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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 22:37

 

 

Runnings_Air-max-or.jpg

 

Dans une de mes (pas si nombreuses) conversations avec les membres de la gent féminine, la vérité secrète des talons aiguilles m'a été révélée. 

Les talons aujourd'hui ne sont plus la marque de la domination masculine du pied. C'est ringard, dépassé. Le girl power a donné une nouvelle signification à la torture de la plant des pieds. Ils rendent tout simplement puissant qui les porte. 

Comme l'anneau du Seigneur des Anneaux, si vous les portez vous devenez plus fort et un grand oeil maléfique vous mate en permanence. Vous claquez à chaque pas dans la rue, vous aiguisez l'oreille de tous les mâles alentour, vous êtes plus grande, et ultimement, chacun de vos mouvements relève de la prouesse renouvelée de se déplacer sur moins de 5cm2 de chaussures. Bref, tandis que vous flottez de bonheur, les mâles n'en peuvent plus de vos talons aiguilles, et leurs tours à eux, et plus seulement celle de Soron, a également une bonne chance se dresser. 

Apprendre tout ça m'a d'abord obligé à reconsidérer sérieusement la signification du long chemin de Frodon vers la tour de Soron. Notre nain à gros pieds poilus portant l'anneau n'est-il pas la métaphore de l'empowerment de la blonde à talons aiguilles...? Frodon ne veut-il pas simplement faire un strip tease tout haut du volcan maudit pour Sauron et ses armées de Trolls ? Mais surtout (alors que cette conversation a presque plus de six mois maintenant), j'ai commencé à voir les pieds des femmes de façon absolument différente. 

 

 

Runnings_south-park-07.jpg

Satan porte-t-il aussi des talons aiguilles ?

 

Je pensais jusqu'à présent que les talons aiguilles, et la cambrure qu'ils provoquaient, n'étaient qu'un signe envoyé aux mâles – et pour avoir souvent vérifié leurs effets sur un ami, je peux garantir que ça peut presque frôler l'hypnose (surtout si le pas est régulier, et surtout sur le pavé)... Du coup, tous les discours sur le plaisir de porter des talons me semblaient fallacieux dans la mesure où le plaisir que prenait une femme à en porter s'expliquer d'abord par le plaisir qu'elles donnaient aux hommes à les montrer. Mais ces talons sont aussi une façon de se grandir. Ils permettent de compenser la taille des femmes, même si les médecins expliquent que c'est une véritable ruine pour la colonne vertébrale. Cette sensation féminine subjective que je négligeais m'a ouvert un monde nouveau. Il est possible qu'une femme porte des talons pour se sentir bien (bien que ça soit une douleur réelle), car ça autorise à se sentir plus fort, plus grand, plus important, qu'on soit véritablement regardé ou non.

En gardant cette idée d'empowerment en tête, une remarque m'est revenue. Il y a plusieurs années, un pote m'avait déjà parlé de l'empowerment... par les bottines. Il bossait dans un magasin de luxe, et il marchait de façon de plus en plus rythmée, de plus en plus ostensible, en claquant sèchement les talons après un crescendo de pas feutrés dès qu'il arrivait derrière un client potentiel. Je lui ai demandé la raison de ces chorégraphies et il m'a répondu que les bottines ça niquait tout simplement sa mère. Elles lui donnait envie de marcher comme sur un podium, et de s'arrêter, regarder à droite, clac, à gauche, clac, et de repartir à 180° dans un demi-bond à la Ninjinski. Bref, il se la pétait avec ses bottines. S'en est suivi une séance d'essayage et déconnage sur mon lino, en simple slip, pour tester l'empowerment jusque dans sa plus grande pureté : des talons, simplement des talons, un peu de hauteur, et des claquements de talons.

 

 

Runnings_Bayonetta-2022.jpg

Les talons aiguilles pistolets. Les caillera devraient apprécier les deux aspects...

 

Jusqu'ici, tout ça restaient assez clairement une affaire de gros pédé. Parce que mon pote magique se vivait personnellement comme l'incarnation de la métrosexualité gay (autrement dit un pléonasme) – et il pratiquait ses bottines comme des substituts de talons aiguilles parce qu'il avait trop regardé les défilés pendant une longue partie de sa jeunesse ou qu'il avait certainement dormi avec des images de princesses et de sirènes cachées sous son oreiller. Mais la vérité brutale et crue de l'empowerment par les shoes, je l'ai trouvé à la gare, en matant les chaussures des racailles désoeuvrées. je précise que de là où je viens, c'est-à-dire pas d'une grande ville de France, les racailles sont autant susceptibles d'être rebeu ou renoi (toi aussi, choisis ton terme inadéquats préférés pour parler de race sans en avoir l'air...) que juste cul-terreux et blanc, avec des plaques rouges sur les joues, et des coupes de skins. Les runnings de l'un d'eux ne semblait pas lui seoir parfaitement. On voyait soudain qu'il avait de petits pieds car elles lui faisaient comme des semelles compensées, avec trois étages de bulles d'air, et d'effets requin... Ses pieds devenaient des buldings publicitaires à la gloire de Nike, Adidas ou Reebok. Un mélange d'avant garde constructiviste et de fétichisme gay. L'effet pouvait être comique en soi, parce qu'encore vaguement involontaire. Mais cette fois-ci, ils étaient plusieurs dans son cas. Le train qui revenait de paris était attendu par plein de petites caillera à runnings qui se faisait grandir de vingt bon centimètres. Nos hobbits faisaient les cents pas avec, sous les pieds, la puissance secrète de l'empowerment de talons aiguilles en version masculine.

Deux différences : c'est moins douloureux, et ça fait moins de bruit. Mais les défauts une fois écartés, la raison du port des runnings est la même : elles font se sentir plus haut ceux qui les portent. Parce que nos caillera errantes ont de quoi souhaiter se sentir plus puissants. Ils ont une vie de merde. Ils vivent dans un milieu ultra-concurrentiel bondé d'autres caillera qui veulent en découdre. Qui plus est, tout comme les femmes, ils sont peu considérés socialement. Bref, si on ajoute ces deux éléments ensemble à ma sociologie de comptoir, on peut dire, que tout machisme étant égal par ailleurs, les caillera comblent le même déficit de confiance en soi en s'achetant des super runnings requin à talons hauts. Même dans l'allure on pourrait tenter la comparaison. Les silhouettes sont cambrées par les talons aiguilles, les caillera marchent en canard quand ils portent des runnings. Empowerment par la démarche en canard. 

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 15:37

 

Kinebacterie_move_wiimote_natal.jpgLa kinébactérie : progrès... ou régression ?

 

La kinect, la playstation move, la wiimote... Trois nouveaux modes jeu qui nous prient de bouger dans le salon autant que ça bouge à l'écran.

La différence n'est pas moindre entre la manette traditionnelle et les "movemote" (je n'ai pas mal digéré... j'utilise simplement le nom générique débile auxquels les pulicitaires ont certainement pensé). Ou disons plutôt, en hommage à ce prof de grec qui nous a minéralisé en cinquième et fait entrevoir un monde plein de connexions secrètes sept ans plus tard quand on a commencé à vraiment lire des trucs intelligents : "kinébactérie", "le bâton du mouvement, tout simplement.

Pendant cette époque bénie, où nous nous trouvions collé contre la moquette à jouer à la console, il s'opérait une double magie : d'abord (en plus de fusionner avec ce truc chaud plein de poils qu'est la moquette) ça bougeait sur l'écran, mais surtout on n'avait pas à bouger soi-même pour faire sauter le plombier dans tous les sens. On n'avait pas à sauter soi-même le poing en l'air pour faire un shoryuken, ni à concentrer deux secondes en bas puis coup de pied haut pour faire un Flashkick. Le mouvement semblait se décupler par l'intermédiaire de la console. Les kinébactéries ("bâtons de mouvement", je répète) sont peut-être à l'inverse l'instrument d'une perte du mouvement. Je donne plus (un large coup de wiimote), pour en obtenir moins (un pauvre coup inefficace de raquette de ping pong). Ma première réaction, quand j'ai eu une wiimote en main, a donc été de craindre de mourir de ridicule. Ce qui arriva. Car il y a surtout du ridicule à quitter le monde merveilleux de la dextérité abstraite pour se retrouver à effectuer soi-même les gestes qu'on fait virtuellement parce qu'on ne peut justement pas les faire en réalité. 

Pour redire la même chose en plusieurs petites phrases simples : le propre du jeu vidéo, c'est de nous projeter dans un monde virtuel. Dans ce monde, je peux tout faire. Le rêve de voler sans effort est la manifestation la plus profonde du jeu vidéo. Il n'y a pas de rapport entre les boutons appuyés et les mouvements obtenus – et il ne doit pas y en avoir, car c'est ce qui nous garantit de ne pas vivre une simple imitation de vie. Nous autres, les gosses nostalgiques et rêveurs de classe moyenne, devrions nous moquer jusqu'au bout de la réalité ! Pourquoi vouloir maintenant mimer les gestes réels ? J'imagine déjà le nouveau jeu wii : faire les courses au supermarché en multijoueurs, remplir sa déclaration d'impôts en agitant la wiimote... Si je peux le faire en vrai, il n'y a aucun intérêt à faire comme si j'avais une raquette de ping pong ou un volant entre les mains. Ce qui sauvait les simulations du ridicule, c'est justement qu'elles restaient des simulations, abstraites, simplifiées, bref, toujours aussi peu réalistes – au nom du plaisir vidéoludique lui-même.

 

 

Argument décisif : pourrait faire des combats aussi rapides et vifs avec une kinébactérie ?... 

 

Deux coups de raquette de ping pong virtuel plus tard, je l'ai ressenti au plus profond de mon être de geek pâlichon : je ne quitterai jamais ma manette pour cet enfer kinébactérique ! Et il y a tellement de bons arguments pour ça : 

1. Nos jeux vidéos nous ont donné la possibilité de nous sentir puissants en ne quittant pas le canapé. Pourquoi quitter le canapé et paraître maintenant ridicule ? Car quel geek sait danser parfaitement ? Quel geek sait boxer ? Quel geek en a d'ailleurs quelque chose à foutre ? Si on avait une once de politique communautaire, on se réunirait au rayon Nintendo et on mettrait à sac les étales de jeux, en ne laissant intact que Mario Galaxy et Mario Kart – par respect pour leurs ancêtres. Car on veut faire honte aux geeks désormais de n'être qu'un tas de chair molle et sous exposée à la lumière du soleil. Il y a une raison économique et sociologique assez simple derrière cette recrudescence de kinébactéries : les consoles ont été vendues aux non-geek. 

Auparavant, on pouvait jouer à plusieurs, mais sans kinébactéries. La Nes avait beau accueillir jusqu'à quatre joueurs, ou la Gamecube intégrer carrément les quatre ports à la console elle-même, tout le monde était supposé avoir une maîtrise minimale des touches. Et on comprenait ça, on comprenait l'idéalisme inhérent au geste vidéoludique. On partageait le même idéal. Et même les non-geek avaient appris les codes. Depuis qu'on doit aussi inviter les nouveaux non-geeks à jouer (c'est-à-dire, la grand-mère, les potes retardés, et les potes "qui ne sont plus des gamins, oh, ça va"), et depuis que le jeu à plusieurs a été contenu dans ce monde moite et cruel que sont les plateformes multijoueurs, on a abandonné les exigences communautaires du maniement d'un joypad. Aux bourrins, donc, on vend des gestes simples, supposés intuitifs et qui ne le sont même pas (un joueur de ping pong pro restera mauvais à n'importe quel jeu de ping pong – kinébactérie ou non). On liquide la poésie du monde geek et les conversations géniales d'antan, où, pour faire apparaître les boss de Street fighter II tubo, il fallait se répéter la formule magique – absolument arbitraire : bas, R, haut, L, Y et B... 

 

 

Kinebacterie_avatar-james-cameron-zoe-saldana-4090726vbzm.jpg

Avatar, la kinébactérie des mecs qui n'ont pas d'imagination.

 

2. Qui plus est, cela a-t-il un quelconque sens, une quelconque efficacité de faire des gestes en dehors de tout contexte réel...? J'aurais beau préparer des émincés avec ma kinébactérie, j'en resterais pas moins incapable d'être efficace, puisque le geste ne prend sens que si j'ai un navet devant moi et une casserole en train de bouillir. On nous fait croire que l'action vaut par elle-même. Mais apprendre à danser dans son salon sert-il à quelque chose ? On n'apprend jamais qu'à danser dans son salon – d'où on tire potentiellement une confiance infondée qui nous sert par la suite d'excitant pour véritablement danser dans les clubs. Mais alors autant prendre tout de suite de la coke. Préparer un geste perpétuellement ne serait qu'une double perte : perte de temps pour des activités dont l'état de geek nous avait a priori éloigné (et à raison...! Je ne veux pas apprendre à danser le R'n'B comme la fille de Will Smith ou devenir DJ comme David Guetta !!!), et perte de tout sens de l'efficacité réelle – puisque privé de contexte réel, ces activités ne sont rien d'autre qu'un canada dry existentiel !

Quelle différence, donc, entre le geste avec kinébactérie et le geste qui s'insère dans le réel ! Un émincé préparé virtuellement avec une kinébactérie manquerait l'aspect peut-être le plus important du réel lui-même : la résistance. En plus des textures, et de beaucoup d'autres informations, c'est malgré tout là que le bas blesse. Le réel m'oppose sa perpétuelle résistance. Mon geste de kinébactérie est sans pesanteur, sans collision... bref, il est nul. Ou plutôt, je suis ma seule résistance. Le super slogan de ce nouveau gameplay devrait être : "le jeu, c'est vous". Car littéralement, la projection virtuelle compte moins que le geste. Les univers de ces jeux kinébactériques sont d'une incroyable pauvreté, car ils ne sont destinés à n'être qu'un réceptacle d'informations. La seule résistance offerte est celle de mon propre corps qui ne se plie pas assez bien au mouvement à effectuer. Pensez-y, jouez avec une kinébactérie reviendrait à jouer avec une manette dont les boutons sont simplement plus durs à enfoncer. 

Notre très chère manette à boutons au contraire (même pas forcément besoin de stick) réalise un véritable tour de force : elle simplifie les gestes, elle fait disparaître le corps. Appuyer sur un bouton n'est pas le défi du jeu vidéo. C'est se plier à l'univers du jeu, et le codage de nos réponses en séries de gestes brefs qui définissent notre participation kinesthésique à la sphère ludique. On aurait raison de dire que dans les deux cas, il faut se plier aux règles du jeu pour gagner, mais le propre d'un jeu kinébactérique, c'est qu'en sollicitant l'attention sur le corps, il empêche l'absorption dans l'univers du jeu. On perd donc complètement la contemplation (parfois mortelle) avec une sphère de quasi-rêve. Et me voici transformé en blaireau qui bouge les bras pour faire semblant de voler... Alors qu'un gamer traditionnel peut s'évader véritablement en faisant taire son corps, en s'immobilisant, et en s'explosant les yeux devant une image... d'où il ne peut plus démêler son imaginaire propre du virtuel des industries de masses. Le joueur à manette connaît une certaine forme de transe. L'épuisement physique du kinébactériste annihile toute vélléité de contemplation pure. 

Il y a fort à parier que les fantasmes SF de monde virtuel fasse totalement l'impasse sur cette vérité profonde : le seul virtuel où l'on puisse se perdre est aussi celui auquel on n'accède qu'à condition de quitter son corps. Le film Avatar fait au contraire de la réapparition d'un corps la condition sine qua non pour déambuler dans un autre univers. Quelle régression. Comment ne pas voir que ce corps de Naa'vi n'est qu'un nouvel obstacle qu'on fait apparaître dans la déambulation ! Le film cultive d'ailleurs l'ambiguïté, contrairement à Matrix. Cameron a dû penser que le summum du virtuel est la re-création d'un corps (d'où la triste scène finale). Au contraire, le plaisir ludique n'est nôtre qu'à condition de n'être pas le corps qu'on manipule. Dans Matrix, au moins, les choses sont claires. Si le corps peut être endommagé, voire détruit,  on ne peut se plonger dans la matrice qu'à condition d'avoir éteint son corps, et non en en allumant un autre... Cameron est du côté de la kinébactérie. Les frères Wachovski du côté de la spiritualité joypadienne. Point. 

 

 

Le vrai sens de la virtuosité est dans la manette.

 

3. Il y a bien sûr, certains gestes avec la manette qui ont toujours eu un semblant d'analogie avec le réel. Il a toujours fallu appuyer de façon répétée et rapide sur le même bouton pour soutenir une action virtuelle. Mais le reste des combinaisons sont arbitraires, et appelle un vrai travail de recomposition du geste, une véritable traduction. Un shoryuken = avant, bas, diagonale bas – c'est-à-dire un hadoken "brisé", commencé puis avorté. C'est là que se joue vraiment la virtuosité. Si je voulais aventurer une définition, je dirai que la virtuosité est la traduction stylisée d'un geste. Un symbole du geste lui-même. Et en cela, la virtuosité sollicite en nous une véritable intelligence du geste. La posséder, c'est savoir qu'un geste simple n'est jamais simple, mais qu'il n'est qu'une collection de gestes qu'on peut toujours réduire au minimum. Cette réduction, c'est la virtuosité.

Le propre de la kinébactérie est au contraire de faire bouger, de mettre socialement les corps en réseau en les projetant sur une interface virtuelle. La conséquence de cette socialisation – non plus du jeu, mais des conditions du jeu – est d'éliminer la recherche du geste parfait. Car le geste parfait procède par la soustraction des fausses relations, par l'épuration des faux gestes, et des effets de style – la virtuosité est impersonnelle. Le pianiste virtuose est celui qui sait ce qu'il suffit de faire pour faire sonner le marteau contre la corde. Il connaît le mécanisme du piano, il l'épouse. Rien de moins virtuose donc, que d'envelopper un gestes de scories et de minauderies en tout genre. Devant votre écran, avec vos amis, vous parlez, vous sautez, vous vous agitez... et c'est littéralement la générosité et la gratuité du jeu social qui vous fait vous sentir au chaud dans cette espace commun. Le canapé compte plus que l'écran. Le gamer virtuose, quant à lui, ne sera jamais généreux. C'est le prix de sa virtuosité. La lumière froide de son écran plasma est la seule chaleur dont il a besoin. Et quand il se laisserait prendre à contempler, le temps d'un instant, les arbres magnifiques, les effets de neige et de lumière, il les soustrairait aussitôt de sa perception pour ne retenir que la silhouette... d'un chien espion surgissant d'entre les barbelés d'un camp de prisonniers russes.

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Published by NKD - dans gamer
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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 05:44

 

 

Bi_freud_Fliess.gif

S. Freud et W. Fliess... amis pour la vie ? Non, juste le temps d'un article sur la bisexualité en 1905. Freud s'en séparera juste après.

 

Freud est souvent la première référence évoquée quand il s'agit de bisexualité. Logique, il est le premier scientifique à en faire parler, et il est le plus important.

Le très récent documentaire "Amour en tout genre" (2010) ne fait que prouver ce point une fois de plus. Aujourd'hui encore, Sigmund reste le papa qu'on va appeler à la rescousse dès qu'il s'agit de nous expliquer comment on (ne) fait (pas) d'enfants.  Dès le premier entretien, la copine lesbienne du réalisateur, qui se définit comme "bi sans étiquette" (un oxymore, une anti-phrase... je laisse les plus fins sémiologues en débattre), invoque aussitôt le psychanalyste : Freud explique que tout le monde est bisexuel dès la naissance, et que c'est par la suite qu'on devient hétéro ou homo.

