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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 04:11

 

 

 

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 00:51

 

 

 

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Un problème pour s'assumer, Kurt ?

 

Dans mes mouchoirs en tissu ou en papier, sur mes dvd d'épisodes de Glee téléchargés illégalement, sur les photos de madonna, Kurt Hummel j'écris ton nom. 

Sur les forums de chorale gay, dans l'article wikipedia du film Victor/Victoria, dans le top 5 des meilleurs acteurs gays pour leur rôles de victime expiatoires, Kurt Hummel j'écris ton nom...

Et pourtant, dès le premier épisode de Glee (que j'ai regardé sur un site de streaming en toute semi-légalité) je t'ai détesté, mon petit Kurt. 

Tu étais efféminé, looké comme une maxi-couv de Biba, et aussi asexué et arrogant que le David Bowie des années 80. Bref, tu étais une véritable mine à clichés, prête à exploser au visage de n'importe quel pédé qui en a ras-le-bol d'être pris pour une folle. J'ai soupiré à chacune de tes apparitions. J'ai soupiré pendant les presque dix premiers épisodes... et soudain, au moment de reprendre mon souffle, j'ai compris. Sous cet acteur plein de tics (dont on ne voit que les dents du bas quand il parle), il y avait un personnage... presque réel, et presque subtil.

Car Kurt ne pouvait pas n'être que le petit pédé de la série. La dynamique de son personnage est de rejoindre le continent hétéro, l'affronter. A chaque épisode, il doit se déghettoïser davantage, coexister avec le reste de sa chorale, faire le difficile apprentissage d'un "vivre ensemble" – bien que ça fasse très brochure de bureau de conseiller d'orientation. Kurt doit par exemple faire une alliance assez utopique mais touchante avec la (seule ?) grosse black du lycée, Mercedes. Ils se voient tous les deux en chasseurs de tendances, capables de relooker ou coacher n'importe quelle gamine anorexique qui aurait des problèmes avec son beau-père. La raison de cette alliance est pourtant plus profonde : ils font alliance pour exister contre les gros premiers rôles de toute la série : Finn, Rachel, Quinn... Bonne idée. Même si cette fusion digne d'un Dragon ball GT fait d'eux une sorte de monstre à deux têtes, une commère interraciale puissance dix franchement énervante (à moins d'avoir écumé tous les réseaux sociaux à la recherche de nouvelles victimes à humilier durant son enfance). J'ai compris alors que le fait que Kurt soit agaçant était savamment calculé. Il ne devait pas avoir tous les avantages du gay. Il ne devait pas être exonéré de méchanceté. Car, de cette façon, tous ses petits moments de grâce, ses réconciliations papa-fiston, pouvaient avoir plus de portée.

 

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Leçon n°1 pour être totalement bitchy :

être méchant de préférence avec une autre minorité pour pouvoir être encore plus salaud.

 

C'est le miracle de cette série scabreuse. Elle superpose la mièvrerie la plus achevée à une cruauté parfaite. Imaginez : une idée aussi pourrie que faire chanter des gamins dans une chorale + l'ancien créateur de Nip/tuck + la meilleure actrice lesbienne comique de tous les temps. Et vous avez Glee, et son cocktail de cruautés pecnaudes. Kurt Hummel n'était pas franchement le produit d'appel. Ou plutôt c'était l'hameçon à fillettes prépubères qui aimeraient toutes avoir pour Noël un copain pédé à la fois stylé et perpétuellement en échec (pour le consoler en lui faisant manger des tonnes de glaces et plus tard en lui offrant des cafés au starbucks). Non, ce qui retient la majeure partie des spectateurs normalement constitués c'est Sue Sylvester et ses vannes fumantes à l'endroit du minet/héros de la série, Wil Schuester. Chaque moue méprisante en tenue de sport qu'elle adresse à Wil est un aller-retour ultra-rapide entre l'enfer et le paradis.

 

Extraits : 

" (en regardant Wil Shuester droit dans les yeux) Je ne peux pas faire confiance à un mec qui a des cheveux bouclés. Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer des oiseaux qui y déposeraient des petits oeufs phosphorescents, et je trouve ça révoltant."

"(pour expliquer son succès au détour d'un couloir) Toute ma vie a été consacrée à rendre les autres plus forts. Et je rends mes élèves plus fortes en les faisant vivre dans un état de peur constante, en créant un climat de terreur irrationnelle et aléatoire."

"(en réponse à une ultime plainte d'élève) Tu trouves ça dur ? Essaie le waterboarding." 

Son dernier Twitter : "je me demande si Justin Bieber aimerait rejoindre mon fight club underground."

 

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Elle est en colère, elle est lesbienne, et en jogging.

 

Sue Sylvester/Jane Lynch est l'âme de la série, elle vole la vedette à quiconque passe dans le cadre. Sadique, perverse, arbitrairement gentille ou méchante, capable d'interpréter les paroles de sa soeur handicapée pour en faire une nouvelle arme de terreur. Elle finit même par s'entourer d'une jeune autre trisomique pour lui faire accomplir le rôle de sbire démoniaque et choyée. Géniale.

Bref, Glee, c'est tout ça, c'est-à-dire aussi : le destin ridicule de ce prof d'espagnol, qui rompt avec sa femme parce qu'elle a simulé une grossesse ; l'état apathique d'un ado qui se branle trop ; la vie désespérante d'une jeune fille adoptée par deux pères gays et qui répètent ses rôles en se mettant dans les pas de toutes les stars les plus ringardes qui soient ; les rêves de cul d'un ado en chaise roulante... 

Mais quelle série pouvait s'arrêter sur des histoires aussi pecnaudes ? Et en même temps, ne manquait-il pas justement une série qui raconte l'histoire des pecnauds ? Au fil des épisodes, on reste estourbi de dégoût devant les chansons ringardes qu'ils chantaient tous avec autant d'entrain. On vomit de désintérêt devant l'histoire de Rachel et de sa mère, doubles sosies de Barbara Streisand, et qui ont miraculeusement en commun une voix naturellement aussi douce et ennuyeuse qu'un shampooing pour bébés. La série est faite de telle façon que chaque personnage peut être détesté ou aimé. Ils activent la même versatilité et le même goût pour la critique gratuite que n'importe quel réseau social ou forum internet. Glee est un troll, un débat si piégé qu'on ne pourra jamais cesser de l'alimenter en enthousiasmes démesurés, ou en commentaires assassins.

 

 

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Mais voilà... il y a eu d'abord ce succès assez inattendu, qui a obligé Ryan Murphy à en faire un objet plus consensuel, où tout le monde expose ses avis et ses points de vue, systématiquement, comme si on était en train de faire le tour des forums. Et il y a eu ce dernier épisode, S02E04, horrible, où chaque élève de la chorale est supposé chanter un duo. D'abord, Sue n'apparaît pas. Ce qui est une injustice en soi. Mais surtout, Kurt est absolument humilié par les scénaristes, qui essaient de faire passer ça pour une sublimation.

Explication. Cet épisode tourne autour des duos. Il est construit autour d'un concours organisé par Wil, le prof de chorale, aux cheveux toujours aussi bouclés et gominés. Donc logiquement, chaque duo s'affronte, à raison d'un duo par jour. Le petit rebondissement vient du fait qu'un nouvel élève arrive en piste, blond, bouche de poulpe, le fils d'Angelina Jolie et Brad Pitt s'il avaient voulu adopter en Norvège. Kurt se penche vers Mercedes et glisse tout de suite : "he's on team gay"... Pour l'instant, l'orientation sexuelle de notre apollon blond n'a pas encore été clairement élucidée, même s'il semble qu'il soit plutôt hétéro. Mais quoi qu'il en soit, la série fait tout pour que Kurt soit interdit de – ne serait-ce qu'une seconde – draguer ce mec. Tout le monde lui tombe dessus lorsqu'il fait courir le risque de l'humiliation à ce pauvre blondinet – avant même de le draguer. Car le blondinet joue au foot, et les blaireaux de son club le déchiquetteraient s'ils savaient qu'il se faisait seulement draguer par un gay. Le niveau de verrouillage sexuel est affolant. Kurt est tout simplement interdit de draguer – et de regarder sa queue lorsqu'il parle avec lui sous les douches. Attention, même pas interdit de baiser. Mais seulement d'avoir des vues sur un mec. Il est même accusé par son papa-qui-vient-de-sortir-du-coma-plein-d'une-sagesse-nouvelle d'être trop "predatory".... simplement parce qu'il désire un mec. Kurt repart encore plus névrosé, et son père finit sa bière.

 

 

Pour que tout le monde ait une idée. 4'53 : Finn démonte Kurt...

"La façon dont tu le regardais aurait pu te faire valoir une interdiction de l'approcher."

"Tu ne comprends pas que 'non' veut dire 'non'."

"S'il chante avec toi, je te garantis qu'il aura tellement d'emmerdes qu'il devra quitter la chorale."

