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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 17:04

 

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Spéciale dédicace à celui qui est sans doute l'unique fan gay de Bito !...


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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 14:57

 

MST parasites-lsot

La lutte éternelle contre les bactéries trouve enfin son héros.

(J'ai choisi des illustrations sympas, sinon c'est prélèvement urétral et pelage de gland...)

 

Une bossa nova inachevée résonne quelque part dans la dimension des chansons inachevées (encombrées par les projets d'albums solos de Gaz Combas ou de Kele Okereke). Trois accords compliqués et ces mots surgis de mon inconscient un jour de prélèvement urétral : "Premières urines, sybillines, j'ai comme un sentiment mitigées... chlamydia ou bien gonorrhée ? oh oh oh oh..."

C'est mon mantra à chaque retour de bâton pour une pipe malheureuse (souvent des pipes, oui, oui, oui). Ma prière au microbe qui a décidé d'habiter ma bite. Je veux dire qu'il a probablement une place dans le cycle de la vie, et de toute évidence, il est assez bien adapté pour vivre quelque part dans mon urètre. C'est un peu comme les prières pour les animaux qu'on vient de tuer. On les remercie de donner leur viande pour la tribu qu'on a à nourrir, mais à la fin, on les tue quand même. Passé ce premier moment de compassion universel, le meurtre est programmé.

La révélation qui accompagne la première MST est peut-être philosophiquement plus intéressante que ses premiers lapsus, ou l'idée que l'homme descend du singe, ou qu'une pétasse comme Frigide Barjot peut plus vous pourrir la vie que toute votre famille catho réunie. Aucun doute que pour beaucoup, à une époque lointaine où la vie devait être encore plus précaire, avoir du pus qui sort de son sexe pouvait apparaître comme une formalité. Entre ça et mourir de sa première grippe ou de la varicelle, c'était pas si mal. Mais après plusieurs siècles de délires hygiénistes, ça rappelle surtout aujourd'hui à quel point, le sexe brasse une quantité de trucs préhistoriques. Rien n'est propre, ni ne le sera jamais – quand on est gay, on a tout de suite de grande chance de l'apprendre après sa première sodo, mais là, c'est encore plus clair : le sexe, c'est le nerf de la guerre, là où stratégiquement toutes les bactéries préparent leur coup. Aucun moyen d'abord le truc rationnellement. Vous êtes puni par là où vous avez péché. On comprend pourquoi le sexe a pu être si souvent considéré comme sale, comme dangereux, et comme disons-le le péché originel. Les maladies ont mutées pour être intraçables, indolores, "clean" avant d'être sauvages, douloureuses et mortelles.

 

MST_adam_and_eve.jpg

"Le paradis n'est pas un sex hotel, Oh Adam !"

 

Pour commencer, disons que choper une MST est incontestablement super utile pour éviter de choper le VIH. Elle nous fait un cours accéléré de ce qu'est une maladie. On comprend que la bactérie n'a pas intérêt à vous tuer si elle veut se reproduire. Le médecin m'a expliqué des trucs super intimes sur la bactérie. Aujourd'hui, on retrouve les germes principalement au fond de la gorge, à cause des pipes, justement (même chose avec la syphilis). C'est comme si elle avait suivi la révolution sexuelle, et comme si elle avait pris son pied comme ça aussi. Quoi que vous pensiez du côté révolutionnaire ou subversif de vos plans cul, la bactérie vous murmure à l'oreille qu'elle a déjà tout vu, qu'elle est déjà prête.

La prière psycho-magique du début est donc super utile en fait. Une maladie, ça n'est pas un truc rationnel. Vous aurez toujours du mal à faire comme si ce n'était qu'un enchaînement de causes extérieures et nécessaires, comme un simple et gigantesque chaîne d'événements prévu depuis l'aube des temps et qui remonte jusqu'à vous et votre bite. Je me suis toujours senti puni, coupable et triste d'avoir une MST. Et honteux au point où j'hésite à aller bouffer chez ma mère si elle me le propose...

Ma petite prière prononcée, je fonce sur le premier médecin qui m'offrira un antiobiotique qui naplamise tout. C'est une putain de purification, l'anti-bio alors moi, quand on me demande, je prend toujours le plus fort. Faire péter une petite bombe chimique dans son corps, c'est presque comme être le président d'une puissance nucléaire. On peut appuyer sur le bouton. Le plus radicale en l'occurrence : l'injection dans la fesse. 

 

 

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 00:36

 

Ça y est, c'est arrivé.

Pour la première fois de ma vie, pour draguer un mec j'ai dû parler sérieusement de ma conception de la fidélité. Pour être honnête, on avait déjà largement consommé la partie sexuelle de la relation. Mais là, c'est sorti de nulle part, fin et affûté comme un quizz de l'été :

"c'est quoi la fidélité pour toi ?"

Et honnêtement, je m'en suis bien sorti. J'ai envoyé un sms à mon ex pour dire "wow, regarde ! Je progresse chaque jour sur le long chemin de la maturité, je deviens un homme meilleur ! (ressors avec moi...)" Je communique moins facilement sur les kilos que je prends en bouffant des glaces, hé. Être exhibitionniste est une chose, être utile c'est encore mieux. Imaginez un mec qui se fout à poil devant vous, mais qui vous tend un stylo BIC quatre couleurs à la place de sa bite. C'est super utile, non ? Ce post, c'est la même chose. Je veux faire profiter les plus galériens de mes précieuses antisèches. En quelques SMS, j'ai réussi à défendre le couple libre. C'est une sorte de partie d'échecs mentale et psychologique. C'est mon coup du berger : au moins pratique pour immobiliser la conversation sur la fidélité pendant quelques mois avant de vous rendre compte que ce mec n'était pas pour vous.

 

SMS This-guys-should-get-an-award

 

Donc votre prétendant à une relation sérieuse attaque. Comme dans un film de kung fu, il faut embrasser le mouvement de son adversaire pour le guider. 

D'abord, une petite précaution, redéfinir les termes : "je préfère parler de confiance" (plutôt que de fidélité). 

C'est au fond le moment le plus important. Quoi que vous disiez après ça, il vous reste au moins la porte de sortie de dire que vous ne parliez pas de fidélité mais de confiance...!

Mais, je ne m'en suis pas tenu là. Jouer défensif, c'est une chose. La vraie défense c'est l'attaque. J'ai voulu extrapoler (je ne sais pas pourquoi mais j'ai eu une vague réminiscence brassenssienne de "mourir pour des idées d'accord, mais de mort lente" – chanson que j'ai toujours trouvée conne...). 

"Mais j'admets, on peut être fidèle... mais à des idées, parce que les idées ne vieillissent pas, contrairement aux gens et aux gays qui détestent ça."

Là j'ai pris la confiance. J'ai développé mon petit truc des gens qui changent. Mon Qi avait complètement épousé le postulat de départ et se trouvait prêt à exploser dans un unique coup de poing du dragon conceptuel.

"Au fond, être fidèle c'est être confiant que l'autre nous accompagnera dans un projet. Par exemple, à un certain moment, tu vois, être fidèle c'est vivre ensemble dans le même appartement, à un autre, c'est tout se dire, à un autre encore, c'est savoir laisser à l'autre de la distance...

Le mec s'attendait à des principes rigides, du type "tu ne tromperas jamais ton mari", mais je prends le contre-pied. Puisque la confiance oblige à adopter les contours mouvants de la vie de l'autre, il n'y a pas de principes stables. Le ying passe dans le putain de Yang. C'est le Tao, Baby. C'est le moment où vous pouvez proposer un plan à trois ou une pause sexuelle d'une semaine où chacun fait ce qu'il veut tant qu'il utilise la capote.

 

http://www.reactiongifs.com/wp-content/uploads/2013/06/wink.gif

 

Evidemment, mon interlocuteur veut du concret : pas de trahison, pas de restau avec un autre quand ça devait être avec lui... bref, il demande une concession, et je lui accorde volontiers. 

"moi non plus je n'aimerais pas trop que mon mec me plante pour passer un moment avec un autre. Mais dans le fond, ça veut juste dire qu'il y a des priorités, et qu'à certain moment, le couple est une priorité sur le reste." 

Appréciez la nuance : le couple est la priorité, pas l'autre en soi. Alors là, c'est le finish. Pour être bon en tai-chi, il faut savoir n'être rien, mais ça ne coûte pas grand chose de faire aussi sentir à l'autre qu'il est un pur néant. Prônez l'indépendance, et dites que deux être indépendants valent mieux qu'un couple interdépendant.

