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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 21:36

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Serait-ce un aspirateur ? Non, le projet de voiture d'Apple... 

 

Je passais entre les rayonnages du Darty. Il y avait les modèles vaguement insectoïdes, les autres par contraste avaient un design plus rudimentaire, et il y avait en tête de gondole une petite famille de Dyson. Le grand, le petit, le moyen. Mais tous portaient sur eux le même air de famille technologique, sérieux en apparence et tellement simple et rigolo à l’usage. Tout le travail d’une interface simplifiée façon Apple. Ce qui s’en est suivi n’est que la conséquence logique de n’importe qui veut rêver devant une machine Apple : il rêve.

J’ai compris que j’étais pauvre dès que j’ai vu la tête de la vendeuse. J’étais venu lui demander le prix. Ne s’en souvenant pas, elle m’a fait comprendre par un regard désolé (et vaguement teinté de mépris) que c’était même pas la peine d’y penser. J’ai dû retourner moi-même devant l’étiquette pour trouver le prix d’entrée de gamme. Le ramasse-miettes Dyson était déjà plus cher qu’un bon aspirateur d’une autre marque.

J’ai dû reconnaître que j’avais été naïf/con. Je pensais qu’à défaut de grands aménagements dans mon appart, je pouvais avoir du bon matos pour le nettoyer – j’imaginais le plaisir que j’aurais d’être le technicien de surface de mon propre appart quasi-vide. Mais c’est l’inverse. Le bon aspirateur est en fait la cerise sur le gâteau de son emménagement, et pas le lot de consolation. Pauvre moi. Je pensais frimer en soirée en sortant le Dyson pour avaler les moutons de poussières devant les couples trentenaires avec enfants qui seraient venus apéroter chez moi (à l’heure actuelle, j’ai choisi de laisser les moutons de poussière paître tranquillement mon parquet flottant). 

J’ai dû faire une croix sur le Dyson et débuter ma vie de mec endetté sans lui. En province, les trentenaires peuvent jouer avec leur Ipad, mais ils n’ont pas l’argent pour se payer un Dyson. Le Dyson c’est l’Imac de la ménagère parisienne – le truc haut de gamme qu’on s’achète quand on a déjà les trucs haut de gamme moins cher. 

 

 

 

 Ne pas nettoyer l'escalier, mais l'idée d'un escalier. Et ne jamais faire le ménage si l'on n'est pas habillé en blanc avant.

       

Et ce soir, soudain, une dernière pub Dyson vient me rappeler la contingence de mon budget une dernière fois. Elle est apparue entre deux séquences du télécrochet du samedi soir (adieu le cinéma, adieu la Trou aux Biches ou les nocturnes à Pompidou). Mais cette ultime version des aspirateurs si technologiques qu’ils se confondent avec la magie pure (pour se rappeler le mot de A. C. Clarke) avait gagné quelque chose de vraiment ridicule.

 

 


 Mieux que nettoyer l'idée de l'escalier pur. Nettoyer une surface noire (où on ne peut même pas remarquer la poussière de toute façon). Toujours habillé en blanc. Avec effet bullet time au milieu.

 

Dyson avait rendu la technologie de l’aspirateur cool, en le rapprochant d’un vieux rêve mythique de souffle purifiant, qui se purifie même lui-même (puisque, hein, son truc, c’est de ne plus utiliser de filtre, mais de centrifuger la poussière elle-même). Evidemment, dans ce monde de cool technology, c’est toujours la femme qui passe l’aspirateur, mais cette fois-ci dans une galerie d’art, complètement démeublée. On croirait le jeu vidéo d’une simulation de nettoyage domestique. Elle n’a plus de manche d’aspirateur (trop frustre, trop proche du balai d’antan), mais un flingue aspirant. Et on la voit pointer son pistolet sur de grands monochromes noirs, parce qu’en plus on peut laver des surfaces pour laver des surfaces. C’est mieux que l’art pour l’art, c’est l’aspi pour l’aspi. Un geste pur qui efface la trace des autres.

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 17:04

 

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Spéciale dédicace à celui qui est sans doute l'unique fan gay de Bito !...


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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 02:25

 

 

 

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Les théories psychanalytiques sont libido-centrées, jusqu'au ridicule. La libido est aussi bien sexe qu'énergie vitale. Autrement dit, tout est libido et la libido est tout. Mais pourquoi ne pas inclure dans toute théorie antrhopologique et psychanalytique une dimension humaine vraiment universelle, trans-sexuel et trans-genre : la merde. D'autant que celle-ci est assez facilement saisissable en termes de concept. La merde c'est ce qui sort du cul. 

Quand j'étais jeune, un colloc adorait passer le jugement de Dieu, d'Antonin Artaud, en pleine soirée. Les gens dansaient et buvaient – et moi je faisais gaffe à ce que personne ne renverse son verre de vin sur le parquet, en me désolant qu'on puisse encore essayer de danser sur de la techno –, et tout à coup on entendait une voix métallique : "Là où ça sent la merde, il y a de l'être..." Mon colloc, ce con, le doigt appuyé sur son ordinateur portable, gueulait bien fort en demandant à tout le monde d'écouter attentivement, puis à chaque occurence d'un synonyme de fécalité, il se marrait comme un naze. La voix continuait : "Il y a dans l’être quelque chose de particulièrement tentant pour l’homme et ce quelque chose est justement LE CACA". Et là, il se mettait à gueule en parfaite synchronicité : "le KAKA !"

 

 

 

(Je me rends compte en écrivant ces lignes que j'ai encore beaucoup de références qui pourrait me servir à disserter sur la merde. Alors avant de perdre mon sujet, je dois expliquer pourquoi je me suis de nouveau intéressé à la merde des autres.)

 

Il y a peu un fantôme de mannequin a habité dans l'appart de mon chum. Elle passait dans la cuisine le matin juste avant de partir. Si elle avait pu se téléporter directement à l'entrée et ouvrir la porte, elle l'aurait fait. Elle a 19 ans. Je pensais qu'elle était simplement timide, et probablement déjà traumatisé par les attouchements sexuels de tous les pervers narcissiques qui l'embauchent. Je mangeais des gâteaux en bossant, elle faisait pareil dans sa chambre, ce qui me la rendait sympathique. Le vrai tournant de nos non-relations est survenu le jour où elle a tiré la gueule devant le gâteau à la carotte nappé de cream cheese que le susdit chum avait préparé. Il n'est pas arrivé à me décrire parfaitement l'ensemble des émotions qui ont frémis à la surface de son visage émacié, mais elles se sont finalement toutes entières concentrées en un sourcil levé. Dégoût, compassion, arrogance, et condescendance lorsqu'elle a finalement murmuré un "no thanks". 

 

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Mais la vraie découverte – en plus de savoir qu'elle était miss tyrole 2012 ou 2011 (ce qui en soi, pour le français un peu germanophobe que je suis, est drôle) – est qu'elle n'ajoutait qu'un seul élément à son régime en plus de ses petits gâteaux industriels qui lui ruineront la santé : elle buvait du Red Bull. La logique de son régime alimentaire est "j'aimerais bien ne rien manger et mourir, mais comme je dois quand même faire des choses et vivre, il me faut beaucoup de vitamines concentrées en très peu d'aliments". Or, comme ceux qui en ont bu le savent, l'inconvénient du Red Bull hormis le fait que c'est dégueulasse, de mauvais goût, et généralement inefficace, c'est que le Red Bull fout la chiasse. L'excès de vitamines fout la chiasse. 

