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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 01:51

 

GentlemenBroncos rennes

Le renne robot tueur ?

 

Sur facebook, j'ai risqué ma réputation pour ce film. J'ai promis à tout le monde un émerveillement comique sans borne. D'abord la joie de voir à l'écran se confirmer le talent de Jemaine Clement, le néo zélandais fou des Flight of the Conchords. 

 

GentlemenBonrcos équipe

L'équipe du film (de haut en bas et de gauche à droite) :

Jared Hess, Jemaine Clement, Sam Rockwell, Susan May (ou pas...), Mike White, Michael Angarano. 

 

Et puis, il y a Sam Rockwell qui parodie son propre rôle de Moon (le premier film de SF du fils de Bowie où Sam Rockwell est seul dans une station orbitale découvrant son propre cadavre).

 

GentlemenBroncos coverart2   GentlemenBroncos_coverart4.jpg   GentlemenBroncos coverart3-copie-1

 

Et puis, il y a ce générique de covert art de vieux bouquins de SF. Ok, à bien y regarder Jared Hess fait ça dans tout ses films. Mais c'est un pur plaisir de geek. La couv du champignon carnivore avec du rouges à lèvres et des dents est folle à lier. Plus mineure mais typique, celle du grizzly de l'espace avec des tournevis à la place des pattes. Enfin la plus belle, celle de l'alien poète aux yeux globuleux qui joue de l'holophone, fashionement  habillé d'une cape hippie multicolore. 

En plus de tout ça, il y a les mêmes acteurs freak des films de Jared Hess : l'un d'entre eux ressemble au blondinet léthargique à la lèvre pendante de Napoleon Dynamite, un autre a joué dans Nacho Libre (l'enfant sauvage mexicain orphelin qui déteste les orphelins)... 

 

 

 

Et, ultime glaçage avant de manger le gâteau : il y a cette chanson géniale de Zager et Evans, In the year 2525, qui se chante au futur antérieur (chanson de 1964), et qui raconte chaque étape de l'évolution humaine pour les prochains dix milliers d'années. 

 

GentlemenBroncos cyclops

 

Mes arguments étaient pointus, je le reconnais. Pourtant, je ne pensais pas qu'on viendrait encore me dire que le film était drôle mais sans plus. Donc, je dois trancher, expliquer, sélectionner ?... Eh bien soit ! S'il n'y avait qu'une chose à retenir de Gentlemen Broncos... ce serait les scènes de (Scifi) Fantasy Fiction !

 

 

 

Une copine australienne fan de Jemaine Clement m'a assuré que les scènes real life de looser sont bien plus drôles. Pourtant, je persiste. Et pour deux raisons (tambour tribal cosmique svp). Un : Les scènes IRL sont moins rythmés, parfois chiantes. Deux : les scènes de SFFF (Scifi Fantasy Fiction) ne sont pas seulement parodiques, elles sont magiques. Purely magical ! Et c'est à mon sens, toute la différence entre l'humour français pourrrrrrrrrri et l'humour anglo-saxon géééééééénial. En toute objectivité, bien sûr. 

 

GentlemanBroncos Ronald Version

 

J'explique un peu le film. C'est l'histoire de Benjamin Puruis, jeune fan de SF, orphelin de père, vivant chez sa mère, et obligé de vendre les modèles de robes de nuits de sa mère pour faire vivre le foyer post-hippie. Mais surtout, Benjamin a écrit une histoire de SF, qui s'appelle "Yeasts Lords, The Bronco Years", où il jette toutes ses frustrations, et tous ses espoirs de devenir un jour un homme viril et barbu, parcourant les planètes sauvages sur le dos d'un élan mécanique. Sur le dur chemin de la vie (le temps d'un été, en fait), Benjamin va rencontrer des gens qui l'encouragent, mais aussi qui s'emparent et trahissent l'histoire de Bronco. Le film alterne récit real life (une sorte de Groland US) et saynètes illustrant le récit de Benjamin, "Yeasts Lords". Mon point est le suivant : ces scènes auraient pu être un film en soi. Et pas nécessairement un film comique. 

 

GentlemenBroncos affiche

Benjamin Puruis saura-t-il défendre son chef d'oeuvre contre le guru

Ronald Chevalier (Jemaine Clement)

 

Dès que la lecture du roman de Benjamin, le héros loser, commence, on se dit "merde, comme Benjamin est supposé être un peu un naze qui aime la SFFF et qu'il rencontre un écrivain célèbre qui bosse déjà pour le cinéma (Jemaine Clement), pour bien montrer ça, le réalisateur va nous faire un remarke débile avec des Ewocks où voit les ficelles et les petits jambes arquées des nains qui bougent à l'intérieur." Mais non ! Ou alors, on pourrait se dire : "merde comme Benjamin est un looser magnifique et que son film tombe entre les mains d'une bande d'ados tarés, on va avoir le droit à un petit film d'animation magique et cheap, à la Gondry..." Mais non ! 

 

 

 

Dès que la musique vintage lance le film dans le film, on capte aussitôt une dimension réellement onirique, où coexiste univers froid des films de SF et personnages de far west. L'ensemble donne quelque chose proche des films expérimentaux, et proche de 2001 L'Odyssée de l'espace (enfin... j'ai conscience de la faiblesse de mon argument... dire que ça ressemble à un film expérimental revient à dire que ça ne ressemble à rien de connu, autrement dit que ça ne ressemble à rien...). Bref, le film dans le film est un vrai film. On joue la SFFF au premier degré, et pas en faisant des gros clins d'oeil comme dans les films français. Les acteurs vivent leurs rôles de Bronco, de Daysius/Dennis, de Vanaya. Ils ne jouent pas faux, ils jouent vrais, il jouent western cosmique, simplement avec quelques vannes visuels en plus (éventuellement en rotant et en vomissant – mais c'est secondaire). Pour bien faire contraste, on a le droit à la version cheap des ados tarés qui achètent le scénario à Benjamin. Et effectivement, dans ces passages, Jared Hess tire sur des grosses ficelles, tout en ayant au moins l'intelligence de montrer ce que le film mental de Benjamin n'est pas. 

 

GentlemenBroncos Vanaya

Bronco rencontre Vanaya, soeur de lait du messie des Yeasts Lords.

 

Jared et Jerucha Hess (sa femme, co-scénariste) ont donc parfaitement pigé que la parodie n'est rien si elle n'est qu'une projection de vannes sous prétexte de films de genre. La greffe ne prend jamais dans ce cas-là (si seulement je pouvais être lu par le monde du cinéma français... merde ! Pourquoi n'ai-je pas décidé d'être un surpuissant producteur incompétent !?). Quand c'est le cas, on a le droit aux vannes de papa qui mate un film de SF pour la première fois (ce pourquoi la soupe aux choux est pourri quand on a seize ans, et devient drôle à partir de trente) : "Et si les extraterrestres étaient en fait des suédoises super bombasses !" (le gendarmes et les extraterrestres) "Et si l'alien faisait des claquettes en sortant du ventre" (la folle histoire de l'espace, de Jerry Lee Lewis... scène qui m'a traumatisé pendant longtemps). 

 

GentlemenBroncos imposture

Le secret de tout bon film comique.

Montrer l'écart entre la vie (Benjamin en robe de chambre) et l'art (Ronald Chevalier l'imposteur).

 

Gentlemen Broncos est bien plus malin. La parodie qu'il propose n'est pour ainsi dire plus une parodie, c'est un méta-genre. Le film est chargé d'explorer et synthétiser un genre cinématographique jusqu'à son extrême limite, c'est-à-dire jusqu'au point où ce genre devient une vision du monde et un mode de vie. Autrement dit, la parodie subtile montre ce qu'est un genre selon un fan pour un public néophyte. Une parodie montre ce qu'est vivre en tant que fan de SF pour un public pas fan de SF. Il n'y a pas meilleur moyen de savoir comment on vit la science fiction qu'en matant ce film. Le comique naît du fait qu'on y suit un fan subit lui-même les avaries de son fanatisme. Ce Gentlemen Broncos touche au coeur de ce qu'est l'art en général, et au coeur de ce que sont les fans en particulier. Un film n'est pas la réalité. Et un fan est celui qui accepte cette sentence quitte à être parfaitement asociable, looser, et inadapté. L'humour des comédies US est l'envers du rêve américain (ouh putain, je crois que je viens de dire une grosse banalité) : quand les gens rêvent trop fort, ils deviennent des inadaptés. L'inadapté des comédies françaises n'existe nulle part. Celui des comédies US existe bel et bien, et du coup, il n'y a que là, qu'on voit à quel point la comédie américaine est normative et étouffante.

 

 

 Le moment où la comédie veut vivre plus loin que le film.
Un facebook.
Un twitter.
Un site.

Gentlemen Broncos est une réussite totale pour ça. Il montre les deux aspects de cette vie de fan : ce qu'il voit et ce qu'il fait. Je laisse de côté ce qu'il fait, même si ça fixe bien le personnage : le père de Benjamin est mort, il vit plus que dans les jupes de sa mère, mais littéralement dans ses robes de chambres, et dans le reste de l'utopie architectural de son père. A partir de ce mini diagnostic sociologique, on sait ce que voit le personnage dans le film de SF : un moyen de retrouver son père (le problème de tellement de films...), de projeter son courage, et sa virilité au milieu d'un univers totalement étrange.

 

GentlemenBroncos réveil de Bronco   GentlemenBroncos Dennis2     

"What's the crap ! Oh... My gems ! 

– Sorry, Bronco, we had to borrow one of your gonads."

 

Si je n'avais vraiment qu'une scène à retenir, ce serait la première : Bronco se réveile sur une table d'opération, ligoté. Il vient juste de se faire emprunter une gonade par le clone de son ennemi ultime, Daysius, pour créer une armée de Bronco. Dennis, le clone de Daysius, parle avec un accent étrange, pas forcément drôle en soi, mais drôle parce qu'on s'imagine que pour Benjamin, un méchant est un homme distingué, un peu efféminé, et si pervers qu'il redevient un môme dès qu'il s'apprête à torturer quelqu'un. 

