chaque côté du visage). Détail qui ajoute au pathétique et au grotesque en même temps : Ruppert est tondu.

Deux rues plus loin, nous avions déjà croisé quatre affiches sur les murs. Nous n'en pouvions plus.

Notre première réaction a été de marquer "Miaou" en rouge sur l'affiche au dessus de la tête du chat. Réaction inadéquate certes, un peu primitive, et pour être honnête, pas à la hauteur de la complexité des sentiments comiques qui nous animaient. On s'est rendu compte qu'il fallait réfléchir un peu. Être pourvu d'une extra-sensibilité maladive à la souffrance des autres ne confère pas forcément un sens de l'humour vif et aiguisé. 

Alors le visage de Ruppert a commencé à s'animer. Dans ses petits yeux strabiques, et sous son noble pelage gris, le pauvre chat semblait agité de questions philosophiques. "Pourquoi moi ? Qu'ai-je fait de si mauvais pour que je doive désormais errer sans but dans les rues ? Après, tout, qu'est-ce qu'une gouttière ? Le bonheur n'est qu'une question de quantité de whiskas ?" 

Et puis tous les objets, toutes les affiches auraient pu s'interroger à leur tour. Les kebabs, les smoothies, les tapas auraient mérité eux aussi de parler comme Ruppert. 

 

Ruppert kebab-halal-dreux

"Pourquoi dois-je toujours être servi avec des frites ? Est-ce cela l'amitié ? Que représentent-elles vraiment pour moi ?" 

 

 

Ruppert_smoothiesrouges.jpg

"Suis-je une purée de fruits ou un mélange de jus de fruits avec de la purée de fruits ?" 

 

Ruppert_tapas.jpg

"Moi, tapas, puis-je me manger moi-même pour savoir le goût que j'ai ? Tapas cent balles ?" 

 

On court-circuite vite malgré tout. Mais la contre-attaque commençait à s'organiser. Au fond, Ruppert voulait nous crier son désir de liberté. Il était autonome, vieux et fatigué, mais probablement pas perdu. Il était en fuite ! Comment imaginer perdre un chat, de toute façon. Ce n'est pas comme un porte-clé qu'on laisserait tomber de sa poche. Même effrayé dans les rues, il a dû être effrayé par quelque chose de bien plus effrayant... Evidemment : la tonte. 

 

 CIMG0371.jpg

"NE ME CHERCHEZ PLUS ! Ou à la limite envoyez moi une boîte de Sheba...

Moi, Ruppert, chat persan gris de 11ans, je suis parti à la suite d'une énième tonte abusive pratiquée sur ma personne. Je me suis entraîné à la nage pendant des années dans une gouttière pour réussir à atteindre Acapulco, et vivre la vie de maquereau plein de thunes dont j'ai toujours rêvée."

 

A moins que la tonte n'ait été que l'occasion d'une révélation beaucoup plus profonde. Ruppert est un chat bourgeois qui plaque tout pour enfin vivre libre. Et évidemment comme tout chat bourgeois, un peu à la Jean Rochefort, il se décide à la liberté au moment le plus opportun : juste avant de clamser.

 

ruppert027 2

 

NE ME CHERCHEZ PLUS !!!

JE SUIS ENFIN LIBRE !

 

chers maîtres, peut-être est-ce ma faute de n'avoir pas su comment vous le dire, mais en cette matinée du 18 juillet 2011, j'ai soudain compris que ma vie n'avait aucun sens. 

Des questions plus importantes taraudaient ma conscience de chat persan gris de puis longtemps déjà. "Pourquoi suis-je né chat plutôt que rien ? Le bonheur n'est-il qu'une question de quantité de whiskas ? Que puis-je espérer d'une nouvelle coupe de mes ongles de pattes ?" Vous aviez beau me reverser une rasade de lait bio, ou me caresser le menton en écoutant Turandot sur une chaîne hi-fi impeccable, rien ne pouvait me faire oublier à quel point cette vie – ma vie ! – était inauthentique et vaine. Après onze ans à garder le visage digne et noble au milieu de tant de caresses, je n'avais plus eu le coeur à la comédie. Porter ce masque social (et animal) m'était devenu insupportable. Les cris et les feulements des chats de quartier alentour – de douleur ou de coït – ont commencé à me hanter. Leur grotesque brutalité me rappelait à l'existence sauvage qui aurait dû être la mienne. 

Bien que traité comme une personne, je ne me sentais pas pleinement reconnu – et d'ailleurs, de quel nom m'avez-vous affublé ! Ruppert... Britannique inverti ou magnat de la presse conservateur ? Quel choix ! Que n'eûtes vous pas le goût de m'appeler Vrigile, Cicéron ou Bowie ! C'est au moment de cette ultime tonte du 18 juillet, que j'ai senti le terrible poids dont en fait vous me délivriez. C'était un signe de votre part, un adieu, un appel inconscient à reprendre ma liberté. Ce que je fis. 

 

Soyez rassuré, je pars sans haine, ni aigreur ; et je ne regrette aucun de nos jeux de balles ou échange de regards interrogateurs. Chaque pas, pour moi désormais est une ascèse, une conquête, et chaque boule de poils recrachée une libération. 

 

 

 

Léchouille chaleureuse et râpeuse, 

votre chat persan préféré, "Mimine" (en attendant de retrouver un nom de chat qui déchire)

 

ruppert028 2

 

"Onze ans de vie de chat persan... Forcément, tout ça, à la fin, a un petit goût d'auto-destruction." 

 

On pensait tenir comme ça toute la fin de mon petit séjour à Montpellier. Chaque affiche aurait été compensée par une nouvelle affiche placardée par Ruppert himself. Une campagne d'anti-affiche aurait pu naître, on se voyait déjà buzzé et imité par tous les pro-animal-rights du monde entier. A chaque chat perdu, à chaque affiche, une autre aurait fleuri revendiquant tout haut la liberté des chats à s'enfuir en toute conscience : "Ne me retrouvez pas" ; "Vous pensez que c'est un hasard si je me suis cassé ?!" ; "je ne suis pas seulement l'objet de votre affection ! J'ai des instincts à aiguiser, moi aussi !" ; "LEAVE ME ALONE !!!"

Ah oui.... la fin de l'histoire, en vrai, quelle est-elle ? Le chat a été retrouvé deux jours plus tard. En tout cas, toutes les affiches ont été retirées.