La théorie de la bisexualité freudienne dans nos esprit c'est ça : la pulsion sexuelle authentique est sans objet, elle est donc bisexuelle. Nous ne choisissons notre objet sexuel que par la suite d'une contrainte sociale. Comme nous vivons dans un monde plus flou quant aux rôles et aux identités sexuelles, il est logique qu'il y ait plus de bisexuels.

Avant même de revenir au texte freudien lui-même, on peut critiquer le freudisme superficiel qui s'étale dans les bars bobos et les soirées d'ados gothiques : (1) si la pulsion sexuelle n'a pas d'objet, pourquoi ne pas être bien plus que bi, mais carrément... pansexuel. Objet, animaux, enfants, meubles, fruits, légumes, sextoys ou emballages de sextoys... tout devrait pouvoir être investi d'une puissance sexuelle – ce qui n'est pas ni réaliste, ni raisonnable. (2) Même dans un monde où les frontières se brouillent, il y a toujours nécessité de se forger une identité fixe. Car la vie suppose de faire un choix et de s'y tenir (le jour où on pourrait voyager dans le temps ou rester éternellement jeune, j'écouterais les arguments inverses). Car l'amour aussi suppose de faire un choix et de s'y tenir – à moins de coupler automatiquement bisexualité et polygamie, ce qui a au moins l'avantage de la cohérence. 

 

 

Freud_bi_Trois-essais.jpg

La Bi-ible des bi...

 

La théorie de Freud au sujet de la bisexualité est principalement développée dans les "Trois Essais sur la théorie sexuelle." 

Il n'y a que quatre occurrences du terme "bisexualité" dans le texte (dont une qui est faussée).

 

1. La première occurrence est un simple intertitre : "recours à la bisexualité". 

En effet pour expliquer l'inversion (l'homosexualité), Freud a recours à l'idée d'une bisexualité inhérente à la pulsion sexuelle. Si la pulsion sexuelle est indéterminée, et donc bisexuelle, il peut exister des hommes qui désirent d'autres hommes. Attention à trois contre-sens : (a) la bisexualité n'est donc pas une sexualité entière, c'est une tendance primitive chargée d'expliquer cette aberration qu'est l'inversion. Freud ne traite jamais de bisexualité comme s'il s'agissait d'un vrai mode de vie possible. (b) Pour Freud, cette théorie est une hypothèse. Les observations scientifiques des "glandes pubertaires" ne sont que partielles, et à confirmer comme il le répète à la fin de l'ouvrage – et de fait, il aura tort quelques années plus tard : les hormones ne déterminent pas le genre d'objets sexuels qu'on se choisit, et un homme ne secrète pas autant d'oestrogène qu'une femme. (c) S'il a recours à cette théorie (dont on dira pourquoi elle est délirante plus tard), c'est d'abord par souci d'homogénéité dans son explication générale de la sexualité. Si on traite les homosexuelles comme de véritables aberrations, il n'y a pas lieu de recourir à cette théorie. Freud est soucieux d'expliquer un genre d'invertis bien précis : l'inversion acquise – autrement dit les hommes mariés qui aiment se taper quelques adolescents de temps en temps. L'inversion innée elle, ou l'hétérosexualité innée, elle aussi, ne posent aucun problème (c'est naturel, c'est chimique, point !).

Pour le dire simplement : Freud fait une hypothèse, qui s'avère fausse, et qui ne concerne qu'une toute petite partie de la population. Qui plus est, par bisexualité, il faut comprendre : la bisexualité de ceux qui se tapent aussi des mecs au lieu de leurs seules femmes. Bref, si vous êtes gay ou lesbienne, c'est parce que vous êtes bi. Mais si vous êtes hétéro, c'est parce que c'est chimique. Et si vous êtes un "hermaphrodite psychique", c'est bon pour vous, c'est à cause d'un truc de glande, et tout, bref, c'est aussi chimique...

2. La deuxième occurrence est en partie faussée, car le terme allemand original est Gegensatzpaare (pair de contraires) : "on serait tenté, au contraire, de mettre cette présence simultanée d'opposés en rapport avec l'opposition du masculin et du féminin réunis dans la bisexualité, qu'il faut souvent remplacer en psychanalyse par celle d'actif et de passif." Mais c'est peut-être l'occurence la plus intéressante (celle qui justifie l'article wikipedia ou les travaux de Catherine Deschamps).

Au lieu d'objet sexuel masculin ou féminin, Freud propose de définir la pulsion comme active ou passive. Lorsque vous jouez les gorilles, c'est parce que vous êtes masculins, ou plutôt (si vous êtes poète) c'est parce que vous êtes "actif". Si vous jouez les huîtres lascives, difficiles à ouvrir, c'est parce que vous êtes femme au fond de vous, bref, vous êtes "passive". Première nuance, papa Freud propose ça comme une pure convenance de langage – et on le comprend ! Deuxième nuance, qu'on change ou non le terme, Freud ajoute plus loin que "toute libido est de nature masculine"... donc votre pulsion, pour toute passive qu'elle soit, en tant que pulsion, n'en est pas moins active. Pour dire les choses plus clairement : il n'y a pas de pulsion active ou passive, mais simplement une pulsion ou pas de pulsion du tout. Cette distinction, et cette indétermination qu'on appelle la bisexualité (encore une fois... par abus de traduction), ne sert donc à rien. La bisexualité comme hypothèse meurt à la page 161 de l'édition folio Essais. Sorry, Catherine Deschamps.

 

 

Freud bi cigar

 

3. La troisième occurence est délirante et magique, et elle nous fait bien toucher du doigt ce que Freud entend par bisexualité : "il est tout à fait possible que de nouvelles expériences révèlent que la disposition normale de la glande pubertaire est hermaphrodite, moyennant quoi la bisexualité des animaux supérieurs trouverait un fondement anatomique, et il est vraisemblable, dès maintenant, qu'elle n'est pas le seul organe concerné par la production de l'excitation sexuelle et des caractères sexuels."

Avant de relever l'erreur essentiel de Freud concernant l'homosexualité, cette occurrence permet de bien montrer ce qui intéresse Freud dans la théorie de la bisexualité. La bisexualité a selon lui un ancrage anatomique... ou plutôt selon Wilhem Fliess dont il s'inpire, qu'il remercie dans une première édition de ses Trois essais puis qu'il dénigre, et dont il fait effacer le nom de la seconde édition... Magie du sectarisme psychanalytique. La théorie de Fliess consiste à dire que, les embryons étant indistincts quant à leurs sexes, et les organes sexuels étant eux-mêmes non différenciés avant un certain nombre de mois, il est possible que les hommes et les femmes soient bisexuels. Qu'on entende bien l'aspect délirant de cette proposition : la sexualité, c'est anatomique. Et c'est l'erreur, et toute la ringardise conceptuelle de Freud qui fuse telle une bonne vieille blague de cul viennoise dans un restau bourgeois. Sexe et sexualité sont une seule et même chose selon Freud. Je veux bien qu'on en fasse le partisan, plus tard, d'une théorie de la bisexualité psychique... mais attention : indexée toujours sur une base anatomique. Fermez les yeux et imaginez ce que c'est la sexualité selon Freud. Si vous êtes une femme, vos ovaires font infuser dans votre esprit l'idée qu'un mec plein de poils à mâchoir carré est bon pour vous. Et si vous êtes un mec, vos mini-gonades velues vous font bien comprendre qu'un vagin, c'est chaud et c'est cool pour y placer les petites graines magiques qui sort de son serpent capricieux. 

Pour dire à quel point, tout cela est à mourir de rire, Freud considère que le fait de désirer un homme ne peut être dû qu'à une féminisation intrinsèque de celui qui désire. Si vous aimez un homme, vous êtes une femme. Si vous aimez une femme, vous êtes un homme. En fait, les homosexuels innés (car oui, il y en a !) ont des caractères sexuels anatomiques qui prouvent qu'ils ont une âme de femme dans un corps d'homme... atrophie des organes sexuels, et diminution générale de la libido. J'espère que "TRANS BLACK TTBM SEXE 23X8cm", qui a posté une petite annonce sur vivastreet ce soir lira ce billet, trouvera un moyen de sauter dans une machine à remonter le temps, et se fera une joie de remplacer le cigare de Freud qu'il a toujours à la bouche par un truc un peu plus réel, turgescent et vivant. 

4. La dernière occurence est la plus utile pour les bi-friendly : "depuis que j'ai eu connaissance de la thèse de la bisexualité (ici, dans la première édition on trouve "grâce à W. Fliess"...), je tiens ce facteur pour déterminant dans ce domaine et je pense que si l'on ne tient pas compte de la bisexualité on ne parviendra guère à comprendre les manifestations sexuelles qui peuvent effectivement être observées chez l'homme et chez la femme." 

Bon, c'est toujours la même chose, la bisexualité est importante – oh oui ! Elle pourrait être intéressante pour expliquer aussi pourquoi l'enfant peut se placer différemment du côté du père ou de la mère dans le complexe d'Oedipe (Le Moi et le ça, 1927). Mais... elle n'est pas prouvée. Et surtout, comme Freud l'écrit lui-même, jusqu'au bout "la théorie de la bisexualité demeure très obscure." (Malaise dans la civilisation, 1929). 

 

 

Freud_bi_MalcolmX.jpg

Malcolm X. Un bisexuel oublié de l'histoire black.

Beau gosse, intelligent, et... intéressé par les hommes.

 

Le meilleur passage pour défendre la théorie bisexuelle classique peut être extrait d'une note ajouté en 1915 (qu'on ne vienne pas me reprocher mon manque de fair play). 

"la recherche psychanalytique s'oppose avec la plus grande détermination à la tentative de séparer les homosexuels des autres êtres humains en tant que groupe particularisé. En étudiant d'autres excitations sexuelles encore que celles qui se révèlent de façon manifeste, elle apprend que tous les hommes sont capables d'un choix d'objet homosexuel et qu'ils ont effectivement fait ce choix dans l'inconscient. De fait, les liaisons de sentiment libidinaux à des personnes du même sexe ne jouent pas un moindre rôle, en tant que facteurs intervenant dans la vie psychique normale, que celles qui s'adressent au sexe opposé, et, en tant que moteurs de la maladie, elles en jouent un plus grand. Bien plutôt, c'est l'indépendance du choix d'objet vis-à-vis du sexe de l'objet, la liberté de disposer indifféremment d'objets masculins ou féminins – telle qu'on l'observe dans l'enfance, dans des états primitifs et à des époques reculées de l'histoire –, que la psychanalyse considère comme la base originelle à partir de laquelle se développent, à la suite d'une restriction dans un sens ou dans l'autre, le type normal aussi bien que le type inversé. Du point de vue de la psychanalyse, par conséquent, l'intérêt sexuel exclusif de l'homme pour la femme est aussi un problème qui requiert une explication, et non pas quelque chose qui va de soi et qu'il y aurait lieu d'attribuer à une attraction chimique en son fondement."

 

Ouh yeah. C'est le Freud qu'on aime, ça. Sexualité et sexe ne sont pas dissociés, mais au moins tout le monde peut être gay, par choix. Cette petite note c'est de la dynamite. L'hétérosexualité ne serait pas fondée sur de simples interractions chimiques. L'homosexualité recoupe même les relations entre hommes au sens large (qu'on appelle aujourd'hui homosocialité). 

Cette note – bien que totalement dissonante et marginale – est importante, parce qu'elle exprime parfaitement l'idéal que recoupe la bisexualité. 

La sexualité y est présenté comme un "choix" (terme qui pourtant n'a aucun sens dans le cadre du déterminisme psychique, qui est la méthode même de la psychanalyse). Et surtout, c'est un choix qui laisserait une place à l'amour, et à lui seul. La traduction fait même passer la sexualité pour un des droits de l'homme en la formulant dans les mêmes termes juridiques : "la liberté à disposer indifféremment d'objets sexuels masculins ou féminins". L'idéal qui habite la bisexualité c'est ça : une sortie de la sexualité tout court. Le sexe devient secondaire. Nos anges bisexuels seraient la preuve que l'Amour est plus fort que le cul – le vilain, le trop terrestre cul. Les bi sont donc littéralement comme les hermaphrodites des mythes primitifs : ils sont divins, magnifiés, complets, et par conséquent, indifférents à nos petites bassesses, nos concours de gros seins, et nos compètes de grosses bites. Pour nous, les hommes ordinaires, il suffit d'un ou deux détails pour nous retourner le cerveau. Des détails terribles, stupides, insignifiants. Un regard légèrement strabique, une aisselle velue comme un oursin. Un pied, une couleur de peau... Les bi, eux, sont au-dessus de tout ça. Ce qui compte, c'est la petite ritournelle sentimentale qui passe à la télé, à la radio, et dans toutes les séries du net : l'Amour, encore et encore. L'amour sans bite qui éjacule, l'amour sans chatte qui mouille (et je suis prêt à taper dans les mains de tous les bi qui critiqueraient aussi cet idéal fallacieux). 

Dans l'esprit de Freud, celui qui est bi est plus libre, il est donc parfaitement moderne, démocratique. La bisexualité est politiquement parfaitement adaptée à nos sociétés. Et ce n'est pas un hasard si la formule de Freud résonne comme une formule juridique moderne. "La liberté à disposer indifféremment..." La bisexualité, c'est la démocratie faite sexualité. Et comme la démocatie, la bisexualité se couple avec l'idéal de consommation propre à nos sociétés démocratiques. Un bi qui entre dans une pièce n'est-il pas en train de dire : si je veux, je peux tous vous draguer, tous vous baiser. Qui d'ailleurs peut prendre au sérieux un mec qui affirme dès le début en entrant dans la pièce qu'il peut coucher avec la terre entière...? Qui si ce n'est un mec du 21ème siècle, travaillé par l'idéal de la mondialisation.

Le bi idéal serait donc un séducteur invétéré, un fou du choix, qui veut pouvoir pratiquement faire tous les choix. C'est exactement le portrait d'Alex, dans le documentaire susdit. Il se définit comme un bi jouisseur. Qui fait jouir les femmes mieux que leurs propres mecs. Mais qui se tape... 99% de mecs. Son corps dit : bite, cul. Son esprit dit : je suis un bi mondialisé et démocratique qui peut faire jouir une orange quand je l'épluche... 

 

 

 

Again... un témoignage assez contradictoire avec l'enquête d'Olivier Boucreux.

Mais il conclut que le simple fait de fantasmer d'être bi, c'est être bi... Quoi ???

 

Bref, ça c'est le Freud qu'on fantasme. Le Freud réel... il est juste après, dans la même note, qui nous explique comment on peut faire d'un inverti efféminé un vrai mec : en lui greffant littéralement une pair de couilles.

"dans un cas, la transformation sexuelle fut mené à bon terme chez un homme qui avait perdu ses testicules à la suite d'une infection tuberculeuse. Dans sa vie sexuelle, il s'était comporté de façon féminine, comme un homosexuel passif, et présentait des caractères féminins de type secondaire très affirmés (modifications de la chevelure, de la croissance de la barbe, accumulation de graisse aux seins et aux hanches). Après la greffe d'un testicule humain cryptique, cet homme se mit à se comporter de façon masculine et à diriger de manière normale sa libido vers la femme. Simultanément les caractères féminins disparurent".

Juste après, il nuance un peu ces résultats, en disant que peut-être la théorie bisexuelle de Fliess marche aussi. Mais la théorie bisexuelle de Fliess contient le même présupposé : le sexe définit l'objet sexuel. Notons juste que dans l'exemple cité auparavant, aucune mention n'est faite d'une véritable homosexualité du fait d'une couille perdue... Le mec a simplement des cheveux et une barbe différents... Et qu'il "se comporte comme un homosexuel passif" n'a que peu d'intérêt tant qu'on ne dit pas ce que c'est précisément. Autrement dit, ne serait-ce que d'un point de vue de l'observation, ces résultats sont peu probants.

Il n'y a pas de miracle à attendre. Le terme même d'identité sexuelle, distinct donc du sexe, n'apparaît en psychanalyse qu'en 1955, sous la plume de John Money. Freud n'en est pas là, tout simplement. L'idée que la pulsion n'a pas d'objet est une pure hypothèse, et qui plus est, son travail à lui est plutôt de dire pourquoi elle parvient à se trouver un objet. Quand bien même la bisexualité serait une hypothèse de travail, elle n'est jamais une sexualité achevée.

 

Je résume donc.

Les ringardises de l'analyse freudienne :

1) Le sexe détermine la sexualité.

2) Un désir est toujours orienté d'un homme vers une femme ou une femme vers un homme. Que l'inversion soit d'objet, ou de sujet, selon la distinction de Ferenczi, nous sommes toujours en présence d'un désir dyssymétrique. Un homme ne peut pas aimer un homme parce qu'il est un homme. Une femme ne peut pas aimer une femme parce qu'elle est une femme. L'inversion est autrement dit toujours indexé à la bonne vieille théorie d'Ulrichs : une âme de femme dans un corps d'homme, ou l'inverse. 

 

Ses incohérences : 

1) Il n'existe pas d'explication homogène de l'inversion (puisque l'inverti par nature n'est pas le même que l'inverti acquis). 

2) Si l'inverti féminin est naturellement déterminée à l'être, alors la bisexualité n'est pas universelle.

3) Si la bisexualité n'est pas universelle, on peut s'en passer d'un point de vue théorique.

4) Qui plus est, cette bisexualité n'est qu'une hypothèse, non prouvée, et finalement restée "obscure".

5) La pulsion est supposée sans objet, mais en tant qu'active ou passive, elle est pourtant déterminée sexuellement, et donc a bien un objet, qui à son inverse, doit être féminin ou masculin. Si l'objet est indistinct, le genre de l'objet, lui, ne l'est pas.

 

 

 

Le bi est-il subversif ? Bah oui, il prend des verres au Banana Café...

(plus loin dans le documentaire, Olivia deviendra lesbienne)

 

Ses discordances fondamentales avec toute bisexualité moderne :

1) La bisexualité freudienne n'est qu'un état primordial qui précède la différenciation. Par conséquent, il doit y avoir choix d'objet à l'âge adulte. La bisexualité comme sexualité pleine et mûre n'est donc pas légitimée par cette théorie de la bisexualité. 

2) Parce le sexe cause la sexualité, il n'y a aucun trouble ou subversion à attendre de la bisexualité. Si un homme pourra aimer un homme, c'est parce qu'il sera plus féminin, et l'homme aimé plus masculin. La bisexualité ne fera donc que reconduire les genres attribués socialement et les sexualités correspondantes.

3) Pour la même raison que précédemment, l'abondance sexuelle auquel pourrait prétendre le bisexuel est illusoire. Le bisexuel ne pourra jamais aimer que ce qui est inverse à lui sur le cercle du genre. Un homme indifférencié ne pourra aimer qu'une femme ou un homme indifférenciés, un homme féminin ne pourra aimer qu'un autre homme masculin ou une femme peu féminine ne pourra aimer qu'une autre femme plus féminine.