"Mais tant que je ne suis pas jaloux, l'autre fait ce qu'il veut, et il ne peux pas me demander d'être une priorité en soi. L'indépendance et l'autonomie c'est le vrai truc sexy. Je n'aime pas la dépendance, la mienne ou celle de l'autre (et je n'aime pas être jaloux). Ceci dit, je n'aime pas non plus l'ingratitude, la trahison ou le délaissement. La fidélité ça peut se résumer à éviter ces trois tares". 

Comme Nicholas Cage qui balance une dernière vanne ou ses cheveux en arrière après avoir buter un mec, vous avez le droit à un bonus qui ne veut rien dire, un geste de pure élégance. Finalement, la fidélité c'est un truc tout bête, qui se résume à éviter d'être salopard, alors n'en faisons pas tout un plat.

Deux mois plus tard, c'était fini avec ce mec. Au moins, je suis resté classe. Bon gars, comme Nicholas.

 

 

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 02:25

 

 

 

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Les théories psychanalytiques sont libido-centrées, jusqu'au ridicule. La libido est aussi bien sexe qu'énergie vitale. Autrement dit, tout est libido et la libido est tout. Mais pourquoi ne pas inclure dans toute théorie antrhopologique et psychanalytique une dimension humaine vraiment universelle, trans-sexuel et trans-genre : la merde. D'autant que celle-ci est assez facilement saisissable en termes de concept. La merde c'est ce qui sort du cul. 

Quand j'étais jeune, un colloc adorait passer le jugement de Dieu, d'Antonin Artaud, en pleine soirée. Les gens dansaient et buvaient – et moi je faisais gaffe à ce que personne ne renverse son verre de vin sur le parquet, en me désolant qu'on puisse encore essayer de danser sur de la techno –, et tout à coup on entendait une voix métallique : "Là où ça sent la merde, il y a de l'être..." Mon colloc, ce con, le doigt appuyé sur son ordinateur portable, gueulait bien fort en demandant à tout le monde d'écouter attentivement, puis à chaque occurence d'un synonyme de fécalité, il se marrait comme un naze. La voix continuait : "Il y a dans l’être quelque chose de particulièrement tentant pour l’homme et ce quelque chose est justement LE CACA". Et là, il se mettait à gueule en parfaite synchronicité : "le KAKA !"

 

 

 

(Je me rends compte en écrivant ces lignes que j'ai encore beaucoup de références qui pourrait me servir à disserter sur la merde. Alors avant de perdre mon sujet, je dois expliquer pourquoi je me suis de nouveau intéressé à la merde des autres.)

 

Il y a peu un fantôme de mannequin a habité dans l'appart de mon chum. Elle passait dans la cuisine le matin juste avant de partir. Si elle avait pu se téléporter directement à l'entrée et ouvrir la porte, elle l'aurait fait. Elle a 19 ans. Je pensais qu'elle était simplement timide, et probablement déjà traumatisé par les attouchements sexuels de tous les pervers narcissiques qui l'embauchent. Je mangeais des gâteaux en bossant, elle faisait pareil dans sa chambre, ce qui me la rendait sympathique. Le vrai tournant de nos non-relations est survenu le jour où elle a tiré la gueule devant le gâteau à la carotte nappé de cream cheese que le susdit chum avait préparé. Il n'est pas arrivé à me décrire parfaitement l'ensemble des émotions qui ont frémis à la surface de son visage émacié, mais elles se sont finalement toutes entières concentrées en un sourcil levé. Dégoût, compassion, arrogance, et condescendance lorsqu'elle a finalement murmuré un "no thanks". 

 

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Mais la vraie découverte – en plus de savoir qu'elle était miss tyrole 2012 ou 2011 (ce qui en soi, pour le français un peu germanophobe que je suis, est drôle) – est qu'elle n'ajoutait qu'un seul élément à son régime en plus de ses petits gâteaux industriels qui lui ruineront la santé : elle buvait du Red Bull. La logique de son régime alimentaire est "j'aimerais bien ne rien manger et mourir, mais comme je dois quand même faire des choses et vivre, il me faut beaucoup de vitamines concentrées en très peu d'aliments". Or, comme ceux qui en ont bu le savent, l'inconvénient du Red Bull hormis le fait que c'est dégueulasse, de mauvais goût, et généralement inefficace, c'est que le Red Bull fout la chiasse. L'excès de vitamines fout la chiasse. 

Là Artaud prend tout son sens. Je médite ces phrases du poète schizoïde qui semble si bien décrire l'ambivalence de la condition moderne de mannequin : "pour ne pas faire caca, il lui aurait fallu consentir à ne pas être"... or Miss Tyrole vit, donc elle fait caca ! Et elle doit avoir admis même qu'elle devait se purger fréquemment. Son corps magnifique est en fait un formidable instrument à remplir la cuvette d'une merde liquide et survitaminée. Elle est une machine à compost. Je sais que John Waters lit ce blog et qu'il en fera bientôt un film ! Non, mais c'est vrai. Le camp et la merde, c'est comme le ying et yang, l'homme et la femme, l'art et le kitsch, ils sont obligés de passer l'un dans l'autre et de se féconder réciproquement (petite pensée à mon pote taoïste, qui pourrait approuver ce tissu de conn... d'audaces) ! 

 

 

 

 

Evidemment, un court moment je l'ai plainte. Mais mon côté mentaliste de salon a vite repris le dessus... Quelque chose ne collait pas avec le caractère de Miss Tyrole. Elle ne sortait pas honteuse des toilettes. Au contraire, elle était triomphante, arrogante (dès le deuxième jour, elle ne me disait plus bonjour). Je m'explique, elle pouvait partir plusieurs fois dans les toilettes et rester classe. Pas parce qu'elle était classe, hein, elle portait d'horribles leggings rayés dans le sens de la longueur, forcément redondants avec la maigreur de ses jambes. Non, elle était pas classe, mais elle savait une chose : elle n'avait pas peur de la merde. Elle gérait bien ça, sa "poche anale" (continuons à citer Artaud avec élégance et distinction). La plupart des gens paniquent à l'idée d'être éclaboussé de déjections. Mais Miss Tyrole connaît la réalité du monde, la réalité de l'être qui sent la merde. 

 

 

La formidable drag Rupaul dans sa biographie explique par exemple comment longtemps elle a été hantée par le spectre de sa shit shame. Jusqu'au jour de son premier lavement. Le petit appareil branché sur son sphincter la vide de son caca, tandis que la nurse coréenne la rassure et lui fait croire que tout est normal. Rupaul en parle comme d'une opération chirurgicale de science fiction un peu folle et camp. Très Star Trek, mais avec des étrons flottants à la place des étoiles... La merde passe dans ces tuyaux, tandis que son propre ventre redevient plat. On est vidé comme un sac, tout neuf, lavé de l'intérieur. Car, l'ambiguïté de cette phénoménologie de la merde est justement que sa révélation odorante à l'extérieur de soi, est en même temps le signe d'une purification à l'intérieur de soi.

L'horreur que provoque la merde mesure de la sainteté de celui qui la chie.

 

 

 

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 00:12

 

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Dans The Drought, épisode de SATC vénéré par certains fans, Carrie pète dans le lit pendant qu'elle est avec Big...

Y aurait-il pu y avoir meilleur métaphore que le pet pour illustrer la trivialité de la vie bourgeoise new yorkaise ?


C'est l'histoire une bataille pour un héritage... et c'est aussi l'histoire de comment j'ai récupéré mon ex. Certes, l'expression "récupérer son ex" a un peu tendance à réduire ce long cheminement de souffrances, d'espoirs et de déceptions à un truc aussi con que récupérer son linge, mais hey, on est sur un blog, alors si on peut déguiser toute cette merde et la faire passer pour une vanne, why not ? 

L'idée m'était venu d'abord de : 

1) regarder toutes les séries que je n'avais pas encore vues en suivant les top ten qui classent les meilleurs épisodes d'un show. 

2) Suite à une conversation avec une copine (sur la fidélité ? Le sexe ? Les riches ? Sur à quel point tout ça est mal raconté dans Sex and the City ?), je me suis rendu compte que Carrie Bradshaw avait non seulement essayé tous les mecs possibles tout en chantant les vertus de la fidélité – alors que personne ne peut se maintenir à un tel niveau d'auto-contradiction dans la vraie vie, pas en tout cas sans attraper des maladies vénériennes – mais qu'elle fondait aussi la vérité de son amour sur une série de liaisons/déliaisons avec Big. 