Mais attention, on ne sait jamais, il est peut-être mort dans un caniveau... Au moment d'un ultime combat crucial pour son honneur... pour défendre l'honneur d'une chatte de gouttière qu'il avait connu plus jeune, dans ses folles années... tailladé à la griffe par des dealers de crack chats....

 

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 21:11

 

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Toi aussi performe Mireille Dumas !


Sur le plateau télé de Mireille Dumas, deux extra-terrestres se croisent. Ali Madhavi a perdu ses cheveux, ses poils, il est très pâle. A côté, Arielle Dombasle persiste à avoir les longs cheveux blonds ébouriffés d'une poupée blonde fraîchement battue par son Ken de mari. Ils sont tous les deux hors normes, extraordinaires, et parfaitement assortis. Le pédé camp et l'icône hystérique. Ils sont faits pour s'entre-consoler (ce qu'ils racontent d'ailleurs sur le plateau). Ces deux créatures extra-terrestres pourraient dire des trucs queer intéressants, mais en fait, ils parlent très bien le terrien, et ils balancent des super "queereries" (= grosses conneries "queer" supposées déconstruire le genre mais le reconstruisant de plus bel).

 

"Derrière chaque grande femme, il y a une part d'homme parce qu'il faut beaucoup de la volonté pour devenir belle." (ali madhavi à propos d'Arielle Dombasle).

 

On a l'impression qu'ils brouillent les frontières et qu'il dénaturalise le genre. Mais c'est tout le contraire. Car dans le fond, ça signifie qu'être plein de volonté c'est être masculin. Ce qui signifie qu'être féminin, c'est être mou et faible.

Ce qu'il faut dire : "elle a l'air masculine" ou "il a l'air féminin". Mais il ne faut surtout pas ajouter que ce serait à cause d'une mystérieuse nature masculine ou féminine. Il n'y a pas de connexion entre une apparence et une nature morale féminine ou masculine. C'est la seule mini-provocation dont on soit capable – et à laquelle il faut se tenir. Montrer que l'apparence sexuelle est ambiguë.

 

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Il y a tout un courant féministe incarné par Camille Paglia, qui voudrait que les femmes reconquièrent leur part de masculinité, c'est-à-dire de forces et de couilles. Mais justement, cela revient à placer systématiquement la force du côté des hommes. Paglia s'appuie vaguement sur Nietzsche, mais si ce qu'elle écrit est assez rock'n'roll et drôle en ce qui concerne les filles surféminines qui se prenaient pour des dauphins ou des poneys quand elles étaient jeunes, le reste est assez incohérent. La force n'est pas une question de puissance. Même Kung fu Panda le sait... Je ne sais pas s'il faut développer, mais beaucoup d'autres stratégies, autre que la menace ou l'agressivité, peuvent être aussi payantes, efficaces, et donc fortes...

 

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Discutez avec des semi-habiles, et vous tomberez très vite sur ce genre de paradoxe : "l'homme doit redécouvrir sa part de féminité", "la femme doit explorer sa part de masculinité". Je veux bien, mais l'expression est hautement ambiguë, radioactive. Dès qu'on parle le langage des "parts", masculine et féminine, on est foutus. On parle le langage du sexisme ordinaire, seulement inversé. Et on renvoie à une source secrète de féminité et de masculinité qu'on ne peut faire que fantasmer.

On croit habile de faire une opposition entre l'apparence et la cause. Mais il est peut être préférable de simplement s'en tenir aux apparences sous peine de reconduire la pire misogynie qui soit. S'en tenir à ça : avoir l'air masculin, féminin ou non. Ne jamais "genrer" la cause. 

Ali Madhavi se rattrape tout de même un peu plus tard dans la discussion. Il explique encore une fois au sujet d'Arielle Dombasle :

 

"Cette explosion de féminité cache une masculinité très forte, car il faut tromper l'adversaire."

 

Là, il est malin. Car dans ce cas, les apparences ne servent qu'à corriger d'autres apparences, et elles ne dérivent pas d'une nature morale supposée masculine. Les femmes sont alors clairement présentées comme simulatrices, dans la plus pure tradition sexiste, mais au moins on en reste à l'idée que les apparences sont ambiguës, et qu'il n'y a donc, en cette matière, que des apparences. 

 

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 01:09

 

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"Hin hin hin hin hin ! J'ai gagné, on parle de moi !"

 

Comment dégommer Eric Zemmour... ou les mecs qui se sont trouvés malins en pensant la même chose que lui un soir, bourré autour de la table ? Petit manuel.

Vous n'avez pas besoin de discuter de chiffres que lui seul semble connaître, vous n'avez pas besoin de connaître l'histoire de France, des mystérieux roitelets qui se sont retrouvés cocus à cause de leur maudite femme programmée pour procréer jusqu'aux détails des grandes décision républicaines de notre bon Napoléon. Voici la seule ligne de conduite qu'il suffit d'adopter. C'est solide comme de l'adamantium, et tranchant comme un sabre laser. Zemmour tient tout simplement des positions contradictoires, et il s'en cache tout en faisant appel au bon sens (contradiction fondatrice – celle que vous pouvez décocher à la fin) : 

 

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Attention aux pièges, Zemmour adore citer les gauchistes. Ici B. Brecht, dans son poème Solution : « J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre? »

 

1) D'un côté, Zemmour dit qu'on ne peut pas changer les mentalités : "On ne change pas le peuple", c'est sa grande phrase. Il adore répéter aux mecs de gauche qu'ils feraient mieux de dissoudre le peuple, s'ils ne sont pas contents (en citant Brecht). Bref, il faut faire avec, l'homme est ce qu'il est, méchant mauvais ou lâche. "Faites avec les nazes !". Et dernièrement : "si vous n'êtes pas contents, partez en suède !"

Mais, si en France les hommes "se féminisent" (pense-t-il), et si – c'est bien connu –, c'est un changement massif, si important que notre commentateur de plateau télé en fait chaque semaine une nouvelle chronique et des livres, alors lui non plus n'a pas le droit de demander un changement de mentalités, lui non plus ne devrait pas se mettre à souhaiter d'avoir à gouverner un autre peuple ! Si les hommes veulent vivre leur paternité tranquillement en s'occupant du fiston (Zemmour a avoué lors de l'avant-dernière émission qu'il n'avait jamais donné le biberon à ses gamins), se mettre d'énormes godes dans les fesses même s'ils sont hétéros, tous ces hommes "féminisés" n'ont pas besoin de "partir en suède", puisqu' "on ne changera pas le peuple" (B.A. BA du républicanisme qu'il incarne : le peuple est souverain, source de tout droit)  !