Là Artaud prend tout son sens. Je médite ces phrases du poète schizoïde qui semble si bien décrire l'ambivalence de la condition moderne de mannequin : "pour ne pas faire caca, il lui aurait fallu consentir à ne pas être"... or Miss Tyrole vit, donc elle fait caca ! Et elle doit avoir admis même qu'elle devait se purger fréquemment. Son corps magnifique est en fait un formidable instrument à remplir la cuvette d'une merde liquide et survitaminée. Elle est une machine à compost. Je sais que John Waters lit ce blog et qu'il en fera bientôt un film ! Non, mais c'est vrai. Le camp et la merde, c'est comme le ying et yang, l'homme et la femme, l'art et le kitsch, ils sont obligés de passer l'un dans l'autre et de se féconder réciproquement (petite pensée à mon pote taoïste, qui pourrait approuver ce tissu de conn... d'audaces) ! 

 

 

 

 

Evidemment, un court moment je l'ai plainte. Mais mon côté mentaliste de salon a vite repris le dessus... Quelque chose ne collait pas avec le caractère de Miss Tyrole. Elle ne sortait pas honteuse des toilettes. Au contraire, elle était triomphante, arrogante (dès le deuxième jour, elle ne me disait plus bonjour). Je m'explique, elle pouvait partir plusieurs fois dans les toilettes et rester classe. Pas parce qu'elle était classe, hein, elle portait d'horribles leggings rayés dans le sens de la longueur, forcément redondants avec la maigreur de ses jambes. Non, elle était pas classe, mais elle savait une chose : elle n'avait pas peur de la merde. Elle gérait bien ça, sa "poche anale" (continuons à citer Artaud avec élégance et distinction). La plupart des gens paniquent à l'idée d'être éclaboussé de déjections. Mais Miss Tyrole connaît la réalité du monde, la réalité de l'être qui sent la merde. 

 

 

La formidable drag Rupaul dans sa biographie explique par exemple comment longtemps elle a été hantée par le spectre de sa shit shame. Jusqu'au jour de son premier lavement. Le petit appareil branché sur son sphincter la vide de son caca, tandis que la nurse coréenne la rassure et lui fait croire que tout est normal. Rupaul en parle comme d'une opération chirurgicale de science fiction un peu folle et camp. Très Star Trek, mais avec des étrons flottants à la place des étoiles... La merde passe dans ces tuyaux, tandis que son propre ventre redevient plat. On est vidé comme un sac, tout neuf, lavé de l'intérieur. Car, l'ambiguïté de cette phénoménologie de la merde est justement que sa révélation odorante à l'extérieur de soi, est en même temps le signe d'une purification à l'intérieur de soi.

L'horreur que provoque la merde mesure de la sainteté de celui qui la chie.

 

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 00:48

 

 

 

Je me revois sur une photo, confortablement installé sur un lit, je bâille tandis que mon boyfriend me prend en photo. La photo n'est pas bonne (un peu floue au premier plan, la couette seulement a la chance d'être nette). Mais même l'ennui dans cette petite chambre a quelque chose de délicieux. 

Et me voici aujourd'hui en train d'écouter une chanson de Claudine Longet. Claudine Longet chante dans le style Françoise Hardy, avec plus de miel dans la voix. Elle s'est mariée à un skieur professionnel, mais l'a tué par erreur en jouant avec un pistolet. Grandeur et misère des années 70. Et elle chante la paix universelle réhaussée de quelques bongos et guitare sèche "there's a chance peace will come... in my life". C'est le bonheur d'avant, quand la tranquillité domestique de Claudine Longet n'était qu'une préfiguration de la paix universelle dans le monde (comme dans cette scène de The Party). Au contraire, j'ai l'impression que mon bonheur est seulement donné momentanément, à l'écart du monde, dans cette chambre prêtée par un ami, éloigné de la tourmente des guerres, qu'on connaît, qu'on voit aux infos, qu'on frôle à l'occasion de quelques voyages. 

Je sais ce qu'on risque de dire de ma douillèterie. Après tout, comme d'autres, je pourrais être tenté de faire "pékin express" de maigrir en jouant à Koh Lanta – pardon, je dis "jouer" mais ce n'est plus le mot qu'on doit employer aujourd'hui : il s'agit d'une expérience, d'une aventure. Beaucoup de gens comme moi devant l'émission ne cesse de se sentir appelés par ce genre de performance. Les candidats eux-mêmes vivent ça comme une vocation : ils se disent qu'il faut sans cesse courir, saisir sa chance, qu'il vaut mieux en profiter maintenant. On a l'impression qu'ils vivent leur dernier jour. Par exemple, aucun candidat quand il voit qu'il pourrait gagner trois jours sur une plage ne se dit simplement qu'il va enfin avoir un peu de repos. Les cocktails vont couler à flots pendant que les autres candidats seront réduits à boire l'eau de pluie qui coule des feuilles de la jungle. Non, le candidat typique de Pékin Express se dit au contraire : c'est exactement ce que je voulais, c'est l'aventure... Leur sens de l'aventure est si perverti qu'il se réduit à vouloir très très fort ce qui est imposé, comme si c'était une conquête. Même quand il s'agit de la plus douce et paresseuse des siestes.

 

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Il pourrait n'y avoir plus que deux formes de bonheur aujourd'hui, celui de la retraite tranquille, et celui de l'aventure. Mais on ne connaît plus cette espèce de bonheur invocatoire, où le plaisir de la mélodie commerciale est une profession de foi, une ritournelle qui est sur le point de s'abîmer dans la grande musique des sphères. 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 23:32

 

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Le comité rédactionnel de Freakosophy sont des amis, et ils marchent au perrier menthe ou au café, qu'on prend dans un petit salon de thé pour éprouver la pertinence de nos intuitions intellectuelles – pour être plus précis : dans une salle encombrée de mères de famille, de berceaux, et de grands mère du centre-ville disant du mal de leur bru tout en grignotant de petits gâteaux qui leur rappelle le monde d'autrefois. Le test est simple : plus les tables autour de nous se clair-sèment, plus le débat intellectuel est animé... ou plutôt, pour le dire plus franchement : quand les parents prennent les enfants et se cassent, c'est généralement le signe que nous avons une conversation bien dégueulasse sur des sujets aussi dégueux.

Il en alla ainsi le lendemain de la mort de Richard Descoings, ancien directeur de Sciences Po. 

L'aimable clientèle a dû jeter des regards noirs en partant, et peut-être me maudire personnellement de vérifier si rapidement et si facilement tous les clichés concernant les pédés bobos de gauche (ce dont on a très vite l'air dans une petite ville de province). Ils devaient probablement se dire que même avec quelques brins de reconnaissance sociale et quelques idoles médiatiques déviantes, nous resterions toujours, tous, définitivement d'ingrates petites salopes – "ungrateful sonofabitches" pour reprendre le mot que Kramer s'attribue à lui-même. 

