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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 02:56

 

Serrano_andres_ecce_homo.jpg

Une photo christique de Serrano... Peu importe le flacon tant qu'on a l'ivresse ! 


Andres Serrano a photographié il y a longtemps déjà (1987) un crucifix prétendument plongé dans l'urine. J'insiste : "prétendument", car hormis le titre, "Piss Christ", rien n'indique qu'il ait vraiment plongé le crucifix dans un bocal de pisse. De pisse, le Piss Christ il n'y a donc que le titre... 

C'est donc un jeu de mot qui déclenche, plus de vingt ans plus tard, en France, à Avignon, la tentative de destruction de la photo par un groupe catholique extrémiste. Comme l'a bien expliqué une sociologue de l'art Nathalie Heinich dans le Nouvel Obs, l'anecdote permet de saisir la différence qui sépare l'Amérique de l'Europe... et les années 80 du reste de la grande Roue du Temps. 

Aux Etats Unis, la controverse autour du droit à la libre expression est un classique. Les deux camps sont armés d'une tribu d'avocats, et des exégèses compliquées du deuxième amendement permettent généralement de trancher les polémiques. En France, nous ne sommes pas habitués à des clashs aussi spectaculaires. On discute, d'habitude, on s'écharpe sur facebook ou dans les conseils d'administration des assos... ou l'on s'auto-censure silencieusement en se disant que ce ne serait pas très poli d'être aussi bourrin. Un point pour l'Amérique. On commence à goûter aux clashs, à aimer ça. Et il va bientôt falloir nous fabriquer un nouvel art du désamorçage des clash socio-culturels.

Dans les années 80, également, le Piss Christ a fait polémique. Mais l'art et l'art de la provocation semblait ne former qu'une seule et même façon racoleuse de se faire de l'argent et une réputation. Aujourd'hui, la provocation est la grammaire de n'importe quel conseiller en relation publique. L'art ne peut plus se distinguer par ce mini-privilège. Et pour enterrer les années 80, j'ajouterai de façon gratuite et définitive qu'on ne peut rien dire de toute façon d'une époque qui considère le fluo comme une couleur. 

 

Serrano_andres-pete_serie_nomads-300-10000_20100602_PF101.jpg

Dans la lignée de Mapplethorpe, et surtout de Dureau...

 

Mais comme ces simples constats d'époque et de lieux ne nous disent rien d'intéressant, on n'a pas d'autre choix que de se résigner à ronger l'os brûlant de l'incertitude et de l'interrogation (j'avais envie d'une métaphore canine, entouré de formules très pompeuses). Ou, écrit en termes plus 2010 : "peut-on pisser sur le Christ ?" 

Ma réponse ultra-mesurée est : oui. Et finalement encore plus oui, mais pas pour la raison qu'on croit. 

Mais j'écris ça en gardant à l'esprit qu'il n'y a pas de réponse systématique à cette question. La réponse doit toujours dépendre de l'oeuvre elle-même et de ses qualités esthétiques. 

 

Andres-Serrano-copie-1.jpg

La tête du provocateur...

 

Donc oui... car il est possible de déplaire aux autres dans une société démocratique. Mais sans même aller aussi loin, sans même invoquer les valeurs démocratiques, l'art de Serrano n'est pas une provocation car il ne s'expose pas en face d'une église. Ses photos sont confinées à l'espace d'exposition. Comme dans une boîte de streap, ne viennent voir les photos que ceux qui les cherchent. Son goût du trash (et le monsieur s'y connaît) ne s'est jamais exposé que dans les galeries huppées, et devant des gens assez bien éduqués pour voir ça. Il n'y a pas le contexte d'un appel à la haine quand bien même ce serait une photo insultante. Ce serait comme se plaindre de pouvoir mater Fast and Furious 5 dans un cinéma de province... (je parle de ma vie, là ? Nan nan nan... c'est juste un exemple) Et si d'aventure, on voulait interdire la possibilité même de faire de l'art avec de l'urine et un christ, on basculerait dans un monde si paranoïaque qu'il deviendrait nécessaire d'observer chaque foyer pour être bien sûr que personne ne pisse sur un crucifix dans un petit coin du placard de sa chambre à coucher – un truc que même Dieu ne fait pas, et que la loi n'a pas le choix de laisser faire. C'est une définition du crime qu'aucune loi ne peut soutenir, et qui se dissout d'elle-même.

 

Serrano_pisschrist.jpg

"Je suis un artiste qui travaille la photographie. Mes titres ont un caractère littéral et sont tout bonnement descriptifs. Si je réalise un monochrome de lait ou de sang, j’appelle cela «lait» ou «sang». L’intitulé ne contient aucune hostilité envers le Christ ou la religion. Il est simplement une description." Libération du 19 avril 2011.


Mais ce n'est pas forcément de là que proviennent les remarques les plus décevantes. Le plus agaçant est le concert des habituels "on te l'avait bien dit". Beaucoup sont prêts à crier qu'il est bon que la parole soit libre, que les artistes ou la presses puissent même provoquer. Et pourtant dès qu'un mec vient se faire attaquer, la seule chose qu'ils répondent est qu'il fallait faire attention, et qu'ils n'ont que ce qu'ils méritent. A quoi bon défendre la provocation dans un premier temps si on ne protège pas les provocateurs ?... L'attitude de ces faux-libéraux se réduit donc à une défense molle, dans l'expectative d'un plantage future, et dans l'espoir d'un relâchement zygomatique conséquent aux plantages futurs. Perversion.

 

 

Serrano-Bloodstream.jpg

 

Oui encore plus... Car le Piss Christ est une oeuvre cohérente et belle. Belle, car Serrano (ça n'a pas été assez rappelé) a fait pas mal de photos faciles, mais toujours belles. Ses cadavres, ses photos de cul, et surtout, toutes sa série de photos d'immersions, dont le Piss Christ fait partie, pèchent plutôt par esthétisme que par laideur. Le but de Serrano a toujours été de transfigurer plutôt que de défigurer. Et justement, ça marche parfaitement avec le Christ... car malgré toute la matérialité dont on voudra bien l'alourdir, son image restera inattaquable, transfigurée, immatérielle. J'ai peur d'accumuler les bourdes métaphysiques et théologiques sur le Christ, mais il ne me semble pas hérétique de constater que le Christ garde sa portée symbolique, quoique supposément plongé dans un bain d'urine. L'intense sensation rougeoyante que provoque cette urine (qui encore une fois ressemble plutôt à du sang, comme Serrano a pu le faire ailleurs) paraît au final totalement adapté à la capture photographique. Plus je regarde la photo, moins je vois une golden shower profane, et plus j'ai l'impression de découvrir ce que peut être la force d'un symbole religieux. Je doute qu'un croyant jetterait une bible, ou n'importe quel autre livre saint, parce qu'il est imprimé dans un papier de mauvaise qualité. On ne s'empêcherait pas non plus de lire un message parce qu'il écrit dans la boue... Le Christ n'est pas détruit, il est sauvé, alléluia !

 

Serrano_the-other.jpg

Qu'on se rassure, Serrano fait aussi des photos super faciles et consensuelles.

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 13:17

 

Esope

      Esope, un mec sympa qui ne range pas sa chambre

(selon une gravue du Moyen Age...)

 

Il y a peu, des amis m'ont fait découvrir une petite perle. MMS à l'appui, j'ai découvert à distance une fable d'Esope (le fameux inspirateur des fables de la Lafontaine) à la fois scabreuse, homophobe (même si le terme est anachronique), et à mourir de rire. Une sorte de vanne à la Bigard, mais améliorée par une dimension surréaliste involontaire. Voici la traduction :

 

ZEUS ET LA PUDEUR

Quand il eut façonné les hommes, Zeus mit en eux les diverses dispositions, n'oubliant que la seule Pudeur. Ne sachant par où l'introduire, il lui ordonna d'entrer par l'anus. La Pudeur, mortifiée, commença par protester, mais comme Zeus redoublait ses insistances : "Eh bien, soit !" dit-elle enfin ; "j'entre, mais à une condition : si quelqu'un d'autre entre derrière moi, je ressors aussitôt !" Voilà pourquoi, depuis lors, les prostitués n'ont aucune pudeur. Cette fable pourrait s'appliquer aux efféminés."

 

Mon seul vrai problème avec cette fable, est que, bien qu'elle m'émerveille littéralement, je ne suis pas du tout sûr qu'elle soit drôle... car, comme toutes les autres fables, elle est morale, et sans la touche d'ironie du Lafontaine de notre enfance (ne m'imaginez pas en train de passer mes journées à lire Lafontaine... je faisais lire mes parents pour moi – mon père adorait ça !). La dernière ligne surtout, gâche tout le plaisir. Elle est caractéristique du style d'Esope. Car notre Grec du VIIème siècle avant J.-C. naît en Thrace ne peut pas s'empêcher de rappeler chaque fois, très lourdement, qu'il y a une morale et à qui cette morale doit s'appliquer. Le style pourrait être sarcastique, méchant, et cruel (et c'est comme ça que je la lis)... Mais comment savoir ce qu'il y avait dans la tête d'Esope...? 

Après tout, Esope doit vraiment se dire que c'est super important que nous ne nous fassions pas mettre. Tous les garçons ont spontanément tendance à le penser. Et la Grèce Antique, contrairement aux légendes, n'est pas franchement un endroit sympa de vacances temporelles pour les femmes et les gays (anachronisme quand tu nous tiens) de l'époque. Si vous n'êtes pas un grand pédagogue supposé enseigner aux adolescents, vous n'avez aucune légitimité à les tripoter pour les faire apprendre. Et surtout, vous ne devez jamais vous faire mettre, car ce serait bouleverser l'ordre social. Autrement dit, l'homosexualité est justifiée par une hiérarchie entre les genres (le pédéraste barbu est plus viril que le jeune adolescent), et non par une tolérance imaginaire super cool.

Tout ça a de quoi faire douter du second degré de la fable. Pourtant, il est possible qu'Esope soit beaucoup plus malin que ça. Il a écrit des fables et inventé le genre littéraire à lui tout seul. Et il est très possible qu'il ait parlé à quelques personnes qui se soit faites mettre (voire.... il s'est fait mettre lui-même). Qui plus est, il serait absurde de faire passer Esope pour un mec perpétuellement occupé à faire la morale aux autres en inventant des situations étranges avec des animaux. Esope n'est pas instit en maternelle payé une misère (une petite pensée pour mes anciennes amies instit moralisatrices). Il est assez difficile de ne pas voir que faire entrer une vertu par le cul est comique... Bref, je vote pour l'interprétation Bigard homophobe. Mais surtout, de mon point de vue, le vrai héros de la fable, c'est la Pudeur...

 

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Bonus...

J'essayerai bientôt d'illustrer cette fable (pour mon plaisir). Car je crois qu'elle doit parler à tous les poissons du monde qui en veulent aux japonais d'avoir inventé les sushis.