 

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La Suède.

Un pays sympa pour certains, l'empire du mal gelé par les glaces du désespoir, et d'où est parti le mouvement de féminisation des hommes occidentaux...

 

2) (on va la faire courte pour les autres, parce que vous avez compris le principe) Monsieur Zemmour répète partout, en historien avisé qu'il se souhaite, qu'il ne faut pas juger les époques, qu'il ne faut surtout pas commettre d'anachronismes – "à quoi bon juger la colonisation, c'est passée !" (d'ailleurs, il pourrait rajouter à quoi bon juger Napoléon, le métissage, la sécularisation, la féminisation, c'est passé !). Pourtant, là encore : contradiction !!! Car quand "Z" (ainsi qu'il signe le titre de ses chroniques immanquables) parle de notre époque, alors les jugements de valeurs vont bon train ! Comme si notre époque était un pur présent, sans passé, construit sur rien d'autre qu'une fantaisie passagère... comme si ce présent n'était pas justement le résultat de la même histoire qu'il vénère au point de ne pas vouloir la juger. 

3) Z. parle au nom du peuple, et il est journaliste politique (la moindre des choses et d'éviter porter la parole du peuple – aimer michel sardou ou les stones ne le sauvera pas de l'élitisme – qu'il incarne si bien qu'il ne s'est jamais remis de sa non-admission à l'éna). 

 

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Le marxisme à pas cher de "Z".

"Chacun sait que l'amour en herbe est une forme temporaire de folie, et que le seul remède est un mariage rapide."

 

4) Enfin, Z. n'a qu'une parole : tout le monde exprime une idéologie qui est celle de l'époque (féminisme, cosmopolitisme, etc.), sauf lui... lui n'a pas d'idéologie (il a été béni et adopté par la République Française) !... Je le crois volontiers quand il dit avoir lu Marx (et c'est très drôle de le voir sortir à tous les artistes dépolitisés la même chose : "vous êtes le reflet de votre époque" – eh oui, comment dire autre chose, c'est le postulat philosophique de la pensée marxiste... ce n'est pas une conclusion, c'est le point de départ !!!). Il l'a lu mais pas compris. Une idéologie est une chose utile, ce sont les idées que j'adopte spontanément parce qu'il m'est utile de penser ainsi (issu de la classe moyenne, il m'est utile de penser qu'on est toujours récompensé pour ses efforts par exemple). En principe, tout le monde a une idéologie, et particulièrement le conservateur qu'il est, puisqu'il réagit négativement à son époque au lieu de la précéder ! En revanche, s'il n'a aucune idéologie... peut-être est-ce parce qu'il n'a-t-il rien d'utile à penser ? Il remue un peu la merde. Mais quand ça sent vraiment mauvais, on peut s'en passer ? Ou, en tout cas, il y a des mecs bien meilleurs (comme Marx, Groucho ou Karl d'ailleurs) qui nous apprennent à prendre un peu de distance. 

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 01:01

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Je suis sorti du métro Jourdain. A partir de là, je suis les conseils du Mec le plus Sympa du Monde, je passe d'une rue à une autre, et comme le Mec le plus Sympa du Monde est vraiment le plus sympa du monde, je peux le rappeler quinze fois pour lui réclamer la même info ; j'arrive enfin au lieu de rendez-vous, en plein parc des buttes de Chaumont, près de Rosa Bonheur. 

Avant d'être un Gayland de Gaylibiens (le vocabulaire employée sera expliquée et justifiée), et par conséquent la confirmation que tous les pédés sont passés à droite, Rosa Bonheur est le nom d'une peintre lesbienne de vaches de la fin du 19ème siècle. Génial – une meuf pareille existe. Mais Rosa Bonheur est aussi le nom de la guinguette où on peut croiser : 1) Kamel Ouali en train de rechercher l'inspiration pour sa prochaine choré, 2) les pédés de droite les plus infects du monde à peine sortis de leurs écoles de commerce, 3) des bears parfaitement rasés et impeccablement hype, 4) des petits rebeu snobinards qui prennent leur revanche en insultant tous les autres rebeu de banlieue qui n'en sont pas sortis, 5) des minets internationaux au courant des bonnes adresses sur Paris, 6) des hétéros qui aiment se faire mater en short super sexy, et 7) les filles hystériques super sympa qui accompagnent leur pédé sac à main névrosé. Bref, il y a eux, ces connards que je pourrais jalouser s'ils n'étaient pas vraiment des connards – il y a eux, et il y a nous, les mecs cools... trois bières et un perrier à 18 euros plus tard, les potes du MLPSM, fraîchement rencontrés et déjà adoptés, me racontent leur virée de la veille. 

Ils ont envahi un bar, et, dans le bar, la fête d'anniversaire d'un artiste catalan hétéro (on est à Paris, pas loin du canal St Martin). Ils se mettent à boire, entourent une amie trans, et dansent en son honneur. C'est en tout cas, ce genre d'images qui m'apparaissent quand ils en parlent. Au sommet de la transe, la fête dégénère en kissing hétéro, puis homo. Kissing seulement, pas fucking. Pas encore. Quelques photos retrouvés sur un Iphone en attestent. Des couples bizarres se sont formés, de jolis blacks avec des monstres poilus, des beaux gosses rougis par l'alcool à côté de parfaits minets qui ne portent aucune trace de fatigue sur le visage. Et, au milieu de la fête, il existe Tom. 

Tom possède une casquette Atari Real sport games des années 80, comme la mienne (mais la mienne a fini émiettée et éparpillée façon puzzle par un lave linge). Tom a la classe. Il est américain. De Baltimore, précise Marc à ma droite. Il ajoute encore : Baltimore, la ville de The Wire. On pourrait continuer l'association aussi loin que son charme l'autorise. Mais tout est dit. Tom est un étudiant des beaux-arts, roux, ultra-barbu pour son jeune âge. Un homme cultivé et gentil issu d'un environnement urbain violent et ségrégationniste. Tout le monde le veut, mais c'est Marc qui l'a embrassé en premier pendant le kissing – grâce à sa barbe, paraît-il. Tout le monde applaudit.