3) J'avais dûment averti mon ex que je m'apprêtais à rendre un jugement et péremptoire sans nuances sur la série qu'il avait adoré (quoi ? vous ne faites pas ce genre de chantage, vous, avec vos ex ?). En supposant un rapport projectif assez rudimentaire, je préparais mon argument : "Voilà, mon cher G., si Carrie a besoin de rompre et de se remettre sans cesse avec Big, peut-être que par extension, toi et moi on doit aussi essayer de se remettre ensemble." 

C'est ce qui m'a valu sa superbe réplique en anglais "don't quote Sex and the city at me". Un brumeux souvenir de cours d'anglais m'indiquait que le "at me" marquait l'antagonisme... Mais cette réaction était une réaction, donc : cool. Je me suis senti malin pour une fois, et je veux dire malin comme dans les dessins animés où malin ça veut dire qu'on gagne quelque chose, un trésor ou un pouvoir magique, et qu'on peut désormais se sortir de toutes les situations grâce à son intelligence – plutôt que d'avoir un emploi mal payé pour lequel on est surqualifié. 

 

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Un personnage black dans Sex and the City, parfait, sexy, médecin, riche... et il dure maximum trois épisodes.

 

Nous nous sommes donc lancés dans une exégèse de Sex and the City et sur la façon dont Carrie concevait ses errements sentimentaux comme partie prenante de son ultime choix amoureux. 

Très impitoyablement, ma mémoire a retenu principalement le moment d'auto-satisfaction qui envahit mon néo-cortex et beaucoup moins le reste de la conversation (on pourrait dire que l'auto-satisfaction a paralysé ma mémoire, mais ce n'est pas ainsi que je conçois le rapport entre mémoire et neurobiologie du plaisir). Un point a été âprement débattu, pourtant – car on était d'accord sur tout le reste, comme le fait de dire que Carrie est plutôt bête, raciste, sexiste (c'est pour ça qu'il est mon ex). G. insistait pour bien me faire comprendre que Carrie s'est toujours menti à elle-même car elle sortait avec un homme qui avait déclaré plusieurs fois ne pas vouloir s'engager. Ce qui pouvait dire que les souffrances consécutives à mon complexe d'abandon et mon attachement obsessionnel à lui pouvait n'être que ma propre responsabilité. Tel Carrie pétant dans le lit aux côtés de Big, lors de l'épisode The Drought, je me retrouvais con, presque honteux de mes névroses bourgeoises.

Un deuxième retournement s'est alors produit, car la honte est un puissant moteur de déni et de créativité. Dans cette configuration, mon ex s'identifiait à Big, me renvoyant à la condition horrible d'une Carrie Bradshaw se condamnant elle-même au désamour et au narcissisme de la vie moderne. Mais... s'il s'identifiait à Big, ça voulait dire alors qu'il craignait lui aussi indirectement – comme Big – de s'engager sentimentalement. Lui et moi étions capables d'identifier là la plus vieille peur masculine du monde (depuis les années 80 et les sitcoms). La conclusion devenait claire : dans les deux cas, qu'il aime Carrie ou Big, il devait retenter sa chance avec moi ! Emporté par cette frénésie dialectique, j'avais également insisté sur d'autres aspects de notre relation car quand Miranda quitte Robert (un des seuls black de la série) Steve lui demande à bon droit les raisons de leur séparation. Je cherchais encore d'autres épisodes en tête pour soutirer d'autres aveux ou indulgences, mais la richesse de l'univers Sex and the City (ou tout au moins sa transposition effective dans mon monde gay) avait atteint sa limite. SATC, faut exagérer, ce n'est pas non plus du Flaubert. Flaubert, c'est carrément pour demander la clémence après un adultère.

 

 

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 03:03

 

Django_figurines.jpg

 

 

Ça faisait longtemps qu'une discussion sur un film ne m'était pas arrivé. 

Peut-être (en paraphrasant Mallarmé) avais-je l'impression d'avoir déjà vu tous les films...? ce qui veut dire concrètement que ma classe d'âge (30ans et plus) pense maintenant avoir réglé tous les problèmes esthétiques fondamentaux au fur et à mesure des films classiques de son époque (milieu des années 90 et début 2000). Avec Matrix, on a appris à accepter les fondements monomythiques d'un cinéma-simulacre. Avec Kill Bill, on a mis sur le trône le roi auto-proclamé de la violence gratuite et des citations post-modernes, Mr Quouentine Tarantino. Avec Project Blair Witch, on a trouvé qu'un documentaire pouvait avoir l'air d'un film et vice-versa. Et (pour en finir là) depuis dix ans, avec toutes les sagas du Seigneur des Anneaux et d'Harry Potter réunies, on a fait une croix sur l'idée que l'art devait dire le réel et sur la différence entre culture savante et populaire. Le cinéma doit servir de grands phalanstères à l'imagination, pour accueillir tout le monde, selon ses représentations, ses croyances, son sexe, son orientation sexuelle et le nombre de poils qu'il a sur les pieds dès la naissance (ou quelque autre bizarrerie qu'il faudra dépasser tout en l'assumant). 

Mais comme j'ai quelques nouveaux amis, plus jeunes, et quelques nouveaux logiciels idéologiques à tester et régler, une nouvelle longue conversation ciné a pu avoir lieu. En trois rounds. D'abord à la sortie de Django Unchained. Puis sur l'oreiller, en un long face à face, scrutant d'autres avis critiques sur le net, souvent anglo-saxon. Enfin, lors d'un impromptu tarte au thon + cheese cake chocolat/orange.

 

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En route vers une tarte au thon...?

 

Au visionnage, je devinais déjà que le film n'avait pas fait reçu les suffrages de notre petit groupe (majoritairement québécois, - de 25 ans et masculin). Beaucoup trouvaient Django Unchained un peu long, pas si funky que les autres et moins bien dialogués que d'habitude. Mais le reproche essentiel n'était pas là. L'épine avait été enfoncée par Spike Lee, et faisait mal à chaque fois qu'on y pensait : Tarantino avait fait produire, en plus des traditionnelles figurines de héros, des "poupées esclaves" pour accompagner la sortie du film. La violence cinématographique contre les esclaves paraissait dans ces conditions relever d'une forme particulière de cynisme et de complaisance... Les anti-Django avaient gagné.

Deuxième round. Mon argument a pu être exposé. Si Django Unchained est peut-être le meilleur Tarantino c'est parce que pour une fois, la violence cinématographique qu'il déploie ne peut plus être gratuite. Tarantino est obligé de trouver une justification narrative à la violence, à son échec, ou à sa signification. 

 

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J'avoue avoir souvent été déçu par ceux qui m'expliquent que la violence de Tarantino est simplement drôle. Je n'avais pas trouvé drôle le viol du big boss dans Pulp Fiction, ni le meurtre des jeunes dealers... et il y a tellement plus de violence belle et chorégraphiée dans les films asiatiques, ou de violences marrantes dans n'importe quel Jacky Chan, que Tarantino échoue en face à tous contre ses propres modèles (matez un seul des Lone Wolf and Cub) – et pas uniquement sur le raisonnement que copier le kitsch naïf d'une certaine époque est en soi la plus grande trahison dudit kitsch. Ah, et aussi, j'avoue ne jamais avoir accroché à Kill Bill : trop facile d'avoir à faire reposer un film sur une seule longue vengeance sans l'interroger. J'avais exprimé mes réserves bien auparavant à mon partenaire-oreiller. Je pensais pouvoir faire valoir ces concessions à mon avantage. Elles n'ont pas tenu. Face à un film potentiellement raciste, il faut plus. 

 

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L'art du retournement de l'insulte grâce aux emprunts de la pop culture...

Jamie Foxx en valet/Austin Powers, pour une des meilleures scènes du film. 