 

Bref, enterrons Freud au fond du jardin, il a fait son temps, il avait l'air sympa. Mais prenons aussi soin de lui couper la tête de façon à ce qu'il relève pas un jour pour nous pourchasser comme un zombie.

 

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 16:08

 

Just-Cause-2_Vue-plongeante.jpg

"Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j'erre ? Pourquoi je suis habillé en noir ?"

 

Pas besoin de grandes phrases pour présenter le jeu. Vous jouez un mercenaire, doté à dessein d'un nom ridicule de pornstar (Scorpion), censé semer le chaos – en open space, sur un archipel. Terre, mer, montagne, désert. L'ensemble représente 1000 km2 explorables. Je ne peux pas en dire autant de mon appart. 

Autrefois, si vous étiez un galérien, au 19ème siècle, un oisif – un faquin ! – vous pouviez toujours écrire pour passer le temps. Vous ratiez votre vie, votre carrière militaire, votre frère philosophe et contre-révolutionnaire vous faisait de l'ombre. vous ne pouviez vous taper aucune meuf parce qu'elle étaient toutes romantiques, et qu'elle se seraient damnées pour un Keats ou un Yeats plutôt que pour un militaire raté. Qu'à cela ne tienne. Vous n'achetiez pas une PS3, mais vous sortiez vos plumes. Et vous parliez de votre voyage dans une chambre pour parodier joyeusement tous les vrais homme, tous les vrais aventuriers. 

Xavier de Maistre en tout cas l'a fait. Et sans le savoir, il anticipait déjà sur tous les jeux open space à venir. Parce qu'il parle merveilleusement de l'ennui, de l'imagination procrastinatrice, et de l'urgence sexuelle dans laquelle vit le geek/rêveur. Xavier de Maistre c'est le nolife du 19ème... sauf qu'il allait probablement voir des prostituées syphilitiques une fois de temps de temps plutôt que de traîner sur les tchats de cul. Imaginez deux trois parts de pizzas qui traîne par terre, et des factures impayés, et vous avez la vie d'un gamer.

Extrait du Voyage autour de ma chambre. Goûtez :

 

"Ma chambre est située sous le quarante-cinquième degré de latitude, selon les mesures du père Beccaria ; sa direction est du levant au couchant ; elle forme un carré long qui a trente-six pas de tour, en rasant la muraille de bien près. Mon voyage en contiendra cependant davantage car je la traverserai souvent en long et en large ou bien diagonalement, sans suivre de règle ni de méthode. Je ferai même des zigzags, et je parcourrai toutes les lignes possibles en géométrie, si le besoin l’exige. Je n’aime pas les gens qui sont si fort les maîtres de leurs pas et de leurs idées, qui disent : "Aujourd’hui je ferai trois visites j’écrirai quatre lettres, je finirai cet ouvrage que j’ai commencé." Mon âme est tellement ouverte à toutes sortes d’idées, de goûts et de sentiments ; elle reçoit si avidement tout ce qui se présente !… Et pourquoi refuserait-elle les jouissances qui sont éparses sur le chemin difficile de la vie ? Elles sont si rares, si clairsemées, qu’il faudrait être fou pour ne pas s’arrêter, se détourner même de son chemin, pour cueillir toutes celles qui sont à notre portée. Il n’en est pas de plus attrayante, selon moi, que de suivre ses idées à la piste, comme le chasseur poursuit le gibier, sans affecter de tenir aucune route. Aussi, lorsque je voyage dans ma chambre, je parcours rarement une ligne droite : je vais de ma table vers un tableau qui est placé dans un coin ; de là je pars obliquement pour aller à la porte ; mais, quoique en partant mon intention soit bien de m’y rendre, si je rencontre mon fauteuil en chemin, je ne fais pas de façon, et je m’y arrange tout de suite."

"Et je commence à jouer à ma PS3" aurait-il pu ajouter...

 

Just-Cause-2_Xavier_de_Maistre.jpg

Le front surdéveloppé du geek. Typique.

 

Le parcours de Xavier de Maistre dans sa chambre, c'est le parcours de votre avatar Scorpion sur l'île virtuelle. Dans les deux cas, vous partez plein d'entrain, et dans les deux cas, vous finissez par vous saborder. Je ne vais pas détailler le fonctionnement du jeu. Je trouve tellement plus classe que X2Maistre en traduise l'essence que je préfère laisser à ceux qui veulent en découvrir les détails par eux-mêmes le soin de le faire (la prochaine fois, je vous promet Shakespeare expliquant Vanquish, ou Racine dissertant sur God of War).

En attendant, le principe est là : vous allez d'un point A à un point B, de préférence en volant une pauvre bagnole familiale à un habitant de l'île. Vous pouvez même l'écraser pendant qu'il lève les bras en criant à l'injustice. Et vous roulez cinq minutes. Les décors sont réussis. Les variations météo parfaites. Il peut même pleuvoir. Et comme dans la vie réelle, il se peut que vous développiez une nette préférence pour les couchers de soleil romantique, dans votre hélicopter en feu volant au-dessus de l'océan. 

Mais au bout de ces cinq minutes, une petite alarme sonne dans votre cerveau. Vous avez besoin d'action. Vous êtes au beau milieu de nulle part – normal, la carte est tellement grande – et vous avez besoin de faire quelque chose. Vous pourriez juste faire une embardée et percuter un automobiliste. Ok, mais pas assez drôle. Vous pouvez faire tellement plus. Alors vous sautez de voiture en voiture grâce à votre grappin. Ok, mais pas assez drôle. Alors vous foncez tout droit avec la bagnole la plus rapide que vous pouvez voler au milieu du désert. Elle explose. Ok mais pas assez drôle. Alors vous provoquez les militaires, jusqu'à ce qu'un hélicopter vous réduise en steak à la verticale. OK, c'était drôle. Mais vous venez d'abandonner votre mission en plein course.

 

 

 

Une épure d'errance suicidaire.

 

Vous n'avez même pas parcouru la moitié du jeu, et vous êtes déjà fait sauter la cervelle simplement pour voir ce que ça faisait. Pourquoi ? Parce qu'il est interdit de s'ennuyer dans un jeu. C'est un jeu. Du coup, c'est votre capacité même à vous fixer un but qui est mis à l'épreuve (et paradoxalement très peu récompensé, dans Just Cause 2 en tout cas). Vous pouvez tenter de détruire tous les postes de communications de l'île, ou attaquer toutes les raffineries. Mais pourquoi ? Dans quel but ? C'est quoi la vie d'un avatar aussi frimeur qu'Antonio Banderas dans Desperados I & II qui crie comme un poivrot dès qu'il bute un passant ? Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Et alors que vous vous posez ces question aux commandes de votre Boeing 747, vous voyez une tour à l'horizon, et vous avez envie de vous crasher pour voir si les programmeurs ont pensé aux détails possibles d'une redite du 11/09/01... Et si, avant le crash, vous sautez, vous  vous retrouvez à combattre une vingtaine de militaires, et vous finissez par cracher tout votre dernier litre sang sur les bottes d'un trouffion lambda. 

Vous n'avez pas progressé d'un poil et vos pulsions auto-destructrices ont encore eu raison de vous.

 

Pour le comprendre, il faut relire X2Maistre. Il faut recommencer à croire que vos ancêtres ne sont pas de gros ringards fardés, mais qu'ils avaient eu tout le temps avant vous de comprendre le tragique de l'existence. 

"Eh, X2M., s't'eupl', est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi on est tous à ce point suicidaires dans les jeux open space ?

– Mais bien sûr, je vous renverrai derechef au chapitre VI de mon génial ouvrage pour vous répondre. Je me suis aperçu, par diverses observations, que l’homme est composé d’une âme et d’une bête. – Ces deux êtres sont absolument distincts, mais tellement emboîtés l’un dans l’autre, ou l’un sur l’autre, qu’il faut que l’âme ait une certaine supériorité sur la bête pour être en état d’en faire la distinction.

– Merci, mon pote. Je ne sais pas si ça va vraiment nous servir, mais c'est toujours sympa de savoir qu'on est schizophrène. Néanmoins, le point que tu marques, c'est qu'on ne sait pas immédiatement ce qui nous pousse à adopter des comportements aussi nihilistes."

 

 

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"Ô mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ des possibles." Pindare. 

 

Et c'est là tout le problème. Une fois revenu à la raison, on se rend compte qu'on a répété le même schéma, encore et encore. Mais en attendant, l'addiction au jeu consiste à différer le plus longtemps possible la révélation de "la bête" qui est en nous. On peut toujours cliquer sur "continuer" pour éviter cette révélation. On peut toujours cliquer sur "sauvegarder" pour ne pas avoir à affronter la vacuité de nos suicides vidéos. Si la partie s'achevait réellement avec nos cascades mortelles – si on était en train de jouer à Ghost'n'Goblins, où chaque vie compte – on ferait attention, parce qu'on serait en mesure d'identifier ce qu'il y a littéralement de "bête" et d'implusif en nous. Mais les jeux récents développent des systèmes de sauvegarde qui permettent de prolonger la partie le plus longtemps possible. Et surtout, dans le cas de Just Cause 2, le jeu est curieusement non-progressif, ou en tout cas, n'incite pas à progresser. On améliore à peine nos armes ou nos véhicules. Il vaut mieux toujours les voler à droite à gauche, plutôt que préférer une stratégie furtive et prudente. Le jeu ne ment pas : il faut semer le chaos, jusque dans votre propre base pour pouvoir gagner des points. Chie là où tu manges. C'est le but.

Pourtant, si, comme X. de Maistre on a tendance à s'arrêter en plein chemin, et abolir tous nos beaux projets, c'est aussi à cause d'un détail tout bête : si vous mourrez, vous revenez dans la carte à partir de la base la plus proche. Il y en a à peu près sept ou huit (je n'ai pas envie d'être retenté par un crash de Boeing pour le vérifier) sur la carte. A chaque résurrection, vous ragez de vous retrouver toujours aussi loin de vos objectifs. Votre mission est pourtant simple. Il s'agit de semer le chaos. Mais cette destruction entraîne toujours, comme par magie, votre propre auto-destruction anticipée. Et vous mourrez comme un bouffon parce que vous avez voulu voir si avec le tank vous pouviez quand même sauter d'une falaise enneigée et ne pas exploser au moment de l'atterrissage (c'est possible, mais dès que vous quitter le véhicule, celui-ci a une propension assez formidable à exploser). J'ai dépassé les 56 heures de jeu, et je n'en ai même pas encore atteint les 50%... Je rassure tout le monde : je mettais France culture en fond sonore au moment de mes vols planés – pour compenser la chute.

 

 

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Qui a dit que les jeux vidéos signaient la fin de tout romantisme...? 

Un coucher de soleil en Hors Bord... what else ?

 

N'était-ce que moi, qui étais assez taré pour risquer perpétuellement les joies du suicide virtuelle ? Non. Les quelques fois, où le Peace Provider ou le Fils de la Vérité ont pris la manette en main, l'effet a été sensiblement le même : l'exploration s'est transformée en auto-destruction. Je les ai vus grimper des falaise au grappin pendant vingt minutes, et se jeter dans le vide après. 

Mes expériences de gamer me confirme que ce n'est pas propre à tous les jeux open space. Ni infamous, ni Prototype ne m'ont poussé au suicide auparavant. L'environnement urbain modélisé était trop stimulant et moins dangereux pour avoir le temps de s'ennuyer. Mais Just Cause 2, aussi beau et prenant soit-il, vous confronte à votre propre vanité de gamer. C'est Pascalien. Du divertissement pur et dur. Magnus Nedfors, le directeur de programmation le confirme malgré lui quand il répète à tout bout de champ qu'il "ne veut rien prendre trop au sérieux", et qu'il accepte que son jeu soit "stupide dans le bon sens". 

En fait, il me semble qu'avec un discours pareil, le jeu vidéo indique de lui-même sa propre fin. On édite désormais des jeux qui s'écroulent sur eux-mêmes. Il ne tient plus qu'à vous de rester ou non sous les décombres. Après vous avoir suicider de si nombreuses fois, vous ne pouvez que remercier Magnus de vous avoir paradoxalement donné envie de sortir dehors, et de traîner l'air hagard entre des carcasses de voitures ensevelies sous la neige. 

Mais encore une fois... De Maistre, notre faquin oisif, l'avait déjà pressenti. Après la glande, le retour au monde réel, à marche forcé. Car plus vous glandez, plus vous pouvez aussi vouloir abandonner votre "bête" sur le bord de l'autoroute.

 

"Jamais je ne me suis aperçu plus clairement que je suis double. – Pendant que je regrette mes jouissances imaginaires, je me sens consolé par force : une puissance secrète m’entraîne ; – elle me dit que j’ai besoin de l’air du ciel, et que la solitude ressemble à la mort. – Me voilà paré ; – ma porte s’ouvre ; – j’erre sous les spacieux portiques de la rue du Pô ; – mille fantômes agréables voltigent devant mes yeux. – Oui, voilà bien cet hôtel, – cette porte, cet escalier ; – je tressaille d’avance.

C’est ainsi qu’on éprouve un avant-goût acide lorsqu’on coupe un citron pour le manger.

Ô ma bête, ma pauvre bête, prends garde à toi."

 

(impossible de bien comprendre la fin du livre sans lire le reste ! Eheheh... vous voilà obligé d'un planter un oeil ici)

 

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Published by NKD - dans gamer
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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 22:48

  

Bi Darth Vader

N'y aurait-il que deux côtés dans la force ???

 

Voilà une semaine, à l'occasion d'une ultime soirée "films de samouraïs + bière" avec le Peace Provider, une conversation de longue date s'est invitée comme un fantôme, elle a renaît de ses cendres et est finalement venue boucler la boucle de nos quatre année d'amitié.

Notre première discussion, en plein hiver, et au beau milieu d'un concert d'un groupe de rock de province, avait commencé assez étrangement sur une déclaration : le Peace Provider croyait à l'existence d'une bisexualité latente et naturelle pour chacun (en citant Freud), et donc par extension, à l'existence de sa propre bisexualité refoulée. De là, un énorme malentendu. Si tout le monde était bi par nature, ça aurait voulu dire que mon Fournisseur de Paix intérieure et moi-même aurions pu être plus qu'amis... et ça aurait voulu dire qu'il y avait une chance minuscule de vivre ensemble un truc grandiose – une minuscule chance sur laquelle il fallait immédiatement parier (ce que rétrospectivement, je déconseille à tout le monde). 

Mon premier mouvement ce soir-là a été le même chaque fois que le monde est en train de se changer en univers merveilleux de pain d'épices et de licorne multicolores : laisser parler la vulgarité (pour voir si le rêve lui résiste). 

Ma réponse : "Si tu arrives à bander en voyant une bite ou un vagin, tu es bi. Sinon, tu te poses trop de question". 

 

 

BI lonewolf

Baby Cart II.

"Si tu arrives à bander en voyant une bite ou un vagin, tu es bi. Sinon, tu te poses trop de question".


Quatre ans après, la discussion a repris à ce point-là. Mais avec une dose de franchise en plus. 

Le Peace Provider m'a regardé dans les yeux et, déployant ses gros sourcils bruns comme des pattes d'ours, il m'a expliqué son raisonnement. Si tous les hommes sont bi par nature, alors l'hétéro est hétéro parce qu'il a été modelé par des normes sociales rigides qui lui ont interdit de goûter au côté obscur de la force sexuelle. 

Donc... Les hétéros sont opprimés comme les homos ! Mais – et c'est pour ça que j'adore le Peace Provider – ce mec aurait dû recevoir le pouvoir dès sa naissance de faire apparaître des petits chiots et des chatons LOL tellement il est dénué de mauvais sentiment lorsqu'il parle franchement : les homos quant à eux ne sont pas des victimes des normes sociales, puisqu'ils parviennent à vivre à rebours de ces normes. Du coup, en dépit de tout leur courage, ils se mettent eux-mêmes dans une position de victimes, tout en étant aussi contre-nature que les hétéros. 

Aussi fumant de colère et de désarroi que je pouvais être ce soir-là, je dois reconnaître que le raisonnement est juste. A condition toutefois (1) qu'on soit tous bi par nature ; (2) qu'il n'y ait pas d'évidents problèmes à vivre en ne choisissant rien de précis ; (3) et que toutes les expériences de bi que je vois à la télé ou que je rencontre ne me prouvent pas qu'il n'existe de "bi" que "curieux", c'est-à-dire en transition (et ce n'est pas moi qui leur dirai où ils sont supposés aller, rassurez-vous, mon paternalisme s'arrête là). 

 

 

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Shortbus. L'utopie (et la dystopie) d'une sexualité indéterminée.

 

Malgré les jets de sang de Baby Cart 2 en arrière fond, la conversation est restée pacifique. Mais le point intéressant, c'est que la bisexualité peut avoir cet usage-là dans les discours : renvoyer malicieusement les homo et les hétéros dos à dos. La plupart du temps, la bisexualité sert à critiquer les "étiquettes", et donc à considérer qu'il est équivalent d'être homo ou d'être hétéro. Quand vous entendez ce discours en étant hétéro, j'imagine que c'est assez neuf, et que c'est une façon de se sentir concerné par la critique des normes sexuelles. Mais quand vous êtes gay... eh bien, vous revoyez défiler devant vos yeux tous les films de Fassbinder, de Pasolini, de John Waters et les pages de Genet et Mishima dans un seul mouvement, et... vous devenez hystérique. And so gay.

En me resservant une bière, j'ai dû prendre une grande respiration et débiter pendant une heure tous les exemples de vies bi que je connaissais, histoire de montrer qu'il existait pas de "bi naturel" dans le monde réel. Histoire de montrer surtout que le bi est simplement le nom contemporain de l'injonction contradictoire que reçoivent les individus dans une société moderne – où l'on peut librement se définir sexuellement, tout en vivant tout de même sous la menace éternelle d'une anormalité, d'une minoritarisation. Il y a encore quelques décennies, on n'aurait pas vu le bi. Il n'y avait pas le choix : normal ou anormal, straight or gay. Désormais, il est visible – c'est tout le succès d'une politique d'affirmation identitaire. Mais il n'en est pas moins contrarié. Bref, le bi est la preuve de la réussite de ces affirmations identitaires, mais il incarne la limite de toute autodéfinition – parce que la plasticité sexuelle ou amoureuse a une limite : la culture et la politique.

J'ouvre les archives. Welcome complexity !

 

 

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David Yost, l'acteur du POwer Rangers Bleu.

Il craque et déprime parce qu'on le traite de gay sur les plateaux.

Il veut se faire reprogrammer pour devenir hétéro mais déprime parce que ça ne marche pas.

Si seulement il avait pu être "authentiquement" bi...

 

- L'honnête Pédé Refoulé (PDR) marié. 

Il y a d'abord ce mec dont j'ai déjà parlé : black, antillais, marié, qui ne couche plus avec sa femme, dont des petits mecs tombent amoureux en le croisant dans un sauna. Il aime les hommes, mais est incapable de quitter sa femme, peut-être même incapable de vivre avec un homme. Alors objectivement, il est bi : il sait très bien faire l'amour à son épouse ou à un petit Africain fresh of the boat rencontré dans un sauna, ou à un syndicaliste connu, ou à un chanteur inconnu mais que j'aurais bien aimé connaître. 

 

- Le PDR marié, mais tombé du côté obscur de la force. 