Un faisceau de causes s'était enroulé autour de notre petite conversation de café, expliquant à la fois ma position, ma rage et ma solitude... Le comité rédactionnel a décidé (dans son infinie sagesse) que ça valait la peine de faire partager cet avis marginal (ils risquent de publier prochainement ma position sur leur site), et de désenchevêtrer toutes les raisons qui me donne raison – je m'essaie au relativisme, mais sans grand succès, je le crains... Je vais donc essayer d'expliquer pourquoi je défends l'idée d'une transparence presque absolue concernant les hommes politiques, et pourquoi je défends également l'idée du coming out concernant les hommes politiques gays. Autrement dit pourquoi le paradigme français de la vie privée des hommes politiques m'exaspère, et pourquoi le coming out des hommes politique de droite tout particulièrement devrait être une pratique quasi-institutionnelle. Profitez-en, car je crois que peu de vos amis gays (de gauche) diront aussi franchement que moi ce qu'ils en pensent...

Mais avant tout : Flashback, folks !

 

 

Le contexte d'un débat de café.

 

D'abord, j'avais lu quelques mois plus tôt l'essai de Didier Lestrade "Pourquoi les gays sont passés à droite". La thèse semblait audacieuse, puisque la sociologie du vote en cette matière est toute fraîche (et on a accusé l'auteur de ne s'appuyer sur rien...), mais le livre montrait avec justesse que les gays avaient abandonné les thèmes porteurs des années 90 (coming out, lutte contre le sida, contre le racisme), et qu'ils se tournaient désormais vers des valeurs plus promptes à conserver une position dominante (leur sexualité est redevenue secrète, la lutte contre le sida est réduite à peau de chagrin, et le racisme et l'islamophobie sont monnaie courante dans la communauté). Bref, il s'agit d'une analyse du discours gay et pas uniquement du vote gay, bitches ! Les arguments de Lestrade ont été discutées encore et encore sur les réseaux sociaux, et un peu à la télé (ici, ici, ici et ici... y'a plein de super articles). Vous pouvez facilement rattraper tout ça. Si vous pensez manquer de connaissance en la matière, tapez simplement Pim Fortuyn et Jörg Haider/Stefan Petzner dans google.

En gros, Lestrade a raison. D'abord parce qu'il y a une contradiction bien connue entre exercice du pouvoir et devoir de vérité. Pour bien exercer le pouvoir, on doit avoir des secrets, savoir garder des secrets, voire même construire de toutes pièces de faux secrets. Quoi de plus antinomique donc qu'un mouvement gay qui s'appuie sur la pratique du coming out comme un acte fondateur (car, y aurait-il un mouvement gay politique si les gays eux-mêmes restaient cachés ?) et la prise du pouvoir par certains gays ? Antinomique tout au moins tant qu'on continue à suivre la veille ligne machiavélienne. Et moins antinomique si vous cherchez effectivement à faire de la politique avec plus de vérité – au passage, oui, ça donne aux gays la responsabilité de faire de la politique différemment.

Ensuite Lestrade a raison parce que sa thèse concerne plutôt la récupération du discours gay que la stricte sociologie du vote (et pourquoi seulement prendre le vote pour seule preuve d'ancrage politique ?). Son analyse se fait l'écho de deux concepts fraîchement apparus pour expliquer les nouveaux usages politiques dont le mouvement gay fait l'objet : le pink washing (rendre une cause sympathique en la présentant comme favorable aux gays) ou d'homonationalisme (se servir de la cause gay comme argument pour promouvoir un nouveau nationalisme). Dans les deux cas, il s'agit de dire que les gays sont des créatures si mignonnes et douces que ceux qui les ont dans leur équipe ne peuvent pas être de gros réactionnaires. Être gay c'est être moderne. Même les plus idiots des virilistes conservateurs sont d'accord, car eux, justement, détestent ça. Mais ce qui est surprenant, c'est que, plutôt que de les combattre, certains conservateurs de droite ont décidé de les utiliser. Et ils ont trouvé certains spécimens gay consentants pour se racheter une vertu en matière de politique identitaire et de politiques anti-discriminatoire... parmi eux : Richard Descoings.

Ajoutez à ça deux autres gros nuages planant au-dessus du débat politique français, qui donnent chacun raison à Lestrade, et vous aurez le contexte politique du débat : 

1) les féministes se sont faites récupérer depuis le débat sur la burqa. Depuis plusieurs années, suites à toute une série de faux-débat et de manoeuvres tokénistes particulièrement opportunistes, elles ont été conduites à désigner le garçon arabe comme ennemi numéro un de toute démocratie moderne. Il est étonnant qu'on ne pense même pas à parler de fémino-nationalisme alors que Marine Lepen se met à protéger les femmes en attaquant les musulmans français (il a fallu sa sortie sur l'IVG de confort pour que les féministes lui tombent dessus).

2) depuis l'affaire DSK, il n'est plus un citoyen honnête qui défende par principe la vie privée des hommes politiques. Il est maintenant évident qu'une indiscrétion un tant soit peu modérée avant le scandale nous aurait permis d'éviter de penser élire un partouzard à la tête de la belle et vierge République (et dieu sait que je n'ai rien contre les partouzards – ce sont des créatures de Dieu comme toutes les autres !).

 

 

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      "l'innovation, c'est la déviance maîtrisée"

 

 

Soudain, la mort de Richard Descoings.

 

Ainsi, un beau matin, une collègue s'est fait les gorges chaudes de ce qu'elle a appris à la radio : Descoings a été retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel et... nu (information qui sera tue au fil des flash d'infos). Un ami ajoute qu'on a retrouvé son portable une chambre en dessous. Et que tout ça paraît louche... on ne donnera finalement jamais la cause de sa mort. Puis quelques secousses internet plus tard, on lâche enfin le morceau : Descoings était manifestement gay. Le citoyen informé est alors libre d'imaginer un scénario glauque et semi-pornographique impliquant des escorts boys et des experts scientifiques récupérant des traces de sperme avec des lumières ultraviolettes en éclairant une chambre d'hôtel à moquette beige. Puis, un peu après, le même citoyen informé est appelé à compatir devant l'avalanche de billets rendant hommage aux efforts de Descoings pour moderniser Sciences Po. 

Le plus ironique a été finalement que sa mort fut aussi son coming out. Mais pourquoi y aurait-il lieu de s'indigner plutôt que de seulement ricaner, comme le fait le bon citoyen informé ? Parce que devant cette farce tragi-comique, les médias ont aussitôt cherché à relativiser la portée du coming out posthume de Descoings. 

Dans la presse, l'homosexualité de Descoings a été présentée comme un secret de polichinelle ou un détail, bien que ce détail puisse expliquer sa mort ou quelque autre bizarrerie comme la venue du patron de la SNCF, Pépi, "l'ami de la famille". Bref, personne ne le savait mais du jour au lendemain tout le monde faisait comme s'il savait. Je ne crois pas que ce soit la définition d'un secret de polichinelle – ou c'est un polichinelle au carré, où l'on feint de connaître le secret au lieu de feindre le secret lui-même. Un article anglais est le premier à présenter clairement Descoings comme gay, alors que le directeur de Sciences Po avait personnellement brouillé les pistes en se mariant, et en s'émouvant qu'on l'attaque en évoquant sa "prétendue homosexualité". La réponse qu'il a faite à cette attaque a été justement de ne rien dire... en renvoyant les adversaires à sa soi-disant homosexualité – "prétendue" donc par ses adversaires mais en même temps, en ne répondant pas, cette homosexualité ni validée, ni infirmée par lui finit par être tout aussi "prétendue" par lui.