 

Selon moi, le film se sort de sa propre complaisance par sa ligne narrative originale. Spoilers et présentation de mon argument ultime : 

Le film aurait pu être une redite d'Inglorious Basterds. Les opprimés prennent leur revanche, l'Histoire est revue et corrigée par la petite histoire de Tarantino. Mais ce n'est que la première partie du film, où Django reconnaît que tuer des blancs (tous potentiellement esclavagistes) est un but acceptable. Puis vient une hésitation : il faut tuer un père devant son fils. Certains ont fait remarquer que c'est une scène classique de western, et généralement la violence est aussitôt jugée par un gros plan sur le regard rageux du fils. Or, c'est précisément ce que Tarantino refuse de faire ici. Le père et le fils ne sont pas réellement montrés, ils restent des ombres, et Django se range vite à l'avis de Schultz : il faut tuer le père devant son fils, ce qui est d'autant plus facile que personne ne les voit. Cette leçon est acceptée par le héros et digéré sans mal par le spectateur. 

 

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C'est cette même leçon qui va plus tard faire déraper le reste du plan de Django et Schultz. Dans une assez jolie scène, une clé du film, Schultz raconte à Django la légende de Siegfried délivrant sa bien aimée en passant trois épreuves : il gravit la montagne, parce qu'il est courageux, il tue le dragon parce qu'il est courageux, et franchit finalement la barrière de feu, non parce qu'il est courageux, mais parce que sa bien aimée le mérite. Autrement dit, Django ira sans doute loin, trop loin, pour sauver celle qu'il aime (rôle féminin réduit à ne jouer la princesse Zelda qu'en à peine mieux). 

 

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La petite amie de Jamie aurait-elle un pénis ?... Non, je ne me complairais pas dans ce genre de ragots... mais des rumeurs insistantes disent que... peut-être... Jamie en tout cas a toujours été cool avec les gays !

 

Et c'est le déroulement du film qui doit compter à partir d'ici : Django et Schultz doivent se grimer et jouer un rôle, une sorte de cinéma dans le cinéma. Mais au cours du plan, Django autorise orgeuilleusement la mort cruelle d'un esclave noir, et se tait également face aux combats de mandingues (piteusement traduit en langage sociol-philosophique : il intériorise la violence des Blancs). C'est cette faille moral qui rendra Schultz presque fou, et au dernier moment le poussera à tuer le maître blanc (Léonardo Di Caprio), et c'est cette faute que Django va finalement devoir racheter. Le film comporte trois parties : la rencontre avec Schultz, la recherche de sa femme – qui échoue parce que Django va trop loin jouer le rôle du Noir indifférent au destin des autres esclave – et enfin la dernière partie : la vengeance pure et simple. Le film a donc un message assez clair : on ne peut pas négliger d'aider les autres au nom de sa seule vengeance. Je sais que c'est beaucoup dire pour conclure assez maigrement. Mais je crois que tout est dans la fable de Siegfried : son dévouement amoureux est dangereux, car en se précipitant dans la barrière de feu, il le conduit à tout sacrifier. Ce qui est paradoxal est que Tarantino accepte partiellement cette conclusion, puisqu'il fait de la femme de Django une princesse plutôt dispo, sexy et sympa à délivrer... Mais on peut voir au fond dans cette dernière partie une sorte de version pop en happy end du mythe originel. Normalement, Django y perdait ses couilles... Je pensais avoir gagné, mais peu élégamment, parce que mon argument m'oblige à parler longtemps et beaucoup...

 

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Il fallait un troisième round. Nous étions quatre assis autour de la table, et globalement la discussion s'est concentré autour de la comparaison entre Django et Unglorious Basterds. Dans les deux cas, ce sont des films où la réécriture de l'histoire est centale. Dans les deux cas, cette réécriture pose problème, mais très différemment. L'un d'entre nous (mon partenaire-oreiller haïtien) sauvait Unglorious parce que la violence n'était pas aussi infâme que celle de Django : aucun Juif n'est torturé aussi cruellement que les Noirs le sont dans Django, et ils ne sont pas aussi passifs que les esclaves ou aussi peu solidaires que Django. Un autre (donc : moi, blanc et intello) sauvait Django parce que la violence était aussi plus consciente et plus justifiée dans Django que dans Inglorious. Un nouvel interlocuteur (Juif et intello) condamnait Inglorious pour le portrait totalement idéologique des Juifs. Pour résumer, le problème n'est pas la déformation des faits historique mais que cette déformation soit le calque d'une idéologie : dans le film, on voit clairement à l'oeuvre une vision isarelo-américaine des Juifs idéologiquement renforcée par le travail de propagande Tsahal qui voulait promouvoir l'image d'un Juif super viril et plus du tout prétendument faiblard et intello. Le virilisme d'Inglorious avait ennuyé un peu tout le monde + Brad Pit + Mélanie Laurent... on n'en pouvait plus de cracher sur Inglorious. Ultime avis : une jeune fille qui avait fait des super études aux USA et avait trouvé Django plus cool dans la mesure où Tarantino réussissait à nous faire haïr les Blancs (elle-même étant blanche) au point de souhaiter la mort de tous ceux à l'écran.

 

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La scène la plus drôle du film : la scène KKK...

 

Comme souvent dans ces cas-là, personne n'avait la réponse à nos interrogations, mais on s'était suffisamment écoutés pour repartir tous contents... ou peut-être aussi à cause du cheese-cake qu'on avait pu manger sans retenue en invoquant l'excitation générée par la conversation...

 

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sooo cute !

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 14:49

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Parmi les arguments contre le mariage gay, il y a des monstres rhétoriques si énormes qu'ils accusent automatiquement ceux qui les profèrent. En effet le problème pour une majeure partie de ceux qui luttent contre le mariage gay est tout simplement l'homosexualité elle-même. Il suffit de se rappeler que la dépénalisation de l'homosexualité a tout juste trente ans, et que certains hommes politiques de droite, comme François Fillon ont voté contre à trois reprises à cette époque-là. Pour le dire simplement, ces hommes politiques souhaitaient voir les gay ou lesbiennes derrière les barreaux, ou dans les cliniques psychiatriques, et que je sache, aucun ne s'est exprimé publiquement pour exprimer un quelconque regret. Il suffit de tendre l'oreille pour entendre dans ces prétendus arguments une pure et simple insulte, du même genre de celles qui pouvaient être proférés il y a trente ans. Ces idées participent de tout sauf du débat "républicain" (si on remplace homosexuel par juif, noir ou arabe, on entend la ritournelle). De façon générale, quand quelqu'un est accusé de nuire au genre humain, on sent que le point Godwin vient d'être multiplié par dix et qu'il est élevé au carré chaque fois que le propos est inséré dans un débat et présenté comme légitime (un débat s'arrête quand on tient des propos sexiste, racistes ou antisémites, non ?). La variante actuelle consiste simplement à mettre "mariage" devant "homosexuel" pour faire passer l'insulte :

- l'homosexualité mettrait fin à l'humanité et le mariage gay serait nuisible à l'intérêt général (C. Fucking Vanneste, qui ne s'est jamais fait exclure de l'UMP quoiqu'en dise le parti).

- variante : "l'homosexualité a provoqué la chute de Rome". C'est la contre-attaque officielle de l'Eglise qui appelle à mieux connaître son histoire, qui trouve un lien direct entre les moeurs folles de Néron avec la chute de l'empire Romain... Je n'aurai pas proposé mieux, sauf éventuellement le lien évident qui existe entre la moustache d'Hitler et son annexion des Sudètes. Le plus drôle est que si Constant et Constantin ont justement interdit les pseudo-mariage gay en 390, Rome s'est effondrée juste après, en 476 (et pas avant !). Là encore, le lien est évident, non ?

- "l'humanité est structurée entre hommes et femmes" (Lionel Jospin). Ceci est la version soft de toutes les conneries proférées ci-dessus, car il y a le mot "structure" dedans. La réponse sanglante de Virginie Despentes est exemplaire : on peut être un homme et sucer une queue et... rester humain ! c'est fou, non ? On se demande en quoi la différence homme/femme rend caduque l'homosexualité. Que je sache, un homo n'aime pas indistinctement les hommes et les femmes, mais bien l'un ou l'autre – lui aussi tient compte de cette différence ! Ou bien, dans la même catégorie on pourrait dire qu'elle rend également caduques les équipes de foot et les conseils d'administration des grands groupes du CAC 40...?

 

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- "On naît tous d'un homme et d'une femme" (Manif pour tous). Personne ne conteste ce fait biologique. Qui pourrait penser une seconde le contraire ? Mais ce fait ne gouverne pas la formation des familles, qui se composent, se décomposent et se recomposent. Et heureusement adoptent parfois. Le rasoir humien (qui invite à ne pas confondre être et devoir être) trouve pleinement son utilité ici. La définition de la famille n'est pas un fait biologique, mais culturel. La définition de la famille dans cet argument est si réduite qu'elle exclut les couples qui adoptent, qui divorcent ou qui ne procréent pas – voire les orphelins... Le bon sens évitera de réduire l'hétérosexualité à cette caricature de ce que les amis de Frigide appelle la "famille père mère enfant, la famille PME !" (eheheh). Les hétéros aussi ont intérêt à se défendre contre l'image simpliste qu'on donner d'eux.