Le frère de ce mec-là a chopé le VIH, a contaminé sa femme, et s'est finalement suicidé quand toute la famille s'est retournée contre lui (à la suite d'un texto-lapsus envoyée par mégarde à son autre frère). Bi objectif.

 

- Le PDR marié inquiet. 

Un pote, réunionnais, assez touchant, qui est heureux d'avoir quitté la banlieue parisienne pour le calme de la campagne, et le confort d'une famille unie. On a eu nos moments près des meules de foin au clair de Lune, quand on se voyait dehors pour baiser. Il a une femme et des enfants, et il était heureux jusqu'à y'a pas si longtemps. Maintenant, il est inquiet, parce qu'il ne sait pas combien de temps ce petit jeu peut durer. Plus je lui parle et plus je comprends à quel point il a dévié de son chemin initial. Il est sorti avec un mec pendant sept ans, gay assumé. Sa famille a fait pression pour qu'il parte faire son service militaire et finalement se marie. Désormais, il détourne des potes hétéros quand ils sont totalement défoncés et semi-consentants. Un Bi objectif, lui aussi. Je crois même qu'on pourrait lui accorder d'être un bi amoureux. Mais... il est vraiment très difficile de ne pas considérer qu'il aurait pu aimer un homme toute sa vie.

 

- Le Bi pète-couille. 

Un mec rencontré sur le tchat. Par nécessité. Marié, mais il prévoit de divorcer, parce qu'il a reçu l'utimatume de faire des enfants. Vous vous dites... ah, mais c'est parce qu'il flippe d'avoir des enfants. Tout faux, ce mec veut des enfants, mais avec une autre femme... En attendant, le sexe est totalement consacré aux mecs. Godes, cockring, plugs, harnais, pomme de lavement... Une Artillerie qui se résume en cinq photos successives d'outils en tout genre. Ce type inspire une méfiance absolue par sa voix, nasillarde et qui n'arrête pas de monter et descendre – c'est simple, ce mec parle comme les Inconnus quand ils imitaient Indochine ou les publicitaires –, ajoutés à ça tous ses mouvements de tête saccadés à chaque "tu vois" – un best of des Inconnus... Par courtoisie, j'ai dû parler avec lui de sa vie "super compliquée". Moment d'intense vérité : "je suis compliqué comme mec, c'est comme ça, tu vois, c'est simple." Je résume : ce mec a fait le choix simple d'être compliqué. 

 

 

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Le catcheur Orlando Jordan.

Viré un temps parce qu'il était bi. Il revient plus fort que jamais en Bi assumé.


- Le Bi pansexuel. 

Un pote brésilien, pansexuel. Les six premiers mois il était gay, il couchait essentiellement avec des mecs. Avec une magnifique détermination, il se tapait surtout des hétéros, des papas maliens, des ouvriers rebeu qu'il arrivait à détourner ou satisfaire presque immédiatement dans la rue, parfois chez lui. Il assume totalement cette dimension "louche" de la pansexualité. Je l'ai rencontré dans un lieu de drague. La différence avec moi c'est qu'on a parlé et que j'étais son ange pour quelques mois. J'ai appris seulement après qu'il était en fait marié. Il aime absolument sa femme, aucun doute. Une véritable admiration intellectuelle et sensuelle. Mais... c'est la seule femme de sa vie. Et elle restera la seule. En revanche, comme ils sont cools et moderne tous les deux : ils peuvent avoir des aventures, même amoureuses, et des plans à trois, pourquoi pas, et des enfants, bien entendu. C'est le bi le plus accompli qui soit, c'est pour ça qu'il dit qu'il est gay mais amoureux d'une femme...

 

- Le Bi paumé. 

Celui qui détruit les coeurs de tous les pédés de mon genre... On devrait faire un procès en class action contre ces mecs-là tellement ils sont beaux et toxiques... ils représentent la femme fatale du pédé. La passion et la dépression qui va avec. Je mets de côté toutes les idées qui me passent par l'esprit pour aller à l'essentiel. J'en connais deux. 

Le premier est un petit métis (qui me hante) et que je cherche presque tous les soirs entre les couilles pendantes et les culs poilus des mecs du tchat. Il aime s'offrir, se faire consumer sur l'autel du sexe anonyme. Ses expériences en la matière ont confirmé qu'il n'avait pas de limites. Le pire... c'est qu'il baise presque amoureusement. Il continuerait de m'embrasser doucement au pieu, même si vingt mecs se branlaient en attendant leurs tours. Bien sûr, par ailleurs, il a une copine prolo qui le harcèle de sms toutes les cinq minutes, il aime conduire bourré en rentrant de boîte, et il arrive à baiser sans capote sans s'inquiéter du lendemain. Ce mec est la raison pour laquelle la prévention contre le sida a un sens en 2010. C'est une bombe à retardement. Il est bi... mais explosif, à tout point de vue.

L'autre mec est magnifique. Un peu rebeu, il a un côté Salim Kechiouche, en aussi beau, et en super bien foutu, et super bien monté. Lui aussi est absolument indifférent au physique ou à l'âge du mec. Il a une copine, lui aussi. Je ne connais pas de mecs avec moins de barrières et d'étiquettes que lui... ce qui en fait un bi "sans étiquette" ? Précisément, ce type baigne dans l'anomie, et en fait d'abord souffrir les autres avant qu'il n'en souffre finalement lui-même. Récemment, mon PDR inquiet qui le fréquentait (en même temps que le reste des pédés prédateurs de ma petite bourgade) m'a rapporté qu'il était malade. D'un truc bizarre. Depuis quelque temps. Ce type, je l'ai vu faire tout rentrer, à la file... Il a peut être le VIH.

 

 

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L'acteur hétéro le plus convoité par les réalisateurs gays intellos... G. Morel, F. Ozon, R. Salis.

Les mecs, arrêtez. Laisse-le tranquille...

 

Et bien sûr, là, on se dit tous : quel dommage. Pourtant il est beau. Eh oui : pourtant il est beau et pourtant, il aime être sali, utilisé... J'imagine qu'il doit aimer l'indifférence qui est suscitée par l'abjection plutôt que l'abjection elle-même. Mais précisément... c'est cette absence de goût, cette disparition du goût qui doit l'exciter. Est-ce que toute indifférenciation de goût ne se donne qu'à travers l'abjection ? C'est le sujet de philo de la semaine.

Mon PDR inquiet m'a seulement confirmé il y a quelques jours que, de toute façon, "partout où il passe, c'est la merde." 

Avant qu'on vienne me faire un cours sur le droit à prendre son pied de toute les façons possibles, je demande un peu d'honnêteté. Le sexe ce n'est pas l'absence de jugement moral, c'est au contraire la démultiplication des jugements moraux en tout genre (il a un joli cul, donc il doit être un mec bien), soudain instrumentalisé au nom du plaisir. Je doute que ça ait un sens pour quiconque de baiser en toute impartialité. Je doute également que quiconque aime s'offrir réellement au premier mec qui passe – tout simplement parce que ça arrive peu d'atteindre un telle niveau d'indifférenciation. Même les mecs qui baisent dans les saunas à la chaîne arrive à choisir le genre de bites qu'il vont sucer. En avoir le fantasme est une chose assez courante. Demander de le jouer avec quelqu'un qu'on connaît est absolument légitime et excitant. S'enduire de pisse ou de boue avec des potes pour revenir à un état très primaire et presque enfantin : rien à dire là dessus. Mais tout ça représente une forme de contrôle du désir. A propos de ces "bi", on touche à autre chose. Le faire dans un bois miteux où passent les flics, entre les capotes et les feuilles de PQ, les ragots des vieux, les regards parfois compatissants, parfois libidineux, c'est une autre dimension.

 

 

Bi_1966-Kishin-Shinoyama-Yukio-Mishima-as-Saint-Sebastian.jpg

Yukio Mishima. Marié, et gay... ou bi ?

Masochiste, nihiliste, fou, narcissique, suicidaire. Bref, cohérent ?

 

Je ne crois pas du tout que tous les bi atteignent ce niveau d'autodestruction (je n'ai pas d'autre mot pour qualifier le plaisir qu'on prendrait à voir la beauté salie et ruinée – car "masochiste" obligerait à faire l'amalgame avec le SM, qui n'est pas une pratique sexuelle autodestructrice). Je sais qu'il y a des bi amoureux successivement d'hommes, et de femmes. Mes premiers exemples sont d'ailleurs ceux d'amours, contrariés, mais d'amours. Mais ils sont rares. Très rares. Sur un tchat gay, j'ai récemment compté sept mecs "bi" sur vingt mecs en tout (donc à peu près un tiers). Et des bi de tout genre. Des bi actifs (qui ne font que prendre), ou des bi passifs (qui se font prendre), mais toujours assez extrême, et en pleine urgence sexuelle. Voilà concrètement ce qu'incarne le terme bi dans ma province pas-si-loin-de-paris. 

Quand je croise des "bi", je ne rencontre jamais cette créature parfaite, lisse et dénuée d'inhibitions, totalement naturelle, renvoyant dos à dos hétéros et homos. Je pourrais moi aussi traîner ma lanterne dans les saunas gay, ou les soirées échangistes bi, ou les restau cosy du marais, en criant comme Diogène le crasseux "où sont les bi ? Où sont les bi ?" Parce que le bi est un idéal et non une réalité. D'ailleurs, quelques jours après ma conversation avec le Peace Provider, sous la neige je parlais à un pote en portant laborieusement les pancartes Act Up qu'on nous avait mis dans les mains. En passant devant le centre LGBT, il m'expliquait qu'il existe autant de sexualités que d'individus – et il disait ça pour défendre l'existence de la bisexualité. En bon nominaliste, il ne faisait que confirmer le fait qu'aucune étiquette suffisamment précise ne pourrait qualifier le bi. Précisément ! alors c'est quoi le bi ? Une étiquette... mais sans efficience politique, ni réalité sous-jacente. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas des individus inquiets de savoir ce qu'ils sont, perdus au beau milieu de l'interzone "bi". Mais si je peux entendre la détresse identitaire de ces personnes, pour autant, on ne peut pas dire que tout ce qui porte un nom existe.

 

 

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 00:11

 

 

Kaboom_gregg-araki.jpg

 

Quand j'ai vu dans ma petite ville de province deux films gays à l'affiche, j'étais sur le point de me faire dessus. Non pas que je pense qu'intrinsèquement ces films soient gays, ni même qu'ils soient bons, mais c'est d'un tel exotisme... Xavier Dolan et Gregg Araki ensemble débarquent dans les provinces françaises, c'est presque trop d'un coup. Trop de fluo, trop d'esthétisme, trop d'ambiguïté sexuelle délibérément ambiguë et sexuelle. Les agriculteurs du coin vont essayer la sodomie ce weekend. Il va falloir surveiller ce que font les chasseurs dans les refuges. Je souris bêtement devant le cinéma, je réfrène mes autres vannes sur les chasseurs. Puis j'entre dans le cinéma.

 

kaboom gregg-araki affiche    

 

Je ne savais pas à quel lobby de profs gays je devais cet exploit, et j'ai goûté mon plaisir avant d'avoir su qui remercier. Pourtant, mon énorme sens de l'araignée gay ne m'avait pas trompé. D'un tel accouplement (Dolan + Araki) ne pouvait pas suivre un tel décuplement de plaisirs. En réalité, l'un des deux films est raté – celui de Dolan – et c'est Araki qui s'en sort avec les honneurs. L'expérience triomphe, sans surprise. 

 

Kaboom amours-imaginaires

Acteur, réalisteur, et grosse tête sur une affiche. Ce mec a 21 ans.

La limite à la précocité ? Le talent.

 

Dans le doute, abstenons-nous d'originalité, et procédons comme un enfant de cinq ans. 

 

Les points communs : les deux sont fluos, esthétisants, et parlent de sexe. 

Les différences : 

Dolan est chaste (presque aucune scène de sexe), Araki est libidineux (que du cul !). 

Dolan est superficiel en se la jouant, Araki sait jouer avec sérieux – derrière le sexe, il y a toujours de la peur, de la destruction, et de la mort. Kaboom est beaucoup plus flippant et planant que funky. Et la bande originale du film ressemble toujours autant à celle de ses films précédents.

Dolan a un scénario linéaire qui s'essouffle, Araki réussit à faire un scénario tortueux qui se déchaîne et explose comme un bon vieux solo de guitare électrique des Pixies. 

Les fringues des personnages de Dolan sont justes énervantes, et surinvesties d'intentions, alors que chez Araki on se fout à poil.

 

Kaboom les-amours-imaginaires-de-xavier-dolan-4499709rvkpe  ou Kaboom_thomas-dekker.jpg

Beauté inexpressive ou mèches expressives ?

 

Chaque plan de Dolan est une pseudo expérimentation et finit par paraître gratuit, alors que chaque image d'Araki constitue désormais un style Araki.

Les dialogues de Dolan sont prolixe et inutiles (voir les séquences "je raconte mon expérience insipide du vrai amour" au début du film) alors que les personnages de Kaboom n'ont besoin que de deux phrases ou d'une formule pour être cool et évocateur. 

 

 

 

Les points communs : 

grosses utilisations des filtres de couleurs. 

Les acteurs sont beaux et jeunes.

 

 

Le gouffre, ne serait-ce que dans les bandes annonces.

N'en déduisez surtout pas que le film de Dolan est contemplatif. C'est l'inverse.

 

Re-Les différences : 

seulement trois personnages chez Dolan, beaucoup plus chez Araki – et une vraie science des apparitions et des disparitions de personnages, des jeux de doubles et des alliances (comme dans une sitcom). 

Aucune origine sociale très établie du côté de Dolan, alors que Greg Araki fait remonter progressivement son film vers une sorte de mythologie parentale délirante. 

...Aussi fou que ça paraisse, c'est assez audacieux. Comme si plus les gamins devenaient hors normes, plus les parents eux aussi devaient être mythiques et imposants. C'est parce que Smith est complètement anomique que son père s'avère être une sorte de darth vador habillé en blanc et planant totalement, incarnant une Loi absolument intransigeante et totalitaire.

 

 

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Mieux que le minet des Amours Imaginaires. Le blond millénariste de Nowhere.

 

Bon, mon point de vue est absolument subjectif, mais assez argumenté : Kaboom ressort vainqueur... et ceux qui me connaissent peuvent attester combien tout était en fait décidé a priori. Je hais Xavier Dolan et j'adore Greg Araki. L'écart est aussi grand qu'entre la copie et l'original. Entre le jeune bi qui se la pète et l'homo assumé et conscient. Sorry, Xav, j'adore ton hommage d'une heure et demi à la coiffure de Morrissey, mais Greg sait juste faire un film, alors que toi tu apprends. 

Kaboom utilise tous les codes des séries : sexe, fringues et jeunesse, et surtout, là aussi (comme dans les scénarii faiblards de sitcoms ou de jeux vidéos), il y a une prophétie. Mais sa prophétie est en fait une tragédie – ou un simple fil narratif bidon. Le film nous laisse sur cette incertitude. C'est le sens du titre Kaboom. Le titre annonce la fin du film, qui va littéralement faire "Ka-boom". Mais le titre a aussi un sens méta : car c'est le film lui-même qui finit par exploser... Tout le monde meurt à la fin. C'est comme la sale vanne qu'on est tous tenté de faire dans une fil de cinéma. Y'a toujours un mec pour faire croire que tout le monde meurt à la fin. Cette fois-ci, c'est vrai. C'est génial ("enfin un mec a de nouveau les couilles de ne pas faire mentir le relou de la fil d'attente qui faisait la vanne"). C'est naze ("c'est trop faciiiiiiile"). C'est génial ("Greg Araki fait du vrai cinéma qui détourne les codes du cinéma" – probablement ce qui s'est dit à Cannes quand il a été projeté).

Bref, de façon beaucoup plus terre à terre, vous pouvez être triste si vous attendiez (comme moi) que Smith et Oliver fasse un peu plus que s'embrasser... ou vous pouvez juste rester sur le cul en souriant, tout en regardant les autres spectateurs quittés la salle éberlués. La tragédie aujourd'hui, c'est un film qui précipite sa propre mort, c'est la fin de tout sens établi. C'est la benne à ordure rose du début, qui se trouve derrière la porte du rêve. Et le dieu qui appuie sur le bouton plane dans un halo de lumière blanche aussi kitsch qu'un sketch sur l'arrivée des hommes au paradis.

Greg Araki s'est fait une spécialité des films pop, qui ont l'air aussi vide et frais que le mot "pop" l'annonce lui-même. Comme dans Nowhere, au moment de la révélation, il y a explosion. L'ange blond millénariste gay de Nowhere explosait à la fin du film, pour se transformer en blatte géante (métaphore de...? Sida, vieillesse, Kafka ?), au moment fatidique où Dark déclarait son amour. Là encore, au moment clé, proche de la révélation des identités, il y a une explosion – comme si ça ne concernait plus le film lui-même, mais le spectateur. Kaboom est une synthèse des films d'Araki, moi et le Prophète Métis de la France du Futur, on l'a vu et bien compris.

 

 

Kaboom_Nowhere_Lizard.jpg

Le lézard tueur de Nowhere.

 

Mais maintenant, le gros point commun – car ouais, tout le monde, Xavier et Greg et moi on est tous d'accord sur un point crucial, sur lequel on vous a tous menti : les bisexuels n'existent pas (désolé pour le sigle LGBT) !!! Les deux films sont particulièrement cruels et nets à leurs égards. On les moque, on les dénigre. Ou plutôt, ils sont présentés pour ce qu'ils sont dans la vraie vie : des pervers manipulateurs et narcissiques. 

Le film de Dolan est sans ambiguïté. Le jeune mec blond à la gueule de dieu grec suscite le désir des deux amis, Xavier et sa copine. L'ange allume la mèche, et renvoie les deux freaks surlookés à leur réalité de marginaux. Après ça, l'alliance du pédé et de la pouf coincée devient encore plus forte. Leurs méchanceté devient encore plus méchante, leur perversité encore plus perverse. On m'avait dit que la fin avait un goût de revanche pure et simple – et c'est sincère, drôle et évident comme si Xavier Dolan voulait tenter un coming out. Une partie de la force comique du film vient de là. Quand le pédé et la pouf ragotent sur le petit blondinet du début qui s'est laissé poussé la barbe et la virilité, on est dans le bashing pur et simple. Si on arrive à être sûr dès les premières minutes que le bi est bien un petit allumeur et rien d'autre, alors il y a moyen de rire dans ce film, et d'un rire assez neuf. Le film de Dolan devient ingrat, mais vraiment comique.

 

 

 

Et voilà ce que ça donne lorsqu'on les fait parler... Ils imitent super bien l'accent québéquois.


Quant à Kaboom, les personnages d'Araki sont tous objectivement bi, c'est-à-dire ni 0 ou 6 sur l'échelle de Kinsey. Mais attention, le point est là : Smith couche avec des filles et des garçon, et Stella fait pareil, mais Smith est clairement présenté comme "un pédé qui couche aussi avec des filles une fois qu'il a trop bu" (Stella le lui fait bien comprendre), et sa copine est une hétéro qui couche aussi avec des meufs quand il s'agit de sorcières manipulatrices. Smith est "contre les étiquettes", mais uniquement bourré dans les toilettes en ayant pris un exta. Sinon, ça ne fait pas un pli, l'amoureux légitime du film c'est Oliver. Avec les filles, Smith est comme un godemiché, il cherche à faire plaisir, pour finalement réparer l'indifférence et le sexe malhabile des pillonneurs machos. Mais Oliver est son vrai alter ego. Bon, en tout cas, il a explosé mon radar à métis. 