 

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Voilà Rosa. 

 

Il a été discuté plus tard de savoir si les Américains étaient les meilleurs amants qui soient, ou non. Mais sur le moment, les cinq pédés que nous étions autour de la table s'en foutaient totalement. Le menton à hauteur de pinte, on a crié que Marc devait à tout prix le revoir avant que Tom ne reparte à Baltimore ! Il devait le revoir et lui offrir des fleurs. Ou une boîte de pâté (ma proposition). Ou les deux, ce qui serait délicieusement paradoxal, raffiné et européen. 

Jusqu'ici l'ambiance était à peu près supportable pour les petits bourges à notre droite. On les avait dépanné d'un briquet, et ils devaient avoir l'impression qu'on les regardait avec envie, tout frais qu'ils étaient dans leurs petites chemises bleu clair. Puis est venu le moment qui a fait basculer la conversation et l'a rendu intolérable à nos voisins (en plus d'une autre conversation sur les problèmes de minorités assez déliramment intello)... Tandis qu'on parlait de Tom et que j'en demandais une description plus détaillée, Manu s'est lancé : Tom possède une très belle bite. Comment le sait-il ? Tom possède une bite jumelle à celle de Manu – re-précisons tout de suite : "la même belle bite" (ça sonne si bien en français, belle assonance). Manu nous explique, avec son léger accent espagnol, que c'est précisément la raison pour laquelle il n'a pas pu le baiser. 

 

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cf accidentaldong.com. 

 

Forcément toute la table était intriguée par deux choses : pourquoi avoir la même bite bloquerait-il à ce point notre système pulsionnel, et c'est quoi d'abord une belle bite ? Les barrières étaient déjà dressées autour de Rosa Bonheur, les vigiles surveillaient, ça avait été la bataille pour aller pisser, Kamel Ouali paraissait beaucoup plus vieux sans maquillage, et le ratio beaux mecs / connards était égale à 1. Ajouté à ça le ciel parfaitement bleu, un petit métis en short qui excite le coin de l'oeil, et les deux pintes descendues, j'avais toutes les raisons du monde pour parler de "bites" encore plus fort que d'habitude. Deux raisons majeures, à vrai dire : emmerder les autres, et s'amuser à en parler (allez savoir laquelle des deux raisons est corollaire de l'autre). 

Avoir la même queue que mon partenaire de baise ne m'avait jamais troublé plus que ça, pour tout dire. Mais par "théorie de la bite jumelle" il faut entendre quelque chose de plus qu'une simple symétrie. Cette théorie ne marche que si l'organe en question est déjà assez différencié, reconnaissable pour ses qualités propres. Il s'est passé à peu près vingt minutes pour que je m'en rende compte. Manu devait avoir une queue assez reconnaissable, un truc en plus. Et pour le coup, trouver la même chez un mec l'a complètement dépossédé de son avantage naturel. Sa description de la belle bite était tout à fait subjective, mais ce qui comptait c'est que son avantage évolutionnaire gay lui était retiré.

 

bites jumelles Accidental Dong 1

Cherchez les bites accidentelles et jumelles... Ils sont si mignons...


L'intérêt de cette théorie, c'est qu'elle s'applique à presque tout : que l'autre possède les mêmes avantages que nous ne favorisent ni les fantasmes, ni l'admiration, ni l'amour. A la limite, c'est la meilleur raison pour faire revenir l'altérité dans un couple quel qu'il soit. Pas par fascination de l'autre... mais parce que l'autre n'a aucun intérêt à retripoter la même chose qu'il possède. Comme ça, on peut expliquer les couples bigarrés socialement ou ethniquement. On peut tout expliquer. 

Christine Boutin est fan de ce reproche métaphysique qu'on fait à l'homosexualité : on nierait l'altérité parce qu'on retripoterait la même chose qu'on a entre les jambes. La version petit enfant de l'argument c'est de dire que "l'homme et la femme, ça s'emboîte bien, comme des legos" (avant que les petits enfants découvrent que ça s'emboîtent aussi de tonnes d'autres façons très marrantes et pratiques). Christine doit y voir la confirmation d'un truc religieu ou mystique : l'Autre... l'Amour... sur cet argument, elle pourrait défendre la zoophilie, ou la théophilie. Au moins, elle serait funky. Mais la vérité toute crue que Manu livrait à ses oreilles, c'est que justement, deux bites, d'habitude, ne sont pas pareilles. En fait, être du même sexe, ne fait de nous les mêmes personne. Hein Christine ! Un tel niveau de ressemblance est rarissime, d'où la théorie de la bite jumelle. Ce que nous apprend donc Christine, qui ignore cette théorie, au même titre que nos petits Gaylibiens autour de la table (Gaylib c'est le monstre à sept têtes qui est sorti des entrailles de l'UMP pour refaire des pédés des êtres normaux et ordinaires) c'est que pour elle, le sexe définit trèèèèès largement et suffisamment qui nous sommes. Hop, il suffit d'avoir une queue, et tu es comme De Gaule ou Jésus, et si tu as une chatte, tu es comme Marie ou Christine Boutin. Ouh que non... Dieu me préserve, on se place à un niveau beaucoup plus faible de généralité ! C'est la beauté d'une bite (ou de tout autre organe) à vrai dire, de n'être pas réductible à son seul titre de bite. Il faut toujours la voir pour l'apprécier.

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Published by NKD - dans sexe
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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 16:28

 

 

On a parlé de Georges Tron hier soir sur France 3, dans ce "Soir ou Jamais"... C'est très sérieux. Enfin... plus précisément, on parle des pieds et de G. Tron. En même temps. Tout le monde se délecte. Puis on parle des déclarations de L. Ferry qui dit connaître un ministre trouvé au beau milieu de "petits garçons" (alors qu'il ne pourrait s'agir que de "jeunes garçons" – cf l'histoire que Jack Lang avait déjà commentée ici). Enfin, on parle de Berlusconi et de Ruby... Triplé gagnant ! Bravo France 3 ! Je commence à préférer les talk show sur les chaînes publiques à un seul épisode de Confessions intimes. 

 

Tarantino_pieds_boulevard-de-la-mort.jpg

Le Boulevard de la mort. Source.