 

Mais attention, car ces paroles ne viennent pas de personnages qui sont identifiés comme homophobes dans la séries. Chacun d'entre eux a plutôt prouvé sa gayfriendlitude. Mais il y a un niveau à ne pas dépasser manifestement. L'argument sidérant est le suivant : "si tu désires un mec, tu lui feras risquer une telle humiliation que – qu'il soit gay ou non – il ne s'en remettra pas. Donc : par prudence, ne désire personne." J'insiste. L'argument est insidieux, et pas directement homophobe. L'argument repose plutôt sur l'homophobie des autres. Si les autres sont homophobes, par conformisme, il vaut mieux le devenir soi-même, sous peine de souffrir soi-même. Le père de Kurt, Finn, ou tous les autres membres, ne condamnent pas Kurt pour son orientation sexuelle, mais pour les réactions que les autres auront face à cette orientation. 

On dirait du James Watson, découvreur de l'ADN en 1962, prônant (en 1997) le dépistage génétique des gays à la naissance pour permettre leur avortement. La raison avancée est du même ordre : "ces pauvres bougres ne sont pas méchants, mais à quoi bon faire vivre un enfant qui, de toute façon, souffrira parce qu'il est différent." C'est l'argument démoniaque par excellence. Il ne s'agit plus de faire de la tolérance un devoir, mais de parier sur un avenir incertain, dont on suppose par défaut qu'il sera sombre, et plein de larmes – comme si d'autres vies ne pouvaient pas l'être. A ce titre, n'importe quel gamin pourrait être aussi bien interdit de drague, parce qu'il risque bien de souffrir s'il est vraiment amoureux. 

 

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Mais la fin de l'épisode est encore plus minable. Kurt fait un duo... avec lui-même. Il reprend une chanson de Victor/Victoria, la comédie musicale avec Liza Minelli, où une chanteuse lyrique en rade joue à la fois un homme et une femme, aidé par un vieil homo, pour retrouver du boulot, et accessoirement tomber amoureuse d'un homme perturbé par ce faux – heureusement ! – double sexe. Comme dit Santana, la pom-pom-girl bitchy de l'épisode : "it's vocal masturbation". Elle a tellement raison. Kurt est tout simplement condamné à la solitude, ou – si on se projette un peu pour ses trente ans – à draguer à la sortie des chiottes des discothèques hétéros, et à patienter à côté de l'unique gloryhole de la région. Kurt explique même à ses camarades qu'il a retenu une leçon de tout ça : il doit accepter d'être seul s'il est différent. Attention, ce qu'il dit est certes vrai – c'est une bonne stratégie de repli si le monde se met soudain à bouillonner de nouveau contre les homos –, mais ça ne doit pas être la norme. On devrait plutôt se battre pour que ça ne soit pas la norme. Car voilà l'ambiguïté : oui, il est évident qu'il faut se préparer une bonne couverture pour passer ses hivers au chaud quand on vit seul... mais ça ne peut pas être présenté comme une solution, comme un devoir. 

Evidemment, c'est la Fox... et on pourrait supposer qu'ils sont homophobes, ou que les scénaristes ont dû eux-mêmes se plier à ces contraintes de consensualité. Mais je n'en crois rien. La prudence s'est simplement transformé en devoir, avec toute la dégradation du climat social que ça suppose. La réalité est en effet devenue assez sordide ces derniers temps. Depuis juillet, aux Etats-Unis, on parle d'une vague de suicides gays (exagéré ?). Le chiffre compte peu en réalité, parce que les détails (que je passe) sont effrayants : six adolescents se sont donnés la mort, parce qu'ils étaient agressés, ostracisés, au lycée ou dans leurs villes. Certains d'entre eux n'étaient même pas encore sûrs d'être gays. Le simple fait d'être marqué comme "gay" suffisait pour être la cible d'attaques quotidiennes. En réalité, il en faut assez peu pour casser psychologiquement un pédé. Le bouton "suicide" est déjà intégré. Treize fois plus de chance d'en finir quand on est ado, d'après les chiffres. Mais le point est le suivant, confirmé récemment par une étude de Philippe Adam (institut de veille sanitaire) : la sursuicidalité des gays s'explique par leur isolement. Autant dire que Kurt a intérêt à rester coûte que coûte pote avec Mercedes et les autres kids de la chorale – même si ce "coûte que coûte" a un prix vraiment très élevé. 

 

Pour le plaisir... une vidéo de Sue Sylvester qui fustige les "gays sournois", c'est-à-dire les gays qui ne paraissent pas gays. C'est à mourir de rire si vous avez de l'humour. Si vous êtes flippé par le retour de bâton de l'affirmation identitaire, n'ouvrez pas le lien (ou avec une bonne dose de masochisme, comme dans mon cas). Le plus tourbillonnant (ou le plus "méta") dans tout ça, c'est que Jane Lynch, qui est lesbienne, joue le rôle d'une conservatrice/prédatrice comme Sue Sylvester, qui s'en prend aux "sneaky gays" acteurs qui jouent les machos comme Niels Patrick Harris qui quant à lui vient juste d'annoncer son "mariage" avec son mec il n'y a pas si longtemps...

 

 

 

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 21:08

 

GOW3 GodOfWarIII PS3 Ed026

Là où Kratos passe, la culture grecque trépasse.


Kratos est mort, vive Kratos.

Enfin ! Le gros macho à barbichette et à la voix rocailleuse de steack gonflé aux hormones est mort !... Et cette mort prouve que, quelque part dans le monde du jeu vidéo, on a entendu parler d'un truc qui s'appelait la tragédie. Car Kratos ne fait pas que mourir, il se suicide.

 

 

Suicide de Kratos.

       

Il prend la grosse épée phallique de papa Zeus, et il se la plante tout seul dans le bide, parce qu'il en a marre de vivre. Geste physiquement impossible tellement l'épée est grosse – l'animation d'ailleurs est ridicule, et bâclée... Mais c'est une fin tragique tout de même. La trilogie God of War est même devenue une véritable tragédie kitsch au fil des épisodes – c'est le style du jeu : rejouer Kill Bill en butant un à un tous les dieux du Panthéon. Sur cet épisode comme sur les autres, les concepteurs s'en sont donnés à coeur joie. Pendant toute la longueur du jeu, l'Olympe se trouve infestée de mouches qui bourdonnent comme autant d'Erinyes s'abattant sur Oreste après son crime. Et lorsque les dieux apparaissent, ils ne se lassent pas de répéter avec un air narquois "tiens, mon cher Kratos... tu es venu accomplir ta vengeance ?" parce que littéralement votre personnage est devenue une blague tellement il multiplie les déicides et les cycles des vengeances alors qu'il ne voulait que tuer Zeus au départ.

 

 

Mort de Zeus.

 

Mais le jeu a beau avoir cette ambition, il n'arrive pas à conduire le tragique jusqu'au bout. C'est le problème de tout jeu vidéo par ailleurs : on ne pourrait pas faire de Roméo et Juliette un bon jeu vidéo sans quoi, vous arriveriez à temps pour sauver Juliette, vous pourriez la prendre sur un tapis de roses en bougeant bien le stick, vous arriveriez à vous marier après avoir passé le quick time event, et enfin mourir heureux après avoir passé tous les niveaux de la routine amoureuse et de la vieillesse douloureuse. Bizarrement, faire se suicider un personnage coûte toujours autant à l'industrie du jeu vidéo :

 

Indice n° 1.

Juste après le générique de fin, une dernière image montre la trace de sang s'étendre jusqu'à un rebords de falaise... "Oh putain, Kratos a sauté pour se tuer une troisième et dernière fois !" C'est ce que j'ai pensé spontanément. "Peut-être que Kratos n'avait pas envie de revenir pour un ultime épisode où il saccagerait les derniers mythes ou les dernières comédies grecs... Il lui restait quoi, de toute façon ?... Tuer Midas avant que celui-ci ne se tue lui-même... rejouer les pièces d'Aristophane ? Exploser les vendeurs de légumes ? Violer les femmes qui privent leurs maris de sexe parce qu'ils sont partis faire la guerre (Lysistrata) ? Latter les animaux sauvages qui plaident leurs causes auprès des chausseurs pour ne pas se faire manger (les bêtes sauvages, de Cratès)..."

Quoi qu'il en soit, ce que j'ai pensé spontanément reste très éloigné de ce que les exploitants de la licence ont imaginé. Kratos n'est pas complètement mort. Il va revenir dans une suite car, bien sûr, il eu le temps de se guérir en rembourrant de laine de brebis spartiate l'énorme trou qu'il a au ventre. On a annoncé que son frère devrait être le héros de cette suite (pour l'instant, il y a seulement un nouvel épisode de la suite sur PSP). Peut-être qu'il va voir Kratos mourir dans ses bras, et promettre de le venger. Again ! De toute façon, la vengeance est cyclique, et ça, les plus fainéants des scénaristes l'ont bien compris. 