- variante nationaliste : on naît tous de parents hétérosexuels. Rappel : la nature s'en bat les couilles que vous soyez hétéro pour faire des enfants ou non. Les spermatozoïdes n'ont pas besoin d'être hétéro pour féconder un ovule hétéro. D'aucuns affirment même que la bisexualité est une stratégie évolutive favorable à la reproduction et à la séduction (les mâles seraient alors plus compréhensif envers les femelles en se faisant mettre une fois de temps en temps). Ce qui est plutôt universellement observable est que quelque chaotique et catastrophique que soit votre vie sentimentale ou sexuelle, vous pouvez avoir des enfants. Vous n'avez même pas besoin d'être un bon parent. Et l'humanité a toujours vécu comme ça : en intégrant coûte que coûte à la grande ronde hétérosexuelle ses membres les moins éminents.

- petite place pour Zemmour (et Boutin, Xavier Bongibault ou Charles de Consigny) : l'homosexualité doit rester cachée, hypocrite. On est plus gay quand on est planqué déclare Xavier Fucking Bongibault et son mouvement "+ gay sans mariage" (qui n'est qu'une antenne tokéniste du mouvement chrétien contre le mariage gay). Cet argument est à la fois prescriptif et descriptif : il dit qu'il faut faire quelque chose, et en même temps que vous le faites. C'est dire, s'il est bordélique. Alors dans tous les cas, il suffit de rappeler que beaucoup de gays prennent le risque de vivre sans tenir compte de l'avis du chroniqueur et de ses potes néoconservateurs. Beaucoup de gays décident de vivre publiquement leur homosexualité, et semblent mieux vivre. En tout cas, c'est ce qu'ils disent, et c'est leur avis dont il faut tenir compte. Autrement dit, un homme, hétérosexuel, blanc, ayant grandi à une certaine époque dans un certain quartier populaire (laissons lui ça) vieillissant, auto-proclamé pourfendeur de la très ad hoc bien pensance, n'a aucune légitimité pour être prescripteur de normes en matière de sexualité. Qu'il s'occupe de faire jouir sa femme, et le monde s'en portera mieux.

 

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- variante "gay refoulé" : l'homosexualité doit rester subversive et cachée (argument Lifshitz) car "la marginalité rend libre". Même réponse qu'aux néo-conservateurs. Ce n'est plus ce que pensent une grande partie des homosexuels. La subversion a été l'atout des gays pour justifier leur intégration dans les mouvements révolutionnaires. La marginalisation de l'homosexualité ne lui est pas consubstantielle, elle relève plutôt d'une stratégie politique. La marche spontanée des minorités a donc repris une fois que le contexte politique a changé : comme les minorités ethniques, ou les femmes, les gays peuvent demander la normalisation et la reconnaissance auprès du reste de la société.

 

Une série d'arguments concernent la souffrance psychologique des enfants de couples homo, plus sujets que les autres aux "pertes de repères" ou à la discrimination :

- "des études affirment que les enfants souffrent d'être des enfants d'un couple homosexuel." Il y a tellement d'études qui disent que tout va bien et depuis si longtemps que dire le contraire, c'est tout simplement mentir. http://ilga.org/ilga/fr/article/722 Sinon, les mecs, faites votre étude.

- variante auto-réfutative (argument employé dans Glee) : les enfants d'homo souffriront d'une forme de discrimination (celui qui emploie ce type d'arguments ne veut justement pas reconnaître la légitimité du couple élevant ces enfants et entretient donc largement la discrimination qu'il prétend déplorer). C'est comme regretter que quelqu'un souffre de la honte qu'on va lui faire subir. C'est comme engueuler ses gosses parce qu'ils ont peur d'être engueulés. C'est comme se promener en plein milieu d'une fête raté en disant bien fort à tout le monde qu'elle est ratée... bref, c'est con. Si les opposants au mariage gay ne veulent plus que les enfants souffrent, ils n'ont qu'à ne plus y être opposés, ne plus considérer ces enfants comme des monstres, et tout simplement la fermer.

Là encore, le vrai sujet du débat (qu'admettent les plus honnêtes des anti-mariages) est au fond le divorce – qui concerne objectivement plus d'enfants et produit sans doute plus de souffrance. Ceux qui s'attaquent au mariage gay sont au fond aussi et surtout contre la désacralisation du mariage qu'avait amorcé bien avant l'accès plus simple au divorce. Le plus drôle est que ses opposants sont souvent eux-mêmes divorcés et profitent largement du "délitement des valeurs" : tels Jospin ou Sarkozy... Addendum : Quand de nombreux conservateurs déplorent l'idéologie de l'enfant-roi accusée de conduire la société dans une régression généralisée, on se surprend de les voir soudain si scrupuleux des droits et des souffrances des enfants. 

 

Enfin, il y a les arguments de ceux qui veulent faire croire que le véritable mal subi n'est pas la discrimination des gays, mais la révision de la constitution. 

- C'est la l'argument Frigide Barjot dont le moins qu'on puisse dire est qu'il est non seulement qu'il est faux et délibérément diffusé ; 

 

 

2) mais aussi stupide : ce n'est pas une véritable discrimination que la proclamation civile du mariage ne fasse pas état de la possession d'un vagin et d'un pénis par le père et la mère proclamés. Par ailleurs, aucun examen médical des gonades des mariés respectifs n'a jamais été exigé pour se marier ! On fait mine de découvrir quelque chose qui n'a jamais gêné personne. Et heureusement d'ailleurs, on peut se marier sans être père ou mère... F. Barjot devrait donc au moins reconnaître qu'elle n'est pas contre le mariage gay, mais contre la PMA et aller se refaire l'amour avec ses doigts. 

En outre, je doute que même les prêtre qui marient à l'église exigent un certificat du gynéco et de l'urologue avant d'ordonner la cérémonie – alors pourquoi voudrait-on que la loi fasse mieux que le pape ?! Le plus drôle est que cet argument a été considéré comme une véritable arme de communication et ne pas être appelé père et mère dans les textes de lois comme une insulte suprême. Suis-je en droit d'exiger que la loi me reconnaisse comme brun, mauvais pianiste mais super bon coup au lit ? 

 

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Des vieux pas drôles et des slogans pourris.

 

Mais pour les pro-mariage, le véritable coupable qu'ils sont en droit de pointer du doigt sont les personnages politiques qui se sont présentés et se sont fait élire en promettant le mariage gay, et qui ne le font pas : les socialistes.

Leur argument ultime est d'une rouerie rarement entendue. Il ne faudrait pas se concentrer sur le sociétal (c'est trop facile), mais sur le social (là, il y a de la difficulté et une véritable lutte politique à mener). D'abord, si cette loi est si simple à défendre, les socialistes la défendent, la font passer, et on n'en parle plus. Occasionnellement, ils peuvent même commencer à faire leur coming out, et défendre les gays et venir aux manifs avec des slogans un peu moins nazes... Dire qu'une chose est si évidente qu'on devrait s'interdire de la réaliser est idiot tant qu'on n'est pas en train de sacrifier quoi que ce soit pour la mettre en oeuvre. 

Mais justement les attaques sont plus pernicieuses. Elles viennent de certains députés, ou de soi-disant "figures de gauche" (comme Eric Naulleau, ou d'autres artistes comme Régis Jauffret) qui n'ont de "gauche" que l'automatisme consistant à appeler "lamentable" tout ce avec quoi ils ne sont pas d'accord. Ils sous-entendent que le gouvernement ne s'occupe plus des ouvriers, mais des "outsiders" : les minorités culturelles ou sexuelles et les femmes sont la vraie priorité du gouvernement. La stratégie de la campagne d'Hollande conseillée par Terra Nova a été assez explicite sur ce point. Mais le premier problème est que la réalité ne correspond pas du tout à la stratégie. La politique anti-discriminatoire de la France a toujours été et reste catastrophique (Nous sommes pour l'anecdote à la 127ème place en matière d'égalité salariale homme/femme, sur 134 : http://lexpansion.lexpress.fr/economie/la-france-chute-derriere-le-kazakhstan-dans-l-egalite-hommes-femmes_240561.html). Qui plus est, les gouvernements de gauche n'ont pas attendu le mariage gay pour se casser les dents sur l'économie (rappelons la libéralisation de 1983). Autrement dit, les arguments du sociétal versus le social semble étrangement inopportuns. Là encore, on ne discute pas du mariage gay, on attaque les "bobos parisiens". Dieu sait si je me méfie du jacobinisme, mais quand tout le monde est si unanimement rassemblés autour du massacre d'une figure sociologique aussi indistincte que le "bobo", on ne peut pas ne pas penser qu'un truc cloche. Haine des élites, culpabilité pour avoir laissé tomber les classes ouvrières (parce que franchement, Naulleau a fait des trucs pour les classes populaires ?), je ne sais pas, mais ça sent pas bon.