Attention, les plus précis pourront m'opposer que Smith ne se satisfait pas non plus de plan cul gay. Certes. Car le mec rencontré sur la plage ne fait pas long feu. Mais justement : deuxième argument anti-bi du film. Smith se casse parce que ce mec est marié. Et c'est ce qui l'oblige à lâché l'affaire. D'ailleurs, à la fin du film, les "bi" sont finalement les méchants du film, les comploteurs ambigus qui kidnappent Smith et ses potes. Tandis qu'Oliver a des pouvoirs psychiques, et reste toujours super mignon, un peu maladroit mais courageux et... j'aime Oliver. 

 

 

 

Brennan Mejia (Oliver de Kaboom) a-t-il une grande carrière comique devant lui ? En tout cas, il a gagné ma place pour Eclipse.

 

Mais je vais révéler un deuxième grand secret... Les étiquettes, c'est un truc nécessaire. Et c'est un truc d'ado que de vouloir se les décoller de la peau et s'arracher les poils avec. La stratégie gay est claire là-dessus : mieux vaut les multiplier pour éviter la domination d'une étiquette contre les autres. N'en avoir aucune, c'est simplement se rendre encore plus vulnérable à cette domination plutôt que de la contrer. A la limite, on peut même dire que "bi" n'est rien d'autre qu'une étiquette de plus que les gays ont inventé pour exploser la suprématie silencieuse du "straight". 

 

 

Pour mourir de rire un petit instant (si vous êtes pressé sautez direct au 2'42)...  

"Je me pose des problèmes au banana café." 

Attention, ce docu n'est pas réalisé par un bi narcissique comme on pouvait s'y attendre... 

 

Un corollaire important de ma thèse, c'est qu'on ne peut pas non plus affirmer simplement que "toutes les sexualités sont différentes". D'abord, si elles étaient toutes différentes, on se demande comment on pourrait baiser autrement que sur un malentendu. Du genre un gay croise une fille, et ils baisent ensemble parce que la fille est masculine, et que la fille aime bien les mecs barbus qui s'habille en col en V avec d'authentiques épaules tombantes. Je doute qu'on aille loin avec ça. Ensuite, si toutes les sexualités sont différentes, faute de pouvoir les nommer, on retomberait dans le cas désastreux du bi "sans étiquettes" – c'est-à-dire du bi indifférencié, pas encore sorti de la soupe originelle du sexe (les mecs, si vous voulez vous amuser là-dedans, c'est votre choix, mais n'en mettez pas partout). 

No hard feelings (pour le moment). La guerre peut attendre encore un peu. Et d'ailleurs, j'aime bien les bi, je peux coucher avec. Pour l'heure, il y a seulement cette pancarte lumineuse à l'entrée du monde de la hype : "no more bi". Bi, c'est ringard, c'est fini. D'ailleurs, on ne dit plus "bi", mais histoire de bien souligner la volatilité même du concept, on dit aujourd'hui "bi-curious". C'est tout l'art de ne pas avoir d'étiquettes  – mieux que l'étiquette de ne pas avoir d'étiquettes, choisir une étiquette périmée.

 

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 17:38

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Poupée Fonzie inspirée de l'épisode 3 de la saison 5 de Happy Days.

L'épisode popularise l'expression "jumping the shark". Risquer le tout pour le tout pour le tout pour sauver une série...


25

- Chang fait ce que Jeff a fait au début de l'épisode et, alors qu'il est viré de l'équipe d'enseignants, il se tourne vers Duncan et demande toutes les bonnes réponses. La boucle est bouclée.

- Abed cherche une façon d'éteindre la lumière du study group pour marquer la fin de saison. Troy lui reproche de ne pas accepter de faire une colloc avec lui, à la place il va vivre avec Pierce. Abed : "super spin off". Et il répond qu'ils finiraient par tracer une ligne en scotch au sol et qu'ils finiraient par faire le "saut du requin", il faut éviter la promiscuité. Troy répond qu'il y a bien un épisode d'Happy Days avec un saut de requin, et que c'est un bon épisode.

 

 

 

- Troy ne comprend pas : "jumping the shark" est effectivement une expression attribuée suite à un épisode de Happy Days (le troisième de la cinquième saison, où on retrouvait Fonzie en Californie). "Jumping the shark" signifie que l'écriture d'une série a pu atteindre un tel sommet qu'elle ne peut plus que décliner en une série de situations absurdes, et de paris risqués. Le cas Happy Days est étrangement contradictoire, puisque par la suite, après le saut du requin, le show s'est poursuivi pendant encore six ans. Happy Days réussit le saut du requin. Les scénariste Community refusent d'aller trop loin, tout en étant déjà angoissés par les dégâts du succès...?

- Britta répète la célèbre bourde de Kayne West et monte sur scène en avance en pensant qu'elle a gagné le trophée. 

 

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saison 2

 

 

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Un Spiderman crédible. Hell yeah ! 

 

1

- Début de la série. Tous se réveille un par un. Troy est en pyjama Spiderman (Donald Glover fait une campagne internet pour être auditionné en tant que Peter Parker dans le prochain Spiderman).

- Tout le monde lit les tweets de Troy en temps réel sur les conneries que raconte Pierce. Le compte de Troy copie bullhistmydadsays (adapté en série la même année, une catastrophe).

- Ils trouvent tous toy story 3 super.

- Abed décode toujours les histoires pour Jeff et les spectateurs. Starburn se met un chapeau en haut de forme : ça prouve qu'il est toujours en recherche d'attention. Britta passe pour opprimée parce qu'elle a déclaré sa flamme publiquement et que Jeff l'a éconduite. 

- Abed explique qu'il est excité par tous les scénarii possibles de la rentrée – qu'il aimerait améliorer en en faisant des aventures palpitantes pour changer des trucs trop soapy... 

- Annie annonce qu'elle part de Greendale. Abed réagit : "enfin, un retournement final de situation."

- Abed propose à Shirley de faire un spin off... il veut revivre les aventures du paint ball.... parce que là ça devient ennuyeux selon lui. Shirley lui demande s'il devient méta...

- il voit le faux baiser de Jeff et Britta comme une demande de mariage et transforme tout ça en épisode de mariage.

 

 

 

 

2

- Jeff revoit un ancien pote de bureau, Alan. Abed : "un épisode sur les origines."

- Alan est comme Rob Lowe dans Bad Influence. Abed ponctue les fins de scène : "les enjeux n'ont jamais été aussi élevés".

 

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- Abed, Troy et Annie sont supposés cambrioler un bureau. Abed et Troy sont comparés à Kayne et Kumar. Quand ils sont surpris par un mec de l'entretien, ils cherchent une histoire. Troy ne trouve rien... il met juste sa main devant lui comme un tour de magie "let me explain", et répète "let me explain" comme un abracadabra. Annie sort de nulle part et endort le type avec du chloroforme. Comment se sortir de cette situation ?

- Abed ajoute qu'il a d'habitude "one foot on reality" (cf épisode 9 saison 1) mais que là il est paumé. Il propose que tout le monde fasse semblant d'être chloroformé et se réveille en même temps que le mec de l'entretien... Seul problème Annie n'était pas là, et le mec de l'entretien ne comprend pas ce qu'elle fait ici, s'ils se sont tous les trois fait endormir en même temps. En plus, elle tient le chiffon. Elle rechloroforme le mec.

 

 

Mais qu'est-ce qu'ils sont beaux..!

 

- Fin entre Troy et Abed. Abed apparaît en dessin dans le mur. Abed fait semblant d'être un dessin, et dit à Troy "you have to believe, Troy" Troy commence à y croire, et est sur le point de sauter à travers le mur. Abed l'arrête. Troy est déçu, sur le point de pleurer... Abed : "i may have made some damage there."

 

 

 

La preuve que tout va mal dans le monde des scénaristes américains...ou une bonne scène de blockbuster ?

 

3

- référence à l'épisode religion de la saison précédente. Les personnages n'apprennent rien.

- Jeff apprend qu'il a du dabiète alors qu'il fait super attention : "Je traite mon corps comme un temple." L'infirmier : "je ne peux pas être le premier à te dire que le temple ne dure pas pour toujours. Il est fait de hamburgers, c'est un temple maudit et comme le vrai temple maudit (d'Indiana Jones), il représente le fait que toutes les bonnes choses, des gens ou des franchises de films finissent en amas pourri et affaissée de conneries incompréhensibles." Eh oui, même les franchises de films (référence au "saut de requin" d'Indiana Jones, et au fait que l'expression soit remplacée désormais par "nuking the fridge", à cause de la scène du dernier Indiana Jones où le personnage échappe à une explosion nucléaire en se cachant dans un frigo ?)

- Comparaison religion / jeu vidéo. Pierce : "le bouddhisme réformé n'est pas un culte, c'est une nouvelle façon de regarder le monde qui augmente la puissance". Troy : "comme un jeu vidéo ? – Oui, Troy, comme un jeu vidéo, tu gagne des niveaux, et à un moment, tu manges vraiment un fantôme."

- A la fin : la prof d'anthropo discute de la fin avec des indigènes, qui viennent de voir inception mais ne comprennent pas la fin... Elle parle en anglais pour que l'un d'eux n'ait pas la fin spoilée.

 

 

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4

- ils sont envoyés pour nettoyer un vieux bus-KFC. Ils font le slo-mo de Armaggedon.

- Abed ne se sent pas assez bien habillé pour l'occasion, il va chercher un meilleur costume. La porte se ferme. Ils sont coincés.

- Référence à aliens. Personne ne vous entend crier (Jeff).

- De l'extérieur, Abed va les guider, car il connaît la simulation par coeur tellement il voulait la faire qd il était petit. 

- Référence à Power Rangers qd l'écran se divise en 4. Plus musique de star wars... et à la scène finale de l'étoile noire.

- Abed and Troy : Faux film super cheap où ils répètent les mêmes conneries que dans les films de bataille spatiale.

 

 

 

 

5

- épisode geek sur youtube. Le cours d'anthropologie est devenu une vraie farce : ils matent une vidéo virale, puis la version auto-tune. Tout le monde connaît ses vidéos préférés : "ski lift ninja crotch rip". Pierce fait des ombres chinoises pas drôle.

- Shirley est toute seule à l'église alors que 17 millions de personne sont capables de taper "god of pharts autotune" sur youtube. Tout le monde s'en émeut... le problème de la sécularisation est pris très à coeur.

- Elle propose de faire faire un film à Abed, qui soit aussi viral que les vidéos auto tune et tout le reste.

 

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- réponse d'Abed : "i'm a stollyteller, not a preacher." (tt l'épisode va montrer le contraire). La bible serait la plus grande histore jamais racontée selon Shirley. Abed répond que Ben Lyons a dit la même chose à propos de "i am a legend".

- Abed veut bien faire un film s'il prend l'ancien testament. Pour lui c'est ET + retour vers le futur + Edward aux mains d'argent. Mais il veut être post post modern.

- Il veut faire faire de Jesus un filmmaker qui découvre que Dieu est une caméra. C'est Charlie Kaufman. 

- Pendant le tournage de son film, Abed : "Je vois autant que je suis vu... je suis l'audience, et la création..." Quand Shirley intervient ds le champ. Abed dit "c'est ok, continuez à tourner, tout le monde y a sa place. Il n'y a pas de prises, il n'y a pas de spectateur, le film est l'histoire, et l'histoire c'est nous, nous sommes le film." Troy : "c'est totalement méta". 

- Tout le monde aime Abed, parce qu'il donne un nouveau sens à la vie. Sur un poster avec son visage : "The story of the story is the story." Des gens autour parlent : "J'ai entendu que certains cinémas le projettent à l'envers. – j'ai entendu que certains le passent à l'endroit et à l'envers. – J'ai entendu que les scènes supprimées sont les scènes et que les scènes sont les scènes supprimées. – Eh, les mecs, le réalisateur répond à des questions dans la cafétaria et les questions sur le film sont et ne sont pas le film." 

 

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- "Chaque minute de nos vies est une première mondiale, et notre père a déjà acheté le pop corn." Shirley "Abed es-tu Jésus ? – je suis ce que tu dis que je suis." Abed est accusé d'être un réalisateur mégalomaniaque : "je la pardonne".

- Controverse théologique entre Shirley et Abed. Shirley lui reproche de se prendre pour Dieu. Abed cite l'épitre aux Corinthiens : "celui qui s'unit avec le Seigneur est avec lui en esprit."

 

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- Jeff se souvient : "no religious talk." Abed est attaqué par le doyen parce qu'il fait un film religieu. Réponse : "toutes les histoires sont religieuses pour moi. – Mais c'est un film sur Jésus. – Comme Matrix, comme Robocop, comme Superman returns... toute histoire sont une histoire de mort et de résurrection." Le doyen est conquis, il cite Star TRek II, The Wrath of Khan où Spock se sacrifie pour l'Enterprise puis renaît." Shirley : "Mais dans ce film, le nom du personnage n'est pas Spock. – C'est Abed." Le doyen : "ouh, autant d'inspiration me donne la chair de poule. J'adore Charlie Kaufman."

- la destruction de son film (qu'il souhaite parce qu'il est pourri) sera le signe envoyé par Dieu... enfin ironiquement... parce que c'est Shirley qui aura seulement surpris sa conversation avec Dieu.

 

 

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George Takei. Gay et fan de Star Trek.

 

6

- voix off : George Takei.  Pierce déguisé en capitaine kirk. Comme il gonfle, Jeff lui fait remarquer qu'il va de plus en plus ressembler à l'actuel capitaine Kirk.

- Abed est en alien, et Troy en Ripley dans l'exosquelette d'Aliens 2. Mais aucun succès auprès des filles pour Troy... Jeff lui fait remarquer que pour séduire une fille, il ne faut pas leur donner envie d'emmener leurs petits frères au comicon (mais plutôt avoir l'air d'un adulte..).

 

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- C'est un épisode zombie. Ils ont tous mangé un surplus militaire qui ressemblait à du caviar. Empoisonnement alimentaire. Un épisode zombie dans une fête halloween.

- Troy se change en dracula sexy (on ne sait pas lequel), c'est-à-dire torse nu avec juste marqué dracula dessus. 

 

Community_Troy-Abed-zombie.jpg

 

- Episode étrange qui inclut soudain la mort... car ils sont de vrais zombis. Mais le tube d'Abba qui résonne à chaque moment de course est plus qu'un accompagnement sonore rigolo. Il est la musique officielle de la soirée. Les personnages principaux disparaissent vite. 

 

Community_Beckham-Jeff.png

Jeff en David Beckham.

 

- Abed se sent lâché parce que Troy a quitté son costume Ripley qui ne fonctionnait qu'avec Abed. Troy ne veut pas être un nerd. Jeff lui demande d'arrêter cette conversation de nerds.

- Ils sont dans la chaufferie. Un chat saute, puis ressaute, puis saute encore. Drôle.

 

 

 

- Abed se sacrifie pour Troy, le dernier personnage. "Rends moi fier, sois le premier homme noir à aller jusqu'à la fin. – Abed, je taime – Je sais." 

- Troy retourne dans la fête à zombie pour les sauver. Comment ? "Je vais être un nerd". "Prepare to meet the power of imagination." Il est revenu en costume Ripley.  Mais ça sert à rien. Il court un peu. Défonce tout le monde sur le tube d'Abba mammamia. Il se fait croquer par Abed. "Ok ok iv'e been bit, yo, you do what zombies do." Jeff est réduit à l'état de zombies cool qui tape tout le temps sur son blackberry. Troy est transformé en zombie, il tape amicalement l'épaule d'Abed. Chacun devient une sorte de marionnette... le tube d'Abba résonne. Mais Troy a réussi à sauver tout le monde en baissant le thermosthat.

- Le FBI fait perdre la mémoire de tout le monde. Mais il reste un message vocal sur le téléphone de Troy.

- Fin : Abed et Troy vont mater un film : Marmaduke.

 

Community_Abed-bitch.png

 

7

- Les filles choisissent le cours sur la représentation du genre dans les médias. Britta fait remarquer à quel point les mecs parlent de leur cul quand ils font du sport. "Arrêtons de définir notre genre par le leur". Mais précisément, tout l'épisode confirmera que "biatche" s'applique bien à des filles, et définit un mal typiquement féminin. Ironie ?

- Pierce prend sa revanche sur le Drone de l'iphone en inventant son dragonflyer, la version ringarde. Abed veut suivre le cours. Ils sont confrontés à un groupe de biatches. Abed est finalement le plus doué de tous pour trouver leurs défauts et les souligner. Il "overscribes".

- Il "tue" par accident le groupe de biatches : "ça te dérange si tu évites de me regarder – Je ne sais pas, est-ce que c'est grave si ton maquillage ne va pas avec ton visage, quand je plisse les yeux, j'ai l'impression de voir un clown."

- Abed est comme le Robocop de la casse, et il détruit les biatches... quand il voit une fille, il a une vision augmenté qui apparaît sur son scan, notamment le "current synopsis : britta, shirley, and annie make abed into one of the girls, with zero repercussions...." Dans le "memo" : "record cougartown, troy's birhtday in 14 days". La fille est estimé en terme de "bitch rating".

- Jeff est lui aussi dans le viseur du biatchcop : "Eh jeff, c'est quoi ton problème avec les chaussure. 2008 a appelé pour te dire que même en 2008, elles étaient ringardes." Mais Jeff est supercool parce qu'il fait du trempoline.

- Abed continue à casser, mais cette fois-ci, il casse les filles parce qu'en cassant les biatches, elles deviennent elles-mêmes des biatches. Abed est devenu cassant avec tout le monde, même la boîte de jus de pomme : "sympa, qui t'as appris à être une brique de jus de pomme". Il donne ses propres "destruct codes" à la biatche du début.

- La leçon pour Abed, comme pour troy et Jeff : "la pureté fondé sur l'exclusion n'est pas une véritable pureté."

- les codes d'autodestruction d'Abed sont exécutés. Les vannes qu'il a écrites sur lui sont envoyés : "regarde toi, on dirait que ta mère lézard s'est faite violer par un muppet."

 

 

 

Troy : "Oh, je veux le lécher..."

 

8

- Annie ne retrouve pas son stylo. Elle empêche tout le monde de sortir tant qu'elle ne l'a pas retrouvé. "Bottle episode", diagnostic d'Abed. 

- réponse de Pierce : "encore ces conneries de référence tv. Avez-vous pris le stylo pour que ça ressemble à un épisode de Benny Hill ou un truc comme ça."

- Critique du bottle episode par Abed : "ce sont des expression faciales envahissantes et des nuances émotionnelles. Je ferais aussi bien en m'asseyant au coin de la pièce."

- Abed est supposé être innocent, tout le monde est choqué qu'il soit mis en accusation. tient un cahier des menstruations des filles. Pour savoir quand elles sont bizarres. Abed est rejeté, et se sent l'autorisation d'être sarcastique. "merci pour m'avoir enseveli vivant dans un mausolée de sentiments que je ne peux ni ressentir ni comprendre.