 

 

 

Kratos erre dans les ténèbres pour retrouver l'espoir. 

 

Indice n° 2.

Le scénario labyrinthique de GOW suggère que le suicide de Kratos n'en est peut-être pas un. Il pourrait ne s'agir, au fond, que d'un sacrifice humaniste. Kratos prend la décision de se suicider, parce qu'en mourant, il relâche ainsi le pouvoir ultime qu'Athéna avait celé dans la boîte de Pandore et dont Kratos inconsciemment s'était emparé : l'espoir. Tous les hommes retrouvent alors l'espoir, pour qu'ils arrivent à vivre dans un monde parfaitement choatique et terrifiant. Autrement dit, le suicide de Kratos est un sacrifice : il renonce à son pouvoir pour les autres.

 

 

 

Kratos tue Sue Ellen... euh pardon... Héra.

 

Mais c'est d'abord un énorme contre-sens sur le mythe de Pandore. Dans le récit original, l'espoir est enfermé dans la boîte, avec la misère, la maladie, la passion et j'en passe, parce que l'espoir est une véritable saloperie... Par anticipation, il fait naître la crainte de sa propre mort. N'espérer rien et s'attendre à tout, voilà le vrai courage. Kratos condamne donc encore davantage les hommes. Le voir revenir pour dévaster des cités entières aurait davantage de sens de ce point de vue. Il pourrait revenir exploser Paris, Londres, Pékin, New York, en s'en prenant un à un à tous les mythes nationaux. Buter un coq géant et le plonger dans une grosse marmite pour en faire un coq au vin... servir le thé dans le crâne de la reine d'Angleterre. Faire des graffitis capitalistes tout le long de la muraille de Chine... Je suggère.

 

 

 

Kratos et son premier meurtre homophobe.

Hermès est joué encore davatange comme une sorte de tapette dans la version française. 

Insupportable. Et comme par hasard, il se tranforme en mouches à merde une fois qu'il meurt.

 

Mais le scénario est si aberrant qu'on peut lister les contradictions : Kratos aurait tué tous les dieux, un à un, par espoir...? Kratos se suicide alors qu'il est plein d'espoir...? S'il avait de l'espoir, il aurait dû calmer Zeus en lui préparant une pizza, en lui servant des bières dans un canapé et discutant avec lui du dernier album de Sufjan Stevens sur l'amour et le chaos.

On continue la liste ? Kratos se fait par exemple aider par Pandore, dont il a trucidé le père cinq minutes plus tôt, et pour qui il est prêt à mourir cinq minutes plus tard... Athéna qui s'est faite tuer pour sauver Zeus, se serait en réalité faite tuer intentionnellement pour revenir se venger de Zeus et récupérer le pouvoir qu'elle avait elle-même celé dans le coffre...? Elle aurait vraiment fait ça, la déesse de la sagesse ?

 

 

Comment Hercules finit dans les égoûts après avoir revécu la scène d'ouverture d'Irréversible...

 

Le jeu a donc des faiblesses. Mais une qualité générale : il met en abyme l'auto-destruction inhérente à tout jeu d'action. Pour être un bon jeu d'action, il faut que le personnage échappe à des périls de plus en plus grands, ce qui implique de provoquer (plus ou moins accidentellement – tout l'enjeu du scénario est là) la destruction du monde pour y échapper. Tout personnage est alors conduit à la fin du jeu au bord d'un précipice pour contempler un monde vide, sans espoir, après qu'il ait concentré en lui tous les pouvoirs possibles (comme dans Infamous, ou Prototype). Ce que tente alors un jeu un peu plus conscient comme God Of War, c'est de montrer que le désir qui habite le joueur n'est pas étranger à cet engrenage de destruction.

 

 

 

Mort de Poséidon.

 

C'est devenu un cliché de souligner dans tout film à quel point le désir de violence de la part du spectateur est la cause même de la violence montrée à l'écran (cf la double démonstration, lourde et étouffante, de Michael Henaeke dans Funny Games, et Funny Games US). Maintenant, ça va aussi devenir un cliché de montrer à quel point le joueur participe à la violence de laquelle il aimerait se tenir à distance par le jeu. Je vous prédis de bon débat de télé de service public dans les années à venir.

Le moment ultime de cette mise en abyme est celui de la semi-cinématique de la mort de Zeus. On l'a tué, et le jeu nous offre de lui exploser le crâne en appuyant stupidement, encore et encore, sur un seul bouton. Le gameplay du jeu impose de faire toutes les combinaisons qui apparaissent sur l'écran pour survivre et exécuter le mouvement final. Alors dès qu'on voit clignoter le bouton "rond" en bas à gauche de l'écran, on appuie jusqu'à ce qu'il cesse de clignoter. Le bruit est de plus en plus dégueu. La caméra en vue subjective se remplit de sang, jusqu'à devenir absolument rouge. Et pourtant, comme le bouton "rond" continue de clignoter, on continue d'appuyer, jusqu'à se retrouver un peu idiot en train de se demander pourquoi on continue d'appuyer. La démonstration est simple : le personnage voit rouge, le joueur aussi. Le salut du joueur/personnage consiste à ne plus jouer/tuer – et à enfin aller préparer sa bouffe de célibataire qui attend dans le freezer. 

 

GOW3_kratos-et-soubrette.jpg

Terrifiant, n'est-ce pas ?

 

Peut-être que ce message était inhérent à la série elle-même. Mon pote, le Fils de la Vérité, m'avait d'abord vendu GOW II en me racontant les épreuves herculéennes et les ennemis colossaux qui attendaient Kratos. Il en parlait comme si on pouvait véritablement revivre la violence de la mythologie grecque, comme si ce jeu vidéo avait eu la sagesse de bien comprendre que le monde grec était en fait violent, sanglant et absurde, et non calme, éternel, et rationnel comme on le présente souvent dans les mauvais cours d'histoire. D'une certaine façon, c'était notre version numérique "Naissance de la tragédie". 

Mais un point nous gênait particulièrement. Le nom du personnage était débile. Son character designing plus proche de Conan le Barbare que d'un hoplite athénien. Son bouc ressemblait au système pilleux maltraité d'un métalleux déshydraté par trop de concerts d'affilée passés à côté des enceintes. Les couteaux attachés à des cordes sentaient trop l'invention du geek qui fait tous les forums à se demander quel est l'arme ultime d'un demi dieu... On ne l'aimait pas, mon pote et moi, parce qu'il dissonait avec la fidélité du reste des décors et des ambiances.

 

GOW3 kratos-cosplay

Je crois que je le connais... sur bearwww.com...

 

Mais dans le fond, Kratos, justement, c'était ça, l'étranger, le barbare. Kratos est celui qui va détruire les dieux de l'Olympe, celui qui va détruire tous les mythes Grecs, un par un, arracher les ailes d'Icare, tuer Hadès, embrocher Arès, fendre Zeus en deux dans le sens de la largeur et de la longueur, réembrocher Athéna... Il est en train de détruire chaque pan de sa propre culture, et il en demande toujours plus en grognant de rage. Il est le geek moderne qui demande en nous la ruine de toute tradition.

 

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Mais le plus troublant est la nouvelle que Djimoun Hounsou, l'acteur d'entre autres Amistaad, Blood Diamond ou de In America (son meilleur rôle), est pressenti pour jouer Kratos lui-même dans l'adaptation cinématographique. Suprême hérésie (savamment calculée ?) : seul un authentique "barbare", béninois d'origine, américain d'adoption, pouvait jouer à l'écran un spartiate qui précipiterait la fin du monde grec. Je ne sais pas quel scénario pourri les producteurs confieront au beau gosse d'ébène, mais, malgré lui, le film sera de toute façon emblématique de nos fantasmes contemporains.

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Published by NKD - dans gamer
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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 01:32

 

 

Drogue in-treatment

 


A défaut de pouvoir prétendre au titre de super soldat, je me prépare en ce moment à celui de super geek, entraîné pour tchater, jouer et tuer virtuellement sur plusieurs écrans simultanément.

Ma dernière super combinaison pour éprouver les capacités multitâches de mon cerveau consiste à jouer à Super Street Fighter IV tout en regardant In Treatment, la série géniale sur des séances de psy avec Gabriel Byrne. Je sais, j'aurais pu ajouter un tchat de cul ou deux en plus mais j'ai préféré ressentir les choses le plus purement possible. Car la sensation que provoque la combinaison est assez coolos en fait. Ou... attendez "coolos" n'est pas le mot exact, "tranquillos" convient mieux. J'ai appris ce soir en regardant arte que les nazis avait leur drogue de super soldat, la pervitine, une métamphétamine qu'il devait gober s'ils étaient perdus au milieu de l'océan ou en pleine tranchée – pour rester éveillés et super opérationnels pendant quelques jours et exploser les scores du nombre de communistes dégommés... Eh bien, c'est pas du tout pareil. 