 

GentlemenBroncos My name is Dennis

"We only took one !"

 

Ce qui m'a fait marrer un peu moins silencieusement dans mon train en direction de Montpellier, c'est exactement ça : la vision du monde de Benjamin. L'histoire reflète parfaitement cette peur d'ado face à l'éventualité de perdre une si fragile virilité. Bien sûr, Daysius le voleur de couilles est l'image déformée de la mère de Ben. Le héros, Bronco, est littéralement l'image du mâle que tout ado rêverait de devenir : super viril et sans peur – ce qui prend la forme d'une super barbe de prêtre orthodoxe et d'une façon de jurer comme un paysan qui tranche avec le labo aseptisé de la base.

 

GentlemenBroncos my cat is hungry

(Bronco :) "Release me ! My cat is hungry"

 

Bref, dans cette Weltsanschauung, il y a des failles, des contradictions, mais qui reflète mieux encore les motivations profondes de Benjamin. La confrontation entre Daysius et Bronco finit quand le chat sauvage de Daysius sort de nulle part et saute à la gorge de Dennis. Nos histoires de gamins sont exactement celle-ci, et ça m'a sauté aux yeux. D'un côté, le fantasme de devenir nous aussi de grands hommes tout puissant (Actarus monte dans son Goldorak). Mais aussi, soudain, des petits animaux sympas et rigolos qui suivent le héros partout ou sortent de nulle part, qui nous rappellent que nous sommes des enfants. 

 

 

Gentlemen Broncos fait des petits.

 

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 03:59

 

JohnGrant_Imagedtail12624.jpg

Le génie.

 

Je ne connaissais pas ce mec. Il vient de Denver... Le Colorado, les Indiens, le dôme de la ville en feuille dorées. ça ne m'évoque rien. Il est l'ancien chanteur des Czars... j'ai beau avoir leur discographie complète téléchargée quelque part (sur le conseil de lamusiqueàpapa), pourtant, je n'ai pas jamais jeté une oreille. Il est produit par Midlakes... so what ? Leur dernier album m'a saoulé. 

Pourtant ce mec est génial. Sa musique m'a soigné (et pas un putain de DJ qui fait bouger les culs). De mai à juillet, il a été la cause de mes larmes retenues chaque fois que je redescendais chez moi par un petit escalier de pierre. Le kebabier se demandait pourquoi je marchais comme un zombie, c'était John Grant. J'étais prêt à être renversé par une voiture pourvu que la musique ne s'arrête pas. 

 

JohnGrant_Queen-of-Denmark-2010.jpg

L'album.

 

(en toute objectivité, je devrais ajouter Owen Pallett à la liste, et une chanson en particulier d'Oh no ono)

John Grant était mon double. J'avais lu dans un entrefilet de télérama qu'il était dépressif, qu'il était gay et qu'il faisait cet album pour ne pas se suicider. Il venait de vivre une histoire d'amour qui l'avait déglingué (je crois) et les mecs de Midlake, en bons potes, l'avaient aidé à produire un album solo. N'importe quel bâtard croirait que ce sont des conneries pour faire vendre, mais la musique ne ment pas. 

Aussi élégant que tout bon désespéré peut l'être, il garde la tristesse contenue dans les paroles, tandis que la musique, elle, est lumineuse. Les arrangements sont soignés, voire kitsch. Du soft rock bien assumé. Des arpèges de guitare, des arpèges de piano, soutenu souvent par une petite basse électro d'un synthé analogique vintage. Quelques couleurs orchestrales typiquement pop. Les flûtes du Fool on the Hill sont là. Les solos de synthé psychés et risqués aussi. On sent que le mec est un pianiste. Il compose des mélodies longues, lentes, sans ambiguïté, à la limite du music hall. Sa voix pourrait être celle de Rufus Wrainwright, un autre grand pédé du rock, le vibrato et le timbre nasillard en moins. 

 

 

 

Mais entre nous, depuis l'entrefilet de télérama pour son album Queen of Denmark, tout était joué. La musique, je n'arrive pas à la juger. Je l'ai déjà vendue à plusieurs potes, et je ne sais pas s'ils ont accroché ou non. Pour moi, tout ce qui a compté est que la catharsis ait été totale. Au moment où je comprenais à peine que je devais vivre avec mon pessimisme de pédé de classe moyenne, il ne manquait qu'une bible pour me redire tout ce que je savais déjà mais de façon plus mystérieuse. Dans chaque parole que je comprenais, même maladroitement, j'y ai lu un signe. Si bien que, systématiquement, sur certains mots, même avant de me pointer au boulot, je sentais un truc partir du ventre et remonter le long de la gorge. Une révélation.

La chanson "Jesus hates Faggots" a été la première à déclencher les symptômes. C'est une marche, un peu dramatique. John Grant y chante comment il a appris à se haïr lui-même, comment il répétait le mantra de son père : "Jésus déteste les tapettes, fiston" ainsi que les juifs et les noirs, les pédophiles et les kangourous (et plein d'autres choses). Le refrain sado maso je le chantais dans la rue en passant à côté des gens et des voitures. Comme si je leur disais "c'est ok, vous avez le droit de me haïr, vous êtes des robots chiens programmés pour bouffer les infertiles, j'accepte d'y laisser au moins une jambe. Je vous donne même les deux bras avec, et la jambe manquante." Pour qu'une révélation marche, il ne faut pas faire dans la demi-mesure... j'ai senti remonter en moi une haine de soi vraiment profonde. En plein de pédés, il y a ça, un petit bouton d'autodestruction, une décharge de dégoût de soi toute prête à exploser. Je me ballade avec, et ça ne peut pas changer. On est un peu terroriste en ce sens, prêts à l'explosion. 

Quelques jours plus tard, ma chanson préférée est devenue "From outer space", bien que dans le fond, là non plus, je ne la pigeais pas parfaitement. John Grant est absolument fou de ces références à la science fiction kitsch, à l'étrangeté, à la tranquille beauté des paysages lunaires qu'on voit dans les séries B. Le concept d'une planète Mars complètement onirique, réinventée, il le vit comme paléo-chrétien croit à la résurrection des corps au paradis. Et quand j'ai commencé à pouvoir distinguer ces quelques mots : "I think you must be from outer space... maybe somewhere beyond the stars... i think you must be extraterrestrial..." C'était moi. J'étais l'extraterrestre. John Grant me parlait, et à travers lui, c'était mon petit théâtre perso qui s'animait. Un hypothétique amour de ma vie me chantait cette chanson. Le même amour hypothétique de ma vie (sans doute grand et métis, mais bon, c'est une suggestion) aurait aimé partir avec moi dans les étoiles mais devait rester sur Terre pour jouer du piano et chanter des chansons pop. Du coup, vivre quelque part au-delà des étoiles avait beau être génial, j'avais beau m'éclater en glissant sur les rivières vertes martiennes, cette vie de surfer d'argent gay était une séparation insupportable, une malédiction. Mon super imaginaire de bouffeur de films n'est pas original pour un sou quand il s'agit de chansons d'amour, mais quand on touche à ce niveau d'adhésion, je vous garantis qu'on se fout royalement de l'originalité. J'étais l'extraterrestre de la chanson, point. Et j'aurai buté l'alien qui m'aurait juré que c'était lui. 

 

 

Les pédés et l'espace, ça nous travaille au berceau. Les galaxies lointaines, rouges, bleues et oranges, c'est depuis que j'ai l'âge de jouer avec des crayons de couleurs. Quand j'ai entendu pour la première fois David Bowie chanter qu'il était lancé tout seul dans une capsule vers l'infini, j'aurais pu couper l'autoradio (ouais, l'autoradio) et écrire tout seul la fin de la chanson... Ce truc primordial que je retrouvais dans trois mots d'anglais, je l'embrassais entièrement. 

Chaque petit fragment de chanson que je comprenais, je l'ai choyé en l'écoutant. Le reste de la chanson devait être génial, je ne le pigeais pas, mais je supposais qu'il devait refléter ces petits diamants que je glanais. Au bout d'un moment, je n'écoutais la chanson entière que pour les retrouver. 

 

JohnGrant_ImageDtail22625.jpg

 

"I have a friend, and he says he can't have helped me because he doesn't have a clue" – Ouh oui, putain, John, c'est pareil pour moi ! Pareil. C'est le résumé de deux ans d'amitié/amour avec un pote hétéro. Il avait beau essayer de m'aider, il ne pouvait pas piger. Et je suis resté  un putain d'extraterrestre pour lui. 

"I wanna change the world, but i couldn't even change my underwear." – Evidemment... moi aussi ! Je suis un pro de ces conduites abandonniques. J'ai voté socialiste tellement de fois pour rien que je ne change plus de caleçon. 

"It's easier for me to believe that you are lying to me when you say you love me." – ouiii ! C'est tellement ça. Se prendre un "Je t'adore ! t'es mon meilleur ami" dans la tronche alors qu'on se fait jeter un mois après.

John Grant, est-ce que je peux devenir JohnGrantiste ?

 

 

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 01:42

 

  Douceur george dureau clarence williams 874 1176

par G. Dureau (oubliez Mapplethorpe – trop frontal – et Flandrin – trop mignon).

 

"Paris est une ville formidable où les gens crèvent. Paris est une ville formidable. Où les gens crèvent, partout."

La phrase est de Katerine. Tirée du très bon album déjà surpassé (puisque chaque nouvel album est meilleur que le précédent) Créatures

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai cru un temps que passer l'été à Paris était un super plan. Economique. Météorologiquement parfait. Et fabuleux, en tout cas si vous arrivez à vous mettre dans la peau d'un touriste qui vient passer ses vacances en Europe. Vous pouvez refaire les avenues haussmaniennes en prétendant ignorer à quel point c'est kitsch, et à quel point le métro n'est pas une agression à toute humanité en soi (toujours plus chaud que la température extérieure, puant, et surtout si les fenêtres sont ouvertes, couinant comme une horde de chatons zombies coincés en enfer). 