Quand moi j'y voyais la confirmation de toutes les thèses de Lestrade, mes amis de café se sont émus du droit à la vie privée, bafoué par nos sales petites rumeurs. Evidemment, le torrent d'arguments qui s'ensuivit ne fut pas très propice à la clarté à la distinction... mais Descartes n'avait jamais prétendu faire de la philosophie dans les cafés. Ni sur des blogs. 

 

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Coming out et exemplarité

 

La ligne centrale de mes attaques, outre la recherche de confirmation des thèses précédemment annoncées, est que Descoings n'a pas compris l'utilité se dire publiquement homosexuel avant de mourir. Lui le pédagogue révolutionnaire, futur ministre de l'éducation d'un second mandat Sarkozy, n'avait pas compris que le coming out avait un sens. A mes yeux, c'est la seule façon de montrer aux homophobes endormis en chacun de nous (les gays sont les premiers grands homophobes, du reste) qu'être gay n'est pas une maladie ou une honte. La qui commence avec l'exemplarité. Il faut relire le Gorgias de Platon, où Socrate reproche aux dignitaires athéniens, qui prétendent connaître la justice, de rendre leurs propres fils ou peuple malhonnêtes – les thèses machiavéliennes plus récentes naissent plutôt d'une critique des exigences de cette exemplarité et de la reconnaissance d'un pouvoir indépendant du langage, de l'image, et de la tromperie. Bref, au top de ma forme, j'aurais dû parler, entre deux cafés allongés de Platon ou de Machiavel et de l'antériorité logique aussi bien que chronologique de Platon sur Machiavel... 

Mais là où le bas blesse, c'est que Descoings ne pouvait pas ignorer l'utilité du coming out. Lui-même était qu'outé auprès de ses amis (de sa femme sans doute) et de ses collègues. Et s'il pouvait être outé et vivre dans un monde moderne, c'est parce que d'autres avant lui ont porté la responsabilité de cet outing. Pour ces deux raisons, Descoings vivait de la tradition d'outing avant lui. Et pourtant, tout en récoltant les fruits (personnels de bien-être, ou sociaux de reconnaissance), il n'a pas cru bon de s'outer. Pourquoi tout à coup clore la sphère publique à l'environnement de travail...? Quand tout le monde chante ses louanges, pourquoi ne pas justement saisir l'occasion de réellement aider ce qu'il appelle les "déviants" dont il fait partie (terme vague qui désignait autant les jeunes bacheliers venus des banlieue ou... tous les autres déviants) ? 

Sur la revue en ligne Minorités, Thévenin avait conclu son article par une remarque assez forte en disant finalement que ne pas se dire gay revenait à dire que son couple ne comptait pas, que son amour ne comptait pas. 

On peut trouver cet argument sentimental, et complètement cucul... mais les hommes politiques s'élisent avec femmes et enfants en second plan quand le photographe de Paris Match débarque. On ne se fait pas homme politique tant qu'on n'a étalé une partie de sa vie privée (les plus habiles savent seulement laquelle présenter).

 

 

Une transparence bienséante est-elle possible ?

 

La seule conclusion à laquelle j'ai pu parvenir, donc, est que les hommes politiques devraient faire preuve d'exemplarité. S'ils veulent le pouvoir, le minimum à exiger est là : qu'ils montrent patte blanche. De la même façon d'ailleurs qu'ils présentent des comptes de campagnes, une déclaration de patrimoine et un bilan de santé. Le concept de vie privée est tout de même sérieusement affaibli quand on exige pour être président de se dévoiler à ce point. Alors honnêtement, il n'est pas aberrant de demander que certains politiques fassent preuve de transparence. 

La vie privée n'est pas un concept stable ou définitivement acquis. Et si je comprends parfaitement qu'on préserve les enfants d'un certain nombres de réalités peu engageantes, en revanche, je ne vois pas vraiment de quoi on protège les adultes. Ce qu'on garde pour soi dépend des moments ou des usages qu'on veut en faire. Les débuts de la vie privée commencent au 19ème siècle quand on fait sortir les enfants de la chambre des parents, qu'on arrête de construire les chambres à l'enfilade dans les maisons, et qu'on invente ce truc formidable : les couloirs (dans lesquels se répandent les "bruits")... Si j'ai bon souvenir d'ailleurs, on a eu le droit à tous les détails de la vie de DSK, et surtout, on n'a pas vraiment fait les bégueules. On a trouvé ça à la fois distrayant (il faut le reconnaître, regarder la chambre à coucher des puissants est une occupation de valets qui a été cultivée depuis fort longtemps), mais aussi extrêmement légitime. Il est impossible de simplement dire que tout élément de la vie est privé jusqu'au moment où pour une raison juridique cette vie privée devienne publique. Car c'est justement le soupçon qu'on instille qui permet de faire éclater certaines affaires. Encore récemment, si on a su que Juan Carlos allait faire des safaris et poser à côté de carcasses d'éléphants qu'il avait personnellement abattus, c'est bien parce que certains sont passés au-dessus de cette prévention à l'égard de la vie privée. Attendre qu'une affaire n'explose que lorsqu'il y a faute, ou crime, c'est un joli rêve. Au sujet même de DSK, aucun crime n'a été pour l'instant attesté. Il n'est pas condamné pour viol. Aurait-on dû ne rien dire et ne rien savoir...? Il a littéralement été écarté de la vie politique sur un soupçon légitime !

En réalité, ce dont on s'émeut, c'est que dans ce qui relève de la vie privée intéressante (achat trouble d'appartements, abus de biens sociaux, conflits d'intérêts etc.), on range désormais la vie sexuelle ! Or, à moins d'être resté enfermé pendant vingt ans, on sait désormais que les enjeux de sexe, de genre ou de sexualité sont aussi des enjeux de pouvoir. Il est logique d'aller un peu plus loin que les affaires d'immobilier, ou d'amitié étrange (encore une fois, quand on a titillé Mélenchon et son amitié avec Dassault, qu'était-ce d'autre qu'une affaire de "vie privée" ?)

En bref, aucune transparence modérée et bienséante ne me semble possible. 

 

 

 

...et depuis... Christian Vanneste est toujours à l'ump ! (Lol ?)

 

Là où devrait vraiment se situer le débat.

 

Mais l'un des points qui a le plus exaspéré une amie freakosophe est la hargne dont j'ai pu faire preuve à l'égard des gays planqués de droite. 

En effet, après d'autres débats avec un ami journaliste et gay, celui-ci m'a fait remarquer que les hommes politiques de gauche n'avaient pas fait beaucoup mieux. Le seul député (j'insiste : député) outé à l'heure actuelle est justement un homme politique de droite : Frank Riester. Malgré sa plutôt belle gueule et ses cheveux blancs à la Warhol, je reste persuadé qu'il ne s'est outé que par accident. Il a en effet décidé de s'outer en réponse à un militant de gauche qui se moquait de son homosexualité. Comme Karouchi, ou Delanoë... au moment des élections, donc, ils ont fait leurs confessions (j'attends avec impatience le moment où le bureau des jeunes pop en feront de même...). Alors soit, les hommes politiques de gauche ne sont pas réellement gayfriendly ou clairs sur l'homosexualité dès qu'il s'agit du pouvoir. Mais c'est historiquement à gauche que le combat a commencé, et ils sont idéologiquement obligés à accepter ce changement, à moins de ne plus être de gauche. Contre un homme de gauche hypocrite, vous avez toujours la possibilité de faire pression, contre un homme de droite décomplexé, vous n'avez aucun levier (et c'est aussi pour ça que je trouve con d'aimer les mecs de droite décomplexée contre les mecs de gauche hypocrite).