L'effet concret de notre drogue numérique est qu'on joue à la fois mieux à SSFIV et qu'on suit mieux la série. Pourquoi ? Parce qu'on est calme quand on joue à SSFIV, et qu'on n'est pas deçu lorsqu'il ne se passe rien dans la série. 

 

 

 

Par "tranquillos", je veux dire l'exact contraire ce qu'inspirent

les commentaires génialement rapides et stressant de Ken Bogard

 

 

Plutôt que d'être tellement excité au point qu'on ne puisse plus dormir avant d'avoir battu vingt fois de suite le même adversaire par pur défi, on est relax, on analyse parfaitement bien les situations de combat, on n'hésite pas à battre en retraite, on évite les patterns comportementales trop visibles par notre adversaire. Bref, on est un vrai stratège du jeu de baston. Il se peut même que devant votre cerveau de maître, l'adversaire se mette à paniquer et à commette de nombreuses fautes qui entraîneront sa perte. Dans ce genre de cas, chaque seconde se savoure, vous ne voyez plus des personnages mais des gestes qui se répètent, des algorythmes, vous êtes dans un film de Darren Aronofsky. Vous êtes sur le point de voir des chiffres verts suinter du plafond. Le secret pour bien jouer à un jeu de baston : savoir ralentir le temps. C'est ce qui se passe si vous calquez votre zenitude sur la zenitude majestueuse du jeu d'acteur de Garbiel Byrne. Vous devenez littéralement Gabriel Byrne ralentissant le temps qui nique des gamins sur le réseau PS3 de SSFIV. Vous vous kiffez.

 

 

 

Ce mec, par exemple, n'a pas assez joué à SSFIV dans sa vie, ou n'étais pas assez cool en y jouant.

 

Et tout ça grâce à les séances d'écoute flottante avec votre psy numérique préféré. Car cette série, In treatment, gagne tout son véritable sens quand vous pouvez la regarder d'un oeil distrait. Ou même l'écouter d'une oreille distraite. Chaque épisode est court, une trentaine de minutes. Il est animé par une dramaturgie sourde, dont on ne se rend pas compte avant le coup d'éclat psychoanalytique de la fin ("en fait par chien écrasé Laura, je crois que tu voulais tout simplement me dire que tu m'aimes, tu sais...").

 

 

 

Et voilà le plus génial... regardez bien ce beau gosse super arrogant et magnifique.

A un moment donné, dans la série, il va pleurer...

 

C'est une série suprêmement intelligente parce qu'elle n'est pas un drame, mais une interprétation en train de se dérouler d'un drame qui s'est déroulé. Le drame c'est l'interprétation qui est en cours dans le cabinet du psy de drames qui ont déjà eu lieu en dehors du cabinet. Et puisque la série ne tient que par la réalité d'une dramaturgie hors champ qui ne sera jamais dévoilée (on ne voit jamais Alex dans son avion de chasse, ou Laura baiser de parfaits inconnus dans les toilettes), vous ne ratez rien, si à votre tour, vous ne faites que vous tenir hors dramaturgie (puisqu'il n'y a pas de récit au sens classique – pas besoin d'en chercher). Au contraire, vous mettez habilement en abyme le dispositif dramatique de la série en étant vous-même en écoutante flottante. Vous vous kiffez.

 

 

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Effet secondaire d'In treatment :

vous vous mettez à parler de votre complexe d'Oedipe inversé

pour draguer les vieux dans la rue.

 

Le problème, c'est que vous devenez capable de vous enfiler 20 heures de série en une semaine, et qu'il vous faut au plus vite chercher une nouvelle drogue de synthèse. 

Regarder Koh Lanta et jouer à balloons simultanément ?... 

Mettre deux clip de Janelle Monae en déphasage et balancer un  clip de Katerine en contrepoint ?...

Charger la discographie complète de Sufjan Stevens tout en vidant sa corbeille de la discographie complète de Todd rundgren ?...

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 00:34

 

 

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 00:05

 

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"Eh, petit acteur français, prends des leçons... Leçon n°1 : les doigts en revolver."

 

(Avant de revenir à ce qui faisait l'essence de ce blog, à savoir décrypter l'engagement d'Eric Besson en politique et son devenir christique sur les plateaux télé, j'aimerais faire un petit détour par la case "culture française contemporaine".)

 

Je crois avoir compris, à la suite d'un accident de zapping, un truc qui redonne une petite importance au cinéma français. 

Eh ouais, car la télé permet de faire des zappings (et des accidents de zappings) incroyables que le net ne permet pas encore – sur le net, on lance la vidéo, et on attend qu'elle soit chargée, puis éventuellement, on en relance une pendant une minute pour dix minutes de visionnage. Le net c'est l'inverse du zapping tellement ça demande de faire des choix, tellement c'est volontariste... Alors que la puissance de la télé est d'être toujours virtuellement ouverte sur toutes les chaînes qui diffusent en simultané des tonnes d'images. Le net c'est un robinet, la télé ce sont les cascades sauvages du Nord de la Norvège au moment de la fonte des neiges (eh ouais, et pas les chutes du Niagara).

 

 

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Si vous avez quarante ans, et si vous avez besoin de redecouvrir la vie et les ballades en forêt.

 

Ce soir-là, le versus télévisuel à ne pas manquer c'était Peindre ou faire l'amour versus Castle. Antagonisme maximal dans la fonction du comédien. Le ying et le yang de la culture populaire. Et je m'adresse aux historiens du futur qui seront toujours connectés sur le net (puisque rien ne disparaît sur le net, ce sera "finger in the nose" pour eux de lire ce billet) : "à notre époque, chers fourmis super-intelligente du futur, on vivait dans un conflit total au sein de la pop culture. Deux divinités s'affrontaient. L'acteur américain, et l'acteur français. Par exemple, Daniel Auteuil et Sabine Azéma Vs tous les castings de séries américaines..."

Le films des frères Larrieu parle de cul, d'amour et de poésie. Deux couples se rencontrent et couchent ensemble. En fait, c'est un film d'amour, mais pas avec des individus, mais avec des couples. L'idée est bonne, et prend le risque de devenir scabreuse. Et je ne sais pas sur la foi de quel sentiment profond qui traverse toute ma vie, mais pour moi, risquer le scabreux est définitivement une qualité. Ceci dit, très vite, on se dit merde... c'est vachement "profond" en fait comme film. Profond, parce que nos acteurs français, ils ne font pas que baiser, ils chantent la liberté, la bohème. Nos acteurs français ne jouent pas les personnages, ils sont les personnages, ils défendent les personnages, et ils défendent des valeurs. Et donc, nous sommes là, nous le public français, à aduler nos acteurs parce que ce qu'on aime dans nos acteurs français, c'est quand ils sont aussi libres que leurs héros à l'écran. Logiquement, la conclusion au bout d'une demi-heure de Peindre ou faire l'amour, c'est : "Putain, je suis sûr que Daniel Auteuil est déjà allé dans les boîte à partouzes." Mais avec cette deuxième idée : "ça doit être génial, moi aussi, j'aimerais être un acteur français tellement en avance sur les moeurs". Daniel Auteuil n'est pas beau, mais il  est authentique. Et puis, le film devenant un peu chiant, je me mets à zapper sur Castle, juste pour voir de quoi ça avait l'air.

 

 

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Par exemple, le casting de Undercovers.

Jeune et sexy, et on s'en fout de savoir ce qu'il pense. 

C'est beau un acteur qui n'est qu'un acteur.

 

Impossible de penser là aussi que "ouaw cet acteur américain à la mâchoir impeccable est sûrement déjà allé dans les boîtes à cul". En fait, il n'incarne rien de libre, rien de bohème. Les acteurs américains sont super bons, mais rien à voir avec les nôtres. Ils ne sont pas les porte parole de la liberté, puisqu'eux jouent vraiment des rôles, et donc vraiment des gens qui ne risqueront pas tout pour être libres, ou heureux, ou connaître l'absolu d'un matin frais en plein été indien. Les acteurs français jouent des vertus. La liberté, le courage, la fraternité. Les acteurs américains jouent des faisceaux d'intérêts : "arriverai-je à me taper ma collègue, en échange de quoi, suis-je prêt à trahir mon ami pour un plan cul, etc." Encore une fois, si j'avais à choisir ma conception personnelle de ce qu'est un homme, je dirai sans hésitation que j'adhère à la version pragmatiste américaine. Ce choix n'aurait pas été si facile s'il y avait encore une tradition "sociologique" du jeu français ; si, par exemple, dans Mammuth, Depardieu s'en était tenu à ne jouer qu'un beauf, plutôt qu'un homme libre et insoumis... mais las ! tout ça est bien fini. Lorsque même le cinéma "indépendant" français se met à rêver à des personnages lyriques et abstraits, on sait qu'un on est dans le tropisme culturel le plus pur.