Ce qui alimentait aussi en partie cette première conviction était l'autre conviction que la province était "le refuge des moins compétitifs" – pour reprendre Bret Easton Ellis cette fois-ci. Même le plus paumé des paumés à Paris a encore le sentiment d'être au centre du monde à Paris. Même le plus looser des loosers qui passe sa vie à payer son loyer et ses courses dans un franprix ultra-cher du centre se sentira supérieur parce qu'il a rencontré Jack Lang dans un café, ou aperçu Romain Duris dans un magasin de musique. Attention, il faut reconnaître ça : ce n'est pas pareil de rencontrer des stars à Paris. C'est leur lieu naturel, bordel ! Les voir en province, c'est accidentel, c'est finalement prouver qu'on ne les côtoie pas vraiment. Les stars ne font que passer. Les voir à Paris, baiser Bruno Masure dans une backroom ou tripoter la queue d'un joli petit assistant métis de Jack Lang, c'est vivre comme eux, et respirer le même air qu'eux. C'est la promiscuité chaleureuse de l'esclave avec son maître qui rassure le parisien. 

 

Douceur_2-days-in-paris-763193.jpg

Si vous voulez savoir ce que ça fait d'être un touriste à paris

(en plus de voir Adam Goldberg à poil avec des ballons accrochés à ses boules)

 

Vous sentez mon discours devenir général... vous sentez à quel point, je vais être injuste et haineux. Vous avez raison. Et pourtant, il ne s'est rien passé de très spécial, simplement une claque. A Paris, les gens sont durs comme des cailloux, point. Dans le métro, dans le train, dans la rue. Ma conviction s'alimente d'une certitude pseudo-sociologique simple : Paris est la ville des ambitieux, et fatalement, c'est la ville des mecs qui jouent les durs pour se faire une place. Mon sens de l'amalgame s'arrête ici. Je reviens de Montpellier. J'ai trouvé les gens plus doux. Je retrouve Paris, les gens sont durs. Et je suis devenu – en moins d'une semaine – accro à la douceur. A défaut d'une chanson punk qui s'autoriserait la délicatesse d'une contradiction entre le fond et la forme, j'ai juste envie de crier : "Vive la douceur et Fuck la dureté !" Merde aux visages fermés. Merde aux mecs qui meurent de gravité. Merde aux punks à chiens qui gueulent toute la journée sur leur seul ami poilu. Merde aux familles exténuées d'avoir pondu autant de gosses. Vivent les infertiles et les folles ! 

Encore un cri qui ne s'entendra pas dans l'espace, pensez-vous ?... exactement. Mais je m'en fous, car ce post est adressé à ceux qui ne veulent pas pleurer pour rien, et à un pote en particulier – que pour les besoins de l'anonymat je vais appeler "My best Ex" car il est véritablement le meilleur, le plus beau, le plus intelligent, avec des antennes gigantesques qui captent vos propres émotions mieux que vous (coeur avec les mains et léchage du pourtour : "I luv U, F***") et en plus il fait super bien le poulet au coco.

 

Douceur_le-premier-qui-l-a-dit-1.jpg

 

 

A Montpellier, My best Ex et moi sommes allés voir "Le premier qui l'a dit ". Un film italien que des potes avaient conseillé. Superbe film (sur le principe du dîner de famille qui dégénère). L'acteur est aussi beau que son personnage est touchant. L'histoire est fine. Et la grand-mère est magnifique. En gros, un trentenaire décide de faire son coming out à l'occasion d'un voyage dans sa famille. Mais au moment de se confier, son frère le prend de vitesse et annonce qu'il est gay en premier. Le père fait une crise cardiaque, le fils est répudié, et la famille implose. L'idée du double coming out est brillante, car le vrai sujet du film devient la part de liberté (forcément limitée) que les deux frères se disputent et que chacun peut prendre ou non au sein d'une famille. 

Nous avons parlé du film, encore et encore. Je lui ai confié que j'étais sur le point de pleurer chaque fois que la grand mère apparaissait, ou que Alba regardait Tommaso amoureusement... ou que Tommaso regardait Marco amoureusement... Bref que tout le long du film, j'étais sur le point de chialer. Alors, il m'a répondu (et ça m'a scié) que lui ne pleurait pas devant un film, parce qu'il ne voulait pas pleurer pour rien. Sur le moment j'ai voulu jouer sur l'émotion, en disant qu'il était trop méchant, et qu'il fallait laisser parler son coeur. Parce que oui, j'ai trop vu de comédie romantique et de drame psychologique et que j'ai contracté une vilaine tendance à la dramatisation, en pensant toujours qu'une petite vérité mérite qu'on lui verse des larmes et qu'on se lance dans des heures d'engueulade.

 

 

Douceur_mod_article730687_1.jpgDouceur_Grains-de-sable52878717.jpg

Grains de Sable, de Ryosuke Hashiguchi. Le premier film gay sur lequel j'ai versé mes larmes d'ado.


 

Mais voilà, trois jours après, la froide raison a fait son boulot. 

Il y a un défaut dans cette position. Si vraiment on ne pleure que lorsqu'il le faut, paradoxalement ce n'est plus de la sincérité, mais de l'hyper-contrôle. Ces larmes sont celles d'un freakcontrol. La sincérité ne peut pas consister à "repérer" les moments où il serait acceptable de pleurer ou non – c'est la fonction de la discipline ou de la politesse – mais simplement à pleurer dès qu'on en ressent le besoin. Le mec le plus sincère pourrait donc être celui qui pleure quand il le sent, parfois pour un rien, parfois hors de propos, voire qui n'arrive parfois pas à pleurer. Être sincère avec ses émotions implique sans doute de ne pas être poli, supportable, ou déchiffrable. C'est très encombrant, sans doute, mais c'est le prix à payer de quelques moments de sincérité.

Mais au fond, derrière My best Ex, par rebond, je vise un pote/ex-pote/ex-meilleur-ami/connard/c'est-compliqué... mais que j'aime bien quand même. C'est le genre de mec à être très drôle et très séduisant, très à l'aise en général, mais qui peut se fermer en un instant, devenir étranger aux émotions des autres et perdre toute empathie. Et soudain alors, il en appelle à la pudeur, à la modération des gémissements, à la constance et au sérieux contre l'humeur versatile des hypocrites. Bien sûr, l'espèce de super-contrôle qu'il affiche quand il est vexé n'est qu'un masque comme les autres, seulement réputé plus noble (d'après les codes des petits garçon de cours de récré). Il est déchiffrable, il est un livre ouvert au même titre qu'un type qui jouerait tous ses sentiments comme un numéro de cabaret. Mais il s'isole de l'autre qui se noie dans son petit monde chaotique d'émotions, et il prend l'occasion de dire que le sien est sous contrôle, bien rangé.

Je préfère encore continuer à chialer pour n'importe quoi. 

 

 

 

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 22:17

 

Toystory3 benne    

Enfin du désespoir dans les yeux de nos jouets... 

 

Tout est à chier dans Toy Story 3. Mais s'il n'y avait qu'une chose à retenir ce serait la fin. Quand ils sont complètement perdus, sur le point de tous mourir, dans l'usine à recycler, et qu'ils descendent vers l'incinérateur. Ce passage a quelque chose d'infernal – véritablement, et de façon adulte – infernal et dantesque. L'espoir est enfin banni du film (pour un court moment malheureusement).

 

 

Toystory3 foule

Le malthusianisme selon Pixar. Au début tous ces jouets, ça a des côtés sympas,

puis il faut bien penser à mettre tout ça à la poubelle.

 

Résumé : les jouets ont réussi à s'enfuir de la garderie maudite à l'exception de Woody qui tombe dans la benne à ordure, entraîné par le méchant ours rose mafieux Lotso. Ils sautent tous pour sauver le gentil cow boy hétéro des pattes poilues du méchant ours pédé (le code couleur laisse assez peu de place à l'imagination sur ce coup : tous les personnages vaguement féminisés, Ken ou Lotso sont mauvais, hypocrites et pervers). Dès le moment où ils se trouvent dans la benne, c'est le début de la fin. Pendant tous les chapitres de Toy Story précédents, on a appris à craindre que le moindre événement domestique se transforme en catastrophe existentiel. Être abandonné. Devoir traverser une rue. Être offert à la garderie. Alors au moment où les personnages sont emmenés à la station d'incinération, on en frémit. Car même s'ils évitent la crémation, ils ne pourront pas revenir chez eux, à moins d'un ultime chapitre "Toy Story 4, a long way back home, part one". 

 

 

Toystory3 ken-fait-le-show   Toystory3 Lotso

Ken et Lotso. Le point commun des méchants... c'est le rose.

 

Mais c'est encore pire. Le transport au milieu des ordures est en soi une humiliation. Les jouets avaient réussi à rester à peu près propres jusque là. Maintenant, comme on a été un petit garçon un jour, on sait que ceux qui passent au milieu des ordures sont condamnés à être jetés purement et simplement. Ils sont trop sales. Mais ce n'est que le début, il y a des pièges et encore des pièges à éviter dans l'usine. Mille déchiquètements, mille broyages. Et on ne peut pas s'empêcher de se dire : "Mais à quoi bon ? De toute façon, il vous faudrait au moins deux trilogies entières pour refaire ne serait-ce que le parcours des éboueurs." A partir de ce passage-là, il y a quelque chose de fou. Les personnages ne luttent plus que pour leur survie, et même plus pour un dénouement heureux. Et ils luttent sans aucun plan, poussés par la seule énergie du désespoir (mais il faut se souvenir que nos amis ne sont pas non plus des flèches... dans le Toy Story 2, déjà, le projet traverser la rue leur prend deux plombes à élaborer – et celui de la retraverser prend la dernière demi heure du film).