- Comme personne ne retrouve le stylo, tout le monde penche en toute mauvaise foi vers la thèse du fantôme. Troy raconte alors une histoire, et tout le monde kiffe.

 

 

 

Une reprise de la poursuite exotique dans Blade Runner ?

 

9

- Abed invite Troy chez lui pour une soirée pyjama (et construire un château en couvertures). Britta refuse l'invitation et préfère être adulte. Troy : "enjoy eating fiber and watching the mentalist."

- du méta encore. Jeff prend un cours où le prof lui enseigne la théorie des conspirations en effaçant lui-même toutes traces du cours pour le faire passer pour une conspiration. 

 

 

Bing ! Prends toi ça dans le scénario, Salt ! Tellement de retournements que même Angelina Jolie ne saurait plus à la fin si elle est une gentille ou une méchante...

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 01:00

 

 

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Mickey Rooney. Vous pensez l'avoir vu quelque part et vous ne savez plus où.

Moi non plus.

 

14

- Annie : "avant qu'on commence, j'aimerais avoir une réunion préalable, ou préala-union, sur ce que j'appelle l'énigme de la bibliothèque" Abed : "on dirait un porno avec Kate Winslet".

- Tout le monde croit que Pierce est mort. Réponse de Pierce : "je ne suis pas Mickey Rooney. Pas besoin de croiser les doigts pour que j'apparaisse." 

- Jeff : "est-ce que je peux être le mec dont le surnom définit les limites, genre schtroumpf réservé, ou ours discret, ou Spice Confidentialité ?"

- Jeff présente sa copine, professeur Slater. Pr.S. : "Pourquoi ils me regardent tous comme un animal." Abed explique : "En fait, Jeff est un peu le père de notre goupe, donc ça fait de vous une sorte de mère – Mais je ne le suis pas. – Tout à fait. Vous savez faire les macaronis ? – Oui – J'adore ça."

- Abed joue encore le décodeur de situation ironique (pratique). Britta explique qu'elle prépare un spectacle de claquettes. Tout le monde se moque d'elle. Abed : "eh bien, tu n'es pas exactement féminine, et faire des claquettes est considéré comme vulnérable et féminin."

- Britta est coincée lors de son spectacle de claquettes. Troy saute sur scène pour l'aider et arrache son jean. Pierce : "oooh, hot twist !" (retournement sexy !)

- En fait, Abed sait faire des claquettes. Pas mal.

 

 

 

 

15

- A Greendale, une statue en bronze de Luis Guzman (pourquoi, hommage aux acteurs portoricains inconnus ?).

- Abed invite du monde pour casser les films nuls dans son dortoir. "Kickpuncher, avec Don le démon Donaldson", cyborg au poings forts comme des coups de pieds.

- Shirley, qui est traitée de ménagère par Pierce, est invitée "si ça ne l'ennuie pas de renforcer le stéréotype." Le but du cassage de film : réagir exactement comme nous serions supposés réagir en tant que stéréotype...?

- Pourquoi Shirley accepte de venir. "D'habitude quand je regarde un mauvais film, j'arrête de le regarder, mais là, ça fait très "collegy" ("faqueux")". Bref, casser un film nul donne l'air intelligent. Yes, right !

- Concept : l'enflure portail, ou gateway douchebag. C'est-à-dire un mec avec qui on sort qui est tellement con qu'il donne envie aux autres connards de nous draguer.  (Mon Dieu, le terme est cité sur Urban dictionnary).

- Début du film avec Abed. Le Warning du FBI (toute copie est interdite). Troy : "ouh FBI, i'm so scared..." (pas drôle en soi, mais drôle à cause du côté ringard). On rit. Pierce : "c'est pas juste, j'ignorais qu'on avait commencé."

- Pierce essaie d'être cool en y allant. Mais il ne fait que des sales vannes....

Début du film : "En l'an 2006 après JC, alors qu'une guerre nucléaire ravagé la planète". Abed "j'ai dû rater ça." 

Suite : "...où règne des pillards, des dealers et des terroristes." Troy : "on dirait un Thanksgiving en famille." 

Suite : "...quelqu'un veut de la mégadope, tu vas être mégadéfoncé ?" Shirley : "ça dépend, est-ce que ça m'aiderait à tenir jusqu'à la fin du film ?"

Suite : "Kickpuncher, on vous doit tout. Qu'est-ce qu'on peut vous offrir ?" Senior Chang : "me redonner deux heures de ma vie". Des bonnes vannes, honnêtes. Mais Pierce : "Réalisé par Kim Yang. – "Hmm. Réalisé par Kim Yang.Les asiatiques : ne savent pas réaliser de films, ne savent pas conduire..."

- Pierce prépare du coup ses vannes avec des étudiants qui font du théâtre. Mais il ne rit qu'à des sales vannes "C'est une bonne journée pour... être gay". Donc les étudiants s'adaptent.

- Il devient drôle parce qu'il se casse la gueule involontairement

- Tout le monde s'engueule parce qu'ils ont raconté des trucs salaces les uns sur les autres. "Nous sommes devenus incestueux comme le casting de Brady Bunch". Shirley : "je ne dis rien sur le truc bizarre entre Troy et Abed." Ensemble : "ils sont juste jaloux."

 

 

 

 

16

- Vanne d'Abed : "Meryl Streep a eu deux oscars parce qu'elle savait cuisiner. J'ai oublié d'accentuer le sarcasme. Comme ça, ça fait tellllllement plus sarcarstique. L'inflexion est tellllllement importante."

- "A Drunk Dial... tellement d'implicites, tellement d'intrigues." Le drunk dial implique souvent un APC (appel pr plan cul ou)... ou encore Booty call implication. C'est entré dans l'urban dictionnary.

- Mais abed réagit : Jeff a désormais toutes les cartes dans sa main. L'équilibre en Jeff et Britta est rompu. "ce serait comme dans une sitcom si un personnage voyait un autre nu". Jeff doute, et Abed répond : "non je n'ai aucune idée de quoi je parle, je suis abed je ne regarde jaaaamais la télé..." ironiquement bien sûr – cette fois avec inflexion et grimace.

- on voit Abed sur le plateau de son sitcom. Il retourne la scène précédente dans le cours de Senior Chang. C'est un petit asiatique qui joue le rôle de Senior Chang. Il joue mal. Abed : "Tu dois croire que tu tiens un réel détecteur de conneries dans la main. – Le problème c'est pas moi, c'est toi et ton stupide script" (pétage de plomb à la Christian Bale).  "Voilà ! Cette colère, utilise-la."

- Jeff vient lui demander conseil. Abed cite cette fois un exemple concret : "c'est comme dans Madame est servie, quand Tony voit son patron à poil. – et il a arrangé ça ? – Je ne sais pas, je n'ai pas pu aller plus loin que les open credits. Mais Chandler voit Rachel nue et elle voit son pénis pour rééquilibrer. – Ok, Britta verra mon pénis." Jeff doit la rappeler bourré. "c'est absurdement simpliste."

- Abed fait jouer à Jeff le mec bourré... mais Jeff joue super mal (alors que tout le monde croit que c'est facile de jouer le mec bourré).

- Abed fait une vanne sur Lost.. le petit acteur qui joue senior chang est brillant... "il sera le prochain acteur asiatique de lost".

- conseil pour Jeff qui doit jouer le mec bourré : "arrête d'être toi en train de jouer l'acteur, trouve l'acteur en toi qui te joue." Jeff : "oh, ils vont t'adorer en Californie."

- A propos de Britta : "les gens pourraient être rebuté par son visage d'ange, et sa sévérité à la Jody Foster." "Elle a plus de combats qui ne comptent qu'un commentaire de youtube." Abed éprouve les véritables émotions de Jeff pour proposer une vraie performance de BCI. Il ne veut pas d'un "faux mec bourré plein de fausse pitié pour Britta" mais "une performance crédible fondée sur des sentiments". Jeff : "je suis sûr que tu es un bon directeur d'acteur, mais tu es un misérable pote de beuverie." Jeff décrit Abed : une mante religieuse qui étudie tout le monde.

- Abed boit (alors qu'il est musulman) : "ce n'est pas pour moi, c'est pour le public."

- Ils dansent comme dans Breakfast Club. Le signe qu'Abed est bourré, il ne peut pas se souvenir du nom de la fille de Breakfast Club. Abed, qui a mal à la tête : "je me sens comme ce mec de série".

- Le signe d'une sobriété retrouvée chez Abed : la référence pop à punky browster.

 

 

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"Vous fait mourir de rire"... ça sonne si réel...

 

17

- "L'Amour ne s'achète pas", c'est à travers ce film (qui est le remake pr blancs d'un film black "L'Amour à tout prix") qu'Abed comprend ce que pourrait être l'amour.. mais surtout c'est la transformation que ses amis ont prévu pour lui qui l'excite : de geek en bête de foire.

- Intervention de Jeff : "on a tous assez vu Sept à la maison (Fat albert – en direction de Troy et Shirley, les deux seuls blacks) pour savoir qu'Abed doit seulement rester lui-même."

- il imite à la perfection jeff et les autres. Il imite Don Draper par exemple. Abed sait tout jouer, tout être. Tout le monde a sa préférence : Don Draper (Annie), Mike Brady (Shirley), Jo de Facts of life (Britta), ou (choix de Troy) : Calvin de Calvin et Hobbes. Parce que "quand il a un problème, il n'a qu'à pisser dessus."

- Le problème moral d'Abed c'est qu'il n'est pas lui-même pour être aimé.

- La formule de Jeff :  10%  Dick van Dyke 20% Jack Malone 40% Zack Braff dans Scrubs, et... 30% Hilary Swank dans Boys don't cry.

 

Community Dick van dyke + Community Jack Malone + Community zach braff + Community Boys don't cry Hilary swank = Community jeff-winger

 

- Après l'échec d'Abed à draguer, tout le monde pense qu'Abed sera triste. Mais non. Abed faisait ça pour faire plaisir aux autres. Car si ceux qui veulent l'aider sont frustrés, ils sont malheureux, ou Abed en paie les pots cassés. Il ajoute : "plein de filles me kiffent grâce à mon look adorable, et mon air hautain leur rappelle leur père. J'ai pris l'habitude de me faire draguer." Blessure de self-esteem ? "J'ai de l'estime de soi à revendre. C'est pourquoi j'ai pu changer pour vous. Changer pour les autres est facile." Jeff : "Abed, tu es un dieu."

 

 

 

"I hate Glee"

 

18

- Family day à la fac. Abed : "vous allez rencontrer Abra, ma cousine de Gaza. – (Annie) Est-ce qu'elle est comme toi mais avec du rouge à lèvres ? – (Abed) Non, ça c'est Hally Berry." La série fait régulièrement des vannes précises sur le physique de leurs acteurs.... et c'est vrai que Danny Punni a un côté Hally Berry.

- à la fin du bal. Parce que Jeff vient de se faire larguer : "Je déteste Glee..."

 

 

 

 

19

- Dans cours de poterie, tout est permis sauf le Ghosting : fredonner la musique de Ghost, ou faire de la poterie à deux. Le prof (une sorte de Boy George hippie) adopte donc une "zero ghost policy".

- Jeff trouve un rival en poterie (alors qu'il était venu pour glander). Abed fait la voix off comme dans Desperate Housewives (plan sur le visage de Jeff) : "Jeff avait déjà montré un esprit compétitif avant, même de l'envie. Mais en ce premier jour de poterie, il découvrit... – Abed. De quoi on a déjà parlé – Pas de voix off désolé... c'est devenu une habitude."

- Jeff pète les plombs parce qu'il est détrôné dans sa collitude. Il devient à moitié fou et arrogant. Abed : "oh Jeff, tu te Glodblumises." = porter en chandail, être recroquevillé, et traiter tous les autres de fous quand c'est nous qui le sommes.

- diagnostic d'Abed : "c'est ok, c'est bon pour lui, il se confronte à ses propres limites."

- Jeff par esprit de vengeance fait du ghosting sans s'en apercevoir, il réalise la figure du "hilarious men on men" (c'est drôle parce que c'est un mec qui ghoste avec un autre mec). Le prof montre la photo de Patrick Swayze barré de rouge ("c'est fait avant sa mort, ce n'est pas de mauvais goût"). Pour se venger, Jeff lui chante la chanson de Ghost.

- Super réplique de Pierce au "bonne chance" de Jeff : "Good Luck – never need it, never had it." (Bonne chance – J'en ai jamais eu besoin, j'en ai jamais eue)

- Pierce, à la fin de son cours de navigation veut faire le "I am King of the world de Titanic – Ne gâchez pas le week end à venir." Décidément, les références cinématographiques sont bannies lorsqu'elles sont trop classiques.

 

 

 

 

20

-  On est le 1er avril. Métavanne sur les vannes. Troy : "le but d'une bonne blague est de bouleverser le système. Par exemple. Qui veut ça ? Tu cherches quelque chose ?" retire les serpentins de la boîte. Être délibérément pas drôle est-ce être drôle ?...

- l'épisode se transforme en "buddy cop movie" (expression d'Abed). Mais qui sera le méchant flic et qui sera le gentil flic ? en fait les deux filles se battent pour être le méchant flic, le "bad ass". Lorsqu'elle se dispute devant le doyen, et qu'il demande : "mais que se passe-t-il ici ?" Abed apparaît : "a twist on a classic formular" = généralement, il y a un gentil et un méchant et là les deux veulent le même rôle. Et "Pourquoi êtes-vous sorti de nulle part – ma télé est en panne."

- Elles arrivent sur la scène de la première vanne qui a mal tourné : "Je suis Annie Edison, mais les gens m'appellent Psycho, parce que j'ai fait une dépression nerveuse au lycée. Ma partenaire est une mère au foyer chrétienne. On peut vous aider." Surenchère de Shirley : "En fait, peut-on ne pas vous aider. Je compte jouer d'après mes propres règles." Annie : "Elle aime les règles, moi je n'en ai qu'une. Restez en dehors de mon chemin – Restez encore plus en dehors de mon chemin." 

- Abed traîne dans le coin pour observer leur affrontement et conseille le doyen : "dites leur qu'elles n'ont que 24 heures pour résoudre le cas."

- Shirley : "j'ai des ressources." Annie : "j'ai des ressources que j'ignore encore."

- Abed tire les ficelles, il est sur le siège arrière de la voiture : "coupez, on passe à la séquence action." A Annie : "Cours lui après." A Shirley : "Coupe de l'autre côté." Il demande qu'on lui garde la place de sa scène parce qu'il doit partir aux toilettes au moment où Annie et Shirley s'engueulent. 

- Le doyen parle, Abed souffle les répliques : "votre cul est sur la sellette. – Mon cul est sur la sellette... – Vous venez juste d'avoir un coup de fil du maire. – Je viens juste de recevoir un coup de fil du maire...? Quoi ? Arrêtez de faire ça ! – J'essaie de vous aider, vous vous y prenez mal. – Alors faites-le – (Abed frappe la table et joue bien le capitaine de police excédé) J'en ai ras le bol de vos excuses à toutes les deux. Vous êtes la risée du département. Vous êtes démis de l'affaire et de vos fonctions. Vos badges, vos blousons, maintenant. Maintenant, je n'ai pas toute la journée. Ma sciatique se réveille. Je suis trop vieux pour ça, maintenant hors de ma vue. Je croyais que vous étiez des durs à cuire. Les vrais durs à cuire travaillent ensemble." Le doyen mange des pop-corns en le regardant. "Plutôt – Ne vous inquiétez pas, elles en avaient besoin."

- La morale de l'histoire est que finalement, on a besoin d'un pisse-froid dans son cercle de potes, un buzz-kill, "un nuage noir qui nous unit tous." Très paradoxal après un épisode drôle. Abed regarde tout le cercle d'étude pleurer dans les bras des uns et des autres en mangeant du pop-corn.

 

 

Community Scorcese Les Affranchis

"J'ai toujours rêvé d'être un gangster"

 

21

- tout le monde aime les nuggets de poulet. Mais il n'y en a pas assez pour tout le monde. 

- (Un mec en dreadlock passe et ignore Shirley. "Il me rappelle le prédator. C'est bizarre parce qu'en fait, c'est toi la chasseuse, et tu es invisible pour lui.")

- Lorsque Jeff propose de placer un des leurs en cuisine pour avoir des nuggets, Abed dit "c'est comme dans un film de mafia" Voix off d'Abed immédiate : "aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours rêvé d'être dans un film de mafia." Jeff donne à Abed le rôle principal : chef de friture.

- Jeff : "vous agissez chaque jour comme des moutons et attendez en rang et attendez la livraison d'un système pourri". Voix off d'Abed : A cette époque, c'était par Jeff que tout arrivait, il savait toujours quoi dire, et quand taper sur la table. "Pour les moutons, le troupeau, et pour les loups, la meute." ça y était, c'était aussi simple, à partir de ce moment, on cessait d'être une famille pour être une "famille", en italique".

- le film reprend l'escalade classique des films de gangsters. Un hommage à tous les films de Scorcese et à Les Affranchis en particulier...?

- Abed se fait embaucher, Pierce joue les anciens patron d'Abed, Troy postule en même temps et fait foirer son entretien pour donner l'impression qu'Abed est encore meilleur.

- Shirley drague le mec en dreadlocks avec des nuggets.

- Abed veut donner des nuggets au poulet à Senior Chang. Mais tout le monde lui tombe dessus. On lui rappelle qu'on s'est sacrifié pour qu'il soit à cette place. Alors pour justifier de sa bonté naturelle, il réplique qu'il va demander que tout le monde ait 10% de meilleurs notes en espagnol.

- Abed détaille la chaîne de distribution (vraiment toute la copie de films de gangsters marche du tonnerre). Tous les courtisans corrompent progressivement le cercle d'études. Chacun en veut plus. Et c'est Abed qui gère les demandes.

- Mais Abed devient mégalo et égoïste pour une raison. Quand Jeff explique que les choses comment à leur échapper, Abed répond : "Le campus est contrôlé par notre groupe, notre groupe est contrôlé par le poulet, et le poulet est contrôlé par moi. (...) Je ne fais pas de film de mafia. En fait, je n'ai plus besoin de références pour parler aux gens. Avant, j'en avais besoin car je ne comprenais pas le monde, maintenant, on parle tous le même langage : le poulet. Je comprends finalement les gens, et les gens me comprennent." Le geek est un salaud quand il comprend finalement le monde. Le problème du geek : il est prêt à abandonner sa propre pop culture. 

- Drôle. Jeff (à qui Abed reproche d'avoir des problèmes d'ego) : "je n'ai pas besoin d'ego. Ma photo facebook est un paysage."

- Abed est obligé de durcir le ton, parce qu'ils sont tous trop gâtés (fond de musique pop, glam... à la Scorcese ?). Il fait écarteler le cartable d'Annie, kidnapper le singe de Troy... il donne même la becquée au mec à dreadlocks devant Shirley. 

- Face à face Abed/Jeff... Dans l'obscurité d'une arrière-cuisine. Abed prépare une nouvelle recette, hormis les nuggets. Jeff lui fait sentir qu'il est loin du groupe. Abed : "s'il te plaît ne recentre pas l'épisode sur moi" (please don't do a special episode about me).

- Pourquoi Jeff est là : "Tu t'es fait avoir parce que tu as des faux diplômes. D'ailleurs, ils ont utilisé ça une fois dans New York Police District (Justice and Order). Une arnaque totale." Abed reconnaît que c'est peut-être un épisode spécial, mais de Jeff.