Pourtant, elle est là, la force des comédiens français, ils ont conscience qu'au bout d'un moment, l'art ne peut que parler de l'art. Ils savent que l'artiste ne peut pas se faire le porte parole d'autre chose que de sa propre expérience d'artiste émancipé. Aux Etats Unis, on regarde ces films arty avec dédain. Ici, on les prend pour une sorte de vision mystique d'un ailleurs inaccessible mais désirable. Parce que ouais, le thème même des films français arrivent dans l'esprit d'un mec pour qui aller au supermarché a toujours été une souffrance atroce, et qui ne supporte par d'être entouré de ces corps de pauvres, obèses et vulgaires. Ces scénaristes-là se sentent obligés de montrer qu'ils sont en résistance au monde capitaliste ; et c'est honnête. Et je suis sûr qu'ils adorent s'imaginer – en même temps qu'ils tendent le bras pour s'acheter des céréales – qu'ils pourraient renverser le rayon entier et danser une mazurka entre les rayons de la supérette avec les enfants sans papiers sub-saelhiens de l'église d'à-côté... et qu'ils trouveraient tout ça génial et subversif. Je vois bien le plan complaisant sur la grosse caissière qui danse sur son siège en tapant des mains, puis qui fait passer les articles en rythme en les balançant en l'air.

Parce que mon point final sera là. Les réalisateurs français adorent parler des bobos. Ils les détestent parce qu'ils ne sont pas subversifs, eux. Ce qui prouve bien à contrario que c'est la subversion qui les obsède. Selon G. Canet, P. Bonitzer, P. Thomas, ou B. Podalydès, il faudra toujours dénoncer l'hypocrisie du socialo qui mange bio mais ne donne pas un sou au clodo roumain qui joue mal "les feuilles mortes" dans le métro. Car les comédiens français savent eux vraiment ce que c'est que la liberté. Ils parlent politique partout où ils sont invités, avec autant de ferveur et de facilité que vos parents s'adressant directement à l'animateur du journal de 20H lors de vos premières purées mousseline. Pour les autres Français, pour nous autres, simples mortels incertains... les comédiens français incarnent des modèles totalement à part, des repères, des intellectuels. Et ils ont raison de prendre ce rôle-là, parce que personne d'autres qu'eux n'aurait envie de se dire qu'il a plusieurs vies jusque parce qu'il a déjà joué dans plusieurs films. Tout le monde est plutôt obsédé par recoller les morceaux de la sienne et négocier les catastrophes à venir. 

 

ActeurF RBerry

"Si je mets mon doigt près de mon cerveau, comme ça,

j'ai aussitôt une idée de scénario pourri qui me vient..."

 

Il faut écouter les acteurs français parler de leur métier avec délectation, en montrant le chemin du vrai hédonisme de l'andouillette et de la tête de veau. Ecoutez les histoires paillardes que se racontaient Carmet et sa bande de bouffe-tout. Ces mecs sont des vrais mecs, que les petits nouveaux regardent avec envie, et avec l'impression qu'ils ont raté la grande époque. Et fatalement, tout le cinéma français souffre de ce qu'il incarne. A ne jouer plus que des idéaux et des utopies, notre cinéma finit par manquer de pessimisme et de réalisme (raison pour laquelle, on a vu dans les films de J. Audiard une vraie nouveauté...). Il n'y a pas de personnages qui cherchent simplement à conserver ce qu'ils ont ; il n'y a pas de personnages simplement détruits et modestes. On a l'impression de relire la même éternelle dissert de philo sur le désir, où on doit montrer qu'on ne doit pas désirer l'absolu "mais... que... quand même que ça permet de rêver" – ce genre de rêve triste néo-hippie qui a pollué toute ma génération avec en bonus la musique de merde qui va avec, style Tryo et les Têtes Raides. 

Quitte à chercher l'absolu dans le cinéma, il faut reconnaître tout de suite que les Américains sont bien plus malins. Pour eux, il suffit de magnifier des rites, des scènes quotidennes. Quand ils vont voir un match de foot avec le fiston, ou quand il laisse leurs tartes refroidir sur le bord de fenêtre, c'est l'absolue présence du Seigneur qui se manifeste. Et quand un mexicain s'introduit dans une maison, c'est l'absolue présence du Diable qui se manifeste encore. Et s'ils échouent à sauver leurs familles, alors c'est que Dieu n'existe pas, et il ne reste plus qu'à habiter une petite cabane très loin dans un champ de maïs. On relisait avec un pote la question de Vernant : "les Grecs croyaient-ils en leurs dieux ?". En tout cas, on est sûr que les Français n'y croient pas, alors que les Américains les croisent tous les jours.

 

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Le missel de tous les buddy movies. Tous les clichés y passent.

Que la lumière du Seigneur soit sur ce film !

(ça faisait longtemps qu'on n'avait pas entendu un acteur traiter si souvent son pote de "tapette" dans un film)

 

Vous avez toutes les explications disponibles sur la table : (sociologique) le cinéma français est bourré de vieux ; (religieuse) le cinéma français n'est plus assez mystique, (moderniste) le cinéma français a trop conscientisé sa fonction artistique ; (politique) le cinéma français est l'emblème le plus ringard d'une gauche qui a mauvaise conscience d'être passée à droite ; (culturel) le cinéma français a toujours préféré les symboles aux personnages. Choisissez, mais au moins, on sait qu'Angelina Jolie ne parlera jamais de ses expériences de libération sexuelle dans les boîtes de cul, ou de sa passion pour le jardinage nudiste – alors que Daniel Auteuil ou Fabrice Luchini sont toujours à deux doigts de le faire. Vive la France.

 

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 23:57

 

 

Clip GuerrillaGroup 1 TwinShadow

Poseur ? Authentique ?... Rien de tout ça. Juste beau.


 

The Twin Shadow est définitivement influencé eighties. Mais sans maniérisme. Plus que les sons 80's, c'est l'esprit 80'. L'esprit 80's de celui qui a traversé les années 80 sans comprendre qu'elles étaient les années de la richesse et de l'opulence. L'esprit 80's des pauvres. Qui portaient un anorak rouge dégueu, et qui regardaient la télé de trop près, avec toutes ses couleurs baveuses (non numériques) parce que c'est le meilleur moyen d'avoir un truc un peu psychédélique dans sa vie moyenne. Enfant dans les années 80, vous n'aviez aucun moyen de comprendre pourquoi tous les mecs qui passaient à la télé avaient les épaules aussi carrées dans leur costume, alors qu'autour de vous tout le monde avait des épaules molles, des silhouettes molles. Enfant dans les années 80, vous ne pigez pas le truc des épaulettes. Et si vous étiez out pendant les années 80, les années 90 étaient à vous, votre revanche perso – le triomphe d'un nihilisme qui ne croit plus à la société d'abondance – les années 80 : le moment où la classe moyenne commence à comprendre qu'elle n'est pas vouée à être triomphante. Pour cette raison, The Twin Shadow est absolument de son époque : le groupe des fans de The Cure qui auraient pris toutes injures que Robert Smith n'a pas pu se prendre dans la gueule, parce qu'il était sur la scène, lui, fringué et adulé – la vengeance des années 90 préparée depuis les années 80 qui se ravive depuis le retour en grâce de l'hédonisme disco en 2010. 

Donc j'adore ce groupe. Et j'adore le chanteur. Sans second degré : j'adore sa moustache de paki, ses cernes sans ambiguïté, son regard un peu strabique. George Lewis frôle à chaque fois Bowie, mais reste plus proche de Morrissey. Il est sur le point de jouer le crooner pompeux, à la David Byrne, mais il préfère la douceur. Moins tortueux que Jim Morrisey. Du pur velours sur "Tyrant destroyed". A mon avis, la meilleure chanson de l'album. Une mélodie, récurrente et plaintive, qui monte en mineur et se finit en majeure dans les basses de sa voix. A pleurer. Une chanson pour l'automne qui remplace tous les violons de Verlaine. 

 

 

 

"I know you spent some time, from the top of the city, looking for the life to start. And when you were fifteen i know that you said 'i won't let another black boy break my heart'..."

Bam ! Prends toi ça dans la gueule, chanson française. Mange ton accordéon, Thomas Fersen, bouffez votre grand-mère, les Têtes raides.

 

 

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En n'écoutant que l'album, on est dans la beauté pure, un peu cotonneuse et précieuse. Le jeu des synthés en ultralongue tenues, un peu soap. La batterie est propre et claire. 

Le clip ne pourrait faire que redoubler tout ça d'images toute douces, ralenties, vaguement symboliques. C'est l'inverse. 

George Lewis se met en scène. Il mouille sa chemise, et sue de la moustache. Habituellement, on réserve ce traitement hyper-naturaliste à des artistes qui voudraient tout à coup casser leur image. Lady Gaga le fera bientôt. Sûr. Sa superficialité post-moderne ne fait que préparer sa décadence naturaliste. Avant de faire un come-back folk et de devenir enfin ce qu'elle est. George, lui, est cool, pas courageux, mais juste ultra-amoureux d'une esthétique aussi crue, sincère, et carrément scabreuse. 