Ultimement Woody sauve la peau de Lotso. Cette aide semble la rédemption qu'attendait le spectateur depuis le début. Alors quand on voit Losto escalader l'échelle grâce à Woody, pour enfoncer le bouton qui stopperait le calvaire des jouets, on se dit : "enfin, le tour est joué. La leçon de l'amitié et de l'entraide nous a été infligé à grands coups de suspense et de frayeur." Mais une fois n'est pas coutume : pas de rédemption pour le méchant. L'hypocrite grosse tapettte de Lotso fait mine d'appuyer sur le bouton et se ravise au dernier moment, comme un enculé. Et il fuit en riant comme une mouette. Alors les jouets jettent leurs dernières forces dans une course à contre sens sur le tapis roulant. En vain. Ils tombent au milieu des déchets. Ils sont perdus. Mais ils parviennent à se retrouver, au beau milieu de bouts de caoutchouc et de plastique fumants. Et ils contemplent ce qui les attend : une fournaise rougeoyante qui fume comme les bouches de l'enfer. 

 

Toystory3 incinérateur

Un vrai incinérateur. Comme dans le dessin animé.

 

Les objets peuvent mourir. Avant, on disait seulement que les jouets peuvent vieillir mais qu'ils pouvaient renaître éternellement, c'était le premier et le deuxième épisode (épisode bouddhiste, donc). Même dans ce dernier volet, la petite voiture-téléphone (que j'ai eue quand j'étais gosse... putain de merde) peut crever comme un vulgaire polymère fondant. Alors, le film prend une vraie dimension adulte. Nos héros les jouets hétéronormés et proprets vont connaître la peur de la mort. Leur plastique va commencer à chauffer. On les anticipe déformés progressivement, les yeux dégoulinants comme dans Total Recall quand les têtes des mecs explosent en respirant l'air de la planète Mars. Une cruelle fin matérialiste les attend. Ultimement, ils se regardent et comprennent ce qu'est la mort. Ce n'est pas un dernier piège qu'il suffirait d'éviter en sautant le poing en l'air comme un énième Mario bros. Ils ne peuvent plus rien éviter. Ils se regardent et ils se tendent la main. "Live together, die together." C'est vraiment touchant. Leurs visages figés gagnent soudain une nuance de pudeur, et par contraste, d'intériorité. 

 

ToyStory3 nimrod-neuvieme-cercle-dante-L-1

Si vous ne le saviez pas... l'enfer ça ressemble à un incinérateur. La preuve par cette gravure de G. Doré.

A moins que ce ne soit le paradis, la rose céleste du 10ème cercle, bref, l'empyrée... où ceux qui s'aiment se rejoignent dans une contemplation infinie.

 

Et puis soudain, les trois petits martiens activent la grande pince pour aller sauver leurs amis. Oui les trois petits aliens (à trois yeux) super sympas qui répètent "le Grappin" comme des dévôts d'un rite cosmique. C'est rigolo, non ?...

Non.

 

 

Le deus ex machina selon Pixar... 

C'est un coup bas à tout ce qu'il y avait de beau dans ce film. Bien sûr, on peut dire : c'est fait exprès pour qu'on voit les ficelles, pour qu'on sache que cette pirouette n'est qu'un deus ex machina comme il en existe dans tous les films pour enfants. Les héros ne peuvent pas mourir, mais on leur rappelle qu'ils le peuvent. Les enfants verront un jour à quel point les trois petits martiens sont des personnages qui servent à mettre en abîme la licence artistique du créateur. Mais... c'est justement le point important, cette subtilité n'en est pas une si elle sert à ce point à effacer tout ce que le film avait de perturbant. C'est une lâcheté. Le propre de ces héros est déjà d'échapper perpétuellement au danger. Ce coup de théâtre n'est pas plus subtil que les autres, c'est juste un retour à la normal des plus banals. Le vrai extraordinaire était la mort imminente des personnages, leur désespoir, et finalement leur dignité. Tout ça balayé par une mise en abîme bâclée... Décidément, je hais les mise en abîme. Ce sont des twists arrogants qui sabotent toujours une histoire plutôt que de l'intégrer dans une totalité supérieure (parce que oui, je suis en train de relire Hegel). Puisse la dialectique de l'histoire universelle punir les scénaristes de Toy Story 3 !

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 03:33

 

Mieux que les vidéos de chatons et de bébés loutres réunis.

 

Il y a longtemps, quand je faisais le malin et que j'étais ado – c'est-à-dire grunge refoulé, mal sapé, avec le duvet de barbe gardé intact depuis plus de deux ans –, j'avais l'habitude de dire que j'écoutais de la musique triste quand j'étais joyeux, et de la musique joyeuse quand j'étais triste. Grandiose paradoxe qui produisait chez mon interlocuteur une sorte d'étonnement dans lequel je me mirais, pédant. 

Désormais, à l'orée du bel âge, les pôles magnétiques se sont inversés, ou plutôt je n'ai plus un besoin pathologique de me rééquilibrer le moral en allant en sens inverse. La musique triste me fait pleurer, la musique joyeuse me fait sourire (écouteurs sur les oreilles, mystérieusement, tout seul dans la rue). J'écoute Jorge Ben chanter en anglais "Take it easy, brother Charly" comme s'il consolait mon clone américain un cocktail à la main. Je retombe sur l'insurmontable Something Hollow – une courte plainte, un petit cri de surprise au piano, du chanteur d'Of Montreal (je ne peux pas m'empêcher de croire que c'est moi qui la chante) : "Why i'm so poisonous, girl ? Why i'm so damaged, girl ? I don't know how... long... i can hold on. If it's gonna be like this forever...". La chanson triste ultime : sincère parce qu'elle est courte, qui s'arrête quand il n'y a plus rien d'autre à dire, sur un point d'interrogation. Elle ne surjoue pas la tristesse au point de devenir autre chose, au point de devenir une sorte de tableau merveilleux de désolation et de misère. 

Et soudain, entre ces deux états, je découvre le parfait remède. L'équilibre musical absolu, l'anti-dépresseur fait musique – sans additif, sans colorant, sans descente, sans rechute. Si la musique pop était capable d'écrire de la philo, et des manuels de sagesse en particulier, ce serait ce disque. Déjà deux mois que je l'écoute en boucle. L'album éponyme d'Avi Buffalo est une pure merveille.

 

AviBuffalo self-titled-300x300

Attention : pochette chelou, mais musique géniale.

 

Deux choses au moins attachent ce disque à l'époque. Le chanteur est ultra-jeune, 20 ans. Parce qu'en ce moment, peut-être plus qu'auparavant, dans le rock et ailleurs, c'est une frénésie de précocité. Être jeune est vraiment tendance (Uffie, Vivi Brown, Hockey, Friendly Fires, Vampire Weekend...MGMT !). Je ne sais pas pourquoi. Soit on pourra dire : ça a toujours été comme ça, regardez France Gall, Lio, Vanessa Paradis (bizarrement, je n'ai que des exemples de trucs français très secondaires). 

Soit on pourra dire : la musique devient un tel secteur en crise que la recherche des talents nouveaux oblige à chercher des artistes de plus en plus jeunes – naïfs, modelables et jetables. 

Soit on pourra dire : la culture musicale est devenu si disponible sur le net que les jeunes d'aujourd'hui peuvent dire sans rougir qu'ils sortent à 20 ans leur album de la maturité – complexe, moderne et emprunt de tradition... J'en sais rien. Mais ce mec au nom imprononçable, leader de Avi Buffalo, Avidgor Zahner Isenberg est jeune et précoce.

 

AviBuffalo What's In It For

Serait-il possible que j'ai oublié de dire à quel point ces types sont beaux en plus d'être coolos

juste parce que je m'occupe de musique et pas de trucs superficiels ?

 

Deuxième effet de modernité : il la voix du chanteur de MGMT. Un peu criarde, presque cassée, mais touchante et juste. Presque langoureuse. On a l'impression de le voir toujours chanter au ralenti comme dans son clip ou comme dans un clip d'MGMT.

 

AviBuffalo 0509avibuffalo lg

Et la nuit, sont-ils toujours aussi beaux ? Qui l'est plus qui l'est moins ?

 

Mais ce qui attache Avi Buffalo au reste du règne cosmique – la projection du trans-historique vers le méta-historique – c'est une musique absolument "green", crue, nature, ou je sais pas comment dire ça... "forestière". Ah si (merci à mes années de latin) : vernal (de "vernus", printanier). Qui nous envahit le nez de chlorophylle, qui nous promène le long de petits ruisseaux, qui nous fait toucher du doigt des oiseaux extraordinaire juste avant qu'ils ne disparaissent en un coup d'ailes. 

Pour être honnête, j'ai d'abord entendu et vu le clip d'Avi Buffalo (sur un super petit blog musical, http://lamusiqueapapa.blogspot.com/). Ils jouent dans les bois, la nature pousse et croît, mais en formes absolument colorées et mutantes. Les musiciens finissent par être ensevelis par ces fleurs et ces insectes qui ressemblent à des limaces de mer (grosse influence Avatar mais en mieux). Ou alors, je ne sais pas si vous connaissez la scène de mon voisin Totoro où ils font pousser un arbre gigantesque, et je ne sais pas si vous avez encore le souvenir de votre émotion devant cette scène, mais mettez-là en terre, écoutez le disque en y pensant, et ces émotions vont renaître aussitôt. 

 

 

L'effet que ça me fait.

 

Tout foisonne. Beaucoup de piano, de guitare folk et de guitare électrique superposés. Sur quelques titres, une voix féminine vient également s'ajouter pour transfigurer la voix masculine (Remember last time). Manier l'unisson des jazzeux aurait pu être barbant, ou virtuose, mais c'est la nuance et le timbre qui comptent. Les couleurs obtenues sont aérés de quelques passages très soft, de mélodies lentes, pour que tous les parfums possibles puissent s'en dégager. Vous comprenez vite qu'il y a une précaution à respecter : c'est un album à écouter longtemps avant d'être parfaitement apprécié. Et ça n'a rien à voir avec un sentiment de sécurité, puisqu'on y découvre toujours quelque chose : un pont caché (Jessica), une fin vaporeuse (Jessica), une longue sortie orchestrale qui se délite doucement (Coaxed), une intro de plus en plus délicate et cristalline (Truth Sets In) ou un final de plus en plus tourbillonnant (Remember last time).