 

Attention, les invités ne sont pas des petits nouveaux, et ils ne sont pas trop débiles. Mais le sexe reste ce dont on préfère parler sans savoir quoi en dire : une ratatouille conceptuelle. Alors le premier qui se lance semble sûr de lui, et commence par une idée simple. Un neurobiologiste (Jean Dider Vincent) dit que tout est dans le cerveau des primates. Une femme cinéaste dit que la sexualité des hommes puissants est une sexualité misérable, et se fait soudain à moitié agresser par JDD – elle est qualifiée de moralisatrice... JDD croit trouver un ennemi dans cette pauvre cinéaste italienne. Et Manu Larcenet fanfaronne moins bien qu'il ne dessine. Cynthia Fleury essaie d'y voir clair en énonçant quelques vérités philosophiques basiques : l'égalité n'est pas dans la nature, mais elle est une idée politique (donc calme toi, le neurobiologiste et arrête de crier sur le plateau que l'homme n'est pas la femme, et nous renvoyer à ce choix cornellien : parthogénèse ou Maurice Godelier !).

Alors au milieu du bordel (où tout le monde veut parler sans le dire de pédophilie et de féminisme), la seule idée claire qui sort est une séquence de Pulp Fiction, de Tarantino. Le massage des pieds est-il un acte sexuel ? John Travolta et Samuel L. Jackson discutent dans l'ascenseur. 

J. Travolta rapporte que Marsellus Wallace a tué un mec parce qu'il avait massé les pieds de sa copine. Ce qui équivaut à "manger la chatte" de sa copine.

Samuel L. Jackson affirme qu'un massage des pieds n'est pas sexuel. La preuve : il masse les pieds de sa mère, et avec doigté. 

J. Travolta affirme que c'est "du même ordre", et la preuve ultime la voici : Samuel L. Jackson, hétérosexuel respectable, ne ferait jamais un massage des pieds à un mec. Par conséquent masser les pieds équivaut bien à un acte sexuel. 

 

Tarantino_sucking-toes-photo.jpg

Georges Tron ou Tarantino ?...

(on dirait un vampire suceur de pieds.)

source.

 

Mais quand on y repense bien, on ne peut être que du côté de Samuel L. Jackson (alors que tout le film, et Tarantino avec, soutiendra la cause fétichiste). On a deux "faits" discordants : (1) on peut faire des massages de pieds à sa mère, mais (2) un patron de la mafia tue un de ses sous-fifres parce qu'il a massé les pieds de sa copine. Pour faire pencher la balance, J. Travolta ajoute un troisième fait : (3) tu ne peux pas masser les pieds d'un mec parce que tu es hétéro. Le public est vite acquis à la cause de Travolta... Sauf que si vous acceptez le troisième fait, vous devez donner un nouveau sens au premier fait et supposer alors que le massage des pieds de S. L. Jackson était incestueux, et que S. L. Jackson, dans le film, joue un pervers. Vous avez donc deux mondes possibles : un monde d'inceste et de meurtre sauvage et légitime (mais un monde sans ambiguïté sexuelle), et un monde neutre où le massage des pieds ne définit pas de préférence sexuelle, et où Marsellus Wallace n'est rien d'autre qu'un gros parano qui tue les gens sans raison. Quelle monde vous semble le plus crédible ? Ou dit différemment, si G. Tron refuse un massage des pieds à sa mère, cela serait-il un signe de culpabilité ?

Le raisonnement convoqué est complètement empirique : seule l'expérience compte. Tant qu'il n'a pas massé les pieds d'un mec, L. Jackson ne peut rien dire. Et mieux vaut (selon Tarantino) être soupçonné d'être un fils incestueux qu'un pédé masseur de pieds. Soit dit au passage, tout le monde sur le plateau de Frédéric Taddéi, a l'air d'être d'accord avec cette thèse. Mais en réalité, des trois "faits" énoncés, il n'y a en un qu'un seul qui soit un fait, le fait (2) : ce que ressent S. L. Jackson quand il masse les pieds de sa mère. Marsellus Wallace a fait une supposition concernant la signification du massage des pieds – il est seulement convaincu que l'intention du mec qu'il a tué était sexuelle. Et J. Travolta a suggéré une expérience possible. Par conséquent, tout massage des pieds n'est pas un acte sexuel. 

L'intelligence de Q. Tarantino consiste la plupart du temps à faire dialoguer ses personnages plutôt que de montrer les faits qu'ils rapportent. Son principe : une bonne conversation vaut mieux qu'un flashback. Mais le vrai truc génial, c'est que le spectateur se dit "merde, Tarantino a quand même la possibilité cinématographique – à n'importe quel moment ! — de montrer Travolta en train de se faire masser les pieds par Jackson... " Autrement dit, les conversations de Tarantino ne marcheraient pas si on ne savait pas que Tarantino était capable de montrer des scènes vraiment gore, folles, ou porno (Marsellus Wallace en train de se faire violer par le shérif pervers). Ce sont donc des conversations où plane toujours la menace d'un passage à l'acte (et de fait, ce sont des tueurs à gage super dangereux, donc ils s'y connaissent en passage à l'acte). 

 

 

 

1'59 : la question débile... "Qui fait les journaux féminins ?" qui conduit à

"l'homme et la femme ce n'est pas la même chose !", et enfin à "ça ne signifie rien l'égalité."

 

Il s'est produit exactement la même chose sur le plateau télé. A force de parler de sexe. JDD s'est mis à avouer qu'il trouvait un charme fou à la réalisatrice italienne. Et l'autre vieux du plateau a allumé Cynthia Fleury, qui elle-même s'est perdue au sujet de ce qu'elle peut faire ou ne pas faire avec ses élèves. On ne peut donc peut-être pas parler de sexe du tout, tout comme il ne sert à rien de parler de Dieu, d'amour, si on n'est pas amoureux ou qu'on ne croit pas en Dieu... Pas parce que ça excite tout le monde, et qu'on finit tous en érotomanes, mais parce que la conversation perd tout son sens si elle n'est soutenue par aucun passage à l'acte possible ou passé. Au bout d'un moment, on se sent obligé de soutenir nos discussions d'expériences, et donc de se mettre tous à poil (vivement l'été). 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 00:43

 

Happy-endings-whos-the-myth-now

La licorne à mitraillette... une réponse mesurée à l'homophobie.