Mais si les gays de droite m'agacent tout particulièrement, c'est qu'ils font semblant de ne pas percevoir la contradiction entre leurs idées et leur mode de vie. Alors qu'ils vivent comme de parfait cadre A +, qu'ils s'offrent toutes les fringues que peuvent contenir les boutiques du Marais et qu'ils se planquent dans leurs apparts du 15ème pour rester à l'écart des coins de drague où ils vont ramasser les petits jeunes de la banlieue d'à côté, ils font comme si cette consommation de mode de vie gay était due à leur parfaite intégration, au lieu de comprendre qu'elle a été arrachée par des années de militantisme avant eux. La réponse synthétique que Lestrade leur fait est simple : "Learn your history, idiotes !" 

Les gays de Gaylib (la branche UMP) ont par exemple tout fait pour soutenir Nicolas Sarkozy, pourtant hostile au mariage gay, incapable de virer Vanneste de son parti, et revenant sans conviction vers les valeurs patriarcales. Quelle genre de conscience politique est au travail ici ? Aussi fine qu'une capote sensibilité extrême, si vous voulez mon avis. Mais dans mon infinie innocence, j'ai réussi à comprendre leurs arguments. Car il y a bien un dernier argument à jouer, et qui n'aboutit pas immédiatement à une auto-réfutation de la part des gays planqués de droite. Cette idée est que dire sa sexualité n'a plus d'importance. Autrement dit, la tradition du coming out n'a plus de sens. Le coming out n'est plus fondateur. Une tradition se perpétue parce qu'elle est utile, fondatrice d'un lien communautaire (à la question "existe-t-il une communauté gay ?", je crains devoir faire la même réponse que précédemment "learn your history, idiotes !"). Dans le monde d'avant 2012, cette tradition avait un sens, mais aujourd'hui résister en disant son homosexualité n'a plus de sens parce que tout le monde sait ce que c'est qu'être homo. Il n'y a plus d'insultes, plus de pouvoir oppresseur, le ciel s'est éclairé, les arc-en-ciel ont rayonné, et les poneys roses ont envahi les rayons de supermarchés.

Dans ce cas, le coming out n'est plus une arme du tout, et on peut commencer à s'intégrer à un parti conservateur pour réclamer comme les autres les bénéfices de la prochaine croissance. A leur façon, d'ailleurs, les restes d'homophobie, les gays de droite doivent penser pouvoir les combattre au cas par cas, de l'intérieur. Le paradigme d'une résistance de l'intérieur est d'ailleurs souvent mis en exergue pour justifier tout à coup qu'on puisse négliger la moitié de sa vie au bénéfice de l'acquisition d'un statut social nouveau. Être gay et participer au même réunion qu'un Christian Vanneste, c'est résister de l'intérieur ! Si les mecs étaient vraiment si décomplexés, ils devraient faire l'éloge de la compromission, et simplement se présenter comme des parvenus – je ne vois pas comment appeler ça autrement. 

Bref, pour l'instant, on ne peut pas dire qu'être gay soit une chose qui suscite l'indifférence, à moins d'avoir grandi dans des milieux sans Christian Vanneste et émancipés des Christine Boutin. Mais la meilleure raison est que le pronostic de Foucault a tout pour ne pas être faux : espérer que le monde soit un jour totalement ouvert à l'homosexualité est une douce folie. Les hommes n'ont jamais bien compris la servitude des femmes en ayant pourtant vécu plusieurs millénaires avec elles. Une minorité se fera difficilement majorité (ou sinon, demandez la formule dialectique d'un tel changement à M. Zemmour). Résister se fera donc, à mon humble avis, toujours en faisant son coming out. Le pouvoir changera sans doute de mains, et il est intéressant de simplement se demander quels seront les axes d'oppression de demain, mais à moins que quelque chose d'essentiel ne s'infiltre des gays jusqu'aux hétéros, les combats gardent toute leurs légitimité. 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 02:25

 

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Tandis qu'un long voyage inutile de trois heures me ramenait chez moi, mes itinéraires radiophoniques m'ont fait dériver vers France Musique. 

Et j'ai soudain retrouvé mon passé de geek Radio France. Car j'ai vécu Radio France. Matinale avec France Culture (meilleure revue de presse), midi de France Inter (avec Ruquier ou Bern, le tout enrobé d'un peu de honte... je dois avouer), et la nuit avec France Cul ou France Musique – et là, on atteignais un autre niveau de réalité.

Quand j'allumais la radio la nuit, j'avais l'impression de prendre un train où n'apparaissaient plus que des silhouettes de grands auteurs qui se masturbaient dans des compartiments exigus et enfumés. Et tandis que je captais des bribes de leurs conversations, tout cet habillage sonore de france cul donnait l'impression qu'on plongeait au fond de l'océan avec Cousteau en même temps qu'on passait sous les rails du train couchette. Tout ça était carrément planant. Ceux qui n'ont jamais bossé jusqu'à 4h du mat une dissertation non rendue en écoutant france musique ou france cul n'ont pas idée de ce qu'est la vie et le bonheur d'un intello névrosé.

 

Et là, ce soir, à 20H en gros je suis tombé sur une symphonie étrange de Michael Jarrel. Je ne connaissais pas ce mec (et je fais semblant de le connaître maintenant). Evidemment. Parce que la première chose qui m'est parvenu c'est une stridence de cordes, de trompettes, de piccolo (eh ouais, je suis capable de distinguer les piccolos au milieu de tout ça) et de... bref, toute l'aporie de la musique contemporaine expulsée d'un coup dans l'habitacle de ma citroën saxo.

Nul ne sait si c'est supposé être beau, choquant, agressif, ou transporter d'extase – mais c'est de toute façon, monolithiquement et indubitablement flippant. La règle de la station est simple (et toute wittgensteinienne) : quoi que cela puisse être, cela se supprime. I. E. Quelle que soit la musique que vous pensiez avoir entendue, ce n'était pas la musique que vous veniez d'entendre... Et la voix du présentateur, toute de velours et de distance critique, qui reparaît après le concert habite totalement cette fonction. Il nous parle avec une parfaite neutralité, comme s'il nous embrassait par derrière tout en nous passant un glaçon dans le cou, et on peut l'entendre nous dire en surimpression picabienne : "tu vois, connard, tu ne sais pas quoi penser de ce que tu viens d'entendre, hein ? Eh bien tu vas devoir te démerder par toi-même pour savoir ce que ça voulait dire, et enfin te servir de ton esprit critique de moineau !"

On se sent plus humilié dans son intelligence qu'après avoir regardé Saw VI. 

 

 

"Un écho...?"