 

LE THON ET LE DAUPHIN 

Un thon poursuivi par un dauphin se sauvait à grand bruit. Cependant il allait être pris, quand la violence de son élan le jeta, sans qu'il s'en doutât, sur le rivage. Emporté par la même impulsion, le dauphin aussi fut projeté au même endroit. Le thon se retournant le vit rendre l'âme et dit : «Je ne suis plus chagrin de mourir, du moment que je vois mourir avec moi celui qui est cause de ma mort.» Cette fable montre qu'on supporte facilement les malheurs, quand on les voit partagés par ceux qui en sont la cause.

 

Esope_dauphin.jpg

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 00:20

 

Arsenokoites_lego-bible.jpg

"Bon maintenant, fini de déconner, qui m'a traité de tapette ?"

 

Tout a commencé par une discussion à deux sur un lit une place. 

La chambre faisait dix mètres carrés. Une chambre destinée à rapprocher les corps et les cultures. Le voisin marocain entendait tout, et mon pote camerounais en short orange n'arrivait pas à m'empêcher de parler moins fort. De toute façon, c'était trop tard, on avait déjà déplacé tous les meubles, et épuisé tous les ballons d'eau chaude sur trois étages.

La parade amoureuse gay fait les choses dans le désordre : d'abord du sexe, des douches, du sexe, une dernière douche, du sexe sous la douche, puis la discussion de drague.

Et là, je ne sais plus sur quelle intuition, mais on s'est mis à parler religion. L'enchaînement n'est pas clair. Peut-être le fait d'avoir simplement baisé comme des bêtes féroces nous a-t-il obligé à laisser un peu de place au Feu Vivant du Saint Esprit.... mais c'est l'hypothèse la plus indulgente, la plus chrétienne. Je n'en pouvais surtout plus de voir les fesses de Y. bouger dans son petit short orange. Pour tenter de passer à autre chose, on s'est penché sur la difficile question des pédés dans la Bible.

 

Arsenokoites_Corinthiens.jpg

– Nick, j'adore la bible en lego...

– Je sais Steve, je sais. Moi je préfère regarder le plafond.

 

L'atmosphère évangéliste de son enfance camerounaise a fait dire à mon ami que les choses étaient assez tranchées : il y a le bon grain, les mecs normaux, et l'ivraie (les dépravés, les pédés, et bon, à la limite les maris infidèles). Donc, en ce qui nous concerne, nous les pédés, on a au moins le privilège de savoir où on va finir. Par arrogance ou parce que l'image d'un chrétien contrarié par ses passions m'a paru soudain très érotique, j'ai essayé d'expliquer que la Bible était plus cool que ça. 

Le débat allait gagner en complexité. Pensai-je arrogamment (l'arrogance est un effet du désir dans mon cas). 

D'abord, il m'avait semblé très important de faire une différence entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament. Mon argument : le Christ est si cool qu'il en a rien à battre des gays. La grande histoire des évangiles n'est-il pas le dépassement de la Loi par l'amour ?! Pour reprendre l'idée de la parabole du bon grain et de l'ivraie, la superbe idée du Christ c'est justement qu'on ne peut pas séparer tout de suite le bon grain de l'ivraie. Bref, les évangélistes comprennent très mal la parabole. Le Christ fait plutôt un truc du genre : eh les gars, relaxe, arrêtez de fumer de l'herbe et de voir Babylone partout (parce que le Christ sait qu'il a encore beaucoup à faire avec les reggae men paranos et homophobes)... si vous tentez de séparer tout de suite le bon grain de l'ivraie, vous allez confondre le bon grain et l'ivraie, et alors fatalement, du bon grain va finir à la poubelle avec l'ivraie. Donc, moi, le Christ, je vous dis quoi ? Je vous dis avec ses petites images rurales sympathiques : ne faites rien sous peine de commettre plus injustice que de justice. Laissez plutôt le Mec au Ciel différencier les gentils des méchants, laissez faire son job lors du jugement dernier. Eh Bro, Love before Laws !

 

Arsenokoites_apocalypse.jpg

Alors, de gauche à droite et de haut en bas : le tétramorphe, comprenant Marc, Luc, Matthieu, et Jean... puis la Bête à sept têtes et neuf cornes, le diable, les sept cavaliers, et... un sling ?

 

Qui plus est, le Lévitique (référence essentielle si l'on excepte le récit de Sodome et Gomorrhe), est beaucoup moins cool que le Christ. Il consiste en une série de lois qui sont toutes follement inadaptées à la vie de n'importe qui ne vivant plus dans un désert avec tous ses cousins. Le Lévithique s'élimine de lui-même. La polémique autour de la proposition 8 aux Etats Unis avait donné lieu à quelques contre-attaques flamboyantes du côté des artistes. L'une d'entre elles, une petite comédie musicale faisait jouer les gays contre les bigots. Et au milieu de ce joyeux bordel, Jésus / Jack black apparaissait pour rappeler à quel point les lois du Lévitique sont tarées pour nous (interdiction de cocktails aux crevettes, obligation de se marier à celui qui nous viole, etc.). Puis Niels Patrick Harris finissait par chanter les louanges d'une société où le mariage gay serait permis, où les avocats relanceraient l'économie américaine à force de divorces gays. 

 

 

 

Bref. Je pensais qu'on pouvait être gay et chrétien. Moyennant l'amputation pas si grave du très glam Sodome et Gomorrhe (ça se lit surtout comme un bon synopsis de film de cul) et du Lévitique. Mais j'avais tort. Les choses sont absurdement plus simples. Notamment à cause de St Paul, ce mec qui monte sur une montagne pour parler au nom de Jésus qu'il n'a jamais rencontré... Et là, pour lui – avec le recul de la montagne bien sûr – tout est très très clair. 

Epître aux Corinthiens 6,9 : « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni dépravés, ni homosexuels… n’hériteront du Royaume de Dieu ». Bon il y a encore deux références assez nettes, l'une dans l'épître aux Romains, et la dernière dans Timothée, mais c'est celle-ci que m'avait cité mon ingénieur géomaticien, aux fesses aussi appétissantes que deux brownies enveloppées d'une délicate couche de caramel. Il avait raison. Et mon arrogance n'avait plus qu'à fondre comme une chantilly à la vanille dans la fente de son brownie... (l'humilité est un effet du désir dans mon cas aussi)

 

Arsenokoites fin de Sodome

Une colère divine avec effets spéciaux.

 

Dans un ultime sursaut, j'avais tenté de toute relativiser en disant qu'"homosexuels" ne pouvait pas de toute façon pas avoir le même sens, et que la traduction était forcément mauvaise... puisque le terme d'homosexuels naissait au 19ème siècle dans un contexte scientifique. Enfin, mon relativisme historique foucaldien allait me servir à quelque chose ! "Homosexuel" (et "hétérosexuel" par la suite) est une création de quelques médecins (parfois gays eux-mêmes comme Magnus Hirschfeld) intrigués par la sortie du placard d'un avocat homosexuel (K.-H. Ulrichs) soucieux de justifier ses escapades en racontant qu'il a une âme de femme dans un corps d'homme (la science rend parfois très crédule). Alors, tout chantilly, je croisai les bras, et garantissant à mon pote qu'il devait probablement s'agir de prostitués masculins (voir la justification assez ténue mais intéressante d'un site chrétien et gay pour dire qu'il s'agit de prostitution entre garçons pratiqués dans les temples). Et bon, comme la Bible, bien sûr, condamne la prostitution, on pouvait peut-être penser qu'elle ne condamne pas forcément les homos. En vain...

Les termes grecs sont assez clair. Nous sommes appelés "malakos" (efféminés), qui qualifient les gays passifs efféminés, ou "arsenokoites" (terme inventé spécialement par la Bible !) qui qualifient des hommes qui couchent avec d'autres hommes, et plutôt des hommes actifs (par distinction avec malakos). La Bible fait même la différence entre le top/bottom, entre celui qui se fait mettre et celui qui met. Non, vraiment, tout ça est beaucoup plus moderne que ce que je pensais...! La Bible – St Paul et Timothée – est donc précise sur ce point : ne te fais point mettre (ah, et ne mets point non plus). Oui, oui, toi l'homo, en particulier. Alors que moi je restais comme un con en me pointant du doigt "Moi ? Vraiment ?... Vous ne voulez pas plutôt parler des prostitués masculins, ou des mecs qui se maquillent trop, des comédiens et des intellectuels dépravés, des types qui sont entourés de chats passés la quarantaine, ou de ceux qui consomment des cocktails à la crevette dans les bars sans filles dedans...?" Voilà ma mini-révélation, la Bible parle de moi, l'arsenokoites/malakos. Elle me montre du doigt (en grec), moi et toute la bande des mecs qui se font mettre ou se mettent entre garçons. La Bible a vu large. 

 

Arsenokoites_Lego-Sodom.jpg

 

Je ne sais pas si le Coran est aussi spécifique, je n'ai pas encore eu le loisir d'en discuter avec un musulman aguerri à l'auto-détestation. En tout cas, je suis vraiment surpris que la condamnation portée à l'égard de l'homosexualité soit si inchangée au fil des siècles. Et c'est un point sur lequel l'Eglise jusqu'à présent n'est jamais revenu – un véritable article de foi. 

La seule petite compensation envisageable est que le Christ, the best of the best, n'a pas estimé intéressant de traquer les pédés parmi ses apôtres. C'est notre dernier atout : le silence du Christ à notre égard mérite bien un peu de charité.

 

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 00:42

 

BlackSwan Natalie folle

"Hi Nathalie... it's Britney Bitch !"

 

Pas pour la performance de Nathalie Portman. Sa prestation est si démonstrative qu'elle pourrait servir à servir à illustrer tous les entrées "schizophrénie" du dictionnaire de la psychiatrie et de la psychopathologie. Le "Nathalie Portman disorder" : éviter les miroirs de peur de voir se refléter à l'intérieur sa evil bitch intérieure ; gratter toutes ses peaux mortes et en faire une poupée vaudou ; se frotter à son polochon géant en espérant éprouver un orgasme ; tuer sa mère au passage (parce qu'elle nous a vu traiter le polochon comme une bite géante) ; penser que les tableaux nous parlent et prendre le thé avec (avec le cadavre de maman à côté)... Le signe ultime du nathalie portman disorder : que sa vie soit plus chiante sous speed dans une boîte plutôt que sobre et seul chez soi. 

Le film, pour être honnête, ne fait pas dormir. Quelques scènes traumatisantes réveillent de toute façon le spectateur. Quelques scènes jolies sont jolies. Il y a la caméra virtuose que les extraits semés sur le net laissaient promettre. Il y a tout ce dont on a besoin pour se désintoxiquer des merdes qui sortent. On a le droit à la "vision" d'un cinéaste qui a déjà eu le temps de conquérir, perdre, puis reconquérir son public.