 

 

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Des super slogans...

 

Autrement dit, cher lecteur, tu l'auras compris, on n'a jamais parlé du mariage gay dans le débat sur le mariage gay. Il n'est qu'un prétextes aux insultes homophobes ou au rêve d'une refondation théologique du monde – un monde où le divorce, les abandons d'enfants et les familles ravagées par la connerie humaine n'auraient jamais existé.

Si on me demande l'argument en faveur du mariage gay, je dirai qu'il est d'une étonnante simplicité : on nous le doit. L'argument nouveau n'est pas l'égalité. On peut proclamer l'égalité sans la donner. Et le slogan de "mariage pour tous" est absurde à plus d'un titre. Le scander comme les socialistes le font, c'est tendre le bâton pour se faire battre. 

La nouveauté est que la société a modifié la perception de l'homosexualité : elle n'est plus une maladie ou une perversion. Les homos sont normaux, et à ce titre, ils ont le droit à l'égalité. En fait, ils devraient y avoir droit depuis 1982.

J'ai cherché longtemps si on pouvait dire qu'on était contre le mariage gay sans être homophobe et je ne le crois pas. Les arguments exprimés concrètement ne sont que des variations autour de l'homophobie, revenant à considérer que les homos ne sont pas normaux, moins bons que les autres, ou blesseraient par leur seule existence la majorité de l'humanité. Les religions se sont illustrées sur cette affaire par leur manque absolue de clairvoyance. D'un coup, la bienveillance, la compassion et la compréhension ont tout à fait disparu. Il y a des philosophes catholiques éminents qui sont pour le mariage gay, par exemple Charles Taylor. Juif, musulman ou catho peuvent écouter, comprendre qu'il n'y a aucune différence et dire simplement que l'affaire est réglée. Il y a des gens formidables. Mais encore une fois, je n'ai pas entendu un argument qui fasse fond sur autre chose qu'une définition biaisée de l'homosexualité – et dieu si mon cerveau se liquéfie à force de mater la télé. Autrement dit, pas d'arguments non-homophobes contre le mariage gay. A chaque fois, on ajoute une caractéristique supplémentaire aux homo pour les discréditer : bobo, pervers, mauvais parents etc...

 

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et une bonne ambiance...
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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 01:55

 

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Pour expliquer Tumblr, c'est simple, il faut s'imaginer être Woody Allen d'abord : fragile, à la virilité inquiète et subsidiairement juif. Tous les pédés "réels" – ceux qui n'ont as encore sculptés leurs corps pour ressembler à une machine qui porte un slip et qui gardent encore les stigmates d'une alimentation trop grasse et de nombreuses années de négligence cosmétique – sont des Woody Allen. Car à la vie normale d'un mec normal (déjà pas top) il faut superposer l'insécurité patente de se savoir différent au fond du slip, et perçu souvent comme tel. Fraîchement arrivés à la vingtaine, nous autres, pédés "réels", sommes un bordel ambulant, la bave aux lèvres, et la haine de soi débordant du slip.

Nous sommes donc des Woody Allen gay (espérons que cet grand acteur réalisateur reste connu assez longtemps pour garantir la pérennité de l'intelligibilité mon explication). Ce que Tumblr ajoute à ça, ce sont des murs entiers de photos, beaucoup de photos d'amateurs du reste, où ces mecs affichent tranquillement leurs méga grosses bites, ou leurs abdos méga musclés, et évidemment leur méga belle gueule.

Mon exemple favori, qui m'a été conseillé par mon mentor, est Romeisburning (réfléchissez un instant avant de cliquer sur le lien) : des mecs, "thug next door", avec des visages d'anges, et des bites de poneys (la répétition du mot "bite" est performative, je ne pouvais pas éviter ça sous peine d'adopter le ton d'un article des inrocks spécial sexe). Pour la petite frange du public hétéro qui risque de tomber sur cet article, c'est l'équivalent de découvrir que la plupart des femme sont des blondes à gros seins, hein... Je reviens sur les mecs. Ces mecs sont jeunes, drôles, fiers de leur corps avec raison, fiers de leurs culs aussi (booty oblige), ils posent à poil dans leurs salons, dans la rue, à côté d'un vélo, à côté d'un autre de leur pote qui est super bien foutu, ils s'en foutent, ils sont beaux, et ils vous font juste le cadeau bien naturel de montrer leurs queues parce qu'ils sont tout simplement généreux. 

 

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évidemment, une image plus dénudée me démangeait...

source


Dans un premier temps, vous kiffez comme le petit voyeur que vous êtes. Mais soudain, vous saute au visage la terrible vérité. Ces mecs, ce sont des mecs différents à chaque fois, ils sont très très nombreux, si nombreux qu'ils sont finissent par devenir... des mecs "réels" ! En fait, pendant que vous vous masturbiez jusqu'au sang devant ces photos de ce que vous pensiez n'être qu'un fantasme, la réalité venait de déplacer en douce ses frontières pour mettre soudain à portée de géolocalisation Grindr ces créatures fabuleuses... ces mecs sont à côté de vous, mais tandis que vous fantasmiez sur eux, ils chopaient déjà tout le long du trajet qui les a mené à vous. Votre plus grand fantasme est devenue votre imbattable concurrence. Sur le marché du cul, c'est déjà dur de ne pas devenir fou, mais en plus, vous êtes maintenant certain de faire partie des seconds choix. Votre vie est devenue un réseau social payant – vous payez parce que vous ne faites plus partie des produits d'appels, mais des clients.

Donc... re-imaginez maintenant, vous êtes Woody Allen – vous flippez simplement à l'idée de partir à la conquête d'une meuf super belle – mais vous avez appris en plus, très concrètement et très quotidiennement (par un voyage sur Grindr, par exemple), que tous les autres mecs avec qui vous êtes en compétition pour cette jolie blonde (car woody allen est hétéro, so far) sont en fait des ultra-beaux-gosses ultra-montés, des blacks/métis/latino sans un pèt de graisse incarnant en live le fantasmes "TBM", occidental, moderne et blanc... Tandis que dans le monde hétéro, être gras du bide, poilu du dos et mal foutu est encore à peine un problème (cf la vie réelle), le monde gay devient un enfer où les beaux gosses sont autant les proies que les chasseurs. Quant aux non-beaux-gosses, ils sont simplement invités à regarder sur le côté le combat se dérouler sur petit écran.

Appréciez l'ironie de la situation, devenez juif, et inscrivez-vous à des cours d'auto-dérision. Vous venez d'avoir une idée de la vie gay en 2012, dans un monde où Tumblr existe. 

 

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source.


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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 01:00

 

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A quoi peut ressembler la vie d'une relookeuse extrême ? Passer dans une boutique de fringues pour elle, ça doit être comme traverser un hôpital : elle ne voit pas des fringues, mais des chances de rendre les gens laids plus beaux... des chances de sauver des vies !

Pour la relookeuse consciencieuse, relooker autant de moches en ces temps de crise est une tâche herculéenne. En pensant à tous ces smicards et ces bômeurs (chômeurs bobos – nouvel archétype accrocheur placé sur le marché des sciences sociales) moches qu'elle relooke, comment Cristina Cordula fait-elle pour ne pas devenir triste et laide à son tour ? Avec l'expansion folle de l'obsolescence programmée, de la crise, bientôt même les plus beaux d'entre nous auront des fringues mitées, et des sneakers qui se disloquent à chaque pas (car il faut être clair, les sneakers des mecs sont comme les bas nylon Dupont des femmes des années 40 : spécialement programmés pour s'annihiler d'elles-mêmes).