 

 

Bref, le spectre de la musique contemporaine avait ressurgi. La pièce s'appelait "Chambre d'échos". Pourquoi ? Avant on aurait dit... "Tu ne le sais pas ? Eh bien va te faire foutre ! ça s'appelle le mystère, ça, mon gars !" Maintenant on te dit : ah si, il y a une explication, mais super pointue. Ô toi, fragile auditeur de passage sur France Musique, es-tu seulement prêt à l'entendre ? Très bien, tu l'auras voulu. Alors voilà (hume cet air d'ignorance qui flotte dans la pièce) :

 

 "Michael Jarrel s'est inspiré d'un livre de l'écrivain américain Richard Powers, et il s'est intéressé aux développements récents de la neurologie. Une partition qui travaille donc sur la mémoire, les sentiments et la causalité. " 

 

Bien sûr, un homme normal ne perçoit pas le lien entre la mémoire, les sentiments et la causalité (attention, ici, la causalité comme concept, comme idée métaphysique, comme Lebensanschauung). Mais un auditeur normal de France Musique sait, du fait de sa si grande intuition aiguisée par des années d'écoute des programmes de nuit de Radio France, qu'il y a des connexions profondes entre ces idées. Après des centaines d'émissions qui déclinent sans cesse le thème du corps + autre chose ou de la mémoire + autre chose, on a l'impression de voir qu'un lien avec le corps la neurobiologie et la mémoire est évident... Ces mecs n'ont plus besoin de lire Matière et Mémoire de Bergson, ils l'ont adapté en émission de radio.

 

 

 

 

 

Naïvement, je croyais faire un bon choix en glissant sur France Culture. Ils parlaient d'un "travail". J'ai mis cinq minutes à comprendre que le "travail" était en fait un truc concret : un livre. Ce n'est même plus une oeuvre, un opus, ou un work in progress. Les mecs ne parlent plus de tout ça. Le niveau d'abstraction correspond réellement au niveau de beauté à laquelle on veut hisser l'oeuvre. Ils ne peuvent pas dire que "cette bande dessinée de Tintin est majestueuse". En revanche avec le mot travail, tout peut devenir majestueux, génial et profond, puisque ça ne renvoie à rien de précis. 

J'adore Radio France. 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 23:54

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 23:58

 

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"Venez comme vous êtes..." – d'accord, mais vous êtes combien au juste ?...

Le reflet terrifiant et schozphrénique de l'homme contemporain dans le prisme Mac Do (BTC EuroSCG)...

 

A l'époque de "Come as you are", en 1992, les voisins de ma banlieue pavillonnaire de classe moyenne fumaient des joints dans des parcs de classe moyenne – propres et déserts, sauf le samedi et le dimanche, jours des familles.

J'ai fait partie de ces mecs qui glandaient autour d'un banc. Ou plutôt, je les ai regardés défoncés, attendu qu'ils soient bien cuits, et profité de leur défonce pour avoir avec eux des conversations qu'ils n'auraient jamais eu sinon : des conversations un peu trash, un peu mélancoliques, métaphysiques... en espérant qu'un jour peut-être, lassés de ne pas baiser, ou parce que je les avait éblouis de remarques cinglantes, l'un d'eux m'accorderait le bénéfice d'une pipe.

Bref, tout le monde fumait, sauf moi, l'admirateur facétieux de leur virilité débraillé. Mais tout le monde convenait que Nirvana, le grunge, le nihilisme, serait notre horizon culturel à jamais. Nous étions conscient d'être la génération X (ou sida). Impossible d'imaginer ça pour la génération d'après, qui se compromettrait dans la tecktonik – autre mode de la classe moyenne. Eux ont les crocs suffisamment acérés pour bouffer tous les mecs de mon âge, nous machouiller, puis se curer leurs petites dents en regardant nos restes disparaître au fond du fleuve (métaphore bricolée à partir de bouts piranha 3D, d'une rediff des Dents de la Mer, et d'un souvenir de Lake Placid). Et quand on écoutait "Come as you are", même sans comprendre les paroles, on savait d'emblée que ça voulait dire qu'il fallait se foutre en l'air, ou au moins compenser en développant la relation la plus masochiste possible avec son ancien pote d'enfance de la même classe moyenne que nous.

Puis le temps a passé. Et comme dirait un Grec : l'homme d'hier n'est pas l'homme d'aujourd'hui. J'ai eu de l'argent pour aller manger plus souvent au Mac Do. J'ai même commencé à avoir l'âge et la volonté de réussir suffisante pour analyser une pub cool les yeux fermés tout en sachant que la cible de la pub, c'était moi. J'étais devenu un branleur légitime quoi, ce genre de mec qu'on appelle un adulte.

 

 

"viens comme tu es... comme je voudrais que toi..."

 

Et soudain... j'ai compris que la pub Macdo du "Venez comme vous êtes" était le copier/coller/traduit/déformé de la chanson de Nirvana. Dios mio ! D'abord j'avais trois ans de retard... puisque la campagne a été lancé en 2008. Et surtout, je n'avais tout simplement pas pris conscience d'à quel point j'avais changé d'époque. En dix ans, les injonctions paradoxales "viens comme tu es" ou "sois toi-même" – dont se moquait Kurt par anticipation de toutes les campagnes de pub coolos à venir – s'est mis à signifier quelque chose de positif. Partout dans les airs s'était répandu l'appel magique à devenir soi-même, i. e. être beau, cool, créatif, aussi modulable et aussi recombinable que l'avatar Sacboy de little big planet. Enfin, comble du comble, il a fallu qu'aujourd'hui on se mette à jouer avec son look, ce truc que tout bon grunge ou simple ado des années 90 avait normalement définitivement sacrifié (et les futurs vieux d'aujourd'hui nous gonfleront sûrement encore en voulant des looks de vieux multiples et combinables). Car il faut être honnête : nous n'aurons rien laissé dans les annales de la mode. Les années 90 étaient marrons, beiges, et noires – tout le monde avait un look à la Mulder et Scully. Même le pseudo trash dont s'est couverte Kate Moss n'avait rien de comparable avec le punk des années 70. La seule chose qui a changé depuis est la qualité des objectifs d'appareils photo, et la démocratisation hip hop des pantalons larges. 

Alors me voilà, maintenant, – "here I come", maître Kurt –, face à cette pub Mac Do comme Dorian Grey devant son propre portrait. Elle porte à ma place les stigmates de ce que j'aurais pu devenir. Et j'essaie de comprendre cette pub.

"Venez comme vous êtes". Le premier paradoxe est que ce soit positif : tu es un mec bien, bien qu'au fond, si tu es trentenaire, dans 75% des cas, tu es juste un ancien grunge qui a réussi... Pour Kurt Cobain, au contraire, l'injonction était clairement sadique, écrasante et suicidaire. Quand il te dit de venir comme tu es, c'est en fait "comme je veux que tu sois" ! Je dois dire, qu'en découvrant les paroles aujourd'hui, je suis obligé de soupçonner Kurt d'avoir lu Foucault et tous ses travaux sur le travail de l'assujettissement par les techniques de l'aveu (en gros, l'idée que dire ce que nous sommes est toujours la réponse à une injonction extérieure, ayant pour but final non avoué, de nous contrôler, de nous faire autre que ce que nous sommes, bref de nous dominer).