 

 

Merde, ça vaut le coup de se remettre à la guitare.

 

C'est de la musique douce, rêveuse et donc essentiellement pop selon moi (j'ai toute une théorie sociologique là-dessus pour une prochaine fois). Mais c'est une musique douce qui n'est pas simple. Car c'est une musique qui foisonne et n'arrête pas de foisonner. Voilà le tour de force. Derrière toutes les chemins de ronces, une clairière ; et derrière les arbres, un muret en ruine ; et derrière le muret... un mélange de folk, de pop, de rock – oui parce que : (1) saturés d'arpèges de guitares, de mélodies secondaires, et de choeurs, (2) mélodiques, rêveur et hybrides, (3) électriques et parfois énergiques. J'essaie d'être précis...

Mais alors... toute cette beauté pourrait être étouffée derrière des arrangements parfaitement huilés et des cadences parfaites ? Pas du tout ! Les chansons portent la trace de quelques hésitations. Elles en vibrent davantage. Nos californiens ne sont pas avares de super refrains dansants et chantant (One last), mais ils grandissent dans l'interstices de ponts parfois trop longs, ou après des couplets doucereux presque venimeux (Can't I know). Comme les petites fleurs chelou du clip. C'est bizarre, mais c'est naturel, ça coule (une des meilleures chansons pour ça : Remember last time). 

 

 

Ils sont jeunes, ils sont en tournée et ils commandent un café dans un bar...

Voilà pourquoi je les aime. C'est du vrai "fuck the starsystem".

 

(Et quel super beau gosse torturé ce chanteur... j'ai l'impression de me voir en lui quand j'avais 12 ans!)

Non, le plus drôle c'est à quel point la petite mine coquine de l'animatrice n'excite pas du tout le chanteur...

 

On peut penser à Grizzly bear, mais en plus sympa, en moins intello et en moins arrogant. On est également assez loin de l'extravagance hystérique des Of Montreal. Mais tous les deux cas cités, ces musiques sont bonnes parce qu'elles ne reculent pas. Quand un refrain débouche sur un pont étrange, les musiciens ne font pas comme si on pouvait gommer cette étrangeté en revenant au couplet précédent. Ils assument ce pont et le portent encore plus loin, vers autre chose. Il faut toujours aller de l'avant avec cette musique irrémédiable. Et c'est à force d'accélération qu'on décolle.

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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 11:18

 

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La famille des Hulks : Red She Hulk, Red Hulk, Green Hulk, Green She Hulk, Skaar et Tyra au milieu.

Plus on est nombreux, plus on rit. 

 

On dit les vieux plus sages que les jeunes, et souvent plus sages qu'eux-mêmes l'ont été dans la vie. Ils développent avec l'âge une incroyable tolérance aux comportements inhabituels, nouveaux, voire extravagants. Ils savent que tout passe, que tout est vanité, qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, et peut-être au sommet suprême de leur philosophie : que plus les choses changent plus elles restent les mêmes (comme notre ami Snake, un bandeau sur l'oeil, dans New York 1997).

Mais j'ai revu ma grand mère il n'y a pas longtemps. Elle a 90 ans, super consciente, super patiente. Super forte. Invincible. Toujours aussi agacée par les dépressions des belles filles, des cousins et des petites filles. Si les nazis revenaient encore en Normandie, elle ferait tout ce qu'elle peut pour les empêcher de lui voler une cerise ou une batavia de son jardin. Et quand je l'ai vu contempler les invités autour d'elle, dans le micro-éclair de ses yeux bleus, pendant le déjeuner à la table des seniors, j'ai vu la vérité.

Les vieux ne sont pas plus sages que nous. Ils ne nous aiment pas plus que ça. Ils nous comptent. 

Ils s'en foutent de nos conneries, de nos dépressions, de nos faiblesses et de tous nos comportement sexuels déviants... parce que ce qui compte, pour eux, du haut de leur âge, c'est qu'on soit nombreux. Ma grand-mère tient le compte de ses arrières-petit-enfants mieux que moi. Mais elle les connaît tous, elle détermine déjà leur caractère. Elle sait qui est gâté pourri, et qui va s'en manger plein la gueule en grandissant. Elle observe les faiblesses des parents aussi. Mais au final, toujours, quand ils approchent, elle affiche un large sourire – juste avant qu'ils la fatigue, en disant plein de trucs incompréhensibles, en la traitant comme si elle n'était qu'un appareil à enregistrer leurs délires. Parce que ce qui compte, c'est qu'ils portent les gènes de la famille, que le sang continue de couler dans le plus de veines possibles, si possible dans des individus différents. Je crois que ma grand mère devient simplement de plus en plus darwinienne avec le temps. 

 

Famille 489749-hulk squad steve mcniven01 large

(Juste pour le plaisir de revoir les dessins de Mac Niven et de son Old Man Logan)

Les Banners sont devenus une smala ingérable de Hulk punk et de beaufs.

Mais ils survivent assez bien en bouffant tout le monde.

 

Elle tolère les faiblesses parce qu'elle sait que les faiblesses, les variations, les différences – même aberrantes – engendreront peut être de façon surprenante des comportements adaptatifs bénéfiques. Personne ne peut vraiment savoir comment celui qui va s'en prendre plein la gueule va réagir, et qui il va devenir. Il y a l'exemple d'un petit cousin en ce moment qui fait beaucoup parler. La grand mère en premier le dit : celui-ci, c'est un malin. Il a vu sa soeur et son frère faire les premières erreurs. Il est le dernier, étouffés par les plus grands, mais, il va quand même bouffer tout le monde, parce qu'il a appris la détermination, la diplomatie en se bouffant les mandales de sa soeur et de son frère. D'où la cousine qui ajoute : c'est un futur Sarko.

 

Family Fall-of-the-Hulks-Family

Le vrai but de grand mère : dominer le monde.

 

Sous le hauvent, la grand mère pouvait parler tranquillement avec ses trois soeurs. Parce qu'elle savait qu'elle était entourée du plus de petits enfants qu'elles. Dans la rue, notre nombre dépasse l'équipe adverse. Et même si nos familles sont des machines à névroses, on s'en fout, tout ça va peut-être nous rendre plus forts, capables d'entretenir un jardin jusqu'à nos 90 ans au moins. Moi aussi j'aimerais déposer ma mauvaise herbe sur cette terre, pondre des enfants punks et métis à la chaîne... Marcher avec derrière soi une famille qui remplit la rue est devenu mon rêve. Une famille de tarés peut être, mais ils porteraient mon nom de vieux pédé insoumis, et foutreraient leurs traces partout sur le monde... et sur le net. Mes arrières petits enfants pourraient tous écrire des blogs, et envahir le net de photos pornos, je serais fier d'eux quand même. Notre pouvoir mémétique serait sans limites. Une fois de temps en temps, ils pourraient m'accompagner au marché, stopper les voitures et tabasser les connards qui font trop de bruit en scooter comme j'aurais toujours rêver de le faire. Et si l'un d'entre eux venait me voir pour me dire qu'il est dépressif et homo, je lui taperais sur l'épaule, je lui dirais que c'est pas grave tant que lui aussi pond une famille de tarés. 

 

Famille FalloftheHulks

Et si ce n'était pas assez évident... en ce moment je lis un peu trop la saga Red Hulk 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 01:03

 

 

La joie simple de tout foutre en l'air... Réalisable chez soi, seul ou entre amis.

 

Aujourd'hui, la promo des films se résume à un argument commercial majeur, stupide, évident, sidérant de connerie mais grandiose d'efficacité : vous n'avez pas encore vu le film. 

Réfléchissez bien : pourquoi allez-vous voir un film ? Ce n'est même pas parce que le film est excitant... puisque vous ne l'avez pas vu. Vous n'avez que le ton de la grosse voix pour vous faire vibrer ou vous foutre les boules. Ce n'est même pas pour l'histoire... puisqu'en montrant par exemple le crash d'un avion en plein milieu d'une quatre voies bondées de Los Angeles, on ignore tout des causes qui ont provoqué cet événement, on ignore tout du sens de cet événement dans le cours général du film (une anecdote, une retournement, le twist final ?), de sa position dans l'histoire (le début, la fin, le milieu ?) ou même si ce n'est pas qu'un rêve ou une prémonition que fait le héros. 

Ce n'est certainement pas parce que le film est émouvant drôle, puisqu'on n'a aucun moyen de s'assurer que le film est drôle ou émouvant sur la longueur (je ne reprécise pas ce qu'on a tous pensé une fois devant un film comique en se disant qu'on avait vu les meilleurs passages pendant la bande annonce). En fait, une bande annonce n'est pas le film, même pas un bout du film, c'est une autre expérience du film, sans rapport. Est bien con celui qui y croit. Alors que reste-t-il ?... Juste ça : je vais voir ce film parce que je ne connais pas la fin – étant entendu qu'il est possible que, même au cours du film, on se rende compte que l'histoire du film ne ressemble absolument pas à l'histoire qu'on nous a vendue.

On en est là, alors que le seul argument commercial légitime devrait plutôt être : je vais voir ce film parce que c'est un bon film. 

Loin de moi d'accuser la grande civilisation de storytelling qu'on est en train de devenir. On vit dans ce monde. On nous met la bave à la bouche simplement parce que deux ou trois images à effets spéciaux nous mettent en transe. On est super excitables en réalité, pas du tout blasés. Un début d'histoire nous suffit, parce qu'on est très capables d'en compléter les trous. Pitchez le monde, ça le rendra super excitant. Mais une fois qu'on a été sensibilisés à ce point à n'importe quelle bande annonce ou à n'importe quel pitch, il n'est pas étonnant que ce qui définisse massivement notre plaisir esthétique soit l'addiction. Car on est aussi hameçonnables que des enfants à qui on tend un cornet de glace exposé depuis une heure au soleil. Quoi qu'il y ait à l'intérieur, on en voudra plus, encore plus, parce qu'on veut l'histoire complète sous l'emballage.