 

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Problème de fringue, mais aussi de déco, on dirait... M6 prête Valérie Damidot à toutes ses vedettes. Y'a rupture de stock sur le bar américain et les murs violets !

 

Heureusement Cristina Cordula ne pense pas que le problème du look soit économique. Si ces femmes et ces hommes sont laids, c'est parce qu'ils ont un juste un problème pour avoir une vie intéressante. Ouf ! La crise n'apparaît pas sur la radar. Et que ce soit dit à chaque ouvrier qui s'apprête à lutter en vain contre la finance : tant que ta vie est intéressante, mon gars, t'as pas besoin de relooking, tu peux continuer à te battre en Kway moche avec une casquette rouge dégueue !

Le titre de son émission contient d'ailleurs une véritable Lebensanschauung : Nouveau look pour une nouvelle vie. La laideur ou la beauté ne sont que des symptômes. Ce qui compte est la vie, la puissance d'agir qui est exprimée par ce look. Autrement dit, le vrai problème est que ta vie est pourrie – en plus d'être moche. D'une certaine façon, postuler l'absolue superficialité du look avait un avantage, si ce dernier était raté, il n'y avait que ça de raté. Maintenant c'est le package entier qu'il faut repenser : look et vie.

Bref, c'est pour ça que les émissions de relooking sont géniales.

 

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Beauté du monde moderne.


Mais le parallélisme vie/look présupposé par C.C. (et qui n'a rien à envier à cet autre parallélisme célèbre entre l'esprit et le corps chez Spinoza) est trop rigide, voire faux. Faites se rencontrer dans votre télé intérieure et mentale Cristina Cordula et Rupaul. Cristina est coolos, elle parle en regardant la caméra comme un vélociraptor frénétique sur le point de manger vos enfants devant vous en vous gardant pour le dessert – l'accent brésilien fait oublier tout ça, mais imaginez-là avec un accent autrichien... Quant à Rupaul, il joue tellement de sa dichotomie homme/femme qu'il va vraiment finir en schizophrène à personnalités multiples. Mais vous mettez ça de côté, y'a pas photo : Rupaul bouffe C.C. comme un vélociraptor dès qu'il s'agit de psychologie et de pédagogie. 

Evil Cristina épuise ses candidats en les faisant défiler pendant 7 heures jusqu'à ce que leur sens de la mode soit aussi broyé qu'un vieux curly sous le coussin du canapé du salon. Le plus drôle dans le dernier épisode que j'ai pu voir, c'est qu'elle-même confessait son absolu désarroi à la fin de la séance d'essayage. Elle n'avait plus de bon sens, je crois même qu'elle avait un oeil qui commençait à dire merde à l'autre. 

 

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L'imaginer avec un accent brésilien.

 

Et pendant ce temps-là, le candidat semblait essayer les mêmes vestes avec les mêmes chemises selon une combinaison toujours légèrement différente (Cristina range ses fringues par catégories "sportswear" / "dandy" / "urbain" etc.). Cristina avait-elle seulement calculé le nombre exponentiel de possibilités à l'avance ?... Elle aurait dû limiter les choix à trois vestes, trois pulls et deux jeans (18 passages possibles en cabines si je sais compter) ? Manque de pot, le candidat geek de l'émission avait soudain pris conscience du potentiel érotique d'un jean skin sur ses jambes rendues ultra-musclées à force de soutenir son large buste. Appelons ça le stade du miroir hétéro bear : quand un jeune pré-trentenaire hétéro prend conscience de son sex-appeal en tant que bear, en pensant que c'est urbain et négligé alors que c'est super gay. Le mec passait devant le miroir sans se lasser, admirer le contraste entre sa barbe amazonienne et l'éclat factice du prêt à porter cordulien.

Ce laxisme improductif, sorte de méthode Stanislawski bis du relooking consistant à épuiser son élève jusqu'au bout pour le changer en simple marionnette, s'accompagne aussitôt d'un fascisme esthétique presque touchant de naïveté. Cristina le dit : pas de robe sous le genou, pas de décolleté carrée si on est grosse, pas de barbe qui cache la pomme d'Adam, etc. Cristina prodigue ses conseils, non parce qu'elle est sympa avec vous, mais parce que ce sont des vérités universelles et sacrées, qui doivent être contemplées pour elles-mêmes dans le grand salon de relooking des idées platoniciennes. Cette forme de manipulation psychologique, n'importe quel bon tortionnaire aurait dû l'importer dans les prisons irakiennes pour faire craquer les détenus. On les ferait défiler dans des cabines d'essayage jusqu'à épuisement, puis on les reconditionnerait en les hyptonisant grâce à un écran géant du sourire de Cristina qui leur crierait "ouh là là  mon chéri, ah oui, ça c'est super ! J'adore le pantalon carotte que tu as tissé avec tes copains prisonniers !"

 

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Ne surtout pas rater le moment où Rupaul parle de ses lavements...

 

Rupaul n'a pas du tout la même approche. Tout vient du dedans, du coeur, de son inner diva... de la force de la fierceness qu'on dégage – en gros, c'est comme les midichloriens de Star Wars, mais avec plein de glitter. Rupaul fait un truc, les femmes au foyer épuisées qui arrivent chez lui entrent dans un monde extraordinaire – pas le monde des normes vestimentaires à la con de Cristina. Et c'est dans ce monde imaginaire – le drag lab "avec plus de perruques colorées et de maquillages à la mode que tous les spectateurs des Hunger Games !" – qu'elles vont devoir trouver un principe qui leur permette de retrouver le goût de se looker, de prendre soin de soi. Quand on dit que ça ne sert à rien de simplement filer un point à un chat affamé et qu'il vaut mieux lui apprendre à pêcher (en lui mettant entre ses adorables petites pattes velues une canne à pêche, et en lui interdisant de miauler trop fort pour ne pas effrayer les poissons) !!! 

 

 

 

Je crois que quelque part dans le monde, les statues de Bouddha confectionnés par les petits moines qui reçoivent le câble auront bientôt la forme androgyne d'un Rupaul. Car Ruru a la même sagesse dialectique de Boubou. Il s'occupe pas vraiment de simples règles vestimentaires. Certes, comme Cristina, il pense que l'apparence est bien le symptôme d'un état de vie (si tu es beau à l'intérieur tu es beau à l'extérieur). Et comme pour Cristina, c'est vrai qu'il propose un choix entre deux tenues à un moment de son show Rupaul Drag U. Mais c'est plutôt toujours ce truc qu'on trouve à la Drag U School, accompagné de licornes et de drags, cette fierceness (férocité) qui est enseignée. Au fond, choisir la bonne tenue n'aurait aucun sens si on n'était pas capable de faire plus, d'être féroce, et de devenir complètement barge, porter des boucles d'oreilles de la taille d'un paquebot et des robes fluos et lumineuses comme seules les méchantes de dessins animés en ont (JEM et les Hologrammes are back BB !!!). Tandis que Cristina apprend à ses disciples comment se transformer en parfait petit Clark Kent assoiffé d'intégration, Ruru apprend comment faire du petit Clark qu'on est déjà un Superman fashion toujours en quête de dépassement. 

La fierceness drag est évidemment la parfaite vertu d'un monde capitaliste où tout le monde est supposé se bouffer la gueule... sauf que c'est aussi en même temps une façon de se foutre de ce monde de dingues et de la compèt' ambiante. Rupaul préviens que le Rupaul Drag U est "comme la vraie vie, une compétition", mais en fait, c'est plutôt une façon de dire "heyy bitch, je fais ce que je veux tellement je suis hors compèt !"

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source.

from the blog : http://mikejoosart.blogspot.fr/2011_08_01_archive.html

 

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 02:46

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J'ai appris après tout le monde ce que Kristen Stewart avait fait. 

C'est le métis prophète de la France du Futur qui me l'a raconté, assis sur mon tapis, en se marrant, une bière déjà à demi entamée dans la main (on rationne tellement nos bières qu'on préfère toujours boire au même goulot de la même bière, même lorsqu'on en boit plusieurs, en dépit de toute hygiène). Le récit qu'il me faisait des mésaventures de Bela s'articulait naturellement en plusieurs coups de théâtre. C'était une telle accumulation de bourdes, et de la part de stars si jeunes et si glamours qu'on aurait dit une comédie romantique... un must de la press people, qui touchait enfin à quelque chose de romanesque, de débile et d'humain. 