On joue avec un certaine curiosité le jeu du "What the fuck". Car le film qu'on a devant les yeux est étrange, hybride. Avec le premier rêve, les hallucinations, la folie et la paranoïa du personnage, on pense à un film sur la folie. Mais Nathalie Portman vit dans un monde où manifestement tout le monde trouve ça plutôt cool et plutôt normal. Alors que dans la vraie vie, si vous étiez le guichetier prolo et pharisien du théâtre, vous l'auriez déjà ligoté pour qu'elle arrête d'exposer en public sa douleur de petite fille qui ne demande qu'à être violée par le maître de ballet... Non, ici, dans le film, c'est cool. Même prendre de l'acide la veille de la première est cool. Donc vraiment, tout va bien. Ah, le romantisme dépravé des artistes qui sacrifient leurs vies pour faire des petits bonds en collant ! 

 

blackswan miroirs

Les reflets dans le miroirs pour montrer qu'elle est tarée : une super bonne idée de mise en scène...

 

Le film aurait également pu être un film d'horreur, mais c'est tout de suite trop prévisible. Vingt six hallucinations à la minute. Pas un miroir sans un début d'hallu et une BlackSwanBitch qui se reflète dedans. Les musiques horrifiques sont énormes, aussi pompières que la partition de Tchaïkovsky... Un film d'horreur avec la consigne de suivre le marquage au sol, c'est pas possible...

On pourrait croire à un film sur l'AAaart (car finalement c'est assez cool le romantisme dépravé), mais sait tout de suite que ce ne sera pas un film super subtil. On réentend mille fois la musiquette de Tchaïkovsky, les scènes de danse ne sont franchement pas transcendantes, et le renouvellement spectaculaire du Lac du Cygnes annoncée par le film fait sourire... On se croirait à Top Chef en train de parler de sublimer les oeufs à la coque. Depuis mes premières années à l'école primaire, j'ai rencontré des filles qui rêvaient de devenir la reine des cygnes et jouer les Britney Bitch sur scène. Je sais qu'on vit une époque conservatrice, mais pas à ce point. "Une idée de films sur le rock ? – Oh ouais, et on entendrait des gamins qui jouent Johnny Be Good !" "Une idée de film sur la littérature ? Oh ouais, ce serait l'histoire d'un mec qui écrit un plagiat de La Recherche du Temps Perdu !..." Un clip de Lady Gaga est plus intéressant. Et au climax du film, lors de la transformation en cygne à coups d'effets numériques, on a l'impression de revoir X-Men (alors que ça aurait pu faire une belle question de cinéma aux cinéastes : peut-on faire danser un personnage de synthèse aussi bien qu'un danseur professionnel ?). 

Mais ok, c'est Aronofsky, alors on attend la grande réponse à notre WTF. Pendant tout le film, je me suis convaincu que la fin de Requiem for a dream n'était pas si pompeuse. J'ai aussi pris le temps de repenser à The Wrestler : Aronofsky avait promis de faire des trucs simples et efficaces. Et j'ai accepté de le croire.

 

 

BlackSwan Darren Aronofsky

Darren Aronofsky. Le Britney Bitch derrière Nathalie Portman. Tout est de sa faute.

 

Alors, pendant tout le film, j'ai lutté. Je m'enfonçais dans le siège, en me tortillant dubitativement. Car avant d'y aller, j'avais une idée bien préconçue sur le film. Un film sur le lac des cygnes devait être un film camp ou ne pas être, gay or not ! J'étais venu voir un film un hystérique... Un livret écrit par un type qui pense qu'on peut être à la fois cygne noir et cygne blanc, tout en se faisant dragué par le même prince à chaque fois, c'est la définition même du mot gay : excessif, dramatique, pas crédible, bigger than life, over the top, c'est total Britney Bitch, quoi ! Le lac des cygnes, quand même... c'est le Boléro de Ravel de la danse : exportable, globalisable, indémodable, mais si facile... C'est comme faire jouer la lettre à Elise par André Rieu entouré de caniches blancs habillés en majorette. C'est kitsch ! Et Aronofsky, en grand génie du cinéma qui se tape des actrices sublimes et qui à la fois au dessus de tout ça et en plein dans tout ça, fait tout le contraire. Il nous pond la version adulte, psy et existentialiste du truc le plus gay de toute la danse classique. Mais vous savez quoi.... j'avais acheté mon ticket pour souffrir, comme Nathalie, j'ai accepté le défi en faisant des petites moues de dégoût et de souffrance, comme Nathalie : j'étais prêt à sortir de la salle et avoir un de mes potes qui me gueule très près du visage : "mais tu comprends pas, c'est un film sur le corps, sur l'incarnation !" Ma seule présence hystériquement contrariée dans la salle était déjà une mise en abyme du film. J'étais Nathalie Portman.

 

 

Blackswan_in-the-end.png

 

Du moins, jusqu'à la scène finale. Je ne préviens même pas d'un spoiler alert, je le balance direct : elle meurt et dans un ultime souffle complètement sublime et transfigurée elle dit cette incroyable chose complètement conne : "C'était parfait. Je l'ai senti". S'il y avait eu un rainbow flag derrière, une vague allusion au sida ou au mariage gay (pour les plus jeunes), toutes les folles auraient épuisé les places de ciné pour Black Swan pour les six mois à venir. But... Too camp, too late. 

Mais mon reproche n'est même pas que ce soit un film hétéro sur un sujet gay. Certes, si Gregg Araki avait dû tourner cette scène, la fin aurait été réussie, profonde et légère : Nathalie Portman aurait sans doute craché un peu de sang, dit que tout était parfait en pleurant, elle se serait tournée vers son ami bisexuel pour s'excuser de ne pas avoir eu le temps de plus se battre contre la proposition "hate" et pour le droit d'adoption des couples gays, puis elle aurait explosé en se changeant en blatte alien, et son visage sublime aurait brillé en arrière-fond, en répétant sur un air des Tindersticks : "c'était parfait. Je l'ai senti". Une fin digne.

Le problème c'est que le "c'était parfait, je l'ai senti" du film est une thèse à gros sabots sur l'art, la perfection, le cinéma, la folie, et la maîtrise, selon Darren Aronofsky. Il a fallu qu'il se la pète sans aucune dose d'humour, d'auto-dérision, d'humilité, et oui, on peut le dire, sans aucune transcendance. Le problème n'est pas le film en soi, c'est la signification que le film endosse rétrospectivement à partir de la dernière scène. L'énorme clé du film est donnée par Vincent Cassel himself (qui ressemble au satyr du précédent film de J.J. Annaud) : "la plupart des gens se trompent en confondant perfection et maîtrise."

 

blackswan folie

Soit elle est changé en lapin albinos, soit elle devient folle. J'hésite.

 

Ce qui est parfait ce n'est donc pas le ballet, c'est tout le chemin qui conduit vers ce moment de transfiguration en cygne noir, c'est-à-dire toute cette folie que montre le film et qui conduit à l'art, c'est-à-dire : le film lui-même. Ce n'est ni un film sur la danse, ni un film sur la folie, ni un film sur le personnage de Nina. C'est un film sur la folie qui irrigue l'art qui provoque la folie qui inspire l'art qui rend fou en rendant trop créatif... Ce cercle vicieux produit (de façon tellement romantique et absurde qu'il n'y a qu'un clone de Goethe fan de Dalida qui pourrait le croire) la perfection ! Je décode, tel Nicholas Cage décodant le rébus d'un templiers franc-maçon : tous les mouvements de caméras portées tournoyants, les hallu numériques, les scènes de peaux mortes arrachées et de pieds torturés, les effets assez ridicules d'accélération de l'image, tout ça participe de cette absence de maîtrise qui rend le film parfait ! La mise en scène est au diapason du message fluo et ensanglanté : Aronofsky choisit la spontanéité parce que c'est comme ça qu'on fait un film génial. En un mot, Aronofsky s'est servi du personnage de Nina pour lui faire dire à quel point sa propre façon de filmer est parfaite tellement elle est spontanée.

C'est donc ni plus ni moins par respect de la souffrance (réelle et virtuelle) de Nathalie qu'il faut détester ce film. 

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 19:14

 

J'adore les talk shows. Les idées font un autre bruit sur les plateaux télé : elles braillent, elles suent, et elles sonnent parfois creux. Je vénère les écrivains, les philosophes, les essayistes. Mais sans talk shows, ils sont comme des acteurs sans scène, un guitariste post-punk sans réverb... Ils ne peuvent pas saisir toutes les alliances possibles de leurs idées avec d'autres, les effets ou les résonnances de leurs idées. Du coup, les talk leur servent de test, car une idée se juge aussi à la puissance de conviction qu'elle peut emporter en quelques secondes. Et si cette puissance n'est pas méritée, il faut prendre le temps pour encore mieux s'en protéger, il faut se casquer, s'harnacher et la désamorcer.

 

 

Talkshows_ali-baddou.jpg 

Le débat est déjà biaisé par le sex-appeal d'Ali Baddou...

 

Dernière battle en date.

Yves Thréard (patron du Figaro) vs Ali Baddou. Au sujet de la phrase de Guéand : "les français, à force d'immigration incontrôlée,  ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux".

Depuis quelques temps, Ali Baddou ne s'interdit plus de réagir aux propos racistes ou xénophobes inspirés par l'extrême droite (il bout). Qui plu est, la menace du politiquement correct est agité contre toute réaction antiraciste indignée. A un raciste, on ne peut plus dire qu'il est un facho, un nazi, ou faire des comparaisons avec la Shoah. Le raciste est devenu linguistiquement neutre, il est passé dans le langage courant. Il n'y a plus d'insultes pour le désigner. Mais deux mots plus neutre : "raciste", "xénophobe".

Et franchement, tant mieux.

 

talkshows Yves Thréard

Les cheveux gris se marient bien avec la veste.

 

Ali Baddou réagit donc tout de suite en disant que ces propos sont racistes au moment où Yves Thréard s'apprêtait à dire qu'on a le droit de dire en France que l'immigration incontrôlée est un problème. Réplique immédiate d'Yves Thréard ("polémiste" utilisant des arguments de "polémistes") : brandir l'anathème du racisme empêche de poser les vraies questions. Il poursuit : le politiquement correct est ce qui a tué le parti socialiste. Enfin, gigantesque éjac faciale de la droite sur la politique de la gauche : la montée du FN, c'est la faute de la gauche et de leur politique de l'autruche (alors que pour tout le monde la crise est la faute du contexte internationale...).

 

 

 

Réplique de mon cerveau boosté aux jeux flash : c'est la réplique d'Yves Thréard qui est finalement xénophobe (attention, je ne dis surtout pas que le journaliste du figaro est xénophobe, mais que sa remarque l'est – on peut dire des choses racistes sans l'être ; c'est toute la magie du racisme, et la maturité des Américains de le savoir bien avant nous).