Le deuxième paradoxe est que "tu es en plein d'exemplaires"... Je ne sais pas comment vous vous comportez devant ce genre d'énoncés, mais vous pourriez légitimement supposer que vous n'avez vingt idées de personnalités par jour à enfiler rien que pour le fun – à moins d'avoir été privé de fête d'anniversaire déguisée quand vous étiez gamin. Là encore, je préfère Kurt... qui cryptiquement pourrait suggérer que c'est déjà si insupportable et traumatisant d'être soi, qu'on ferait carrément mieux de n'être personne.

Ce qui me fascine, c'est comment une même phrase, un même énoncé, trempé dans deux époques différentes, signifient deux choses si différentes. Les créatifs ne font rien. C'est le climat général, l'époque, l'air du temps qui leur permet de redire différemment les mêmes choses. (And I mean it !)

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 02:21

Débat genrechristian-vanneste-favorable-aux-allian-736568

"Euuuh, c'est vite vu ! Je crois que je suis un blaireau en costume cravate qui ne sait rien de rien !"

 

Vous avez certainement entendu le débat sur la théorie du genre enseignée dans les lycées (sinon c'est ici). Je rappelle rapidement les faits, et on va trancher tout ça en quelques coups de sabre laser.

L'argumentaire simpliste est le suivant : apprendre à des secondes que les hommes et les femmes peuvent être homosexuels ou hétérosexuels n'est pas légitime car l'homosexualité relève du choix privé, et n'a donc pas sa place dans un programme scolaire.

- Première correction : en tant que fait, l'homosexualité peut être expliquée. A moins qu'on refuse maintenant en science de parler de la réalité du monde comme il va.

- Deuxième correction : le programme similaire existait déjà en terminale. Alors si c'est une question d'âge, il faut s'attaquer tout de suite au cours sur la reproduction qui a lieu au collège.

- Troisième correction : le programme n'oblige pas à étudier la théorie du genre... mais interroge les notions de sexe et d'orientation sexuelle. Autrement dit, les responsables sont plutôt les concepteurs des manuels qui ont convoqué la théorie du genre pour traiter ces questions.

 

Débat genre Dorlin sexe

Un livre utile et claire contre les idées simplistes.

 

Mais soit... laissons les nazes (les Vanneste, Boutin, Mariton, Debré ou Accoyer de service) reformuler leur thèse. La thèse reformulée est la suivante : on peut parler du genre en philosophie, en histoire, mais pas en sciences, parce que la théorie du genre, et la caractérisation des individus comme homosexuels, bisexuels etc. est une théorie politique, mais pas scientifique.

 

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John Money, l'inventeur du concept de genre...

et il est... attention-tention : scientifique hétérosexiste !

 

- Critique qui tue numéro 1 : Passons sur la définition de science, qui ici, pose manifestement problème (puisque la science n'est semble-t-il pas autorisée à penser ce qui éventuellement lui échappe ou l'oblige à se réformer). Mais il y a un fait, scientifique dur de dur : John Money est le premier inventeur du terme de genre – et c'est un psychologue, spécialiste des opérations de réassignation sexuelle. Il est particulièrement connu pour la façon non-éthique dont il a accompagné des petits garçons en petites filles, ou l'inverse, alors que les réalités étaient bien plus complexes, et que selon lui, le genre primait sur cette réalité biologique. Grâce à lui, Bruce est devenu Brenda à l'âge de 2 ans, suite à une circoncision ratée (et la fin de l'histoire ultra tragique est ). Ses études sortent en 1950, autrement dit bien avant les théoriciens/ennes du genre... Et ça, les nazes UMPistes, c'est juste un peu d'histoire des sciences ! Une page wikipedia vous aurait épargné de dire des conneries.

L'objectif de Money, qui plus est, est très clair : le genre (socialement construit d'homme ou de femme) compte plus que le sexe biologique (réalité difficile à cerner, dont la définition humorale, gonadique, hormonal, ou génétique, a toujours laissé place à des accidents et des exceptions – si tant est qu'il y ait une règle). Autrement dit, l'ultime camouflet est que John Money n'est pas franchement un fan des gender theories, alors qu'il partage l'idée selon laquelle il n'existe pas de bi-catégorisation naturelle en H/F. Paradoxxxxxe.... ça devient peut-être un peu plus intéressant, le genre maintenant, non ?)

 

 

 

Bref, pour conclure, la théorie du genre (en plus d'être une théorie sociologique, et philosophique) est une réalité scientifique, et mérite d'être étudiée.

- Critique qui tue numéro 2 : le vivant étudié en SVT n'est jamais séparé d'un contexte qui le détermine. En l'occurence, dans le cas de l'homme et de son développement, le contexte est principalement social – parce que l'homme est un animal social. Et le social impacte donc le vivant. Ces nazes de la droite populaire ont l'air de croire qu'un homme ça pousse tout seul dans le vide, et qu'il se suffit absolument à lui-même hors de tout contexte. A défaut de faire de la philosophie, il faudrait simplement rappeler qu'étudier l'homme c'est aussi étudier les 95% de connexions neuronales qui ont lieu après la naissance (espérons que les connexions se poursuivent après la cinquantaine pour certains). 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 01:12

 

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Ruppert, c'est d'abord un regard neuf sur le monde, sous des cernes creusées par des ravins de désespoir.       


Un jour un chat s'est perdu à Montpellier. Ses maîtres, affolés ont aussitôt placardé des affiches pour le retrouver. Deux affiches différentes pour être exact, émouvantes, avec la photo d'un vieux chat persan gris, fatigué, et surtout, tondu. C'est ainsi que nous fîmes la connaissance de Ruppert. Et que l'on put entendre résonner pendant plusieurs jours nos petits rires suraigus de pintades dans les salles obscures des cafés gays (le seul café gay de la région en fait), dans les allés du Parc du Peyrou et des saunas... 

 

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"Je m'appelle Ruppert, si vous me trouvez, merci de me ramener à mon domicile, ou appeler directement mon maître. J'ai 11 ans. Je ne connais pas le monde de la rue, je suis probablement effrayé ou terré dans un coin. Aidez-moi !

Quoi : chat persan gris.

Signe : Tondu

Quand : 18 juillet

Où : Montpellier"

 

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Laissez deux gays fatigués faire un cadavre exquis. Et voilà ce que ça donne...  

 

Notre machiavélisme humour gay est très sensible à l'expression délicate des choses grotesque. Un fan du Tour de France qui pète de tous ses orifices en levant sa bière, ça ne nous fait pas rire. Une petite gamine toute concentrée à sauter à la corde et au beau milieu de ses foulées pète en touchant le sol, ça, ça nous fait mourir de rire. Un grand père à poil sur une plage nudiste dont les couilles touchent presque le sol, ça ne nous fait pas rire (il nous horrifie plutôt et nous rappelle qu'un jour nous aussi nos organes sexuels externes pendront). Une charmante petite antillaise avec de jolies petites vanilles qui dodelinent pendant qu'elle détruit voluptueusement le château de sable du petit garçon concurrent, ça, ça nous fait mourir de rire. 

 

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Quelque part sur le macadam de Montpellier, une vraie histoire existentielle de gastro.

 

Ruppert est cette petite fille aux jolies vanilles qui dodelinent. Mais en chat. L'affiche était à mourir de rire. Parce qu'elle était trop élégante pour une affiche de chat.  