(je gardais l'image depuis si longtemps de côté... elle devait sortir)

  

Encore un post plein de plaintes et de mélancolie qui dénonce l'hétéronormativité qui crible nos imaginaires sablonneux de petites pépites chocolatées d'homophobie...? Au contraire ! Je profite de mon petit rayon de soleil existentiel pour parler avec joie et bonne humeur de l'homophobie. 

J'insiste. Je suis tellement content et léger que si un rayon de soleil se posait à mes pieds, je pourrais aussitôt le chevaucher...! Et siffler une licorne dorée pour faire le reste du chemin jusqu'à "supercoolland". Je suis tellement joyeux que je pourrais (j'hésite une seconde à continuer...) démagnétiser tous mes CDs de Trip-Hop des années 90 ! Corollaire : Tricky est redevenu pour moi un simple adjectif, et Massive Attack un nom possible de magasin discount super-hype !

 

Happy-endings licorne grizzly

      source.

 

Imaginez que vous ayez atteint ce niveau de bonheur, parce que soudainement, vous auriez franchi en même temps deux étapes importantes de la vie, comme avoir un mec et avoir un job par exemple... donc vous êtes joyeux, les insultes rebondissent sur vous, vous êtes prêts à vous faire agresser dans la rue, lever les bras en l'air et crier "ho, raté mec, je resterai joyeux, je ne me battrai pas, je trouve ça débile !" Eh bien, quand on est joyeux comme ça, et qu'on veut parler d'homophobie avec un pote, on pourra désormais, depuis l'épisode 6 de la saison 1 de Happy Endings, parler de "gay-cisme" ! C'est l'expression géniale pour dire un peu plus précisément que même si vous aimez bien les gays, vous avez de terribles clichés dessus. Est-ce que c'est l'équivalent de raciste...? Presque.

 

Happy-endings-Cyberdolphin-vs-Unicorn

Licorne vs Cyber-dauphin- source

 

Si j'en déduis d'après le contexte, le gaycisme consiste dans l'ensemble des idées fausses que vos potes hétéros ont sur vous du fait d'une certaine ignorance. Le gay-cisme (à ce stade de sa vie de concept) ne qualifie pas une attitude mal intentionnée. Au contraire ! Le gay-cisme est initialement bienveillant. Mais il créé des malentendus, dus principalement à l'ignorance. 

Dire "gay-cisme", comme le suggère peut-être la série présuppose également deux choses : 

1) que le fait d'être gay est renvoyé à un statut de quasi "race" (sans quoi on ne s'explique pas la formation du mot en "-cisme"), ou de troisième sexe, dirait proust. 

2) que le gay-cisme soit aussi le produit d'une attitude comparatiste entre la discrimination entre Noirs et entre gays (en fait... je viens de penser à ça, mais un gay gay-ciste mettrait peut-être un "G" majuscule à gay, considérant que ça qualifie une sorte de "peuple" – oui d'ailleurs, pourquoi on ne met pas de majuscule à gay ?).

 

Happy-endings affiche

 

Le contexte de la série pourrait aider. En fait, le pitch et la fiche technique entière de la série pourraient aider. Mais je vais m'en tenir au minimum. On a tous vu ces comédies romantiques où l'héroïne – fiancée à un mec sérieux, bien foutu, mais un peu banal – part au dernier moment avec le héros alors qu'elle était sur le point de se marier. La fin de ces comédies romantiques constitue pour Happy Endings le début de la série. A ceci près... que le héros, Dave, est celui qui s'est fait abandonner devant l'autel, tandis que son ex-femme, Alex, partait pour une ballade romantique en roller blade avec un surfeur débile... Tout commence avec la rupture du couple idéal, en suivant le schéma exactement inverse du romantisme le plus dépravé qui soit (ce qui signifie que les personnages ne peuvent plus s'associer au nom d'un romantisme supérieur puisque cette ficelle a été cassée dès le début). 

Paradoxalement pourtant, ces deux personnages principaux – Dave et Alex – sont très fades, tous les deux blancs, hétéros, presque sans défaut, ni trash ni bourges, et ce sont leurs amis ambigus qui sont les moteurs de la série : Penny, plus âgée, névrosée et en manque de relations, Brad le black sucré, riche, charmant et délicat, Jane sa femme controlfreak, et Max, le pédé butch potelé (une sorte de bear dans la peau d'un trentenaire bien gaulé et semi-hipster).

 

Happy-endings groupe

Bonne série... et pourtant le portrait de groupe est à chier.

 

Voilà maintenant le contexte précis du "gaycisme" : Brad et Max parlent. Brad est black et hétéro, Max est blanc et homo. Mais la série a glissé quelques ingrédients supplémentaires dans les personnages : Brad est pote avec Max (il y a d'autres personnages, mais ces deux-là, avec la copine célibataire et nympho, sont les plus drôles). Brad n'est pas trop préoccupé de sa virilité, et Max n'est pas très efféminé. Bref, Brad est black et plutôt coquet, Max est pédé et plutôt viril. 

Aha ! Le monde s'effondre... Finis les clichés ! 

Pas du tout. Brad veut présenter un mec à Max. Un comptable blondinet, chiant, aussi vide à l'intérieur qu'un poisson hérisson effrayé. Horreur pour Max. Que Brad ait pensé que Max se taperait un tel mec est quasiment une insulte... à moins que ce soit pire : du gaycisme ! Dans l'esprit de Brad, les pédés sont tellement des lapins, ou tellement interchangeables, ou tellement désespérés qu'il suffit que deux pédés se rencontrent pour qu'ils sortent ensemble. Max découvre qu'il n'est qu'une sorte de peluche gay pour son pote hétéro. 

Aha ! Le monde s'effondre... Les différences sont mortelles, l'incompréhension inévitable, le communautarisme une gangrène, et le républicanisme universaliste la seule solution à nos insupportables clichés !

 

Happy-endings max

S01E06. cliché 1.

 

Evidemment, la série suit le mouvement exactement inverse : ni anti-clichés, ni pro-clichés (ce sont ça, les vrais clichés mortels au sujet des clichés). Max va renvoyer Brad à son propre gaycisme, en lui faisant à dessein une série de remarques racistes plus subtiles. Bataille ouverte. Mais drôle. Peut-être qu'en France, on s'offusquerait, pour mieux se taire ensuite, après avoir opiné du chef au premier qui répéterait que nous sommes tous frères indifférents à la couleur, au sexe, à la religion etc. 