 

 

 

 

Le clip suit en fait la même scénographie qu'une pub pour Calvin Klein des années 90. La pub avait été interdite. Et elle montrait (en gros) des jeunes paumés blonds, sortis de leurs Amérique profonde, lors d'un casting, prêts à tout pour être retenus. L'image était volontairement dégueulasse, plan fixe, cadrage général, avec quelques zooms qui trahissaient les intentions salaces du caméraman et chef de casting. Sa voix suggérait qu'à n'importe quel moment le casting pouvait se transformer en truc porno. Honnêtement : une pub brillante. Une sorte de faux documentaire qui montre la violence des castings, la violence de celui qui commande les castings – mais avec une délectation écoeurante. Une vraie pub, en somme. Comme si tout à coup pour nous vendre un steak, on pouvait nous montrer un clodo le prendre à pleine paume et le manger cru devant la caméra. Une vraie pub, honnête sur le genre de désir qu'elle est supposée susciter. 

 

 

 

 

L'intention du groupe est assez claire. Faire la même pub pour montrer à quel point on fait la pute quand on est un artiste. George Lewis est très naturel. Et il le fait vraiment bien. Il parle un peu de lui comme dans les bons gonzos. Il aime les voitures de sport. Et il va faire un truc qu'il aime... jouer de la batterie. A partir de là, le clip hésite. On est tantôt dans le faux mauvais clip, tantôt dans le casting porno. On voit George Lewis chanter en contre-plongée, sa banane afro mal coiffée, les paroles mal synchronisées. Ou on voit George Lewis jouer de la batterie, avec la lampe tiffany dans le champ. La caméra glisse progressivement vers son entre-jambes, vers sa bouche semi-ouverte et son regard torve. Du point de vue, de l'idée du clip, c'est déjà du beau boulot : l'idée est simple (bonus "Justice" – parce que c'est comme ça que Justice a niqué Kayne West aux MTV awards), potentiellement virale (bonus "youtube"), et complètement concept et post-moderne (bonus "bonus")... Mais on s'en fout. La fin du clip a tellement brouillé le jeu qu'il ne reste plus qu'un truc derrière le collage post-moderne : la beauté de ce mec. 

Quels que soient les petits tours dont on se sert pour rendre plus beau et masquer les failles, une beauté véritable percera toujours sous le maquillage. C'est pas simplement parce que j'ai l'arrogance d'énoncer des critères de beauté (j'ai cette arrogance), mais il y a un truc plus simple : on peut tous super facilement faire la différence entre une beauté qui n'existe que par la dissimulation et une beauté spontanée (ça se quantifie à l'épaisseur du maquillage). Le regard totalement stone et lubrique de George n'est pas feint. La sueur de sa moustache non plus. C'est en réalité le regard et la moustache de n'importe qui jouant d'un instrument un peu longtemps. Vous le trouverez sur n'importe quelle superbe flûtiste, chanteuse lyrique, ou joueur de batterie. Parce que c'est vraiment l'état dans lequel met la musique. 

 

Clip twinshadow

 

L'idée de comparer le fait de faire un clip avec celle de vendre un jean est éprouvée, connue de tous. Mais ce qui est plus évident c'est le plaisir narcissique de se montrer en jean qui moule cul ou en train de jouer de la batterie. Il y a le même truc super enfantin, le petit haussement d'épaule du mec fier de son effet. L'entrain qu'on trouve à faire des trucs débiles en pleine répèt. Le lien entre le porno et la musique ce n'est pas l'argent et l'humiliation. C'est le plaisir naïf que ça suppose. Et c'est au nom de ce premier plaisir naïf que le porno ou l'industrie de la musique vous piègent. Mais si le clip est génial, c'est justement parce qu'en pleine situation scabreuse, un truc beau et simple émerge. C'est le pari des Twin Shadow : risquer le ridicule pour un gramme de beauté. Sans ce risque, sans avoir frôlé le scabreux, on n'aurait pas compris la spontanéité et la beauté de cette musique.

 

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 00:01

 

SSFIV ken street fighter hadoken rubixel highres

      La modernité pixellisée d'un Hadoken en plein coucher de soleil.


Le jeu vidéo lui aussi expérimente les joies du post-modernisme. En des temps anciens, il a d'abord fallu que tout soit plus rapide, plus beau, plus dense. Qu'il y ait plus de joueurs, plus de personnages, plus d'armes, plus de scénarii... Puis, trente ans plus tard (en étant généreux), il faut que les jeux reviennent aux bases, s'inscrivent dans une tradition, jouent avec les codes, hybrident les modes de jeu. Joies du post-modernisme.

Ainsi Super Street Fighter IV. But avoué de SSFIV : ne pas faire évoluer le titre, mais faire renaître le plaisir des primo-gamers de Street Fighter II (turbo et cie). Street Fighter est-il en fait un manifeste sauvage en faveur du rétro-gaming ?... Définition du rétro-gaming : rejouer aux anciens jeux. Hypothèse pour redéfinir le rétro-gaming : privilégier le plaisir sur la forme (et supposer que les plaisirs de joueur n'évoluent pas).

 

SSFIV ryu street fighter hadoken rubixel highres

Par "VK"... Ou "UIC"... ou "L'IK"... C'est tellement polysémique une signature en pixels/rubixcube.

 

Pardon pour cette entrée en matière sauvage, débridée et conceptuelle. Mais voilà mon étonnement : le jeu est cool, mais la musique de SSFIV ne vaut même pas un couplet d'eurodance hongroise.

Dès l'écran titre, l'écart est vertigineux. Ryu, le mapping impeccable, en pleine mer, en pleine nuit s'apprête à balancer son Hadoken à la gueule de Ken. Tous les gestes des persos sont surlignés par un tramage qui donne aux valeurs un effet "gravure". En complément, des éclats d'encre explose à l'écran à chaque impact + toute la fluidité des super effets de fumée. Le vent, la vitesse, l'énergie qui se concentre dans les mains de Barbie Ryu... tout est prétexte à une super concentration d'effets.

 

 

       

On pourrait être stupéfaits, puis l'écran titre tombe. Et alors tourne une petite musique aussi plate que le cardiogramme de Claude Chabrol (paix à son âme). Alors bien sûr, on continue à jouer, mais avec des hauts le coeur à chaque solo de guitare électrique synthé.

 

 

 

"Pourri"... Vous pensez que c'est subjectif ? appuyez sur le bouton "play"...

 

Le mec qui a chié ce truc a dû se dire, il n'y a pas longtemps – à l'âge adulte donc – que putain c'est incroyable un synthétiseur tellement ça peut faire des sons différents. Puis il a dû se dire, en continuant à appuyer sur la flèche qui fait défiler les sons, que putain c'est incroyable un synthétiseur tellement tous les sons se ressemblent et tellement ils sont assez différents pourtant pour être tous désagréables d'une façon différente.

 

 

La musique de l'écran titre.
Si votre cerveau vous fait entendre quelque chose comme un train de l'enfer en train de dérailler
avec des écoliers à bords en train de crier...
c'est que vous êtes normal.

En fait, le mec qui a été embauché pour la musique a dû tout simplement être cryogénisé avec son synthé, sorti du congélo, puis remis dans son cube de glace quelques petites minutes plus tard... minutes durant lesquelles il a dû pondre ces mélodies pourries avec un flingue sous le menton en écoutant tous les tubes de Daft Punk en accéléré.

 

 

Le japonais qui a fait ça a le sens de l'humour...

Le thème de Balrog, le boxeur black, est aussi vocodé que n'importe quel tube R'n'B des trois dernières années.

 

 

La samba selon Capcom...

Attendez le solo de guitare éléctrique pitchée, qui ne ressemble à rien...

(et à 1'52, déboulent les trompettes de mariachis !)

 

Ah et pour rigoler, et pour bien montrer que les critiques de jeux vidéos sont tous des pourris. La note de la bande son sur jeuxvideo.com : 16/20. Ehehe. Pas besoin d'épiloguer sur leur goût de chiottes. Les prétentions du jeu vidéo à passer pour un art sont assez comiques quand on sait qui les porte, et avec des critères de goût aussi bas. Je connais des petits frères de critique de jeuxvideo.com qui ont du être bien servis par Capcom cette année.

Mais je peux être magnanime dans mes critiques (à condition d'être plus pervers ensuite)... Après tout, dans le jeu il n'y a que la musique d'"affronte ton rival" qui soit à peu près stimulante, grandiose et épique. Pourtant, en étant honnête, même si on est content d'entendre des cordes, et un peu de subtilité, ça ne colle pas. Attention, pas parce que SSFIV est un jeu de baston qui exigerait une musique aussi violente ou rythmée que le jeu elle-même – ça c'est ce que les concepteurs de Capcom ont pensé avant de réécouter le best of Enigma qu'une ex avait oublié chez eux. Parce que sur quantité de jeu d'action, ça marche super bien ce genre de contraste. Un truc usé jusqu'à la moëlle dans les films : tout le monde se fait buter, mais vous ralentissez les images, vous lâchez deux trois colombes le plus sincèrement du monde, et vous glissez le seul air d'opéra que vous connaissez au milieu de tout ça... et ça marche ! (puis vous partez aux States et vous vieillissez en faisant des films de merde et en remerciant les Inrocks de vous trouver toujours aussi génial... any similarity to actual people, living or dead, is purely coincidental).