- Un marché : rendre les gens heureux, et les aider en même temps. "Comme dans K2000" (pourquoi ?). Description de la série par Abed : "je m'habille en cuir, je me tape une prof d'aérobic, tu te gares et tu parles très fort pour faire sursauter les passants avec ta capacité de parler" (parce que Jeff va jouer Kit).

- fin de la voix off : "tout est redevenu normal. Je suis redevenu le mec bizarre, observant de l'extérieur... pour l'instant."

 

 

Community_National_Lampoon-s_Animal_House.jpg

 

22

- Sans raison, Abed détruit la guitare de Pierce : comme dans Animal House. "Je n'ai pas pu résister. Casser une guitare en pleine chanson d'amour était sur ma liste de fac." Abed fait une liste de tout ce qui, dans les films, constitue une première année de fac réussie. "Se trouver un groupe d'inadaptés." "Affronter une brute." "Emballer la plus belle fille de la fac." Troy : je vais t'aider, je serai ton Morgan Freeman. – comme dans Sans plus attendre. – Quoi ?" Abed descend le pantalon de Troy. C'était sur la liste. Troy lui redescend, et Abed avait prévu les petits coeurs sur le caleçon (un peu flippant). Pierce baisse la jupe de Shirley... malaise.

- Aussi sur la liste : "Laver les voitures avec un robot à nichons..." "voler la mascotte d'une autre fac..." "rejoindre une fraternité après un bizutage" et "une dispute ridicule qui se transforme en drame pour le bien de l'histoire." et bataille de bouffe...

- Pierce est viré du groupe. Abed utilise ses dons pour expliquer ça à tout le monde (il est décidément le deus ex machina des scénaristes) : "Pierce était le bouc émissaire, un paratonnerre. Sans lui, la foudre tombe partout. (...) C'est très dangereux, on a perdu notre Cliff Clavin (postier de Cheers), notre Georges Costanza (cf Seinfeld), ou Johnny Drama, ou E (cf Entourage)... ils ne se foulent pas."

- Ils s'engueulent tous, parce qu'il n'y a plus de bouc émissaire. Mais Abed est protégé. Tout le monde le trouve sympa.

- la série réutilise le dernier cliché des films de fac : annoncer dans le générique ce que deviennent chacun des personnages. Mais les panneaux ne révèlent rien. "Annie resta juive malgré l'ingestion de porc"ou presque : '"Abed et Troy reviendront dans Fac Cut 2 : vol de petites culottes".

 

 

Community_call-of-duty-4-modern-warfare-box.jpg

 

23

- L'épisode paintball. Génial. Référence à Modern Warfare, Call of Duty 4 dans le titre.

-  Tout commence par une énième dispute qui traduit une tension sexuelle... Abed explique : "vous n'êtes pas ross et rachel, cette tension. Vos tensions sexuelles maquent d'alchimie et nous stressent... ironiquement, à tous niveaux, vous nous empêcher d'être Friends." Shirley parle d'un autre couple de sitcom inconnu au bataillon : Sam et Diane de Cheers (l'autre référence était Cliff Clavin).

- grosse référence à john woo, et à matrix à la fin.

- Jeff se réveille dans sa voiture. La fac est dévastée... ambiance à la "I am a legend". Ambiance de fin du monde, cyberpunk.

- Jeff est coincé dans un couloir par Leonard, à l'autre bout du couloir, Abed. Ralenti, musique grandiloquente. Acrobatie d'Abed qui painballe Leonard (le petit vieux). "Suis moi si tu ne veux pas de peinture sur toi". 

- ça ressemble aussi à Battle Royal, puisque le prix (inscription prioritaire) ne peut pas être partagé. Il ne doit en rester qu'un.

- lors d'une pause pipi, de la peinture coule, annonçant une embuscade... comme dans aliens et la bave d'aliens.

- tout le monde se menace de son flingue... un peu comme dans un putain de film de J. Woo....

- Trucs qui ressemblent à un film. Réunion autour d'une barrique en feu pour se réchauffer. Le méchant est en fait le plus placé, c'est le méchant pervers, ici : le Doyen qui monte les uns contre les autres. Il a un homme de main, Senior Chang (référence à John Woo encore), qui est le méchant puissant, avec des super flingues de paint ball. Il entre sur une musique religieuse (John Who ?)

- Jeff et Britta ont couché ensemble. Abed remarque qu'il n'y a plus de tension. "Ce n'est pas bon."

 

 

Community Will-Hunting

 

24

- "Spoiler alert". Réponse : "nerd alert"' (parce que c'est nerd de dire "spoiler alert").

- référence à will hunting : troy a un don qu'il cache à tout le monde parce qu'il n'en voit pas l'utilité : il sait réparer des lavabos. Un plombier black lui dit que réparer c'est réel. Troy répond qu'apprendre c'est réel aussi, et utile comme "comprendre HBO..."

- référence à Indiana Jones : qd Annie aller pleurer pour attendrir tout le monde (la disney face = tremblements des lèvres, clignements des yeux mais sans vraiment se fermer), Jeff prévient qu'on ne doit pas la regarder pour ne pas craquer. Et pour l'expliquer à Abed : "c'est l'arche d'alliance". 

- Troy ne veut pas être plombier : "je serai sophistiqué, et sans emploi, ou un emploi qui donne l'impression qu'on n'a pas d'emploi." Abed à Troy, comme dans Will Hunting : "le meilleur moment de la journée c'est les 10 secondes où je m'assois en cours d'espagnol et avant de me retourner, je me dis : je vais et peut-être que tu ne seras pas là." Troy prend ça comme un déclaration de non-amitié. Il ne pige pas que c'est comme dans Will Hunting.

- Troy : "j'en ai compris la moitié. Mais ça m'a permis de comprendre l'autre moitié." Abed : "comme dans la saison 1 de The Wire".

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 01:47

 

 

Community NBC

Mais où sont Abed et Troy ? De la gauche vers la droite.

Abed, Senior Chang, Shirley, Troy, Britta, Jeff au milieu, Pierce, et Annie (qui joue aussi Trudy, la femme de Pete Campbell dans Mad Men).

 

Je suis absolument fan de Community, le sitcom de NBC. Pour les mêmes raisons que Titiou Lecoq d'ailleurs (mon idole du web dont j'ai dit le plus grand bien ici). Ce truc m'a aidé à passer l'été. C'est un anti-dépresseur et un reflet de notre époque ultra-puissant. Si on traverse la série en comprenant quelques unes des références geek, on se sent plus intelligent – et on se met à penser que toute la culture pop qu'on a ingurgité étant gamin commence à servir à quelque chose. La série est géniale, je ne sais pas trop comment le dire encore. Mais la série est géniale. 

Alors, lorsque j'ai lu le post de Titiou sur GirlsandGeeks, j'y ai vu une autorisation de passer à un stade supérieur de folie. J'étais absolument d'accord avec elle. J'avais déjà maté toute la saison 1, d'un coup. Notamment parce qu'un torrent mettait à disposition la saison entière en VOSTFR. La grosse classe. Les Français ont du goût. 

Ce qui rend la série particulière ne sont pas seulement ses dialogues ultra rapides et vifs. Ce ne sont pas seulement ses super acteurs (j'adore Donald Glover, perso, et pas seulement parce qu'il est black et qu'il a demandé à être auditionné pour jouer Spiderman... il faudra que je laisse un post sur le phrasé et la tête drôle/chelou/sexy de ce mec). Ce n'est pas seulement la prouesse renouvelée de faire tenir à chaque fois trois ou quatre intrigues en vingt minutes (anecdote : Donald Glover, récompensé par la Writer Guild pour son travail scénaristique sur 30 Rock). Ce ne sont pas seulement certaines audaces dans la mise en scène, notamment lors des épisodes Halloween (génial fin d'épisode 7 à la Batman... personne ne s'y attend). C'est simplement la série la plus "méta" de toutes. Une série sur les séries. Community est une sorte de monde parallèle au nôtre, où chaque chose qui existe, y existe en plus ringard et en plus drôle (par exemple, l'hélicopter débile qui se dirige par Iphone vient de trouver son équivalent dans l'épisode 6 de la saison 2 : un hélicopter en scotch avec une webcam dessus, dirigé par Pierce, le vieux pseudo hippie bouddhiste "niveau lotus laser").

 

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Danny Pudi et ses amis.

Parce que le cinéma c'est beau tout le temps.

 

Et du coup, dès l'épisode 2, il se passe un truc très étrange, le beau gosse de la série, l'avocat déchu, obligé de repasser ses diplômes parce qu'il les avaient tous usurpés, est détrôné par le second rôle : le génial, le magnifique, le geekissime Abed (inspiré d'un acteur fou de séries qui s'appelle Abed Gheith). 

Raide comme un Buster Keaton. Distant et étrange comme un Edward au mains d'argent. Progressivement Abed devient magique, tout le monde l'aime, jusqu'à le corrompre. Doucement, il se place au centre des intrigues tel un Puppet Geek Master.

Comme disait si bien Titiou, qui doit toucher sa bille en exégèse nietzschéenne : Abed c'est nous, c'est le choeur, le choryphée. Il représente le spectateur idéal, grâce auquel le voile de Gaya est déchiré, et l'illusion de l'individuation dévoilée. Derrière les personnages, on arrive à lire, grâce à lui, le travail scénaristique de geeks à grosse lunettes surpayés (même Donald Glover en porte), et la lente digestion du monde par la culture pop. C'est ce qui est majestueux, et en fait un demi-dieu : on peut comprendre le monde à travers la télé. Nos parents en ont fait des cauchemars, et c'est arrivé...

 

 

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Un check, c'est toujours plus qu'un check...

 

Plus je regardais les épisodes de la série, plus je tombais amoureux du couple Abed et Troy (ils font des petites scènes à la fin, pas toujours drôles, pas toujours avec une chute, mais qui sont des bonus gratuits de ce que pourrait être la vie d'Abed et Troy – c'est la chantilly de la sitcom – c'est un peu comme un épisode coolos des Deschiens). A ce niveau de fanatisme et d'amour, je devais réagir. J'ai donc décidé de prendre en note, presque toutes les références "méta" de chaque épisode. Tout ce qui pourrait être l'indice d'une culture pop effective, capable de coder le monde entier, puis de le décoder avec nous. Ce sont ces notes que je publie (ouh que je kiffe cette phrase)... Indices possibles pour tous ceux qui ambitionne un jour de comprendre le monde comme Abed.

 

PS : je ne peux pas tout publier d'un coup, sans risquer la suffocation par excès de plaisir. Je monterai donc graduellement jusqu'au septième ciel (la déclaration d'amour de Troy à Abed est dans le génial épisode zombie de la saison 2) en postant treize épisodes par treize épisodes.

 

 

 

Un jour, moi aussi, je ferais un rap en espagnol avec mon pote ethniquement différent et pourtant semblable.

 

 

 

SAISON 1 :

 

épisode 1

- Abed est hystérique et maniaque. Un rainman en puissance. Parle très vite. Palestinien (à moitié). 

- Jeff à une femme à qui il parle en pensant qu'elle écoute ses problèmes : "Excusez moi, j'ai été élevé par la télé à croire que toute femme noire de plus de 50a est un mentor cosmique" (matrix). La meuf l'appelle Seinfield... "– c'est seinfeld..." 

- Abed est appelé SlumdogMillionaire par Troy.

- Abed joue un extrait de Breakfast Club très fort et totalement hors de propos pour couper court à l'engueulade générale. + dirty dancing.

- Abed à Jeff (pour parler d'une déchéance) "Tu étais comme Bill Murray et maintenant tu es plutôt comme Michael Douglas. – et toi, comme Assperger (référence à Hans Assperger, le psychiatre autrichien qui dresse le premier le spectre des différents troubles autistiques), et jeu de mots sur "ass" (cul) ?

 

 

Senior Chang, aka El Tigre Chino. "Parce que mon savoir vous boufferait la gueule."

 

épisode 2

- Le doyen annonce plein d'événements. "J'aime bien ces annonces, ça donne l'impression que toutes les 10 minutes c'est la nouvelle scène d'une série télé qui commence. Mais ça dure le temps que quelqu'un dise un truc qu'il ne dit jamais à la télé, comme "ma vie est comme à la télé". Alors c'est fini." Phrase méta par excellence. Les scénaristes en ont conscience à ce point dès le deuxième épisode.

- Britta explique pourquoi les journalistes se font tuer au Guatemala. Abed dit : "spoiler alert". Britta : "dans la vraie vie, il n'y a pas de spoilers. Tu sais que la vie et la télé sont différentes."

- Abed à Jeff : "belle entrée". Jeff : "je te la dédicace." .

- Avant de faire le devoir d'espagnol, pierce propose de définir ce qu'est une histoire. S'ensuit un long schéma ultra-compliqué à la craie sur le tableau... Musique, plus de paroles, et images au ralenti. Lorsque Jeff et Pierce "joue" leur premier exposé, c'est comme un opéra-rock débile, avec des mexicains et une scène à la Water World (ou à la Aguirre, la colère des dieux)...

 

épisode 3

(c'est l'épisode où Abed apprend à faire un film. Son statut méta est confirmé.)

- Référence au Cercle des poètes disparus. Le prof veut apprendre à aimer la vie. "Ouvrez vos livres à la page 37. Maintenant fermez les et jetez les. Jetez-les !" Jeff : "Jackpot."

- Jeff explique que le prof de littérature se croit dans le cercle des poètes disparus. Critique de Robin Williams par Abed : "Pas fan. Dans chaque film, il combat l'autorité pour faire rire." = trop facile de faire rire comme ça, Robin Williams est ringard pour Abed. 

- Abed fait un film car Britta lui paye ses cours du soir. Documentaire selon Abed : "comme un vrai film mais avec des gens moches."

- Abed devient ingérable parce qu'il est confié à ses amis par son père qui refuse de s'en occuper. Coupé de l'autorité paternelle qui l'oblige à faire des falafels, il pousse tout le monde à bout comme un enfant, et fait rejouer le rôle de ses parents à ses amis. Il ne quitte plus la caméra. Il dépense tout son argent.

- Il monte un film, où Jeff et Britta joue ses parents (car ils ont vraiment réagi comme ses propres parents). Dans le film, Abed colle juste la tête de ses parents sur les images de Jeff et Britta. Le point c'est qu'il faut s'exprimer plutôt que d'être libre ou obéissant.

 

 

Senior Chang, again. "Qui est instable et imprévisible maintenant ?"

 

épisode 4

- Abed compare à Chandler et Phoebe sa relation avec Annie. C'est-à-dire qu'ils ne sont pas vraiment de bons amis, juste des amis d'amis qui traînent ensemble.

- Il est fan d'Indiana Jones.

- Quel niveau d'amitié entre Abed et Annie ? "celui où on garde le chat une fois de temps en temps quand on part en voyage."

 

épisode 5

- on explique le goût d'Abed pour les séries en le faisant passer pour crédule. Pour se venger de Troy qui a abusé de sa crédulité (en lui faisant croire qu'il était lié à Barack Obama) Abed se fait passer pour un alien. 

- Abed va avoir Troy, et lui faire peur parce qu'il va trop loin pour être crédible. Abed n'est pas crédible, mais il est totalement fou de faire autant d'effort pour en paraître un (il écrit dans un autre alphabet comme l'alien observateur de Fringe, il se déguise, il parle comme un alien). A la fin, il joue comme Da'An dans Invasion Planète Terre. Troy lui demande d'arrêter, et ils sont potes à nouveau.

 

épisode 6

- Le doyen arrive et fait une remarque sur la diversité du groupe d'études. Pour respecter cette diversité, l'équipe de foot se fait appeler les "être humains".

- Jeff :  "Abed, ça met tout le monde mal à l'aise quand tu parles de nous commes des personnages de comédie."

 

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épisode 7

- Episode Halloween.

- Pierce est déguisé en Beastmaster... inconnu. ça ressemble à un vieux Conan le Barbare en plus cool, en plus Manimal, parce qu'il parle aux animaux, c'est son super pouvoir. Le costume a un aigle en peluche attaché sur le bras. (Beastmaster, says wikipedia, est basé sur un film de 1982, puis réadapté en série par des canadiens en 1999-2002... donc super ringard de toute façon)

- Abed se déguise en Batman. Il sauve tout le monde d'un écroulement de chateau de chaise parce que Pierce a pris du speed et s'était enfermé en dessous. Jeff se tourne vers Abed "Batman – Oui ? - Tu restes pour la fête ? – Si je reste il n'y aura pas de fête, je dois rester dehors toute la nuit, rester vigilant. (plan sur la suite de la fête, les visages souriant... la réponse d'Abed se transforme en voix off) Là où une fête doit être sauvée, je serai là. Là où il y a de la joie et des pitreries, je serai là. Mais parfois je n'y suis pas, parce que je suis très occupé, à rester vigilant, à surveiller, rôder, sauter, enjamber, dormir, non je ne peux pas dormir, vous dormez, je ne dors, je ne peux pas dormir, je ne cille pas, suis-je un oiseau ? non, je suis une chauve souris, je suis Batman, le suis-je vraiment ? oui, je suis Batman. Joyeux Halloween." Il fait super bien la voix, et c'est super rythmé. Et Troy est en Scarface, avec une petite moustache. Troy est beau et drôle (déjà dit ?).

 

 

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Beastmaster.

 

épisode 8

- On voit le mode de vie d'Abed. Il ne mange que des céréales Lucky Charm et bouffe devant la télé. 

- Jeff vit avec Abed parce qu'il n'a plus d'appart. Il devient nihiliste et comme une sorte de evil-geek. "Tu es Goldie Hawn, Jeff. Dans 'Un couple à la mer'." Car Jeff doit revivre quelque chose de simple pour être heureux.

- Ils ne viennent plus en cours, Jeff répond : "Marathon K2000." Abed ajoute : "Un voyage mystérieux dans le monde d'un homme qui n'existe pas" (en référence à Kit ?... la voix de la bagnole)

- Abed explique la situation de Jeff à Britta "C'est comme dans E.T. : il s'est incrusté chez moi, on est potes, et c'est bon pour moi mais pas bon pour lui." 

 

épisode 9

- Le meilleur. 

- Dans le département cinéma, Troy trouve les films d'Abed, qui s'avèrent être tous des épisodes de sitcoms au sujet de leurs vies. La boîte de production : "Abed cool films". Les acteurs rejouent l'épisode précédent où Jeff vit dans sa voiture. "The Community College Chronicles". Mais Abed a posté la vidéo deux semaines avant. Ces films sont en réalité prémonitoires. 

- Les expressions des personnages sont à la fois les mêmes et différentes. Troy en les découvrant (relax) "ça me ride le cerveau". Troy (joué par une sorte de Snopp Doggy Dog) dans le film deux secondes après "ça me ride le cerveau." Troy super flippé : "ça me ride le cerveau". Pierce Hawthorne est joué par Leslie Nielsen !?... On dirait.