Mais les paradigmes ont changé. Dans cette série, on ne s'engueule plus parce qu'on est discriminé ou pas assez reconnu, mais on s'engueule pour mieux se comprendre (monde génial – la série se passe à Chicago). L'amitié est garantie, mais pas la connaissance de l'autre. Dans ce contexte-là, les clichés sont autorisés pour commencer à se connaître. Charge à votre pote de vous corriger ou non. 

Il m'est personnellement arrivé d'être victime de gaycisme. Du beau et du gros gaycisme. Un pote plombier, le Peace Provider, a voulu me maquer avec un travesti sous prétexte qu'il était probablement gay. Mon pote hétéro n'a pas soupçonné une seconde que ce n'était pas mon style... Je me demande encore quel raisonnement l'a conduit à penser ça. Peut-être que je devais apparaître à ses yeux comme un mec à qui il suffirait de se frotter à un truc qui ressemble à un mec pour être satisfait – comme si ma sexualité avait affaibli et réduit à néant toute exigence esthétique. Mais le plus drôle c'est que la belle trav qui l'avait dragué initialement a probablement dû voir en lui aussi un potentiel amant, tellement hétéro qu'il pouvait en venir à préférer les signes de la féminité plutôt que la féminité "authentique".  Et la trav a l'oeil, puique le Peace Provider est bien le genre de mec à devenir fou s'il entend des talons aiguilles claquer sur le pavé (je devrais le maquer avec une paire de chaussures en fait). Au final, des deux côtés de la rencontre arrangée, ça ne pouvait pas fonctionner, puisque c'était l'entremetteur qui nous intéressait le trav ou moi. 

 

Happy-endings contre attaque max

S01E06. Cliché 2.

 

Bien sûr, reparler de ça me remet un peu la rage contre lui, mais dans le fond, cet incident a autorisé à parler plus clairement de ce qui nous constituait. En dernière instance, c'est la qualité d'écoute et la place de cerveau disponible qui fait la différence. Mais on a même tenté de parler de ce que ça faisait d'être blanc, et d'être métis... pourtant, quand la conversation a commencé, dans une smart lancée à toute allure sur l'autoroute, il n'y avait aucun gros cliché à abattre et à corriger. On s'est vite épuisé... alors qu'on parlait de nos vies, il n'y avait rien à dire, pas de matière qui méritait d'être commenté. Je reste persuadé qu'il nous manquait des clichés à tuer.

La série a bien cerné un truc : il n'est plus question de savoir qui on est, si on est raciste ou pas, mais il est question de savoir ce qu'on fait, ou ce qu'on dit. A ce titre-là (écoutez bien, les mecs de la FFF), on peut tenir des propos racistes sans être raciste. En réalité, le racisme ne définit pas l'essence d'une personne pas plus que le fait d'être gay définit l'essence d'une autre personne. Il y a des propos racistes qui peuvent être tenus par des personnes non-racistes (salut à toi, Laurent Blanc). Et même les gays peuvent être gaycistes ou les blacks racistes... Le racisme ou le gaycisme qualifient d'abord un discours. Mais ce discours peut paradoxalement être une première façon de connaître l'autre. Brad aurait pu rester le pote de Max sans jamais le comprendre... mais qu'aurait valu cette amitié ? Tant que la série (et je ne fais que repousser la grande digression qui expliquera pourquoi Happy Endings est vachement bien et vachement moderne) ne quitte pas la zone de confort amicale, il n'est pas question d'homophobie directe, mais de gaycisme.

 

 

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 23:29

 

Laconquete_sarkoboys.jpg


Je vous propose une hypothèse, et je vais la suivre jusqu'au bout pour voir si elle marche : le film la Conquête est aussi nihiliste, cynique et vide que la vie politique française elle-même.

 

Laconquete_affiche.jpg

Vous ne comprendrez l'affiche qu'en milieu de film, et ça ne vous fera pas tellement rire. 

 

1. Tout comme dans la vie politique française, il se résume à une compile de petites phrases.

C'est déjà ça ? Faut voir. J'ai tenté d'en retenir une. Mais aucune ne peut être séparée de son contexte d'origine pour être drôle. Ce sont des blagues française de souche. Elles ne se déracinent pas. Vous ne pourrez pas regarder le film pour trouver quelques idées nouvelles prêtes à être jetées à la face de vos amis. Vous ne pourrez pas non plus en faire un t-shirt ou l'utiliser près de la machine à café. 

Exemple avec De Villepin : "ce nain va nous faire une France à sa taille" (j'essaie d'innover, toutes les autres vacheries étaient déjà dans la bande annonce). Certes c'est méchant et drôle, mais que si vous rapportez cette phrase à Sarkozy en acceptant qu'il soit traité de nain. Donc la phrase est méchant si vous êtes déjà méchant, et partisan. 


 

La seule boutade utilisable reste donc celle de la bande annonce. Il faut s'en souvenir à chaque pétage de plombs lors d'une négociation serrée pour savoir si vous allez manger japonais, Macdo ou italien. Vous faites mine de partir et vous vous retournez et en guise de coup de bluffe suprême, vous lâchez : "n'oubliez pas, je suis une ferrari, quand vous ouvrez le capot, c'est avec des gants blancs." (Marche aussi pour la capote.... peut-être...)

Mais il n'y a pas de phrase politique juste. Ce sont de simples remarques stratégiques. On reste au niveau machiavélien lambda du discours politique. On parle sondage, image et tronçonnage des adversaires politiques. On (les journalistes politiques) fait comme s'il était très savant de savoir que les hommes politiques sont aussi des créatures imaginaires et rusées. Le moindre poivrot accoudé à son bar depuis la nuit des temps le sait, mais il boit son verre tout seul et il n'émarge pas au Figaro. Et du coup, lui au moins ne sape pas les convictions politiques des autres sous prétexte que les hommes politiques sont des monstres pervers au service du peuple.