Car oui, on en est à ce niveau d'exaspération (semblable au débat sur le voile) où la question elle-même est raciste. Pourquoi encore parler d'immigration ? Il y a une volonté de savoir qui mérite d'être interrogée pour elle-même. Si on pouvait tous se rencontrer hors contexte électoral, dans un amphi d'université, avec des gens de tout horizons socio-culturels, il serait sans conteste légitime d'examiner le problème de l'immigration non-contrôlée (et je serais là). Mais désormais, la question est tellement rebattue que le simple fait de dire qu'elle ne l'est pas est une prise de position politique. Un débat naît dans un contexte. Et ce contexte donnera une couleur à n'importe quelle prise de position. Yves Thréard a fait semblant d'être un homme dégagé de toute contingence pour poser en toute neutralité le problème de l'immigration "incontrôlée". Non, Yves Thréard est "polémiste", bossant pour le figaro.

Il n'y a pas plus de neutralité dans tout ça qu'il n'y en aurait chez un jeune pédé intello qui aimerait les films de François Ozon. Ce qui masque cette réalité est cette idée naïve (que j'ai eu longtemps crue) qu'on pouvait parler de tout à n'importe quel moment. La grande fierté de notre démocratie est d'être, si ce n'est parfaite, au moins un lieu de débat. Et c'est notre arrogance démocratique qui peut servir à couver le racisme insidieux. Le débat sur la laïcité est un débat légitime puisqu'on peut débattre de tout. Et le refuser serait politiquement correct et pas démocratique. Donc, on peut en rajouter sur les musulmans. Sinon, papa Coppé passe à la télé pour nous faire la leçon sur la démocratie et la promo de son think tank.

 

martine_2.jpg

 

L'énorme avantage désormais est tout de même que les chiffres sur les lois concernant l'immigration sont connus (cinq textes de lois en sept ans !). Apathie et Baddou répondent donc : on ne peut vraiment plus dire qu'on n'a pas parlé de l'immigration. On en a beaucoup parlé. Tout comme l'islam. La démocratie débattante s'est usé en formules sur le sujet, et n'a pas pu dépasser le stade de la confusion chaotique à peine bonne à récupérer politiquement (sauf pour le FN). Rester bloqué sur l'immigration est un choix politique.

C'est une ultime ironie d'Apathie qui clôt le débat sur le plateau du Grand Journal : Claude Guéant réclamant plus de lois que ce qu'il a déjà proposé et fait voter n'est-il pas en train de reconnaître le propre échec de sa politique d'immigration contrôlée...?

Et si Yves Thréard continuait à maintenir qu'on est libre de poser toutes les questions qu'on veut quand on veut, on pourrait tout aussi bien proposer de parler d'autre chose – il n'y a plus d'urgence à parler d'immigration. Les sujet sont larges, il n'y a qu'à piocher : prévention, adoption, mariage gay... Et s'il fallait vraiment parler de chose urgente – en fonction de ce dont on a peur –, alors le nucléaire mérite bien de détrôner l'immigration sur l'échelle des sujets urgents.

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 23:59

 

 

Red-dead-redemption-soleil couchant

 

Bon, il n'y a rien à faire. 

Tuer un chacal...? J'en ai déjà six peaux, et six autres en viandes fumées. Et je suis là, au milieu des bois, entourés de barbus miteux (même pas bears) qui jouent à lancer des fers à cheval. Si je voulais vendre mes peaux à 3 dollars, je devrais traverser la moitié de la carte. Un vrai boulot de prolo. Aller tuer des gens au hasard dans les bois...? Inutile, complètement vain. Il n'y a aucun challenge, aucun gain. 

Je suis le fils de John Marston, j'ai vengé mon père et je me fais chier. 

 

red-dead-redemption-xbox-360-005.jpg

 

Red Dead Redemption n'est pas un jeu pour les gamers post-post-pubère (comme moi) qui veulent du fun. C'est un longue quête existentielle et horizontale, à cheval. C'est un jeu pour les trentenaires heideggeriens. Vous galopez et galopez encore à la recherche du sens de la vie, en scrutant le dévoilement de l'être dans un nuage de pluie à l'horizon... car le jeu est tout en horizontalité. Plaine. Plaine. Plaine. Rivière. Parfois une falaise.

Vous arrêtez votre cheval en tirant les brides en arrière. Pose virile. Vous esquissez un sourire, vous êtes dans un jeu vidéo. Vous pensez que vous pouvez tout faire du moment que vous connaissez les commandes. Mais malgré votre super look Hedi Slimane du 19 ème s. finissant, il est impossible d'escalader la falaise, impossible de la descendre. Toute verticalité est bannie. Amusez-vous à sauter avec vos superbes bottines de cow-boy métaphysique et vous aurez l'air d'un crapaud qui fait du fosbury pour monter sur un trottoir. Pire, vengez-vous en tentant un saut mortel du haut de la falaise et vous serez aussitôt puni. Vous sauterez, certes, mais votre cheval sera ridicule. Il tombera tout droit comme une figurine de plomb, et ne s'écrasera même pas dans une giclée de sang. Verticalité : interdite. 

Il ne vous reste plus qu'à lancer vers l'horizon sans faire le mariole, prendre plaisir à chaque foulée, à chaque nuage de poussière que les sabots de votre cheval soulèvent. 

Une torture pour un mec comme moi. Puis un plaisir. Mais d'abord une torture. 

 

Red-Dead-mario_saut_2.jpg

 

Les jeux m'ont toujours charmé par la force de propulsion que vous acquerrez à travers votre personnage. Dans les premiers donkey kong, les tout tout premiers, portables et à double écran quartz, il suffit de bien synchroniser le saut de Mario pour croire qu'il s'élance pile au bon moment au dessus des tonneaux. Les sprites (les mouvements du personnage – mais à l'époque où je lisais Console +, on parlait de sprites) étaient magiques dès qu'un personnage bondissait. Toute l'inertie programmée du monde du jeu se révélait dans les bonds des personnages – généralement figés au sommet de la courbe de saut, comme s'ils avaient éternellement l'air satisfaits de sauter. 

 

Red-Dead_megaman.gif

 

Un Mario conquérant et mécanique avec le poing en l'air en toutes circonstances (au cas où un bloc en pierre viendrait à passer au dessus de sa tête). Un Mégaman toujours pris en pleine action avec son genou plié, sa bouche ouverte et son bras laser tendu vers l'ennemi. Le Mickey de Mickey Mania sur Megadrive dont le saut se divisait en deux phases d'ascension/descente. Ou Chun-Li qui sautait comme Spiderman (à mon avis, la raison secrète pour laquelle tout le monde aimait jouer Chun-Li dans Street Fighter II).

Le plus beau mouvement d'ascension que vous pouvez opérer dans Red Dead est de monter sur votre cheval en pleine course... 

D'emblée, vous devez vous y résoudre, le gameplay va être monacal. Car ce jeu est un jeu de curé. C'est un sacerdoce. Qu'on accepte d'y jouer, c'est ça qui est fou. 

On ne fait presque que des longs trajets à dos de cheval. Quand il y a de l'action, on conduit des vaches dans le pré. On tue des corbeaux. On conduit des chariots... Et on a le droit à de longs dialogues, qu'on croit cinématographiques au début puis qu'on subit comme si on venait de passer sa journée dans un auspice de vieux le jour d'un météo un peu changeante.

Réalisme oblige, les scènes d'action sont d'un incroyable ennui (le plus trépidant est de choisir son fusil en fonction des différentes caractéristiques apprises par coeur). Pas de prise de karaté. Aucun ennemi qui encaisse un coup de chevrotine à bout portant puis se relève en criant en japonais – les cheveux blonds entourés d'une aura électrique, et nous promettant une boule de feu dans la gueule. Vous visez, vous tuez. Le petit effet bullet time qu'ils appellent "sang froid" n'ajoute rien. La visée est automatique. Vous avez tout votre temps (sauf quand votre copine se balance au bout d'une corde). Le reste de votre vie est une vie de cow-boy. Lourde, poussiéreuse, grise. 

 

red-dead-redemption.jpg

 

Le joueur que je suis a donc dû murir. Et apprendre à ne jouer que pour l'histoire ou... l'ambiance de l'histoire (superbe musique by the way). Car Red Dead est un jeu d'intello. Un film à la Peckinpah, l'adjectif "inrocks" pour le décrire : "âpre" (un adjectif inrock est un adjectif si peu employé qu'on sait quand vous l'employez que vous venez de lire une critique complètement infondée et décevante des "inrocks". Ex : "rock abrasif", "pop solaire", "morceau baroque").

Vous jouez un ancien brigand qu'on engage pour éliminer un par un son ancien gang. Evidemment, la rédemption n'est pas volontaire, elle est contrainte. Car le marshall tient votre femme et votre fils en otages. Pas de morale, juste de la tragédie.

Après plus de 50h de jeu, vous avez tué tout le monde. 

Première super bonne idée du jeu vidéo : ce n'est pas la fin. 

La vie de John Marston, sa vie rêvée, avec un ranch, un chien, sa femme et son fils, est enfin devenue réalité... et c'est encore plus chiant – c'est-à-dire plus existentiel. Vous avez tué tous les méchants à peine aidé d'un ou deux potes, vous avez traversé la frontière, vous avez tué des mecs qui ne se lavaient pas pendant des mois, vous avez tué des indiens et vous en avez profité pour tuer tous les grizzlys, fennecs ou sangliers qui mettaient un pied en travers de votre route. Et vous passez désormais tout votre temps à surveiller votre silo à grains (véridique, et c'est pas si facile que ça). 

Et quand la journée est finie, c'est reparti. Vous devez conduire des troupeaux de vaches, donner des conseils de cow-boy à votre fils rebelle, dompter des chevaux... La fin du jeu possible : devenir un vieux con qui regrette le temps passé. Et cultiver une vraie vie de cow-boy : refuser de conduire une voiture, ne jurer que par votre cheval, et vous engueuler avec votre fils au sujet de ses moeurs un peu trop légères le cul posé dans votre rocking chair. 

Impossible, bien sûr.... parce qu'après vos 50 heures de jeu, vous voulez autre chose. De la violence, du sang, et du tabac à chiquer. Alors, au moment où vous vous installez dans votre ranch, au moment où vous commencez à en avoir marre de tuer les corbeaux ou de chasser le grizzly avec votre fils qui sa fait sa crise d'adolescence, des mecs vous retrouvent et vous butent. 

Deuxième super bonne idée : vous incarnez votre fils dix ans plus tard, et dans quelques dernières minutes de jeu, vous pourrez tuer le marshall qui avez promis de laisser votre père en paix (et qui vous regarde en se marrant et en traitant une dernière fois votre paternel de connard et de racaille). Ecran rouge. Vous avez enfin compris pourquoi le jeu s'appelle Red Dead Redemption...