Tout y était. Cette énonciation à la première personne... comme si le maître devinait par télépathie ce qu'il pensait et ressentait. Le nom du chat... "Ruppert". Nom anglais, classe, mais qui semble aussi porter en puissance toute la détresse d'un vieux bourgeois perdu dans les bas fonds (perdu pourquoi ? Pour s'encanailler, pour se taper des chattes de gouttière...? Parce qu'il a perdu un pari en jouant toute ses croquettes et qu'il avait besoin de se refaire...? Pour choper du crack ?). 

Qui plus est, le maître commence par donner le nom du chat, comme si cette pauvre créature avait avant tout à coeur d'être appelée par son prénom plutôt que d'être sortie du seul abri qu'elle a pu trouver. Et comme si Ruppert répondait vraiment à son prénom. La tournure : "je ne connais pas le monde de la rue" (de préférence à chanter comme un début de chanson de Mylène, les yeux grands ouverts et hallucinés, les paumes christiquement ouvertes de chaque côté du visage). Détail qui ajoute au pathétique et au grotesque en même temps : Ruppert est tondu.

Deux rues plus loin, nous avions déjà croisé quatre affiches sur les murs. Nous n'en pouvions plus.

Notre première réaction a été de marquer "Miaou" en rouge sur l'affiche au dessus de la tête du chat. Réaction inadéquate certes, un peu primitive, et pour être honnête, pas à la hauteur de la complexité des sentiments comiques qui nous animaient. On s'est rendu compte qu'il fallait réfléchir un peu. Être pourvu d'une extra-sensibilité maladive à la souffrance des autres ne confère pas forcément un sens de l'humour vif et aiguisé. 

Alors le visage de Ruppert a commencé à s'animer. Dans ses petits yeux strabiques, et sous son noble pelage gris, le pauvre chat semblait agité de questions philosophiques. "Pourquoi moi ? Qu'ai-je fait de si mauvais pour que je doive désormais errer sans but dans les rues ? Après, tout, qu'est-ce qu'une gouttière ? Le bonheur n'est qu'une question de quantité de whiskas ?" 

Et puis tous les objets, toutes les affiches auraient pu s'interroger à leur tour. Les kebabs, les smoothies, les tapas auraient mérité eux aussi de parler comme Ruppert. 

 

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"Pourquoi dois-je toujours être servi avec des frites ? Est-ce cela l'amitié ? Que représentent-elles vraiment pour moi ?" 

 

 

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"Suis-je une purée de fruits ou un mélange de jus de fruits avec de la purée de fruits ?" 

 

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"Moi, tapas, puis-je me manger moi-même pour savoir le goût que j'ai ? Tapas cent balles ?" 

 

On court-circuite vite malgré tout. Mais la contre-attaque commençait à s'organiser. Au fond, Ruppert voulait nous crier son désir de liberté. Il était autonome, vieux et fatigué, mais probablement pas perdu. Il était en fuite ! Comment imaginer perdre un chat, de toute façon. Ce n'est pas comme un porte-clé qu'on laisserait tomber de sa poche. Même effrayé dans les rues, il a dû être effrayé par quelque chose de bien plus effrayant... Evidemment : la tonte. 

 

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"NE ME CHERCHEZ PLUS ! Ou à la limite envoyez moi une boîte de Sheba...

Moi, Ruppert, chat persan gris de 11ans, je suis parti à la suite d'une énième tonte abusive pratiquée sur ma personne. Je me suis entraîné à la nage pendant des années dans une gouttière pour réussir à atteindre Acapulco, et vivre la vie de maquereau plein de thunes dont j'ai toujours rêvée."

 

A moins que la tonte n'ait été que l'occasion d'une révélation beaucoup plus profonde. Ruppert est un chat bourgeois qui plaque tout pour enfin vivre libre. Et évidemment comme tout chat bourgeois, un peu à la Jean Rochefort, il se décide à la liberté au moment le plus opportun : juste avant de clamser.

 

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NE ME CHERCHEZ PLUS !!!

JE SUIS ENFIN LIBRE !

 

chers maîtres, peut-être est-ce ma faute de n'avoir pas su comment vous le dire, mais en cette matinée du 18 juillet 2011, j'ai soudain compris que ma vie n'avait aucun sens. 

Des questions plus importantes taraudaient ma conscience de chat persan gris de puis longtemps déjà. "Pourquoi suis-je né chat plutôt que rien ? Le bonheur n'est-il qu'une question de quantité de whiskas ? Que puis-je espérer d'une nouvelle coupe de mes ongles de pattes ?" Vous aviez beau me reverser une rasade de lait bio, ou me caresser le menton en écoutant Turandot sur une chaîne hi-fi impeccable, rien ne pouvait me faire oublier à quel point cette vie – ma vie ! – était inauthentique et vaine. Après onze ans à garder le visage digne et noble au milieu de tant de caresses, je n'avais plus eu le coeur à la comédie. Porter ce masque social (et animal) m'était devenu insupportable. Les cris et les feulements des chats de quartier alentour – de douleur ou de coït – ont commencé à me hanter. Leur grotesque brutalité me rappelait à l'existence sauvage qui aurait dû être la mienne. 

Bien que traité comme une personne, je ne me sentais pas pleinement reconnu – et d'ailleurs, de quel nom m'avez-vous affublé ! Ruppert... Britannique inverti ou magnat de la presse conservateur ? Quel choix ! Que n'eûtes vous pas le goût de m'appeler Vrigile, Cicéron ou Bowie ! C'est au moment de cette ultime tonte du 18 juillet, que j'ai senti le terrible poids dont en fait vous me délivriez. C'était un signe de votre part, un adieu, un appel inconscient à reprendre ma liberté. Ce que je fis. 

 

Soyez rassuré, je pars sans haine, ni aigreur ; et je ne regrette aucun de nos jeux de balles ou échange de regards interrogateurs. Chaque pas, pour moi désormais est une ascèse, une conquête, et chaque boule de poils recrachée une libération. 

 

 

 

Léchouille chaleureuse et râpeuse, 

votre chat persan préféré, "Mimine" (en attendant de retrouver un nom de chat qui déchire)

 

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"Onze ans de vie de chat persan... Forcément, tout ça, à la fin, a un petit goût d'auto-destruction." 

 

On pensait tenir comme ça toute la fin de mon petit séjour à Montpellier. Chaque affiche aurait été compensée par une nouvelle affiche placardée par Ruppert himself. Une campagne d'anti-affiche aurait pu naître, on se voyait déjà buzzé et imité par tous les pro-animal-rights du monde entier. A chaque chat perdu, à chaque affiche, une autre aurait fleuri revendiquant tout haut la liberté des chats à s'enfuir en toute conscience : "Ne me retrouvez pas" ; "Vous pensez que c'est un hasard si je me suis cassé ?!" ; "je ne suis pas seulement l'objet de votre affection ! J'ai des instincts à aiguiser, moi aussi !" ; "LEAVE ME ALONE !!!"

Ah oui.... la fin de l'histoire, en vrai, quelle est-elle ? Le chat a été retrouvé deux jours plus tard. En tout cas, toutes les affiches ont été retirées.

Mais attention, on ne sait jamais, il est peut-être mort dans un caniveau... Au moment d'un ultime combat crucial pour son honneur... pour défendre l'honneur d'une chatte de gouttière qu'il avait connu plus jeune, dans ses folles années... tailladé à la griffe par des dealers de crack chats....

 

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