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Abridged-Poster-yu-gi-oh-abridged.jpg

 

J'ai oublié comment je suis devenu un geek. A mon avis, c'est parce que j'étais gay. Je n'aimais pas taper dans un ballon et considérer ça comme une preuve de virilité, ou me battre avec mes camarades – à moins que le gars soit plus petit que moi, ou que mon sacrifice inutile me donne des allures de martyr grandiose à la Genet.

Mais à force de jeux vidéos, et à force de ne pas bronzer en restant dans ma chambre, j'ai dû être assimilé geek – assimilé malgré moi, parce que moi, à leur différence j'avais une sexualité qui ne faisait pas que se sublimer dans les jeux vidéos. Mais je ne pouvais pas me cacher. Je me retrouvais moi aussi dans la cour de récré avec un sac à dos où j'avais déposé tous mes livres parce que j'étais trop scrupuleux pour ne pas en oublier un seul. C'était le fardeau de mon manque de coolitude. C'est ce genre de handicap qui vous trahit comme geek aux yeux des autres, et ce genre de handicap qui fait de vous un allié contrarié des autres geeks. Et très vite, vous cherchez du regard cette assemblée monstrueuse pendant la pause, votre famille adoptive, où chacun parle très fort et rit grassement, en portant un sac trois fois trop gros pour soi. Pour compenser vous avancez le cou comme une tortue, vos cordes vocales se déforment, et vous avez l'air de demeurés.

 

 

Geek un jour, geek toujours. C'est un traumatisme. Et bien sûr, il y a des rechutes au programme. Et c'est le cas, quand mon Peace Provider m'a laissé un lien un jour vers les Chevaliers du Zoodiaque abrégé. L'avantage du Peace Provider, c'est qu'il est très grand, qu'il n'a jamais eu de problème de virilité, et qu'il peut donc regarder des dessins animés, et jouer aux jeux vidéos, ça lui donne juste l'âme d'un enfant éternellement innocent. Chez moi, une rechute confirme mon statut de célibataire pervers aux yeux de mes potes. 

Mais soit. C'est la vie, la société... mais de liens en liens, j'ai été ébloui. Ces fans flippant ont littéralement redonné une vie à nos séries d'enfance. "Abrégé" en anglais semble une connotation assez spéciale. C'est un condensé, mais aussi une parodie. Parce que simplement cette accélération de l'action est comique. Premier point fort. Mais aussi la série abridged réalise notre rêve secret : revoir Dragon Ball Z, les Chevaliers du Zoodiaque sans les longs longs moments de regards gelés, d'expressions de surprise, de séquences pré-dessinées, ou de simples chatoiements d'aura de puissance... Bref, se souvenir des méandres de l'intrigue.

 

La meilleure série abrégée française.

Un épisode = une maison de chevalier d'or traversée, le rêve.

 

Du coup, les vannes tournent autour de tous ces trous dans l'intrigue, ces incohérences, ou ces personnages fantoches. Le fan est impitoyable, et juge absolu. 

La série abridged historique est sans doute celle de Yu Gi Oh abridged. So far, il n'y a pas d'entrée abridged dans Wikipedia, mais la série Yu Gi Oh naît en 2006, et c'est aussi probablement la meilleure jusqu'à présent, et la plus inventive (Naruto suit, puis Dragon ball Z et plein d'autres). 

 

L'auteur de Yu Gi Oh abridged... Flippant, charmant, génial, flippant, génial, flippant...?

 

On pourrait dire en gros que c'est l'oeuvre d'un seul homme, dont on trouve la bio sur une fanpage de Yu Gi Oh. Un anglais, aka Little Kuriboh, de son vrai nom Martin Billany, fan de Yu Gi Oh et de card games. C'est un homme bien, qui écoute Devo. Sa honte relative à regarder Yu Gi Oh (un dessin animé bancal, où des gamins au coiffures bizarres jouent à un jeu de cartes dans le seul but de vendre ce même jeu de cartes dans la réalité aux fans) a été sublimé dans sa version abrégée. Une véritable déconstruction. Quelques vanne relous, mais rien que de très normal puisque tous les geeks ont l'air obsédé par des femmes qui n'ont pas, ou ont peur de devenir encore plus efféminés qu'ils ne sont (donc beaucoup de vannes sexistes et homophobes – mais encore une fois : c'est absolument dans l'esprit du dessin animés lui-même). Mais il y a quantités de remarques pertinentes sur le dessin animé lui-même, et sur ce qui le constitue : 

- les catch phrases absurdes de certains personnages.

- la bande de personnages secondaires qui n'a plus aucune utilité narrative.

- l'incapacité des personnages à apprendre de leurs erreurs.

- le look invraisemblable de certains personnages.

- les ambiguïtés sexuelles permanentes.

Sauf que toutes ces inerties sont certes moquées, connues, mais grâce à la magie de la pop culture infaillible des fans, toutes ces scories peuvent tisser une trame secondaire : le combat pour devenir le personnage principal, l'éternel retour d'un méchant qui trompe toujours la bande d'amis, ou le progressif changement de look d'un personnage... 

 

 

Autre agréable surpris, passée la déconstruction, les situations qui paraissaient normal dans le contexte de la série, une fois moquée, deviennent réexploitables sous d'autres paradigmes : le rapport Makuba/Zorc se transforme en sitcom, les dialogues interminables pour expliquer les méandres du scénario se changent en dialogues tanrantiniens, ou certains super pouvoirs étranges sont redécrits de façon vraiment amusante.

Un exemple dans le deuxième épisode de Dragon Ball Z épisode 2 : 

Goku : eh piccolo je peux te demander un truc ?

Piccolo : hm.

Goku : tu n'es pas humain, et ton papa a parlé d'un oeuf, pas vrai ?

Piccolo : hm.

Goku : es-tu un Yoshi ?

Piccolo : Ouais goku, je suis un putain de dinosaure tout vert !

Goku : ....

Piccolo : ...

Goku : je peux monter sur toi ?

 

 

Alors maintenant, je peux l'avouer. Je mange devant des abridged series. J'invite le Prophète Métis de la France Future à regarder des abridged series. J'envoie des liens d'Abridged series (et les Français en produisent des tonnes – mais pas super super). Et tandis que d'autres rient de se retrouver devant les scènes de ménages d'M6, je ris seul devant mes souvenirs de Dragon Ball amputés et recombinés en Frankenstein pop. 

 


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  • : Gays and Geeks
  • : Le blog du mec avec qui vous aimeriez parler dans un café de tout et n'importe quoi – mais que vous hésiteriez à rappeler pour en boire un deuxième parce qu'il a quand même l'air flippant et immature. Bref, le blog d'un queutard romantique qui essaie de trouver la paix intérieure et le salut par la culture pop. D'intello qui lit encore Naruto. De fan de Kele Okereke qui n'arrive pas à aimer son dernier album.
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