 

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La vraie bonne idée du jeu (ou plutôt de la démo) :

remodeler tous les persos pour faire comme s'ils étaient dessinés en temps réel

(le geste du combattant comme analogie du geste du dessinateur).

Ouh yeah.

 

Mais là, ça ne marche pas. Le jeu Street Fighter ne tolère pas autre chose qu'une musique compacte, toute droite et répétitive. En fait, toute musique un peu narrative, ou cinématique foire totalement. Le jeu est super stressant, je ne lui retire pas ça, mais les écarts de rythme ne sont pas suffisants. Il n'y a pas de moment de calme avant la tempête. Il n'y a pas de chaos absolu de plusieurs minutes. On n'est pas dans un Call of Duty – qui a cette grande qualité d'émerger le joueur sur des périodes longues de calme ou de stress. Bref, dans le fond, ce n'est pas la faute de la musique, mais la faute du jeu. Le jeu commande une musique d'ambiance (genre porno), aussi rythmé et stupide pour n'importe quel ado s'y sente à l'aise (genre tunning). 

Paradoxalement, il se peut qu'on trouve dans tout ça quelque chose de rafraîchissant. La musique s'infiltre partout aujourd'hui (c'est quantifiable en nombre d'ipod vendu – sinon je ne me permettrais pas de telle généralisation). Désormais, il y a un espace où on sait qu'elle ne peut pas rentrer. Ou plutôt, si elle y rentre, elle est aussitôt transformée en quelque chose de militaire (parce qu'au fond, le porno et le tunning mêlés ça donne quelque chose de militaire). 

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 00:07

Kidcudi (300dpi)

Celui qui possède les converse possède le pouvoir. Alors il les unira tous.


 

Je dois parler de Kid Cudi.

De temps en temps, je m'enfile des clips pute, juste pour avoir des nouvelles de la planète clip, où tout est beau, où les éclats des spots rebondissent sans fin sur les culs, et où des vrais thugs se montre torse nus en balladant leurs pits. Mon dieu... ce monde est aussi le mien ?

Sur cette planète clip macho de merde mais avec des mecs bandants, il y a un phénomène étrange qui naît : tous les rappeurs cultivent maintenant leurs côtés gamins. Kayne West, Pharrell... et bien sûr, le dernier petit rappeur montant, Kid Cudi. 

Il a le corps d'un ado prépubère, sauf sa tête. Relativement au reste de son corps de gringalet, il a une putain de grosse tête. C'est sa magie. Ce mec est un lutin. Il n'y a que les lutins qu'on dessine comme ça. Kid Cudi vient de Cleverfield, un petit quartier de Cleveland. Hors ghetto. A moitié mexicain, indien et afro. Son père meurt d'un cancer quand il a 11 ans, et alors Scott Ramon Seguro Mescudi s'enferme dans sa chambre, et se perd dans son imaginaire... ce drame-là n'est déjà plus le même : il ne connaît pas la violence du ghetto, mais la mort d'un père dans son enfance. Une mort banale, et une communion total avec le reste des enfants (réels ou supposés) orphelins de la planète. Bref, Kid Cudi est le fantasme de l'industrie du rap régressive.

 

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Photo pour le magazine Complex.

 

Car ce retour à l'enfance est peut-être une nouvelle façon de rendre le rap mainstream. Le point important est le suivant : moi, qui ne pige rien au monde du rap, je peux comprendre les références à l'enfance de Kid Cudi et de Kayne West... pourquoi ? Parce qu'on est cette génération de mecs qui pouvons parler avec les américains de leurs dessin animés. On a maté la même chose quand on était gamins, connu la moquette devant la télé, et l'ennui et l'émerveillement des mêmes images qui passent et repassent sur un écran. Je veux dire : que des rappeurs black se mettent à porter des sweat Mickey ou Simpsons, c'est à la fois parce que les blancs ont les mêmes références qu'eux, mais aussi parce que tous les enfants des années 80 ont les mêmes putain de références, y compris aux mangas. Est-ce que ça n'est pas juste phénoménal ? En plus, nos références de fans mondiaux deviennent de plus en plus pointues. J'aurais dû déjà tilter au moment du clip du Stronger de Kayne West... qui est un hommage direct à Akira. 

 

 

 

 

Et je tue le premier bâtard qui me dit : c'est juste la mondialisation, mec – parce que, mec, là, je ne parle pas juste de Mickey, Mac Do ou de Coca qu'on voit partout... c'est une prise de conscience : on se rend compte en même temps qu'on a tous vécu ça. Même prise de conscience avec Mickael Jackson. Ok, il a toujours été écouté partout dans le monde, mais jusqu'à présent, seuls les analystes cyniques de la culture de masse le savaient. Les fans s'en foutaient de savoir qu'ils avaient les mêmes goûts que les Américains. Il aimait Mickael. Maintenant les fans de Mickael Jackson aime les autres fans de Mickael Jackson. La star est morte, on peut danser sur son cadavre, car il n'était qu'un prétexte pour dire : "ouh putain, on connaît les mêmes chansons." Les fans peuvent désormais communier sans idole. C'est la conscientisation de la mondialisation dont je parle, et plus précisément, de la prise de conscience de références enfantines partagées. 

 

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L'inséparable montre "The Simpson" au poignet.

 

Qu'on me comprenne bien. Tant que les thugs black sortent leurs flingues, le rap fait appel à une expérience adulte de scission avec le reste du monde blanc bourgeois. L'enfance, au contraire... elle est la même, devant les mêmes écrans de télé. Les valeurs adultes sont celles qu'on adopte quand on commence à devoir faire des choix définitifs, alors que nos valeurs de gamins sont celles qu'on adopte dans une pure naïveté, une pure passivité, ce sont à peine des valeurs à vrai dire, c'est le décor mental de nos futurs vrais choix d'adultes engagés dans une vie qui ne peut pas tout leur donner. Donc voilà : Kid Cudi ne me permet pas du tout de savoir qui je suis ni ce que je dois faire, mais il passe super bien dans mon décor mental. En fait, il y habitait déjà. Il est le super voisin sympa et triste que j'aurai adoré avoir quand j'étais petit.

 

 

Dès le deuxième plan avec David G., c'est bizarre.


Mais je peux tirer la preuve que Kid Cudi est déjà dans nos têtes d'un autre fait super troublant. David Guetta n'arrête pas de le regarder dans le clip Memories. C'est stupéfiant. il est magnétisé. Il doit avoir l'impression d'avoir enfin retrouver son petit ourson en peluche qu'il avait perdu petit derrière l'armoire. La vérité c'est que Guetta, en acteur pitoyable, est absolument en admiration devant tous les mecs qui viennent mettre trois phrases sur ses mix (pourris). Mais avec Kid Cudi, ça prend une tournure invraisemblable. C'est simple, on pourrait retirer David Guetta et sa doudoune bleu blanc rouge de toutes les vidéos, on s'en apercevrait même pas. Y'en a que pour le Kid avec sa super grosse tête, et son sourire aussi plein de dents que celui du Chat du Cheshire.

(Bon en réalité, j'aime Kid Cudi, juste pour sa voix... je crois que c'était super clair, non ?)

 

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 21:42

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de Kevin Amato

(please, guy, don't sue me for the scan !)

 

Les filles ne savent pas parler de la beauté des mecs. Ou quand elles le font, c'est atrocement prévisible. Il y a par exemple tout ce baratin sur le "je ne sais quoi", l'éloge du charme indicible, avec l'obligation dans les yeux d'un maximum de reflets à la Candy et dans la voix de petits hoquets malicieux. Ou bien, il y a le discours de l'ancienne étudiante en sport études, celle qui a eu le temps de sélectionner le mâle alpha de la tribu et de brâmer son désir à travers les couloirs des vestiaires. "Celui-là, je l'aime bien il est viril avec ses grandes épaules." Variante "Celui-là, je l'aime bien il est viril avec sa grande mâchoire." J'ai oublié les autres nuances... 