 

Red-dead-redemption porte

(peut-être trop de contrejours dans le choix des photos...)

 

Fin brillante à la limite, si on tient à y voir une mise en abyme (comme God of War III). L'absurdité de la violence précipite la fin de John et du jeu lui-même (indice : "Mars-ton", Ok, comme "Mars", le dieu de la guerre...). Mais c'est une fin si brillante qu'on pourrait même regretter d'avoir à incarner son propre fils, Jack Marston. Car la poursuite du jeu fait apparaître toutes les ficelles de l'univers Red Dead Redemption.

Si on suit le scénario, Jack (le fils), à la différence de John, ne croit plus du tout à la rédemption, il est rongé par la vengeance. Pensant avoir l'occasion ici de jouer enfin un méchant, j'ai déployé mes deux secondes cinq de psychologie jusqu'au bout. Et entre mes mains, le fils Marston est alors devenu un meurtrier nihiliste. J'ai tué la femme et le frère du Marshall, par vengeance. Puis j'ai essayé de me lancer dans une vendetta personnelle contre toute autorité, par vengeance également. Mystérieusement, c'est tous les flics du Nouveau Mexique qui sont aussitôt prévenus que vous shootez des mecs au hasard au beau milieu du désert mexicain.

Vous mourrez presque immédiatement. 

Pensant faire le malin, j'ai alors tué tous les commerçants, les banquiers, les artistes et les barmen, devenant ainsi le premier rebelle marxiste puritain de l'histoire de l'Amérique. En vain. Là aussi, vous finissez en pièces (et en plus, ils vous font payer plus cher les verres de whisky). 

Dans un ultime élan, je me suis dit que je pourrais aussi bien faire semblant de jouer les gentils, faire semblant de vouloir devenir marshall à mon tour, pour saboter le système de l'intérieur (comme Beigbedder, ou comme Jim Profit) – j'ai même acheté un costume de mec élégant, pour jouer les filous... Trop compliqué. Les stratégies de sabotages post-modernistes n'ont pas leur place dans ce monde.

Autrement dit, vous n'avez aucun moyen de véritablement faire le mariole. Rétrospectivement, le dévoilement de l'être-là de la poussière de vos bottes a un goût amer... Le jeu vous fait croire à la pesanteur de l'existence à travers son incroyable gratuité (car c'est du Sartre en open space ! vous êtes littéralement "condamné à être libre") mais en réalité, le monde de Red Dead est complètement truqué. 

Jack Marston a dû commencer à voir des grappes de chiffres verts couler du plafond avant que je ne le débranche totalement de la matrice.

 

 

 
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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 02:14

 

 

Genderisation_Toy-Story-Ken-et-Barbie-a-Hawai-dans-le-proch.jpgQuand Barbie et Ken remplacent les vrais personnages de films pour enfants.


Il faut crier au loup.

Les films d'animation, de Pixar, ou de Dreamworks, sont empoisonnés ! Tout le monde les a applaudis, tout le monde en a mangé et dévoré jusqu'à user ses dernières VHS avant le passage au dvd. Et pour cause ! Ces films sont conçus pour plaire stratégiquement aux adultes et aux enfants. Le raisonnement des studios est simple et élégant : puisque ce sont les parents qui conduisent les enfants voir des films, et comme ce sont les parents qui choisissent les films pour eux, et qu'ils voient les films avec eux, alors il faut faire des films qui plaisent aux parents. 

Ce que j'écris est déjà une banalité, on est d'accord.

Je répète la vulgate qui est diffusée partout au 20h dès qu'un pauvre film d'animation sort sur les écrans. L'hydre Pujadas/Schönberg/PPDA/Roselmack/Chazal nous l'annonce en boucle, c'est "pour toute la famille", "pour les grands comme pour les petits." Bref, c'est historique. Même Tintin n'avait pas réussi à convaincre. Le slogan de 7 à 77 ans n'a jamais transformé Tintin en personnage de fiction digne de l'attention des adultes. Ou plutôt ce n'est que lorsque des adultes gâteux se sont mis à regretter leur enfance en blouse noire, et la France qui va avec, qu'il a été possible de dire que Tintin pouvait être lu par tout le monde. On n'avait probablement même pas l'idée de vendre sérieusement Tintin aux adultes, tout simplement parce qu'être un adulescent interminable en 1950 n'avait rien de sexy ou légitime. Et soudain, après les déprimantes années 90, ce truc merveilleux est arrivé. Télérama, LeMonde, Libération se sont exaltés prudemment au début, puis systématiquement. 

Pourtant, dans sa constitution même, ce super-produit de divertissement tant-espéré-et-maintenant-réalité est empoisonné. Car il contient des bouts d'adultes à l'intérieur. On a stratégiquement truffé les jouets et les imaginaires enfantins de rêves d'adultes, de problèmes d'adultes, et de conneries d'adultes – et même pas pour formater très utilement les enfants au monde terrible qui les attend, mais simplement parce qu'il fallait rendre l'enfance mainstream, et vendre l'enfance de leurs enfants aux parents.


 

Genderisation_photo-The-Penguins-of-Madagascar-Happy-King-J.jpg

Hommage aux éternels célibataires dégenrés des films d'animation. Les pingouins de Madagascar.

Voir notamment l'épisode où Skipper le chef du groupe est soudain plongé dans l'incertitude de son propre sexe biologique – et où il en conclut que c'est sans importance.


 

Je me souviens des premières approbations publiques naïves qui expliquaient qu'il y avait comme deux étages compartimentés dans ces films. Il y avaient des blagues que seuls papa et maman comprenaient tandis que les enfants étaient supposés rire perpétuellement comme des cons de la démarche déginguandé de Woody et ses amis. Comme si Papa et Maman avaient le droit de faire l'amour à côté sur leurs fauteuils, et que le fiston à côté ne voyait rien parce qu'il faisait mine de regarder Shrek pour la 20ème fois. Foutaises, évidemment. 

 

Genderisation Cheerleader-Julien-penguins-of-madagascar-108King Julian, the best. La dialectique du maître et de l'esclave en bougeant son booty...

 

Le déclic s'est produit lorqu'en regardant Toy Story 2 avec des gamins, je les ai vus rire à la vanne sur Hannibal Lecter. 

Ce sont des petits cousins, charmants au demeurant, avec seulement une propension assez inquiétante à faire cramer des insectes vivants dans la cheminée. Mais mon sang s'est glacé quand j'ai entendu leurs petits rires aigus vu au moment où le méchant est embarqué avec les poupées Barbie défigurées par la gamine folle. La première fois que le film était sorti, en l'an 2000 à peu près, j'avais ri en coin, d'un "eheh" minuscule dans une salle quasi vide (séance de 22h) parce que je trouvais malin l'idée d'une référence au silence des agneaux en plein film pour enfants. Eux ils ont ri, parce qu'ils avaient pigé que les adultes les avaient mis devant un film supposé amusant, et qu'ils commençaient à se prendre très au sérieux dans leur comédie d'enfants hilares. Du coup, ils en ont déduit que "ça", ce qu'il voyait, quoi que ce soit de coloré et rythmé, devait être drôle. On aurait pu entrecouper le film d'un documentaire sur les camps, ils auraient continué à rire en fronçant à peine les sourcils d'étonnement. Souvenons-nous, les gamins ont intérêt à nous imiter. Ils savent que sans leur inimitable talent d'imitation et de comédien, on les mettrait dehors à jouer avec un fil de fer et le carton d'emballage de l'écran plasma. Bref, ils nous surveillent. Et ils vivent déjà parmi nous...

 

Genderisation_ice-age-scrat-female.jpgScrat découvre son double féminin... et résiste.

 

Alors, à part ces vannes référencées ultra-rares, on va me dire qu'il n'existe rien de plus adulte. Pas de violence sanglante, pas de sexe, pas de pistolet à moins d'être en plastique et de tirer des rayons lasers. On me dira que c'est une revisitation des contes populaires. Que tout y est, mais en plus punchy. 

Je le croyais aussi. Et doucement, au fil des années, j'ai vu les bande annonces des film d'animation 3D devenir aussi grosses que des ficelles à rôti. Au début, les histoires naissaient de bandes de héros (Toy Story, Insectes, Madagascar, l'Âge de Glace), ou alors, au contraire, des personnages solitaires : Shrek, ou Fourmiz. L'histoire se résumait de toute façon à devenir soi-même, s'accepter. Et si j'étais un peu sarcastique, je dirai que l'histoire est un classique homo : faire de sa faiblesse une force, retourner l'injure et l'assumer. Tant de pédés de ma génération qui ne ratent jamais un film d'animation... C'en est affolant. On crie en serrant nos petits poings : "oui, vas-y, Shrek, t'es vert et t'es moche, mais toi aussi tu as le droit de vivre comme tout le monde, toi aussi, tu as le droit de te marier et d'avoir des mômes". Ou alors à Woody, on s'abîme le jean contre le velours du fauteuil à force de trépigner : "vas-y Woody ne te laisse pas impressionner par les abdos parfaits de Buzz l'éclaire, montre à cette gym-queen qui est le clone qui a survécu aux années sida !" Le seul film vraiment pas gay dans son esthétique était Wall-E. Le reste est pop à mourir, et tous les méchants plus glams encore que la bouche de Jagger et Bowie réunies. 

Bref, on retrouvait nos classiques (c'était donc... en 1995 pour Toy Story... 2001 pour Shrek). Puis un nouvel élément est apparu dans toutes les suites de nos premiers héros. Tous les héros des premiers épisodes finissaient maqués. Systématiquement. Nos héros se sont trouvés une petite copine. Même pas besoin de chercher, les scénaristes leur en ont collé une dans les pattes. Ils cherchaient le chemin de l'émancipation, et soudain : bing, mieux que ça, une meuf ! Un personnage radicalement différent dont il faut s'occuper, qu'il faut écouter, consoler, protéger, suivre... Fin de l'émancipation. Je rappelle d'ailleurs à toutes les lesbiennes frustrées (dont je fais moi même partie) que les films de Miyazaki, mille fois meilleurs, sont perpétuellement centrés autour de filles ou de femmes. Pas d'inquiétude, les meilleurs sont avec nous.

 

 

 

 

Mais désormais ça ne rigole plus dans le monde de l'animation pour enfants. Les gamins doivent connaître précocement toutes les angoisses de papa maman. Je parie que dans la suite inévitable de Shrek, Fiona va se faire une vaginoplastie, et l'âne va demander les allocs pour réussir à nourrir tous ses gamins dragons. Voilà les bouts d'adultes qui flottent dans la soupe narrative, et que des enfants à peine conscients vont devoir se taper et dévorer. 