- Abed se fait accuser d'être télépathe. "Je sais ce que vos allez dire, vous avez trouvé mes films sur le site web... – C'est un sorcier. – Non pas un sorcier, je vous connais si bien que je peux prévoir vos actions". Shirley : douce chrétienne mais avec des problèmes de colère. Jeff fait comme si rien ne l'affectait, mais en fait non, et il est vaniteux. Bien sûr, chaque réaction des personnages à l'annonce de leurs descriptions confirme que la description est juste. Shirley : "Watch your mouth...!" Jeff : "pffff..." La défense d'Abed est qu'il comprend parfaitement le caractère de chacun. Mais les films s'avèrent étrangement prémonitoires tout de même. Pierce arrive avec la jambe cassé comme prédit dans le film d'Abed.

- Abed est pris pour un sorcier aussi parce qu'il aurait une "boule magique orientale." Abed pour calmer Shirley lui montre le dernier épisode : elle est poursuivie par un loup garou. Abed lui dit : "c'est bien comme ça que tu te comporterais dans cette situation, non ?" La situation est fausse, mais les caractères sont justes. Mais comme Jeff serait supposé embrasser Annie, Shirley n'y croit pas, et est calmée. Plus tard, ils s'embrassent.

- Abed se défend encore d'être un sorcier après la victoire et le baiser de Jeff et Annie en disant que dans le prochain épisode Pierce devient un génie... Le méta-geek en vient donc à faire dans l'invraisemblable pour ne plus gêner ses amis. En fond, la super musique de Edward Sharpe and the magnetic zeros que j'ai écouté tout l'été (putain trop cool !) : Home. Abed pourtant a raison sur toute la ligne car ils sont le soir de la pleine lune, et que Pierce est devenu un génie (de l'hypnothérapie) comme prévu dans le film d'Abed. Morale... Morale... La fiction est prémonitoire, mais reste incapable d'expliquer la série de causes qui la fait ressembler à la vie (ce n'est pas une déduction opérée à partir de l'observation des caractères de chacun). 

 

 

 

 

épisode 10

 - Abed et TRoy ont une souris qu'ils doivent habituer à une chanson. Ils choisissent "somewhere outhere" dans American Tail (un dessin animé de 1986 qui raconte l'histoire d'une souris russe/juive qui émigre en Amérique – référence au statut palestinien d'Abed ?), en français Fievel et le Nouveau Monde. A la fin, ensemble, ils chantent pour capturer la souris. Moment d'intense homosocialité.

 

épisode 11

- Abed est meilleur en sport que Troy... alors qu'il est supposé être un simple geek. Bras de fer comme Stallone ds Over the top. Abed semble tirer sa force de ses références cinématographiques. Chaque fois qu'il joue un personnage, il devient plus fort.

 

épisode 12

- Abed se fait sauver par Jeff d'une baston. Abed compare Jeff au Mec de Full metal Jacket, et lui au gamin de Meatball...

- Sinon, un épisode chiant sur Noël et la religion... 

 

 

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épisode 13

- Apparition de Jack Black, en mec qui veut être absolument ami de tout le monde. Personne ne l'a remarqué... parce qu'il était transparent, trop discret. Du coup, séries de flashbacks des épisodes précédents pour justifier sa présence. On le revoit dans tous les moments forts des épisodes précédents... jusqu'à des scènes imaginaires (ahah).

- Référence d'Abed : Jeff est comme le héros de Mash. Et interprète tous les épisodes en fonction de Mash. Et Jeff, tout comme le personnage principal de Mash, évite par exemple de coucher avec la bombe sexuelle parce qu'il sait que ça créerait un déséquilibre dans les relations entre personnages. Autrement dit, Abed sait que Jeff se comporte comme un personnage de série télé.

- Jack Black, surnommé "Buddy" ("pote"), pense déjà tous les connaître. Et veut améliorer le groupe en faisant des tonnes de vannes. Il se présente comme Paul Blart, le vigile, ou "Paul Blart Mall Cop", un film comique avec un gros vigile en segway dans un centre commercial qui devient en fait un héros quand des cambrioleurs attaque le centre commercial. Même pas sorti au cinéma en France.

- Pierce attaque Abed sur ses références pop quand il évoque Tom Wolfe. 

- Abed chante le générique de Mash juste avant une intervention de Jeff.

- Fin de l'épisode. Tout le monde cède et est prêt à prendre Jack "Buddy" Black dans le groupe d'études. Mais au moment de se faire accepter par le groupe, Jack black se fait appeler par Owen Wilson (le vrai) pour aller dans son groupe d'études à lui.

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 01:24

 

 

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Parler cul avec un bédouin aussi sexy... une situation courante pour E. Delacroix. 

 

Scan rapide de la situation. Je suis planté dans un canapé rouge, entouré de tartes et de légumes faciles à manger si on les trempe dans des sauces (ces trucs ne méritent pas de noms plus courts). Dans la journée, j'ai fait un aller-retour grandiose à Paris. J'ai vu Kaboom, j'ai frayé avec des jeunes rebelles, j'étais entre les pédés et les sans papiers dans les manifs contre la réforme des retraites (!). Du El Guincho plein la tête. Et me voilà à peine descendu du train, une demi-heure pour me préparer pour la soirée anniversaire de mon collègue. J'attrape ma boîte de cookies DIY à préparer chez soi et je fonce. Puis... scotchage sur le canapé rouge, après trois vannes enthousiastes. Entouré de tartes et de légumes.

 

 

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Une recette facile et aussi colorée que les stickers de Valérie Damidot.

(Peut-être trop facile....)

 

Je regarde les tartes, j'analyse. Nous sommes des trentenaires qui aimons bouffer avec nos doigts, et nous asseoir par terre en cercle – parce que c'est ce qu'on a fait au lycée, mais avec des chips, et dans des parcs, juste avant le début des vacances... c'était des espèces de longues pré-vacances, de longues préliminaires où les échanges inutiles et cruciaux entre lycéens atteignent un climax de fluidité et de lubricité... Bref, on a grandi comme ça, et on bouffe comme ça, mais avec un restant de culpabilité à l'égard du savoir faire gastronomique de nos propres parents. Et ça donne : bouffe de gamins + désirs de se la jouer... = tartes et/ou super sauces où on trempe des trucs. Mais surtout : tartes. Parce que ça se bouffe avec les mains, et en même temps, il faut quand même se pencher un peu sur le processus alchimique de la cuisson de la bouffe elle-même. C'est le hamburger de papa et maman, la tarte. 

J'étais sur le point d'avoir une connaissance au premier degré de l'idée de tarte, et j'ai commencé à comprendre que ce soir-là, c'était moi... moi, le connard qui arrivait avec l'intention de se repayer sur place la bouffe qu'il avait amenée. Moi le connard, qui avait l'air deux fois plus antipathique parce qu'il avait été sympa au début... et dont on n'allait pas pardonner l'échouage sur le seul canapé dispo, sur la seule surface de tissu moëlleuse de la soirée. Soudain une amie d'amis est arrivée. Plutôt inquiète, plutôt nerveuse. Maintenant qu'on était calmes et repus, on devenait approchables.

 

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Les amis bien vivent dans les canapés.

 

Autour d'un café, ça aurait donné une conversation de boulot. Mais en soirée avec l'alcool, ça a donné une conversation boulot + cul. Très honnêtement, on devrait remercier cette presque inconnue de s'être confiée si francement. On était en train de reformer autour de notre petit îlot un cercle corporatiste de profs/jeune prof/prof précaire. La conversation polie a donc glissé vers un truc plus sauvage, parce que notre Emmanuelle Seigner (elle a une furieuse tendance à sortir avec des réalisateurs étrangers passionnés par la France et les françaises) nous a courageusement confié ses histoires sentimentales, sexuelles et professionnelles à l'étranger – elle s'est mouillée pour tout le monde. Cul et étranger, mon topic préféré (la partie boulot... bof). C'est comme tomber sur les questions télé au trivial poursuit. D'un coup, le monde a gagné en couleurs. Chaque interlocuteur dans la pièce pouvait être défini par le nombre de relations exotiques qu'il avait contractées dans sa vie. Et je pouvais écouter chacun parler et parler encore de son malaise en se confrontant à l'altérité d'une autre culture, d'une autre peau, d'une autre langue. 

La vérité c'est que sur ce genre de questions, j'ai toujours une chance sur deux pour tomber du côté de l'ouverture totale ou de la méfiance prudente. "Vis ton bonheur individualiste à fond", ou "plie toi à l'implacable dureté des normes sociales." J'hésite. Mais c'est justement une bonne raison de parler. Les relations dans la conversations vont aider à déterminer une position fragile, négociable. Après ce premier moment, il faut jouer le jeu, jouer en équipe et défendre le côté duquel on est tombé. J'adore ça. J'imagine que pour les vieux, c'est la même chose avec la météo, et pour les horripilants teens, c'est la même chose avec les fringues et les relations amoureuses et amicales (parce qu'ils mélangent tout).

Bref, cette fois-ci notre Emmanuelle avait fait fort. Je doutais de pouvoir même parvenir à la comprendre. Elle était allé si loin. Durant ses voyages et ses boulots, elle avait aimé un kirghize, un kazakh, un marocain, un tunisien, un palestinien. Mention spéciale pour le palestinien qui avait semble-t-il cherché à s'éprouver lui aussi dans l'exotisme de la relation. Je devais en être à ma vingtième chips maïs trempée dans le thon à la moutard quand je suis intervenu...

 

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Le canapé, élément de sitcom bobo et beauf à la fois...?

Qui es-tu, le canapé ?...

 

N'avait-elle pas, dans le fond, cherché à l'étranger ce qu'elle aurait pu vouloir obtenir en France ? En clair, un pouvoir, une domination. Parce que elle est française, avec un bon job, et quelques bourses à distribuer, et que ses potes sont des artistes exotiques sans le sou. En France, une femme n'aurait pas été légitime si facilement à dominer un homme à ce point. C'est ce genre de renversement que paradoxalement on trouve à l'étranger, où pourtant les normes de genres sont souvent plus verrouillées. Premier mouvement nécessaire dans toute conversation de ce type : faire planer un soupçon. Et j'ajoute ma petite touche : le dire avec assez d'aplomb ou de vulgarité pour que tout le monde ensuite se sente libre de parler franchement – quitte à ne plus savoir ce qu'on dit.

J'ai adoré le soupçon que j'immisçais. Honnêtement. Il n'y avait personne à draguer dans cette soirée, je devais revenir à des valeurs sûres, et c'était donc parfaitement logique de se kiffer soi-même avec un verre de vin dans la main. Je prenais plaisir à penser tout ça en même temps, et je n'écoutais même plus la réponse qu'on me faisait quand soudain, "Il" est revenu. Dérapage majeure dans la conversation, rupture, accidents de topiques. Je venais de me faire démonter par mon voisin de droite. Le Fils de la Vérité avait surgi, sur le canapé rouge, le visage à demi-caché par la pénombre. Son petit rire ironique m'en avait fait perdre ma chips au thon.

 

 

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Le portrait presque exact du Fils de la Vérité

 

C'est un mouvement risqué qu'il venait d'entreprendre. Dans une conversation, il y a liens fragiles, des retournements dialectiques délicats – tel que le mien ! – dont on met du temps à tirer toutes les conséquences, même en présence des esprits les plus alertes... Et le Fils de la Vérité venait d'accélérer en plein virage. Plutôt que de prendre la nouvelle question comme elle passait, il la redoublait d'une attaque ad hominem susceptible d'annuler toute interrogation – mouvement risqué, toute la conversation aurait pu exploser la rambarde et sauter dans le ravin comme dans un bon James Bond – et seul lui aurait prévu le parachute. 

Notre désir d'exotisme envers les étrangers à peau sombre n'est-il pas aussi ancestral que l'attirance des hommes envers les blondes à gros seins ? Nous pourrions les aimer parce qu'ils sont la proie idéale. Ces blacks, métis ou rebeus incarnent le fantasme des intellos : des mecs un peu plus stupides que la moyenne, d'extraction basse (vous avez remarqué que j'ai parlé de : "fantasmes", parce que ça n'est pas forcément une réalité) ? Après tout, une bonne partie des hétéros aiment l'idiotie des poufs (ou les charmantes idiotes), parce que ça les rend accessibles, vulnérables, dominables. Pourquoi n'aimerions-nous pas, nous (le gay et la bab' diplomate de la soirée), les racailles survirilisées parce qu'ils sont dans le fond assez facilement assujettissables intellectuellement ? Ne sommes-nous pas des beaufs déguisés en bobos (ce qu'est peut-être tout bobo...) ? Sous prétexte d'aimer l'étranger, l'altérité, nous avons simplement adopté les goûts à la mode en matière de mecs.

Bon, pour être tout à fait horripilant dans son triomphe, il aurait pu ajouter qu'au moins le goût de la blonde à gros seins avait le mérite d'être ancestral, et donc de passer pour naturel. Aussi soudaine que fut l'attaque, je n'en étais pas pour autant désarmé, car je reconnaissais le fondement de nos nombreuses et multiples conversations. La thèse sous-jacente, que le fils de la Vérité et moi partageons, est celle-ci : le métis est la blonde à gros seins des filles aujourd'hui. J'ouvre la boîte de Pandore en écrivant ces mots. C'est comme prononcer trois le nom de Candyman devant un miroir, ou appeler Yahvé de son nom secret. Car si je me mets à parler de ça, j'entre dans le labyrinthe et je n'en ressors plus. Mais justement, ça aurait signifié ne pas savoir géré un virage, être un piètre interlocuteur. Effet bullet time sur mon verre de vin (en fait un gobelet en plastique). Tout ça ne dure peut-être que... un bon quart d'heure. Et soudain, je reprends les rênes et j'évite l'embardée sauvage de mon voisin. L'effet bullet time qui dure un quart d'heure n'est pas un truc donné à tout le monde. Il faut vraiment avoir scotché sur un canapé pour le vivre.

 

 

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Une bonne conversation c'est comme Just Cause 2.

Le but : semer le chaos.

 

J'ai décomposé l'attaque. D'abord : aimer les mecs exotiques, physiquement, purement et simplement. Absorber le choc. J'assume. Emmanuelle et moi, on assume. Il y a une dimension de domination inhérente à tout amour. Qu'elle se fonde sur ça ou sur autre chose, comme l'intellectualité, la beauté physique, la créativité, les relations sociales... peu importe. Et soudain je me souviens d'un atout caché, que j'avais oublié. J'utilise une conversation que j'ai eue avec le Fils de la Vérité. La veille... on avait justement eu une courte poussée théorique sur le chemin du MacDo : "pourquoi les mecs ne trompent pas leurs meufs avec une fille plus jeune ?" Parce qu'en réalité, m'expliquait-il, ils savent qu'ils sont en danger avec des filles plus jeunes. Ces filles peuvent avoir un avenir si brillant que les mecs qui les ont dominées (des profs, des coachs de vie, des patrons ou des artistes mégalos) n'apparaissent plus eux-mêmes comme une option valable dans le futur. Je m'explique, le Fils de la Vérité m'expliquait que pour beaucoup, la véritable peur venait du fait de devoir s'imaginer un jour dépassés par leur propre épigone. Cette jeune fille brillante et bourgeoise (le meilleur choix possible) deviendra plus belle, ils deviendront plus vieux. Elle deviendra riche, ils stagneront dans leurs carrières. Tout était déjà joué, les rouages du déterminisme social n'étaient simplement pas assez visibles. Et ces mecs machos se sont fait avoir de la façon la plus ancienne qui soit, eux aussi, petits papillons attirés puis brûlés par la lumière de la lampe. Il a dû ajouter l'histoire tragique et nette d'un de ses potes à qui c'est arrivé, car il a toujours en poche deux trois histoires qui feraient des superbes films à la Woody Allen dernière génération (tragi-comique mais quand même tragiques). Rétrospectivement, ces mecs n'auront été qu'un coup, une passade, ou un amour marche-pied, qui ne sert qu'à se hisser plus haut ensuite. Bref, sur le fond, on était d'accord. Pas besoin de faire semblant en disant que le sexe et l'amour sont égalitaires.

 

 

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La blonde transcendée par la lessive et sa next door attitude.

"Penny Penny Penny" de Big bang theory.

 

Mais je devais encore redresser le reproche majeure : notre goût sexuel était-il beauf, tristement conformiste, et à ce point entaché de racisme larvé ? Non. Car, la vérité, Emmanuelle et moi l'avons trouvée en croisant nos propres histoires de cul et de coeur. Il y a une part d'attirance pour l'étranger, d'exotisme, certes. Pourtant ce n'est pas un critère suffisant du tout. Ni même nécessaire. Le métis (ou l'Afro-Américain), au même titre que la blonde à gros seins, est une icône moderne. Viril comme un black dans l'imaginaire blanc, et en même temps assez proche de nous pour nous épargner une altérité trop radicale. Mais en réalité, notre goût est plus fin. Le fait que ces mecs soient physiquement exotiques ou super musclés (comme le suggère leurs représentations habituelles) n'est qu'accidentel. Ce qu'on cherche, en réalité... c'est être mis en contact avec une incroyable résistance à la vie, avec une incroyable faculté de résilience. D'où l'histoire d'amour avec le Palestinien, dans le cas de mon alliée, et d'où toute mes histoires à moi avec des types qui reviennent de tonnes d'emmerdes. Certains de ces mecs ont été écrasés par la dureté de leurs histoires. Mais nous prétendions pouvoir quant à nous reconnaître ceux qui en étaient sortis, ceux qui étaient littéralement devenus "extraordinaires" (c'était les mots d'Emmanuelle). Moi je parlais de survivants. Mes petits yeux ont brillé (le vin encore ?). 

 

 

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Caleçon à pois rouges... on dirait une chanson de Dorothée.

 

Si on les qualifie de "blonde à gros seins", c'est donc une pure injustice. Ce caractère "extraordinaire" n'est en effet pas facilement décelable, (puisqu'il est extraordinaire). Du coup, ce qui les qualifie aux yeux de tout le monde est cette propriété secondaire, d'être généralement exotique de notre point de vue, parce que dans notre monde, il y a moins de survivants, comme il y a moins de catastrophes. Et c'est vrai que le problème est que les deux catégorie de "métis blonde à gros seins" et de "mecs exotiques survivants" peuvent se superposer. Mais elles ne se confondent pas. Il y a des filles qui sortent avec des mecs parce qu'ils ressemblent à 50cents, mais en plus africain, avec un vrai amour du poulet et du coupé décalé... mais ces filles seront déçues en raison du décalage avec l'idole – et là commence l'éternel couplet de l'écart entre l'idéal et le réel. Pourtant le rappeur qui s'est remis de je ne sais plus combien d'impacts de balles incarne aussi quelque chose de plus profond : il s'en est remis, il a survécu. Je pige cette raison d'aimer 50cents – et beaucoup moins l'autre. Bien sûr, il y a aussi beaucoup de raisons pour lesquelles ce genre d'idylle sont condamnées, mais quitte à souffrir par amour, je considère ces raisons comme infiniment plus profondes et justes.

Fin de la conversation. On venait d'avouer à demi-mots qu'on était absolument prêt de tomber amoureux de n'importe qui venant de survivre à l'Intifada ou à une guerre des gangs. C'était super gênant, mais au moins, on avait sauvé notre camp, lutté contre le racisme sexuel inversé, contre le conformisme et le sexisme, accepter la part irréductible de tragédie dans l'existence, critiquer la vacuité des classes moyennes, et dépasser tout ça dans l'amour du prochain. On avait fait du bon boulot. Et on s'est échangé nos adresses facebook.

 

 

 

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Published by NKD - dans sexe
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