Dernier cas possible (mais on pourra toujours me dire que je n'ai pas assez de copines sac à main pour prétendre à l'exhaustivité), le plus drôle : lorsque l'attention se focalise sur des parties totalement hors-concours, comme les mains, les oreilles, ou les ailettes de nez... à partir de là, ça sent bon le refoulement. Comme si des cheveux pouvait exciter sexuellement, plus qu'un cul bien rebondi ou qu'un slip bien rempli et prometteur. Attention, qu'on me comprenne bien : il y a des oreilles sexy (petites et recroquevillées), des ailettes de nez super sexy (large, hautes, et très mobiles), et des mains sexy... attendez non. Les mains sont presque toutes sexy. Bref, les filles ne savent pas parler des mecs, et je leur trouve une très bonne excuse – autre que l'oppression hétérosexiste. Les mecs ne montrent rien. Pas de signes sexuels secondaires visibles aisément dans une rue.

On me dira : si, il y a au moins le cul d'un mec qu'on peut voir. Non... Désolé (Marc), mais même le cul d'un mec est la plupart du temps bien à l'abri dans son jean. J'essaie de me mettre dans la peau d'un hétéro une fois de temps en temps, et la différence est frappante. Les mecs hétéros peuvent voir des culs ultramoulés par les jeans tous les jours. Les gays n'ont le droit qu'à de vagues jeans serrés ou à l'éventualité de s'émouvoir devant la légèreté d'un jogging. Si on aime le cul des lycéens en slim, à la limite, on peut être contenté. Même parfois, on croise un petit trésor perdu au milieu d'une île déserte... Passe devant vous un mec (souvent rebeu ou turc) qui a toujours eu l'habitude de porter son jean au dessus de la taille de telle façon à ce que la raie du jean lui rentre littéralement dans les fesses. Là, c'est le délice. Mieux encore : des mecs en djellabah, face contre le vent, avec l'entrejambes moulé par le tissu fin – blanc de surcoît... Un Delacroix gay sorti de l'hibernation en 2010 ne devrait peindre que ça. Quoi qu'il en soit, en comparaison avec le looks – ou simplement le corps des femmes –, il n'y a rien de très visible chez un homme, rien d'évident. A la limite, les épaules, mais... rien de comparable à une paire de seins ou de fesses féminines, supposées plus proéminents que les équivalents masculins. Alors, sur quoi se rabattre ? 

 

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Pendant mon deuxième voyage au Brésil, j'ai pris conscience qu'au bout d'un moment, l'appétit grandissant, je commençais à regarder de plus en plus les mecs en entier, en les balayant du regard de la tête jusqu'aux pieds. Certes, la silhouette compte, les vêtements comptent aussi. Mais les endroits où la peau est nue sont toujours les zones suprêmement recherchés par le regard. Parce que sont de véritables plateformes et interface informationnelles. Les informations décollent comme des petits hélicopters de combats bourrés de colliers à fleurs et s'écrasent contre vos yeux : une couleur de peau, une douceur possible, les formes des muscles, une peau sèche ou un peu humide, une pilosité régulière... 

Au bout de quelques jours, après être tombé amoureux de tous les visages des garçons de Salvador, j'ai donc logiquement découvert un aspect nouveau de la beauté masculine – pour être précis : deux. Les pieds, et les mollets. Parce qu'on est amené à les montrer en permanence. Les tongs deviennent géniales pour ça, et les shorts de bain, bien sûr (ils sont plus bouffants, et avec un bon angle, on peut voir le début de la cuisse assez facilement). J'ai pris soin de dire qu'il s'agit d'informations et pas franchement de fétichisme. Qu'on m'accorde juste cette nuance pour l'instant.

 

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fétichisés (Mapplethorpe).

 

La beauté des jambes et des mollets est subtile. Le bas de la jambe est le point de contact avec le sol, c'est ici qu'on juge ou non de la lourdeur d'un homme, son ancrage dans le sol, et non uniquement de sa puissance. On lit dans le mollet mieux qu'ailleurs le type de muscles, le types de forces qu'un homme dégage. L'amusant donc, est qu'en plein été, on peut voir facilement des mecs au look de bad boys se balader avec des mollets de coquelets, ou encore voir des hommes légers impulser à chaque pas. Les types de jambes se dévoilent, et des identités se pressentent rien qu'à la nervosité d'un mollet. 

Les jambes régulières sont particulièrement belles parce qu'elles suggèrent que le travail de la marche remonte le long de la jambe, et fait participer le corps entier. Le signe d'une belle jambe, c'est le sillon de muscles qui se prolonge du haut de la cheville jusqu'au genou, et dessine finalement le muscle entier, long, pas hypertrophié. A l'inverse, des jambes à la "Action Man" sont horribles. Elles ne que sont l'emboîtement d'une masse de muscle dans un pied à la cheville minuscule et dans un genou atrophié. Une jambe pareille sert simplement à indiquer au boucher la façon de la tronçonner. Mais le plus coupe-faim, c'est la jambe allumette, toute droite, sans courbe, avec juste des poils dessus qui donne un peu de volume à la jambe. On a envie de souffler dedans pour qu'un muscle se mette à gonfler. 

Le pied s'apprécie selon la même esthétique. Il est le membre sur lequel le poids du corps se porte. Je ne suis pas un fou de doigts de pieds, et franchement, savoir si un pied est grec ou égyptien, n'a pas d'importance – ils n'ont qu'un pouvoir disqualifiant s'ils sont démesurés, ou crades. La taille du pied lui-même est également indifférente. Et les projections phalliques qui entourent le pied sont vaines. "Grands pieds, grosses bites..." ça sonne comme un slogan de marchand de chaussures qui a du stock grande taille à revendre. Ceux qui y croient n'y croient généralement que le temps d'une vanne pourrie. 

La beauté d'un pied se lit à la façon dont il s'écrase sur le sol, ou sur la tong. Si la pulpe du pied déborde généreusement sur les côtés, une petite magie s'opère. C'est le côté du pied qu'il faut observer pour comprendre comment "vit" un pied. Comme une chambre à air, il impacte le sol, il absorbe le choc. La douceur d'un pied se juge à la souplesse de son coussinet. Là encore, il y a des degrés, certains pieds perdent cette douceur, d'autres la conserve. Mais contrairement à ce que pensent beaucoup trop de punks à chiens, la corne n'est pas une récompense, une preuve qu'on s'est aguerri. Elle est plutôt la preuve qu'on a perdu la fonction amortissante du pied. Il y a un capital de douceur qu'on ne doit pas chercher à dépenser, et qui appelle au contraire une gestion prudente, raisonnable. L'été, et grâce à la tong, et pas du tout grâce à la sandale qui maintient les côtés du pied, on peut voir ces pieds masculins s'écraser par terre et supporter le choc par milliers. C'est le moent où se dévoile peut être le plus de beauté masculine. Bien sûr, les épaules nues, les chemises et les poils qui remontent le long du cou... Mais cette libération du pied a un côté assez touchant, tout simplement parce qu'elle est naïve. Les mecs eux-mêmes n'ont pas conscience du potentiel érotique d'un pied. Ils se disent "c'est coolos je sors mes pieds à l'air, ça m'évite qu'ils puent en transpirant", mais en fait, les mecs se mettent juste à enfin se déshabiller... 

 

beautémasculine amato

de Kevin Amato, again.

 

Le climax est atteint quand je peux voir des pieds de mecs typés, genre black, rebeu, latino. Le dessous du pied est blanc, ou parfois, très rose. Une différence nette de couleur, comme une stratification, est la manifestation de la différence de ces deux zones et fonctionnalité du pied : la partie recouvrante, la partie absorbante. Grâce à l'effervescente industrie de la tong de Bahia, j'ai pu observer des heures durant des mecs marcher, et faire gonfler la pulpe claire ou rose de leurs pieds à chaque fois qu'ils s'enfonçaient dans leurs tongs en caoutchouc naturel... Dieu préserve le Brésil. Tous ces métis en short de plage et en tongs, souvent aux jambes puissantes, m'ont montré la vraie beauté masculine. Et je ne parle pas encore de leurs culs, de leurs poils, fins et bouclés, ni de leur géniale façon de marcher...

Le pied montre tout ça. Et on peut le voir justement si on n'est pas fétichiste. Je suis prêt à argumenter avec qui veut sur ce point. Mon goût du pied et du mollet n'est pas fétichiste, parce qu'il s'agit d'un pied en situation, exhibé naïvement, en mouvement. Les spécialistes en langage corporel insiste tout particulièrement sur la nervosité des pieds, qui, semble-t-il, trahissent notre nervosité bien plus que notre visage ou nos mains – justement parce qu'on n'apprend pas à les maîtriser. Le fétichiste au contraire isole l'objet de son fantasme, voire le mortifie, l'embaume, et l'artificialise. Ce qu'on aime sur un visage, des yeux, une bouche, des fossettes, on l'aime justement parce qu'ils parlent, qu'ils vivent. Ce que j'essaie de montrer, c'est qu'on peut aimer les jambes des mecs pour les mêmes raisons. Loin loin loin des fétichisations phalliques, qui là encore, ne font naître un fantasme que parce qu'on fige le symbole de la masculinité dans une érection éternelle... Mon goût est opposé à cette fétichisation. Je reviendrai sur la beauté de la bite molle une prochaine... 

 

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