Shrek défend désormais son couple (même l'Âne avec la dragonne). Woody se trouve une cow-girl qu'il doit arracher aux griffes du vieux papa barbon. Mani le mammouth de l'âge de glace est angoissé de ne pas faire d'enfants assez tôt avant de mourir (angoisse qu'il va diffuser généreusement au paresseux, au jaguar, et à tout le public de plus de trente ans)... Et on se retrouve en 2010, avec un Shrek désormais nostalgique de son propre célibat du premier épisode. Quant au méchant de Moi, moche et méchant, il pense sérieusement à l'adoption. 

Ce n'est pas qu'une impression : la seule obsession de ces personnages enfantins est de se marier, de se reproduire, et de ne pas négliger ou battre sa femme en devenant alcoolo ou bisexuel... Et on fabrique ainsi des gamins obsédés par la différence homme/femme, maman/papa, marié/célibataire, enfants/sans enfants. 

A ceux qui vont penser une micro-seconde que j'exagère, je leur demande simplement d'imprimer la listes des derniers films : Raiponce (une princesse et son prince), Alpha et Oméga (une louve et un loup), Rio (un ara bleu mâle doit séduire une femelle ara brésilienne à laquelle il est menottée – une ode au mariage forcée ?), Roméo et Juliette au pays des nains de jardin...

Cette hypergenderisation du paysage enfantin me tape sur les nerfs. Et certainement pas parce qu'il manquerait de personnages gays (le genre dessins animés pour enfants est déjà suffisamment gay en lui-même !)... Quand j'étais gosse, je pouvais être Bambi, je pouvais être le petit chaperon rouge, ou la princesse au petit poids, ou Robin des bois ou le petit poucet. Ce qui était génial c'est que d'une certaine façon, ils n'avaient pas de sexe. Le héros/héroïne était juste "un enfant". On savait tous qu'une sorcière pouvait aussi être bien un mec qu'une meuf, et l'ogre pareil (la mère envahissante ou le père ultra-sévère). Aujourd'hui, on veut nous faire croire que les mômes ne sont préoccupés qu'à différencier le masculin du féminin, différencier ce qui a des cheveux soyeux et longs de ce qui crache et sent mauvais,  ou tomber amoureux à l'âge de cinq ans. Merde, le petit poucet il s'en branle de s'emballer une meuf ou pas. Il veut juste se casser de chez lui !....

A la limite, même si c'est un quasi fiasco à partir du milieu du film, le seul bon film sur l'enfance récemment, c'était Max et les Maximonstres. Pas parce qu'ils étaient gayfriendly, mais parce qu'il y avait un certain refus de statuer sur le sexe. Si je me souviens bien, les personnages sont sexués, mais ça ne définit pas leur mode d'être. Ils s'engueulent parce qu'ils sont chiants et c'est tout !

 

Genderisation_Max-et-les-maximonstres.jpg

 

Dans ce contexte ultra-genré, chaque trait de caractère se rapporte à une différence homme/femme. Et bien sûr, même si ça paraît radical, je le répète, Ken et Lotso du dernier Toy Story sont des personnages marqués négativement en raison même de leurs féminité. Et ces marqueurs de genre déplacés indiquent une ambiguïté morale. 

 

Genderisation_shrek-third-shrek-and-fiona-464.jpg       Genderisation_shrek-sorry.jpg

Il ne vous reste qu'à espérer que vos amis n'aient jamais ce type d'humour. 

 

Certes un personnage comme Fiona de Shrek pourrait être ambigu, mais les gamins savent bien que Fiona est encore une femme parce qu'elle porte des robes et qu'elle a des enfants – et non parce qu'elle est laide (d'ailleurs, est-elle laide ?). En revanche, la Fiona guerrière du Shrek 4 ne pouvait pas s'imposer, et devait logiquement être chassée à la fin de l'uchronie de Shrek 4. Les mini-déplacements de genre qu'on vend comme étant de la fine subversion ne se font qu'au prix d'un envahissement total des questions morales par les questions de genres. Qui plus est, ces mêmes mini-subversions ne sont jamais réellement en train d'enrayer la machine narrative. Qu'on sacrifie la virilité ou la fécondité d'un des personnages et on en rediscutera. Que Woody se fasse faire une vasectomie, et qu'il devienne un trans, et alors on pourrait commencer à penser à quelque chose de plus sérieux (et c'est ce qui arrive dans Ranma 1/2). 

Il est si facile d'identifier les personnages bons à partir de leurs caractéristiques de genres. Le petit garçon est volontaire, courageux, capable de sortir de son territoire et d'en conquérir d'autres. La petite fille est toujours belle, consolatrice, et attentiste. Shrek part, Fiona garde les mômes. Woody mouille tout le monde, et sa meuf le suit. Manny le mammouth mène le groupe, et sauve sa meuf.

Là où, dans les dessins animés de mon enfance, on montrait comment combattre sa peur, comment régner par la ruse plutôt que par la force, les historiettes que Pixar/Dreamworks tournent de plus en plus autour de l'apprentissage d'une performance de genre. Comment être une fille, comment être un garçon.

 

Genderisation_ToyStory2TInteractiveWoodyJessie.jpg

 

Alors logiquement, les seuls personnages intéressants sont les "célibataires" féroces. King Julian, le lémurien mégalo de Madagascar, Scrat, l'écureuil et sa noisette (avant qu'il se la fasse chourrer par son nouvelle acolyte féminin démoniaque), Buck, la bellette borgne qui décide d'affronter  désespérément son MobyDick version dino... ou Tracassin, l'elfe de Shrek 4. (également : tous les méchants ; parce qu'ils sont célibataires.)

Shrek peut très bien tromper sa meuf verte ou faire une thérapie, je m'en fous. L'elfe crevait l'écran. Et sa performance de genre compte moins que les signes évidents de sa ruse, son look décadent, son irrrépressible méchanceté, ou son air de rock star cocaïnée. Il a tous les signes de l'elfe entourloupeur, du leprechaun... son côté tapette est tout simplement hors sujet. Gamin, quand j'entendais le serpent Triste Sire chanter sa chanson "aie confiance", je ne me demandais pas si le serpent était une tapette ou un vrai mec, mais je reconnaissais tous les signes du menteur, du charmeur... C'est un cliché comme un autre de se dire qu'un mec qui parle bien en ayant une sorte de sifflement, est un hypocrite. Mais c'est un cliché qui est attaché à un défaut moral (ou à une vertu), et qui n'est pas déduit d'un genre. Et au final, c'est un cliché utile. Les gamins nourris au Pixar/Dreamworks seront eux tout juste capables de reconnaître des filles plus ou moins féminines, des garçons plus ou moins masculins, et ils pourront même les humilier de façon plus ou moins inventive, mais ils seront incapable de se méfier d'un véritable manipulateur.

 

Genderisation_Tracassin-Shrek-4.jpgTracassin et sa galerie de déviants... Entre sorcières lesbiennes, et loup interlope...

 

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 00:26

 

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Tom Cruise, pédé fou seulement à l'écran...?

(pour le savoir, se reporter à la dernière vanne de Ricky Gervais)

 

 

Il y a des pédés comme ça, beaux et dangereux, si exceptionnels et supérieurs qu'ils donnent l'impression de vivre au-dessus des lois humaines. Ils sont riches, ils baisent partout et connaissent tout le monde. Puisque rien ne les arrête, ils connaissent des plaisirs inatteignables pour le commun des pédés. Ils jouent au beach volleys sur les plages de Californie, se réunissent dans des partouzes jusqu'à l'aube à Miami, ne fréquentent que des mecs qui savent porter de fines écharpes par dessus un t-shirt, et deviennent les amis de toutes les plus belles femmes du monde. Mais ce qui les rend si romanesques, si noirs, c'est que leur morale supérieure de dandys les changent fatalement en criminels. Du temps de Proust, le Baron de Charlus torturait des petits garçons, et se faisait prendre par le cocher dans un coin obscur de Paris – aussi laid soit-il. Mais aujourd'hui, ils chopent le VIH et se mettent à la muscu pour masquer l'effet de la lypodystrophie. 

Ils pourraient jouer tous les rôles des films de vampires ou de mutants. Depuis peu, mon cerveau limbique, aidé de mon néo-cortex, a décidé de les appeler les pédés "classe A".

 

 

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Mutant Alpha, et bientôt demi-dieu.

 

J'en ai une peur bleue. Dans l'univers marvel, les scénaristes ont un jour décidé de classer tous les mutants. On pourrait dire que c'est parce qu'ils sont obsédés par les races et les hiérarchies, mais l'ironie veut que ce soit simplement pour rester cohérent avec la vision du monde d'un nouveau personnage raciste apparue pour la première fois en 1965 : la Sentinelle. Comme ces robots géants venus du futur élimine les mutants de façon rationnelle, les scénaristes ont à leur tour doué chaque mutant d'un niveau de puissance. Pour les scénaristes, c'est plus pratique comme ça. 

Les mutants les plus puissants sont appelés "mutants oméga". C'est Jean Grey, Professeur Xavier, ou Magnéto. Ce qui est génial avec cette classification, c'est l'équivalence qu'elle présuppose entre force et amoralité : plus les mutants deviennent forts, plus ils deviennent également dangereux, désintéressés des humains normaux, plus ils les méprisent, et plus ils sont capables de détruire des mondes entiers ou de commencer un génocide à l'heure du déjeuner. Le mutant oméga est au-dessus de toute morale. Un jour, Stan Lee a fait cristallisé l'archétype de ce genre de personnage : le mutant Alpha. Le mutant niveau "Oméga" était naturellement "oméga". Le mutant Alpha est quant à lui est encore plus horrible parce qu'il est artificiel de bout en bout. Il a été créé par Magnéto, carrément hors compét : il naît faible, et finit par devenir un véritable dieu, au même titre que le Beyonder plus tard. 

Les pédés classe A sont pareils, absolument terrifiants, parce qu'ils ont muté. Ils ont probablement dû être fragiles, et soumis à des formes multiples d'humiliations dès leur enfance. Puis ils sont devenus beaux, et toute leur haine a pu être redirigée, non contre leurs agresseurs, mais contre tous ceux qui spontanément venaient les draguer. Alors ils sont devenus impitoyables à force de broyer du pédé ordinaire sur les tchats de cul ou dans les clubs. J'en ai rencontré un il y a peu. Beau, intelligent, riche, du genre à faire des voyages partout dans le monde. Il connaît des mecs influents dans le milieu de la mode. Il sait qui est gay ou non dans le show business ou en politique, et il doit probablement fesser quelques députés de l'UMP dans les boîtes cuir. La seule trace qu'il garde de sa fragilité est sa dentition imparfaite qui l'empêche de trop sourire sur les photos.

 

 

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Le pédé classe A des années 80 : Hervé Guibert.