Pourtant, mes frères, la liberté n'est pas loin. Pour nous libérer du diktat des coups de théâtre éculés, des twists paresseux et de toute l'industrie culturelle pourrissante en général, il suffit de le vouloir. Comment niquer toute la promo de ces grosses machines à divertissement ? Comment se débarrasser de toutes ces clones ratés d'histoires déjà écrites, de tous ces enfants mutants en mal de cervelle à sucer ? Tout simplement en racontant la fin. On devrait tous être pro-spoil. Pour quatre raisons. 

La liberté, mes frères !

 

 

 

 

 

1. Le plaisir pris à raconter des histoires (en entier) est un des plus anciens et plus puissants plaisirs. L'essayer c'est l'adopter. Regardez vos amis en train de raconter les souvenirs de leurs premiers dessins animés. Regardez la ferveur de celui qui cherche à vous expliquer la fin de Shutter Island ou de remettre pour vous les pièces du puzzle de Mulholland drive en place... Vous n'avez pas envie d'essayer vous aussi de vous emballer dans une ligne de cinéma en racontant la fin de la dernière nanardise que vous avez vue. Ce plaisir est puissant et irrépressible. Quoi que prétendent les publicitaires, on s'en fout de connaître déjà la fin. Raconter, c'est tout ce qui compte. Réinventer peut-être. En tout cas, raconter, et non découvrir. 

 

 

 

 

2. Si le film est bon, connaître la fin ne retire rien au film. Le spoil au contraire est une épreuve qu'on doit s'apprêter à subir pour bien s'assurer qu'il est bon. Si je vous racontais la fin de la montagne sacrée de Jodorowky, ou la fin de Margot at the wedding, je n'aurais pas réussi à gâcher pour autant une goutte de ces films, tant ils sont bons. Un film est simplement plus que la mise en images d'une histoire. Paradoxalement, les spectateurs l'ont compris quand ils sont allés voir une merde aussi évidente qu'Avatar. Ce qui comptait c'étaient les images, plus l'histoire. Et il y a encore tellement...

 

 

 

 

3. Mais l'argument majeur le voici : tant qu'on redoute le spoil, on n'accomplit pas l'essentiel du film, à savoir son interprétation, le travail de dévoilement de son sens. On ne dit rien de Lost tant qu'on ne connaît pas la fin. Il faut à tout prix connaître la fin, la digérer. Paradoxalement, les séries, qui paraissent les plus exposés aux spoils, sont celles qui en ont le plus besoin, si on veut les comprendre comme autre chose qu'une pure consommation d'histoires sans fin. Sur Lost encore, tout le monde s'est retenu de dire ou non la fin, mais le problème était que la dire supposait déjà des interprétations. Et il y a eu finalement assez peu de délires interprétatifs, ou de consensus à ce sujet. Reprenons le pouvoir en tant que spectateur. Il faut qu'on interprète, et donc qu'on sache. Notre ignorance n'est pas un argument commercial. C'est notre intelligence qu'il faut flatter.

 

 

 

 

4. Argument bonus : ça fera chier les gros studios paresseux ou les scénaristes qui ne font que pisser de l'histoire sans jamais donner de corps à leurs récits. 

 

Une bonne histoire, c'est une histoire qu'on relit.

 

 

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 00:19

 

 

 

DarwinDépression

 

Il faudrait imaginer une distraction supplémentaire pour les mômes le soir de Noël. Ils peuvent déjà s'asseoir sur les genoux du père Noël pour passer commande de leurs cadeaux, mais il serait tellement plus marrant qu'il puisse s'asseoir sur les genoux d'un faux Charles Darwin pour poser une question sur le sens de la vie (le mec du père Noël pourrait faire double usage puisqu'il est déjà supposé avoir la barbe) :

"Dis, Oncle Charly, pourquoi je suis noir ? – Mais parce qu'il a été utile à l'espèce humaine de pouvoir présenter des caractères différents afin de s'adapter au milieu de vie de l'espèce humaine. Ta peau noir a permis à l'humanité de vivre dans des endroits chauds sans mourir d'un cancer de la peau. Tu vois, la classe, nan ? Sois fier, man. " 

Et chaque gamin pourrait venir avec sa question, et l'oncle Darwin répondre comme un taré :

"Dis, Oncle Charly, pourquoi mon père me bat ? – Mais parce qu'il a été utile à l'humanité que certains pères développent un comportement violent pour protéger leurs petits – Oui, mais là, Oncle Charly, mon père, c'est moi qu'il bat ! – Eh bien, dis toi que c'est tout simplement parce qu'il ne te prend pas pour son fils. Sa réaction est néanmoins héritée de cette nécessité qu'ont les pères de protéger leurs rejetons de façon violente. En te battant, il te prouve bien qu'il est doué de ce que tout père possède. Quelle ironie, tu ne trouves pas ?" 

J'adore Darwin pour toutes les explications tarés qu'on peut lui soutirer. Au moins, c'est rafraîchissant. J'aurais adoré m'asseoir moi aussi sur ses genoux pour qu'il m'explique pourquoi certains sont pédés et d'autres pas. Ceci dit, je suis persuadé que la cause est bien culturelle, mais Darwin grattant sa barbe pour justifier la sodomie entre hommes, ç'aurait été un pur moment de science. Bon, en réalité, je crois avoir une réponse sociobiologique, mais je la réserve pour plus tard, tellement son exposition me ferait passer moi aussi pour un taré.

 

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Edward Hopper, le peintre de la solitude, de la mélancolie, et de l'intériorité.

"Mais oui, au fait, comment Darwin explique la sodomie ?..."


Mais une question géniale que devrait se coltiner souvent l'Oncle Darwin serait celle-ci : "Dis, Oncle Darwin, pourquoi maman n'arrête pas de déprimer ? – Eh bien, mon petit, c'est très simple. Ce comportement est tout à fait naturel et utile à l'humanité en tant qu'espèce, comme tout le reste d'ailleurs, mais tu aimerais bien savoir précisément pourquoi, hein...? Alors, je vais te le dire : quand ta maman déprime, elle agit de façon très désagréable pour tout le monde en montrant que la vie n'a aucun sens. Car pendant ce temps, ton papa travaille, et essaie de cacher à tous ses collègues que ça va mal. Toutes ses copines qui la voient se demandent bien si elles sont vraiment heureuses à leur tour. Et finalement, chacun finit par penser que ça va bien à la fin, que tout le monde a ses petits problèmes, et que ta maman en fait vraiment trop. – Oh oui, Oncle Charly, c'est tout à fait ça. Mais en quoi est-ce utile ? – Parce que de cette façon, la communauté trouve un prétexte pour la blâmer et l'exclure. Elle est devenue un fardeau, elle le montre, et la communauté se défait d'un élément faible et devient plus forte. La dépression est donc le nom du comportement qui avertit le reste de la tribu qu'il faut évincer et écarter un membre, sous peine de décadence généralisée. – C'est comme une alarme ? – Absolument. Et quand tu verras ta maman, la fois prochaine, tu pourras lui crier dans les oreilles comme une sirène de pompier. Je suis sûr qu'elle trouvera ça très drôle." 

Un mec qui arrive à comprendre que les hommes rient en montrant les dents pour montrer qu'ils sont invulnérables est forcément détenteur d'une sagesse supérieure. Et le plus drôle avec Darwin c'est qu'il ne se contente pas de dire que tout ce qu'on est fait est juste nécessaire pour vivre. Ce serait trop facile. Non, si Oncle Charly est utile lui aussi, c'est parce qu'il se peut très bien que certains de nos comportements génétiquement déterminés soient déjà dépassés, et qu'ils ne représentent aujourd'hui qu'une survivance obsolète. Le monde selon Darwin c'est un monde chaotique, pas harmonieux du tout, simplement c'est un monde qui se maintient le mieux possible étant donné le bordel qu'est la vie, et le super bordel qu'elle a été autrefois au moment où elle devait émerger d'un grand poto poto fécond. Je le dis, sans aucune précaution : j'aime cette idée du monde.

 

Darwin_ofmontsatan.jpg

Of Montreal, le meilleur groupe du monde en ce moment.

Chaos, ringardise assumée, et sélection continuelle des meilleures mélodies. Bref Darwin en musique.

 

C'est en parlant un peu avec des amis autour d'une pizza, un beau soir de vacances, qqu'il est apparu clairement que personne ne pouvait sacquer les dépressifs – et même pas les dépressifs sous médocs, ou alcoolo – non, juste les dépressifs normaux, pris par surprise par leur propre dépression, et qui pensent qu'il suffira de continuer à vivre comme d'hab mais en moins bien (alors que ça marche pas du tout). Moi aussi, j'ai du mal à les sacquer. Un pote ajoutait qu'il y a souvent sur le visage d'un dépressif une sorte d'arrogance, un àqoibonisme qu'il adresse autant aux autres qu'à lui. Ou à l'inverse, pour trouver l'arrogance, rien de plus facile que de jouer la dépression. Enfin, disons qu'il y a forcément un moment où, face à un mec qui scotche sur son canapé et éclate en sanglot devant son kebab, on doit expérimenter cette pensée : "putain mais il n'a qu'à se bouger le cul, ce connard." Et si je peux être dur à ce point, c'est que moi surtout j'ai posé mon cul sur le canapé de la loose.

Depuis que je redrague mes ex sur msn (ça fait bien six mois) en racontant ma vie, je me rends compte qu'il y a une malédiction de cet ordre. Super forte, super consensuelle. Un mec dépressif n'est pas aimable. Ou plutôt il y a deux moments. Le premier où ces ex viennent rôder comme des vautours parce qu'il voit bien qu'avec ma mini barbe et ma gueule d'ado trentenaire désespéré, je suis super baisable (et la pratique, de fait, le confirme – tout ça n'est qu'assertion et observation scientifique, on est d'accord – pas du tout une façon détournée de draguer). La dépression excite les instincts de prédateurs de n'importe quel séducteur. Je passe vraiment pour un ourson à l'oeil arraché... vous savez, le genre de peluche que traîne avec elle les petites filles perdues des films d'horreur. Bon, il y a ce moment, pas désagréable. J'en profite (sciemment) pour faire promettre à tout le monde de ne pas flipper quand ils comprendront que mes angoisses ne sont pas simulées. 