Et puis en rigolant, on s'est dit que Robert Pattinson a l'air tellement shooté qu'au moins ça le rendrait touchant dans ses prochains films. Ses apparitions auraient tout de suite une sorte de profondeur – la même que Mickey Rourke ou Van damme aujourd'hui quand on pense à tout ce qu'ils ont survécu. On s'est aussi dit, en roulant cette fois tous les deux sur mon tapis sale, que Robert aura enfin la chance de vivre librement sa bisexualité. Mais bon, ce petit moment de pétasserie passé, il y a eu comme un problème. Car tout le monde s'est déchaîné contre Kristen Stewart – qui n'a tout de même que 22 ans – en la traitant plus ou moins, avec plus ou moins de nuances, de salope. 

Un terme a même été créé pour elle : trampire, qui mêle tramp (salope) et vampire. Comme si K. S. avait finalement été victime de la mythologie vampire dont elle est une figure. Et c'est vrai, Bela n'est pas la moindre des salopes (le terme entendu cette fois-ci au sens moral et non sexuel). C'est une héroïne particulièrement manipulatrice et ambiguë dans un univers par ailleurs très masculin et premier degré (j'insiste : très masculins, car les vampires ne comptent pas beaucoup d'héroïnes dans leurs rangs – exceptée Kate Beckinsale dans Underworld). Sans doute fallait-il qu'elle devienne une sorte de "manipulative bitch" pour foutre une trempe aux autres vampires masculins qui se contentent généralement que montrer leurs crocs en disant "tu m'appartiens" avant de filer à toute vitesse et de faire exploser les jugulaires. Ceux qui ont détesté les Twilight parce qu'ils pensaient qu'il s'agissait d'une énième saga pour ado se sont trompés depuis le début. Bela est une figure faussement naïve (si vous voulez la claquer dès la première minute du premier épisode, ce n'est pas parce que K. S. joue mal, c'est parce que c'est Bela !). Notre lycéenne croqueuse de vampires hésite, et finalement se sert de cette hésitations pour faire comme si ce qu'elle l'avait déclenchée était involontaire de sa part. Bela est une sainte nitouche qui aurait dû continuer à écrire son journal intime plutôt que de réaliser ses fantasmes.

La conjonction du harcèlement par la press people et de la figure symboliquement jouée par K. S. a été l'occasion de populariser un autre mot : le slut shaming. Le slut shaming consiste à humilier quelqu'un en lui prêtant des intentions sexuelles exacerbées (particulièrement de pénétration). Autrement dit, si le mot apparaît aujourd'hui, c'est qu'une catégorie de réaction face à ce qui pouvait paraître auparavant comme une faute morale objective (avoir une vie sexuellement libre) pose problème. Un article de Nico Lang sur le Huffington Post a très vite clarifié le débat. Ne pas trouver que Kristen soit fidèle, idéale pour marier à son fils ou assez maline pour échapper aux photographes est une chose. Mais Traiter Kristen Stewart de salope (en passant sous silence par exemple l'adultère du mari) à longueur d'articles revient à dire qu'il est normal de se venger sauvagement d'une femme qui trompe son mec. C'est une insulte sexiste, et non un reproche morale tolérable. Cela revient à du pur et bon vieux sexisme institutionnalisé – qui fait la Une de journaux avant de se faire langue de vipère dans les salons de coiffure.

 

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Mais tandis que K-Stew continuait de faire les gros yeux aux journalistes, un deuxième exemple de slut shaming médiatique n'a pas tardé, mais cette fois-ci en provenance des délicats critiques du Masque et la Plume – prouvant ainsi le niveau d'institutionnalisation du sexisme.

Avec mon adorable et charmant ex nous étions allés voir Killer Joe. Mon intention était sans doute de répéter à tout bon de champ que je connaissais bien les films de Friedkin, et qu'en bon esthète, j'allais moi aussi me réjouir de revoir Friedkin derrière la caméra – ah, le vieux, il n'a rien perdu de son punch. Et en effet, la mise en scène est toujours aussi travaillée, les acteurs se donnent entièrement et très vite le malaise typiquement friedkinnien fait son effet, tel un crucifix planté dans un vagin (remember L'Exorciste).

Dans Killer Joe, Les personnages sont dégueulasses, bêtes, et cruels, à l'exception de Dottie – qui est supposée avoir douze ans, une sorte de vierge folle, mais qui est jouée par June Temple qui en a le double. Bref, c'est irréel. Ce n'est pas crade et pouasseux comme un polar, c'est théâtral et exacerbé comme un film trop cérébral auquel on greffe de la couille velue pour rééquilibrer le tout. Je ne suis pas un fan inconditionnel de Friedkin, et à partir du milieu du film, je commençais à sentir que je pourrais ne pas aimer la suite. 

Et vient le moment du viol buccal avec le chicken wing. C'est la scène choc du film, qui le clôt presque, et qui suffit à le fait vendre sans doute auprès des ados pubères en mal de Saw VIII, IX ou X. Au fond de la salle de notre confortable cinéma parisien germano-pratin, deux étudiants se marraient, comme s'ils tenaient à prouver qu'ils avaient bien compris, eux, l'intention satirique du film. Le film donne beaucoup d'indices pour mettre en abyme la violence (toujours le plan très pratique sur la télé qui diffuse un vieux film ou un cartoon violent), et créer une sorte de complicité qui permet le second degré. Il faut être aveugle pour ne pas comprendre ça. Mais la vérité est que même en comprenant bien l'intention de Friedkin, la scène est ratée. 

Elle est d'abord tout simplement trop longue et dégueulasse. En comparaison, la scène de viol "comique" de C'est arrivé près de chez vous (que j'avais déjà mal supportée) est réussie – au moins, le récit ne s'appuie pas sur une pseudo-justification de la nécessaire punition de la femme adultère. Car le deuxième problème est que même pour montrer les rejetons débiles de l'Amérique, il faut trouver une raison. Et la justification narrative est naze, absolument gerbante (pardon, oui, je ne crois pas que le scénariste soit le simple réceptacle des intentions de personnages qui lui souffleraient à l'oreille la description de ses faits et gestes prochains).

Cette scène est celle où, d'un coup, Killer Joe perd son sang froid. C'est le moment où la brute froide se réchauffe. Le moment où les masques tombent, attention ! On découvre que la mère de famille a roulé tout le monde pour partir avec le fric. Mais qu'est-ce qui fait vraiment sortir Killer Joe de lui-même ? Pas l'histoire du fric, non, c'est... l'adultère ! En somme, c'est ok de voler du fric, mais pas de tromper son mari. J'ai parfaitement compris qu'il s'agit de la morale du personnage de Killer Joe, qui est un salaud. Mais il y a une réelle complaisance à montrer la morale du salaud. Le moment où Emil Hirsch, le véritable abruti de l'affaire, se fait tabasser dure bien moins longtemps en comparaison. Il y a donc bien un traitement spécial de la femme adultère dans ce film, du slut shaming au premier degré. 

 

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Quelques jours après sa sortie, je prends connaissance des critiques. Elles sont toutes bonnes.

Critiques dithyrambiques sur France Inter ; un film réellement subversif, drôle, si drôle, à propos de tous ces Américains dysfonctionnels (un argument qui sert à vendre le film : venir voir les Américains s'en prendre plein la tête, et s'auto-critiquer comme jamais...) ! ça parle de la vie, ça parle de l'enfer !... Et surtout il y a cette scène hilarante de viol (Jérôme Garcin a adoré). Et là, effectivement, je me dis qu'il y a bien ce même cerveau reptilien qui continuent de fonctionner en chacun de nous, transcendant les classes et les genres, et qui peut être assez malin pour saisir les différentes occasions offertes par notre culture pour continuer à serpenter jusqu'aux cerveaux reptiliens des autres. La preuve de l'universalité de la bêtise. Tous ces esthètes qui adorent voir un viol au nom de l'Art... je veux dire, ces mecs, qui ne supporteraient même pas de s'enfiler un seau entier de chicken wings jouissent soudain de voir une aile de poulet venger le mari trompé. 

Alors, bien sûr, il y a l'Art. Et les artistes, comme ils présentent des oeuvres polysémiques, hein, c'est pas possible qu'ils soient si bêtes. Pour ma part, si les oeuvres sont ratées, et donc faiblement polysémiques, je ne vois pas pourquoi elles auraient encore l'excuse de la polysémie.

Quant au masque et la plume, collez-leur un cours obligatoire de féminisme !

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Published by NKD - dans cinéma
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