"en décembre 81 à Vienne, Jules baise sous mes yeux le petit masseur blond et frisé qu'il a chopé dans un sauna, Arthur, qui a des tâches et des croutes sur tout le corps, à propos duquel j'écris le lendemain dans mon journal, dans une semi-inconscicence car à cette époque on n'accorde qu'une foi relative au fléau : "en même temps, nous prenions la maladie sur le corps de l'autre. Nous eussions pris la lèpre si nous l'avions pu."

 

Un pote le connaissait également. Il a sorti son Iphone et on s'est montré son profil facebook en plein restau. C'était comme une histoire d'horreur qu'on raconte aux enfants. On tremblait devant lui. Il était objectivement inaccessible. Il ne parlait qu'en anglais sur son mur. Je crois que le simple fait de lui avoir envoyé des messages sur le tchat était déjà en soi une hérésie qui méritait une punition.

Pourtant, de nos premiers échanges, il ressortait qu'il avait dû avoir une vie plutôt normale de gentil fiston dans une ville de province. A Tours en fait, pour être précis. Mais sur les photos de son profil, on le voit, médecin, habillé street wear, traverser Hong Kong, photographier une forêt tropical. Sur un bateau (of course), le menton fier. Il ne rit jamais sur les photos (à cause de son petit truc qui foire au niveau des dents – un reste d'humanité). 

Mon pote journaliste, rigoureux dans l'info et obsédé par l'existence de pervers narcissiques, m'a tout de suite décrit le personnage (après que je menace de m'étouffer avec une crêpe au fromage sous ses yeux s'il ne me le raconte pas) : compliqué, beau, surbeau, portant très bien la casquette, très séduisant et donc... pervers narcissique. A l'évocation du diagnostic, on a hoché tous les trois la tête d'un air entendu. Nous sommes persuadés qu'il existe plus de pervers narcissiques dans le milieu gay que partout ailleurs. Non parce que nous serions tous des pervers (on s'est glissés tous les trois dans le costume de petits agneaux sacrifiés), mais probablement parce que pour surmonter son éventuel monstruosité, il a fallu que ces mecs aient recours à des stratégies psy assez extrêmes. Le retournement de l'injure est un exercice assez risqué en temps normal – voyez comment ça foire magistralement quand une grosse dit qu'elle aime son corps sur M6 puis qu'on la met en vitrine d'un magasin parisien très connu. Ajouté à ça le plaisir de partager une notion psychiatrique commune aux gays et aux hétéros, il n'y a que de bonnes raisons de parler tous les jours des pervers narcissiques. Le pédé classe A est donc notre croque-mitaine à nous. L'histoire qu'on se raconte dans le noir, par facebooks interposés.

 

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Mishima, ou quand la sculpture de soi devient un exercice masochiste.

 

En extrapolant – toujours journalistiquement – sur sa vie, on a aussitôt conclu à une dernière caractéristique probable : il est barebacker. Ces mecs sont si beaux et si avides qu'ils n'ont rien qui les empêchent de goûter aux délires bareback. Fatalement, ils vont prendre leurs pieds dans des orgies inimaginables, forcément, ils vont choper le VIH. Là, mon pote a établi le dernier lien qui nous manquait pour garantir de nos élucubrations. Il avait rencontré ce mec dans une soirée parisienne chez un pédé qui bosse pour AIDES – vous savez cette asso qui fait de la prévention en disant que c'est ok de retirer la capote une fois de temps en temps. C'était dans le 15ème, dans un appartement où toutes les bibliothèques avaient été remplacées par des lampes design. Une ingénieurie de luminaires colorés supplantant toute culture, là encore, on a frémi. C'était un signe évident de décadence. Au milieu de tout ça, notre pote s'est retrouvé à parler à plein de pédés classe A en même temps, tous beaux, cruels comme des chats qui jouent avec une souris. De vrais vampires psychiques. 

Mon pédé classe A en question m'a posé un énième lapin il y a peu. Mais je savais que ça finirait comme ça, et pourtant, c'est ça le plus significatif, il ne me lâche pas. Il continue à s'étonner que je m'étonne. Il continue de ponctionner l'attention des autres. Princesse et donjon retenant la princesse en même temps. 

 

 

 

Cruising... avec Al Pacino. On n'expliquera jamais ce film...

 

Maintenant que je suis assez mûr pour éviter les fous, je pourrais me contenter de vivre mieux. Mais voilà pourquoi je vois des pédés classe A partout : c'est parce qu'ils sont partout. Dans les séries, dans les films, dans les livres. J'ai parlé du Baron de Charlus (dont une émission sur France Culture, délectable d'homophobie, en faisait le plus noir portrait – cas singulier puis emblématique d'une homosexualité "nocturne et criminelle", en opposition à l'homosexualité féminine, "joyeuse et diurne"). Mais il y a aussi tous ces rôles ou ces personnages de gays criminels. Qu'on regarde Scorpio Rising, Cruising (ce film de W. Friedkin avec Al Pacino, qui se passe dans le milieu gay SM), ou tous les films de Bruce LaBruce, qui épuisent complètement le cliché du pédé criminel, hors société, punk magnifique. Pensez aussi aux grands sociopathes cinématographiques : Anthony Perkins dans Psychose, le serial-killer du Silence des Agneaux... Ken ou Lotso, dans Toy Story 3... 

 

 

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Trouble dans le genre... trouble dans la moralité...

 

Récemment encore, on parlait avec des potes de Lotso, on se foutait de ma gueule, parce que j'expliquais que, dans le cinéma pour enfants, le signe d'un personnage potentiellement criminel est un marqueur de genre dissonant. Expliquez après aux gamins qu'il ne faut pas craindre les homos et ne pas se traiter d'enculés ou de tapette dans la cours de récré... Bref, on entre dans la salle de Tron 2. Passée une heure de film chiant, le seul personnage ambigu sexuellement qui apparaît à l'écran est un manipulateur amoral et arrogant – un méchant. Un mauvais David Bowie période White Thin Duke. Dès qu'il faut un pédé à l'écran, il le faut beau, supérieur, arrogant, et plein de confiance – certainement pour rassurer les gays eux-mêmes. Alors qu'évidemment ça ne fait que nous précipiter davantage dans la gueule des vrais croque-mitaine... Si vous vous demandez si j'exagère, il suffit de regarder le premier film qui présente ouvertement un couple de gays : La Corde, d'Alfred Hitchcock. Deux pédés classe A décident de tuer quelqu'un par pur défi, et se font pincer par leur prof de philo dont ils prétendaient s'inspirer. 

 

 

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Deux pédés, un bouquet de fleurs, une réception mondaine... forcément, ils préparent quelque chose.

 

Entre le pédé à perruque, façon Cage aux Folles, qui fait rire en raison de tous les poils qui déborde du maquillage, et le pédé classe A, sociopathe magnifique, il y a tous les autres, mal habillés, mal rasés, qui ne dansent pas parfaitement en synchronisant bras et mouvements de tête, excessivement fragiles et paranos... bref, nous.

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Published by NKD - dans gay typique
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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 10:54

 

Vannes epic-fail

 

 

Une partie du monde arabe se soulève. Et une partie de moi a l'impression d'assister à quelque chose de très important, tandis que l'autre partie regarde la télé. Trop. 

La cause principale de mon malheur est d'être bon public. Une preuve : je continue de regarder la saison 7 de The Office, et contrairement à tout le monde je n'ai jamais décroché de Lost, même pas pendant la saison 3. J'ai même pensé aujourd'hui, en regardant le dernier épisode de Community, que c'était sans nul doute la meilleure chose qui me soit arrivée ces dernières semaines. J'ai ri à en recracher ma pizza à l'ananas faite maison. Rire devant la télé, c'est mon bonus existentiel. Après l'épisode, j'aurais pu vouloir fendre une voiture à mains nues. 

Je sais, c'est débile. C'est pathétique ? Vous pouvez trouver ça pathétique, mais l'effet de ce genre d'humour est de vous mettre dans une telle disposition d'esprit que vous vous en foutez qu'on vous trouve pathétique ou non. La sitcom vous faire croire que vous ne faites plus qu'un avec le monde, parce que vous comprenez l'humour de personnages complexes, que vous arrivez à rire autant du méchant qu'avec le méchant. Vous riez de tous et avec tous – vous êtes devenu une force qui fait tourner les tables. Et juste avant de partir, si votre voisin prolo vous arrête dans le couloir pour vous engueuler d'avoir appelé les flics la veille à cause du reggae man blanc alcoolo qui fout son ragga à fond, vous pouvez répondre : "Trouve moi pathétique, c'est le monde que tu blâmes, pas moi, car moi, je suis le monde."

Mais voilà, il y a l'humour cosmique, et il y a les comiques de télé. J'ai grandi avec Nulle part ailleurs sur Canal Plus, en étant sûr que plus mes parents regardaient les vannes de cul d'Antoine de Caunes et l'humour absurde d'Edouard Baer, plus ils accepteraient un jour que je ramène un Noir à la maison (bon, il se trouve que ça a d'abord été un Arabe...). Bref, là encore, j'ai tellement bouffé de mini-sketchs de Canal, que j'en ai raté le mouvement grunge... En un mot, là encore : je suis bon public (moi aussi, j'ai aimé les Inconnus). Mais aujourd'hui, lorsque j'ai allumé la télé après le boulot, j'ai vomi mon premier ras-le-bol définitif. Ce n'était plus la vanne qui était mauvaise, c'était la nature même de leur humour qui devenait insupportable. Entre Elie Sémoun et ses quelques vannes passives-agressives, ses hystéries Funèssiennes, ou la Miss Météo québécoise (pourtant marrante avec sa vanne sur les moyens de contraception), j'ai eu l'impression de soudain trouver la recette de l'humour "Canal" (c'est-à-dire des meilleures vannes télés jusqu'ici). Epiphanie et démystification immédiates.

J'explique. A force de les voir, j'ai compris leur mode opératoire. Les comiques doivent trouver tous les jours des vannes. Rapidité, productivité. Comme les journalistes, les comiques sont devenus des prolos. Non parce qu'ils ont un salaire de prolos, mais parce qu'ils vendent leurs forces de travail avec aussi peu de dignité qu'un prolo obligé de rembourser l'emprunt de son écran plasma (comment je connais les prolos : j'ai grandi avec ; ça et mon voisin, remember). Tout est devenu évident. Comment faire de l'humour le plus rapidement possible ? C'est simple, même si ça paraît paradoxal. Il faut faire du second degré. Le second degré, que je pensais être super classe depuis ma première vanne en public au milieu d'une cours de récré, est en fait un modèle économique d'humour fast-food. Pourquoi ? Parce qu'il suffit de bien jouer, d'y mettre le ton – le contenu importe peu. Vous pouvez ensuite répéter n'importe quoi avec un "ton", une sorte de minuscule décalage qui vous assure un peu de hype, un peu de distance. Alors, le monde meurt de rire à vos pieds. 