Et tout à coup, il y a un autre moment où, ex d'msn ou pas, potes de longue date ou pas, voire très bon pote qui répète plein de fois que je suis son "meilleur ami" (comme les ours en peluche qui soudain marchent tout seuls dans les films d'horreur), tout le monde se barre en courant. C'est sans faille. Il y a encore quelques jours, un mec plutôt fiable, prêt à tout pour jouer les nurses, ou péter la gueule de quelques homophobes ordinaires, a annulé un petit voyage pour me voir, sous prétexte que je "baddais" trop. Un autre connard, après quinze minutes d'engueulade vaillamment poursuivie dans la rue (à mon initiative), a fini également par me reproché d'avoir baddé trop souvent et d'être un boulet (avant). A ce stade, je réclame la promo Darwin. J'ai survécu à plusieurs évictions, je mérite d'être reconnu comme super adapté à ce monde d'amitiés contingentes tout particulièrement. Et j'en demande une également pour tous ceux qui m'ont supporté jusqu'à maintenant.

 

 

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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 00:28

 

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Le dessin de Juan José Ryp et le scénario de Warren Ellis se sont rencontrés deux fois dernièrement. Deux fois pour raconter une histoire presque semblable. Tant mieux. L'arnaque des comics a toujours été de changer de scénariste et de dessinateur sans ordre ni raison. Privilège à l'homogénéité et à la clôture des récits. Car Black Summer et No Hero ont tous deux l'autre avantage d'être des albums autonomes, et "hors continuité" (sans lien avec le reste de l'univers DC ou Marvel).

 

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Le point commun énorme de cette double collaboration est de prendre pour point de départ un monde vidé de ses super-héros. Warren Ellis reprend la mythologie à zéro. Dans Black Summer, les super héros sont des ingénieurs qui ont eu l'occasion de se changer eux-mêmes pour réaliser le monde meilleur dont ils rêvaient. Dans No Hero, les super héros sont nés directement de la contre culture et de l'univers des drogues. Pour faire simple, les premiers super-héros sont ceux issus de la culture geek, les deuxièmes super héros sont issus de la contre-culture underground des années 60. Les premiers ont des super nano-technologie, boostée à la physique quantique, pour exploser des tanks, les deuxièmes combattent avec le corps que leurs névroses et l'injection d'une super drogue a dessiné pour eux.

Le point commun est de toute façon de briser l'aspect proprement mythologique des naissances de super héros. Les super héros de DC et de Marvel naissent de nulle part : sur n'importe quel point du globe, dans n'importe quel culture. Même les circonstances accidentelles précises qui ont fait naître un Spiderman ou un Batman sont susceptibles d'être répétées. Et c'est d'ailleurs tout le jeu des comics que de reprendre en permanence la mythologie pour l'adapter (Ultimate chez Marvel, ou le jeu des différentes Terres chez DC). Ces héros classiques, ces mythes ne viennent d'aucune culture identifiable : kryptonien ou martien, né du désir de vengeance d'un enfant, ou apparu suite à un accident ; ils sont égyptien, russe, canadien, ou américain... ils sont divers et variés, mais jamais leurs origines est une condition à leur super-héroïsme. Tout le contraire chez Ellis, le héros doit croire en quelque chose, avoir des attaches dans une culture précise pour pouvoir devenir un super héros. Être geek, universitaire et gauchiste, ou être junkie, cynique et névrosé. C'est un premier pas vers la constitution d'une culture de super héros. 

 

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Superman serait-il le même s'il était tombé au beau milieu de la toundra plutôt qu'en plein Arkansas ?

Millar au scénar pour tester les limites du comics, comme d'hab.

 

L'idée avec Ellis est que l'appartenance à cette culture est obligatoire pour vouloir se lancer tout à coup dans ce trip aussi mégalo et destructeur qu'est la purification du monde. La tagline de No Hero est nette : "jusqu'où êtes-vous prêt à aller pour être un super héros ?" Car il est très clair qu'un tel projet n'est pas une évidence, qu'il nécessite des psychologies pour le moins troublées et déséquilibrées. C'est sans doute pour cette raison que No Hero est supérieur à Black Summer (bien que l'action soit moins concentrée que Black Summer) : le jeune héros semble suivre un chemin de rectitude toute tracée, et il ne paraît pas en dévier, même quand les premiers effets de la drogues se font connaître. Mais le dénouement est génial (sautez au paragraphe suivant si vous ne voulez pas le connaître). Le jeune et irréprochable Joshua affronte toutes ces tares : son corps décharné, la décomposition de sa bite, la réduction de son visage à une caricature pourrissante de visage de manga kawai... tout ça uniquement parce qu'il est supérieurement fou, supérieurement conduit par un projet de destruction de tout ce qui ressemble à une autorité. Le twist final est si étrange, et si brutal dans ses conséquences, qu'il m'a fait revenir plusieurs fois sur ma lecture, non pas pour le comprendre, mais pour simplement pouvoir l'accepter. L'effet de la drogue à super pouvoirs, le FX7 (nom plus pourri tu meurs) n'a fait que révéler une vraie personnalité, qu'on avait tout simplement pas espérer comprendre. La vérité était bien dès le départ dans les apparences et non dans les intentions, dans la bouillie qu'était devenu le corps de Joshua et non dans la place de super héros qu'il allait occuper. Rien de plus facile à contrefaire que des intentions bienfaisantes. 

Au contraire, Les univers DC et Marvel ont été soucieux de faire varier les situations des héros. Car dans leur vision morale du monde, il ne fait aucun doute que le Bien et le Mal sont identifiables universellement, aussi bien par des martiens que par des mutants, ou que par des revanchards névrosés. Sans cette morale universaliste, tous les albums aurait dû fourmiller de débats multculturels pour savoir si Superman n'est pas dans le fond un redneck ethnocentré, ou Martian Manhunter un dangereux immigré venu détruire les vrais valeurs humanistes. Dans Black Summer, on découvre des héros qui s'insultent pour savoir ce qu'ils doivent faire ; pour savoir si le système capitalo-fasciste exige une riposte radicale anarchiste, ou si le réformisme progressiste mérite une énième seconde chance. Enfin. 

 

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Au centre, en bas de l'image : George Bush en petite forme.

 

Les critiques font souvent référence à Watchmen, de Gibbons et Moore. Bof. Pour applaudir un album de comics, tous les critiques n'arrêtent pas de faire référence à Moore (choisissez n'importe quel album au hasard). La ligne de ces critiques est que Moore présente un monde adulte, c'est-à-dire désenchanté, où il n'y a ni Bien ni Mal clairement identifiables. Certes, mais Moore se contente de dire dans Watchmen : les choses ne sont pas comme vous le pensez. Il ajoute à tout ça une pincée de salmigondis apocalyptique, et le tour est joué. Autrement dit, il n'y a ni Bien ni Mal parce que l'être humain est complexe, et sans doute très méchant dans le fond. Ce qu'Ellis essaie sans doute de montrer est que : "même mauvais, l'être humain peut être utile". Le corollaire étant que : "même bon, il pourra échouer car la réalité complexe de l'action politique rend toute action individuelle insuffisante". Moore est fasciné par le péché, Ellis fasciné par la complexité des interractions socio-politiques. Pour le dire différemment, si les héros étaient bons chez Moore, cela suffirait à rendre le monde meilleur, tandis que chez Ellis, ça ne changerait rien.

Le scénario de Black Summer est intéressant sur ce point puisqu'il montre comment en l'espace d'une journée et demi, tout s'emballe et précipite la destruction des Etats Unis. Il est assez évident qu'Ellis écrit contre le gouvernement Bush, et qu'il a demandé à Juan José Ryp de bien défoncer George W. sur le papier (voir la couv' où on le voit à terre et ensanglantée). Dès le début du comic, le super justicier John Horus vient d'éclabousser les murs du bureau oval du sang du président des Etats Unis et de tous ses conseillers. On le voit apparaître en conférence de presse, maculé de sang présidentiel, pour dénoncer les mensonges sur la guerre en Irak. C'est symboliquement violent. Jamais il ne sera fait la lumière sur les différents pouvoirs des super héros (ni dans No Hero d'ailleurs, et c'est assez intéressant ce mystère), mais le reste de sa bande de justiciers sont aussitôt considérés comme dangereux et pourchassés par les militaires et le FBI. A partir de là, la traque oblige chaque membre de la petite troupe de super-geek à prendre position pour ou contre un coup d'état des super héros. Pour une fois, je ne spolie pas la suite, mais c'est le mécanisme d'emballement qui fait le scénario lui-même, avec un bon vieux twist des familles à la fin... 

 

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 Les images parlent d'elles-mêmes... même si on n'est pas très bien sûr de quoi il s'agit. C'est bien ce que ça montre.

 

Mais dans No Hero ou Black Summer, Ellis et Ryp sont au sommet d'un nouvel art des comics : la liquidation des super héros, voire leurs liquéfaction. Dans les deux cas, la plupart des protagonistes ont été réduits en bouillie, avec plus ou moins de panache. Et c'est le travail de Ryp qui rend tout ça assez fascinant. Il a choisi de graver dans le papier le moindre filament de muscles de ses héros. Le trait n'est pas nerveux du tout. C'est une sorte de Mac Farlane plus délicat. Les corps sont épais et les visages. Sensation de volume immédiate. Tout à la plume, avec plein de jolis déliés, et d'épaississement de contours. Les super héros sont presque kitsch, comme des poupées Ken aux gros mentons qu'on a envie de brûler au briquet. Mais c'est le but même de ce genre de dessin. Tout ça est habité de tellement de souci du détail, labouré de tellement de veines et de muscles qu'on n'attend effectivement qu'une chose : la distension et l'explosion de ces pages saturées. Bref l'explosion de ces corps musculeux. Et Ellis et Ryp nous donnent le spectacle d'une déformation absolue de ces héros en cuir et en casques de moto qui se la pètent comme jamais. Arrachés, ouverts comme des poulets, Ryp donne tous les détails, jusqu'à une scène d'arrachage de colonne vertébrale particulièrement écoeurante (et on ne ne dit pas ce que le personnage en fait... il suffit de mater la planche).