Le mini-moment de premier degré tranche alors radicalement par la soudaine densité de contenu. On a envie d'y croire, tellement le reste du film suffoque de nihilisme. Henri Guaino semble croire à ce qu'il écrit : il commence à citer Jaurès ou à faire des références à une partie de l'histoire de France... Enfin, on est supposé se creuser un peu la tête pour se souvenir de ce que disait Jaurès, de qui est Carnot, de ce qu'était Valmy, et de si la France d'aujourd'hui c'est vraiment celle des croisades (le con a essayé deux fois le même coup apparemment)... On en est arrivé à ce niveau de vide intellectuel qu'une moindre oasis au milieu du désert nous fait halluciner sur cent kilomètres. Mais malheureusement, ce petit moment d'intelligence est tout de suite dissout dans une vanne. Nicolas approche et dit à Guaino : "la politique c'est un boulot de cons fait par des hommes intelligents. – Pas tous. – Pas tous quoi, des cons ? – Ah non, tous les hommes politiques ne sont pas tous intelligents – Ahahah, Henri, toi t'es vraiment un as, tiens vas-y, remets Naruto dans la PS3, on va se refaire une partie... Et celui qui perd écrit un discours politique à l'autre !" (la fin de la conversation m'a été racontée par un journaliste qui connaît un journaliste qui a un pote qui bosse dans un Sofitel...)

 

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2. Le film dégage la même ambiance de comédie française lourdingue qu'une discussion familiale arrosée en fin de repas.

C'est comme regarder un débat télévisé avec votre vieux père qui fait les commentaires. Il a tout vu, il sait sûr de sûr que c'est le fric qui dirige le monde, et que tous les hommes politiques sont des queutards. ("Bien sûr papa, mais tu m'empêches d'entendre ce que les mecs à la télé disent.") Le film provoque le même effet. A chaque scène de meeting, le réalisateur a sorti une musique de flonflon suprêmement ringarde pour bien nous faire comprendre que "eh, fiston, la politique, c'est de la comédie..." Et vous avez juste envie de répondre : "Putain, papa, j'essaie de comprendre ce que le mec raconte !" 

Et évidemment, l'effet de tout ça, est que, passé un certain moment, comme au temps de notre surexposition aux Guignols de l'info, on se met à penser que plus rien ne compte beaucoup, et que de toute façon, le pauvre Sarko est sympa parce que Villepin est méchant. La mise en scène est digne d'un remake du bébête show. Tout est figé, théâtral, les antagonismes sentent le formol (Sarko est "atlantiste, libéral et communautariste"... triple vanne). Le texte est lu à la virgule près (ce qui est stupide puisqu'il est tiré de conversations orales... donc vivantes). Même le Petit Journal de Yann Barthès sur Canal est plus inventif, puisqu'il commente des images plus quotidiennes, plus anodines de la vie politique française. Et il a le devoir de s'approprier ces images dérisoires par une ironie plus féroce. Perdu sous les dorures, avec Sarko et Villepin, on est avec le Louis de Funès balourd de La Folie des grandeurs. Villepin fait chauffer les muscles en courant le long de la plage alors que Sarko déprime et bouffe des chocolats parce qu'il se fait larguer par sa meuf. 

 

Laconquête Sarko pieds sur la table

 

3. Enfin, comme dans la vraie vie : la gauche est totalement absente, morte, comme si elle n'avait jamais existé – "ringardisée" pour l'éternité !

Horrible goût dans la bouche. L'impression d'avoir sucé Chirac une deuxième fois... Ségolène Royal qui fait quand même 47% n'est que l'occasion de quelques blagues de bureau. Mais c'est plié. Sarko avait été choisi par les dieux du Rotary et de la France populaire pour devenir président. Son seul souci, tellement tout ça était évident, est de gagner l'affection de Cécilia une dernière fois. 

Quand bien même, ce serait exactement comme ça que Sarko voit les choses, il y a tout de même une erreur sur le film : soit l'idée est rapporter tous les faits, et on parle de la gauche (le film ne se gêne pas pour accuser Villepin dans  l'affaire Clearstream après tout), soit on est plongé dans le monde de Nico, et là, on a le droit à un peu plus de mouvement, de mauvais goût, de déprime et d'énergie. Un seul épisode de Misfits est mieux mis en scène et plus prenant...

Mais en oubliant la gauche, le film donne du crédit à la thèse de Sarko selon laquelle, il aurait tellement fait bouger les lignes que la gauche n'existe plus. Le point de vue exprimé diégétiquement par le "personnage" de Sarko est confirmé formellement par le film. Et pourtant dieu sait qu'on se fout complètement de Cécilia. Elle n'est pas mystérieuse dans un sens religieu, elle est mystérieuse comme un personnage inconsistant, informe (ah oui, j'oubliais aussi : Rachida Dati passe pour une vraie salope). Le moment ultime et romantique du film : Sarko lui demande rester. "Tu ne peux pas partir sur un coup de tête. – Non, je pars sur un coup de coeur..." Noooooon....argh.... 

s'il n'y avait pas l'excuse de l'enquête journalistique derrière, cette réplique devrait automatiquement provoquer l'auto-destruction de la bobine ! Et vous savez quoi : oui, en plus, il y a les violons qui couvrent les éclats de voix, les cuts répétés du psychodrame, et j'ai même cru voir un ralenti (mon souvenir, en tout cas, l'imagine très clairement). C'est insupportable de cliché. La seule vraie résistance à Sarko, c'est sa femme qui se casse avec un publicitaire. Tout ça aurait surtout fait un très bon Chabrol. 

Alors que reste-t-il de la gauche ? Un parfum. La seule figure de gauche qui apparaît est cet ouvrier qui interpelle Sarko lorsqu'il descend dans l'usine pour se forger une image de présidentiable proche du peuple. Sarkozy lui fait sa blague récurrente (qui en dirait autant qu'un rêve récurrent) : il projette son ambition chez les autres pour les mettre dans une position d'inconfort assez drôle (parce que ce n'est qu'en projetant dans l'autre ses propres désirs qu'il doit pouvoir finalement réussir à leur répondre – en monologue permanent). Il lance à celui qui l'a emmerdé : "Dis donc, vous avez de l'énergie, vous... vous allez bientôt pouvoir prendre mon job". Et l'ouvrier lui répond : "et vous, vous prendrez le mien ?" A partir de là, Sarkozy demande qu'on lui sélectionne de meilleurs figurants pendant les discours, et le film également perd la trace du seul authentique instant de résistance. 

 

Laconquete_meeting.jpg

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Published by NKD - dans cinéma
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