 

 


 

Les vannes pourries d'Omar et Fred sont caractéristiques. Ils font feu de tout bois, ils parlent de politique ou d'actu télé – ils recyclent tout. L'apparition de faux personnages redoublent et parodient l'existence de "vrais" gens : Jean Leguin, "humoriste", François le Français (dont on ne sait plus très bien si c'est une parodie d'identité nationale, ou un bon gars). Ils tapent sur des mecs déjà ringards. Mais ils portent des oreilles de Mickey, des lunettes bizarres, ils imitent des voix contrefaites et bizarres. Bref, il ne tiennent que par ce mini-décalage, par le boulot du costumier et le dispositif du téléphone. A l'inverse, leurs meilleurs personnages n'ont quasiment pas besoin de costumes. Ce sont ceux qui ne sont pas de simples évidences : Tata Suzanne (des lunettes – même pas besoin de perruque), Rocco Sifredi (un blouson en cuir, et encore), Super Connard, ou le gosse qui ne pige rien joué par Omar (un sweet capuche, à la rigueur). Quant aux pédés qui apparaissent régulièrement pour demander des recettes pour se faire mettre des trucs dans le cul (car c'est toujours cette obsesssion de la pénétration anale qui définit le pédé pour eux), c'est en soi une honte et un risque nucléaire de réexploiter à ce point la Cage aux folles (sans payer de droit). 

Les comiques "Canal" se mettent à recycler tout et n'importe quoi. Surtout, ils leur devient utile de "basher", de se moquer de tout et n'importe qui. Non pas parce que "ça rapporte" (c'est le grand malentendu). Mais parce que pour aller vite, pour emballer sa petite vanne tous les jours, il faut utiliser quelque chose de déjà connu vis-à-vis duquel on peut prendre de la distance. Rien de plus facile que d'utiliser les représentations kitsch de ceux qui nous précèdent, ou ont moins de goût que nous. Ou rien de plus facile que de se moquer directement de son public. 

C'est la tradition des one-man-show. Le comique supposé prouver son don comique pour l'improvisation a besoin d'une matière première. Le public est là, hagard, habillé casual pour aller fusionner avec le cosmos et montrer ses dents – et ce public, sans le savoir, est déjà comique par essence : puisqu'ils sont allés rire des vannes d'un autre, ils sont (moins drôles et donc) risibles eux-mêmes. L'humour prolo c'est l'humour de celui qui va forcément finir par bouffer la main de celui qui l'a nourri. D'où nos éternels débats pour savoir si on a le droit de rire de tout et avec tout le monde, qui, concrètement ne signifient qu'une chose : puis-je me foutre de mon public à force de manque de créativité ? La seule réponse, c'est que tant que vous êtes créatifs, ça ne se voit pas. Tant que vous êtes bons, vous n'avez pas besoin de vous retournez contre votre public pour lui bouffer le visage comme un pitbull traumatisé dans son enfance. 

L'humour coûteux, c'est celui qui a besoin d'installer une situation avant de faire rire. Parce que le comédien parle pendant quelques minutes sans faire rire. Il pose un petit univers, ou énonce une banalité qu'il va chercher à rendre d'un coup plus étrange. Ce n'est pas immédiat, mais surtout, c'est moins méchant. La situation comique protège le public, installe une distance qui n'est plus celle de la moquerie. L'humour coûteux, c'est aussi l'humour risqué, qui improvise sur une trame mince, absurde (Edouard Baer, forever, drôle une fois sur deux, mais reposant). J'aimais la blague pauvre. Où il ne se passait rien, ou presque. Juste l'évocation d'autre chose, d'un peu poétique. Tant pis si on ne riait pas. On observait l'équilibriste.

Réécoutez les vannes de ce soir. C'est de la blague matière grasse. Il y a de moins en moins de rire pour de plus en plus de conneries. Miss Météo : "Les celsius m'habitent". "A deux mains" (pour à demain). Ce qui la sauve encore une fois, c'est le dispositif, la voix suraiguë de la speakerine 1950. Fred – bon acteur – fait ce soir Rocco Sifredi ("ma bite et moi, on fait du freesbite" – à la limite pourquoi pas). F. et O. lisent des vannes carambar en prétendant se marrer. "M/Mme bien ont une fille, comment elle s'appelle ? Ava. Ava Bien." 

Le seul truc drôle : la chapka qu'il porte. 

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 00:38

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Needle Drop (alias Anthony Fantano) : les meilleures critiques d'albums.

 

ça fait maintenant deux mois que je tourne dans ma tête une phrase géniale. Je dois la partager, tellement cette phrase va pouvoir bientôt annuler bon nombre de conversations chiantes sur la musique, éradiquer pleins de trolls des forums, et enfin régler la question du rapport de l'art et du divertissement. 

Bref, cette formule c'est de l'uranium enrichi vendu en contrebande aux terroristes du bon goût dont je suis (de toute façon, je suis barbu moi aussi).

Je suis tombé dessus par hasard au moment où je cherchais un type avec qui partager une vérité cosmique. Particulièrement une vérité cosmique au sujet du dernier album d'Uffie. Uffie, la gamine que tous les trentenaires libidineux à barbe à trois jours (et intellos reniés) voulaient se taper. Survendue par les Inrocks. Défendue et surprotégée par une horde de de DJ/producteurs parisiens – probablement des reptiliens mutants infiltrés parmi nous depuis longtemps pour annihiler tout discernement en matière de musique...

Je continue mon préambule, déjà trop long : il ne faut plus inventer de nouvelles générations de téléphones portables, mais des détecteurs de formules qui font basculer d'une époque vers une autre, des détecteurs de futur... Arrêtez vos conneries, les mecs, la vraie info, c'est pas les SMS, c'est la pensée.

 

 

 

Needle Drop, c'est ça...

 

C'est au détour d'une critique vidéo de Needle Drop de l'album d'Uffie que cette vérité cosmique a jailli. Plus claire et moins longue que tous les solos d'intros de Pink Floyd. Uffie a été produite à la truelle vocodée par des producteurs sans doute gênés par son manque de charisme et de voix. Le résultat est nullissime. Mais pourtant, cette nullissimité a été défendue par nos magazines culturelles, sur un prétexte qu'Uffie elle-même a fourni. 

Elle dit : "je suis une entertainer, pas une artiste".

Sur cette même idée, des régimes tyranniques entiers ont prospéré. Des têtes ont été calcinées par l'idéologie du divertissement et cuite de honte à l'idée de faire vraiment de l'art. Des générations entières ont été sacrifiées en écoutant Johnny Hallyday, qui en ont sacrifié d'autres à leur tour en leur faisant écouter Bénabar (relire ce que the guardian disait de Johnny : "la banane de Johnny est sans doute plus grise que blonde aujourd'hui, et la peau de son visage lifté plus tannée encore que ses jeans en cuir" voilà la vérité nue).

Bref, la réponse d'Anthony Fantano, fusa à mes oreilles comme un cocktail de napalm salvateur... Mais juste avant, ses vannes : "Uffie est si autotuned qu'on dirait entendre les tribulations d'une femme robot !" "Ses parole sont si narcissiques qu'elle fait passer les gangsta rappeurs pour des mecs altruistes !" "Ses sujets : elle-même, les gens qu'elle aime parce qu'ils l'aiment, les gens qui parlent d'elle, les gens qui l'aiment, les gens qui la détestent, et elle qui aime quelqu'un." "Une miley cyrus underground."

Un gros Lol autotuned dans ta face de reptilien, toi le mec des Inrocks forcé de dire du bien de ton pote !

 

 

Uffie, c'est ça....

 

Je suis long à jouir, mais voilà la Vérité Cosmique qui arrive, juste après la fontaine de vannes au bout à droite. 

Anthony-beau-gosse-latino Fantano répond : "Après tout, Uffie dit elle-même qu'elle n'est pas une artiste, une parolière, ou une chanteuse, mais elle dit bien qu'elle est une entertaineuse. Et ma question est que si tu ne sais pas être une artiste, ou une parolière, ou une chanteuse, comment peux-tu prétendre divertir qui que ce soit...?!"

Sur la vidéo, à 3'07, mon détecteur de formule géniale qui construisent le monde futur a explosé ! 

A tous les petits connards qui viennent pulluler et se reproduire en copulant sans capote sur les radios, à tous les "simples entertainers", les "gentils" artistes qui ne font que chanter pour la masse (et je sors les "guillemets" du "mépris", ici), et à tous ceux qui, très très consciemment, viennent revendiquer philosophiquement l'autonomie de la sphère du divertissement par rapport à l'AAAAAArt, je tiens à rendre le message bien clair : c'est fini, it's over, bande de nazes, vous devez désormais faire de l'Art pour divertir quelqu'un. 

Le divertissement n'est qu'un effet de l'AAAArrrrt ! Et il ne faut plus avoir de mal à remettre toutes les majuscules nécessaires. Je meurs personnellement d'avoir vu et entendu trop de merde. Faire des erreurs est ok, j'adore ça, c'est marrant les erreurs, mais instituer des erreurs de goût en goût... c'est un problème. 

 

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La petite phrase d'Anthony Fantano tue et nique sa race en même temps. Le divertissement était un pur prétexte pour abaisser toutes les exigences de l'art. Et en se coupant de tout divertissement, l'art contemporain en a profité pour lui-même se couper de tout intérêt vital. Au fond, il est naturel de considérer que le divertissement et l'art ne constitue qu'une seule et même chose. Ou en tout cas, avant que plein de problèmes philosophiques me ressautent au visage, j'adorerais que cet argument devienne une sorte d'amulette contre les simples divertisseurs. Pour bien divertir, il faut savoir faire de l'art ! Ce qui ne signifie pas non plus que l'art ne soit que du divertissement, mais simplement que le divertissement est une forme inférieure d'art, et non un truc autonome, de pur fric, où on pourrait se permettre de faire n'importe quoi. Merci pour la formule cosmique, Anthony ! Je n'attends plus que de l'utiliser un jour dans une conversation enflammée contre un connard.

Les mecs si vous ne voulez que divertir, tournez un porno, chantez dans les bals, ou construisez des montagnes russes, mais n'enregistrez pas d'albums et ne collez pas votre tête sur plein d'affiches en espérant que le succès recouvre et cache l'énorme béance absurde qu'est votre existence.

Merci Anthony, tu portes si bien les lunettes aussi.

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  • : Le blog du mec avec qui vous aimeriez parler dans un café de tout et n'importe quoi – mais que vous hésiteriez à rappeler pour en boire un deuxième parce qu'il a quand même l'air flippant et immature. Bref, le blog d'un queutard romantique qui essaie de trouver la paix intérieure et le salut par la culture pop. D'intello qui lit encore Naruto. De fan de Kele Okereke qui n'arrive pas à aimer son dernier album.
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