Le plus fascinant des deux albums est sans conteste No Hero, puisque la transformation physique du héros est au coeur de l'intrigue elle-même. Son visage se liquéfie, au point où quand la petite bulle "je suis un héros" apparaît au-dessus de ses yeux vaseux et de son visage sans nez qui le font ressembler à un énième clone toriyamien, on a presque envie de rire. Le traumatisme est au centre. Les pages de badtrips du héros principal sont à la fois une partie de l'histoire, et la clef de cette histoire (puisqu'elle expliquent le twist final). Les liquéfactions de ces corps sont sans conteste la finalité du style volontairement vulgaire et minutieux de Ryp – on sent qu'il ne constitue des formes que pour mieux les dissoudre. Et autour de cette complaisance dans l'auto-destruction, fond et forme, scénario et dessin, W. Ellis et J. J. Ryp s'entendent à merveille. La bouillie et le sang deviennent magnifiquement l'alpha et l'oméga de leurs comics (et du comics en général ? Ouh putain, un sujet de thèse !).

 

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 15:10

 

 

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"Lubrifiant... hmm... Lubrique... Lubrix !"

Du vrai travail de publicitaire comme on l'aime.


Un soir, dans ma chambre, mon pote le Prophète Métis de la France du Futur a lu la notice d'un tube de lubrifiant. Parce que ça traînait là, sur la moquette – un épisode ordinaire de plus dans ma vie géniale de célibataire qui vit dans le bordel et qui du coup possède tout à portée de main. Après l'avoir lu, il me l'a annoncé clairement. Le lubrifiant c'est pour les hétéros.

Un extrait de la prose en question : "le gel Lubrifiant I*** est destiné à améliorer le confort sexuel du couple. Il permet de pallier l'insuffisance de sécrétions naturelles chez la femme en facilitant la lubrification de la muqueuse vaginale." Le lubrifiant c'est pour le couple, le couple c'est un homme + une femme, et en plus le gel, c'est pour les femmes qui ont des problèmes de sécrétion. Chapitre II de cette grande saga... où le pénis rencontre le vagin : "avant le rapport sexuel, appliquer l'équivalent d'une noisette de gel à l'entrée du vagin et sur le pénis. Inodore et non gras, ce produit est soluble à l'eau et ne tache pas (c'est un peu le moment d'auto-promo de la notice, qui vous permet de crier victoire une seconde fois, après avoir fait l'amour ; car vous apprenez qu'en plus vous avez choisi le bon lubrifiant, celui qui part à l'eau sous la douche). Le gel lubrifiant I*** peut être utilisé avec les préservatifs (eh ouais, parce que jusqu'à présent, la capote était optionnelle – ce qui veut dire que la cible du gel c'est la femme mariée qui a des problèmes de sécrétion et qui veut avoir des enfants ou filer le sida à son mec). Evitez le contact avec les yeux (la vanne d'au revoir)."

Bon, franchement, j'étais fatigué. Quand le Prophète Métis de la France Future m'a dit que c'est hétéronormatif à fond, je me suis surtout mis à ironiser, le sourire idiot en réflexe. Mon pote a fait partie des Panthères Roses, et traîne avec trop de lesbiennes queer transgenrées et super gender-interogatives pour ne pas trouver que même les bornes anti-stationnement sont hétéronormatives. Ma première réaction a été de dire que j'en avais rien à foutre. L'hétéronormativité de mon gel lubrifiant, je la nique et je la réfute dès que j'en mets une noix. Ou dès qu'il me prend l'envie de raconter le chapitre III de la grande saga de la notice, "quand un phallus rencontre un anus". Réaction foucaldienne de réaffirmation de l'appropriation tout à fait classique. Le sourire idiot s'était transformé en sourire d'autosatisfaction, et je me suis endormi.

 

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Voilà un produit qui ne fait pas dans l'équivoque.

J'adore la mention : "recommandé par le Dr Jacques Waynberg."

 

Mais bien sûr, l'idée a fait son chemin (sans gel lubrifiant). Car ce détail on peut lui prêter deux sens : soit, comme il est un détail, il est anodin. Soit comme il est un détail et qu'il ne coûte rien à être changé, il est au moins aussi grave qu'une résistance réelle et palpable. Argument réversible (j'adore cette expression et son potentiel de libéralité sexuelle). Finalement, j'aurai pu être me transformer en pétasse hystérique pour crier : "Mais oui parfaitement, tout ce qui est hétéronormatif est homo-lesbi-trans-biphobe !" Mais je ne me serais pas endormi aussi facilement tant la liste des trucs hétéronormatifs est longue.

Ceci dit, le problème mérite d'être posé, en dehors de tout besoin de sommeil, ou de toute attitude passive-agressive pour éviter les questions chiantes. "L'hétéronormativité est-elle intolérante au point d'être toujours exclusive de tout comportement non-hétérosexuel ?" 

A priori, il me semble difficile de répondre le contraire, puisque c'est la définition même de l'hétéronormativité. Autrement dit, si vous n'êtes pas hétéro, vous êtes censé vous sentir agressé à tout moment par les bornes anti-stationnement, les poussettes, les motos garées et les papas qui forcent leurs fiston à admirer le carburateur... Agressé aussi par toutes ces remises d'impôts pour les jeunes mariés, par toutes ces questions pour savoir si vous avez une petite amie, ou ces regards soupçonneux par des femmes que vous ne séduisez pas, ou par ces mecs qui ne comprennent pas que vous vous foutez de leurs concours de bites... La liste est sans fin, et elle me fait déjà mal au crâne. Est-ce que j'exagère en disant que j'ai vécu tout ça ? Bien sûr ! Ayant fait le ménage autour de moi, ça ne m'arrive plus trop souvent...

La seule bonne solution est de se pencher sur ce que signifie l'hétéronormativité. Certes, l'hétéronormativité appelle une obéissance aux normes, et il n'y a de normes que parce qu'elles sont adoptées. Mais c'est sur cette normativité qu'il faut revenir, et qu'il faut nuances. Car depuis l'aube de l'humanité, il y a un truc génial que certains déplorent, mais parce qu'ils ne voient pas à quel point ça permet de relâcher un peu la pression. C'est l'hypocrisie. 

Je ne parle pas de la mienne, ou des gays qui jouent les hétéros. Je parle de ces hétéros qui font comme s'ils étaient de parfaits petits soldats de la reproduction sexuée, alors que secrètement, ils s'en foutent eux aussi. Grâce leur soit rendue. A part quelques individus qui croient vraiment que leur vie tient à la parfaite exécution du roulage de cul, ou à la parfaite exécution du grattage de couilles, il m'arrive quand même d'espérer que nous soyons tous des acteurs passant sur la grande scène de la vie. Et ces hommes ou ces femmes mal habillés, vraiment mal habillés, malpolis ou puants, je les aime pour ça, parce qu'ils donnent l'air de s'en foutre de ce petit spectacle. Ils s'en foutent de saturer l'air de performativité hétérosexuelle. On a un vieux travelo dans notre petite ville qui est exactement ça. Pas du tout le trav glamour de Priscilla folle du désert (très bon film par ailleurs), mais un trav j'men foutiste et dépressif, à moitié fou, au-delà de toute norme tant il baigne dans son délire. De ce que je sais, il y a en souvent un ou deux dans les grandes villes. Un jour, j'en ai croisé un qui était au restau, seul à une table de un. Il riait aux vannes des autres, et il applaudissait très fort le petit groupe de musique. Il était probablement défoncé, et il m'expliquait à moi et à tout le monde qu'il en était à son troisième cancer (et il montrait son crâne chauve), et entre quelques gorgées de vin, qu'il faut profiter de la vie avant de crever d'un relapse. Il était tellement hors normes qu'il y avait un peu de fraîcheur qui se diffusait à chaque "clap" de ses grosses mains. 

 

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Kurt et Mercedes, dans Glee, la série qui monte.

Quand gay et black avancent main dans la main pour affronter l'hétéronormativité...

ou... euh... promouvoir le retour en force du orange cet été...

 

Grâce à l'hypocrisie, et en raison de la lassitude des normes, on pourrait trouver un terrain d'entente, tous ensemble, gays et hétéros. Le beauf, la pouf, le trentenaire ombrageux crevant de sérieux, l'indien lubrique qui vend des roses dans la rue, le clodo trav... Leurs souffrances de performeurs du quotidien les rapprochent un peu des pédés. On souffre tous des mêmes normes... On pourrait presque tourner un épisode de Glee ensemble, comme quand Kurt (la tapette blanche) et Mercedes (la black obèse) affirment tout haut en se tenant la main qu'ils représentent à eux deux toute la créativité et l'intensité de la culture américaine (avant d'être démolis par la prof de sport lesbienne, Sue Sylvester... mais qui a cru qu'une lesbienne pouvait jouer la gentille ?). 

C'est la réponse que j'aurai adoré faire. Mais trêve de conneries. On n'est pas dans un épisode de Glee, ou de Wil and Grace. L'hétéro peut être hypocrite, mais il est récompensée pour sa performance – ou plutôt il est intéressé par la récompense de cette performance. Être dragué par une fille intéresse le beauf, être séduite par un trentenaire ombrageux intéresse la mère célibataire. A moi, ma performance m'apporte seulement de ne pas être emmerdé. Je peux rentrer chez moi et draguer mes ex sur msn en paix grâce à cette hypocrisie. Ce qui m'oblige à savoir me servir du net, et finir en geek... génial !

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